Catégories
Pierre Dubois

Post-bac : une statistique politique

Le 21 mars 2011, je publiais la chronique : “Admission post-bac : l’université boudée“, indiquant que 73% des élèves de terminale avaient opté, en premier voeu, pour une filière sélective, et que – donc – seulement 27% avaient choisi une 1ère année année de licence. J’aurais dû être plus prudent et prendre en compte la date de la publication des voeux par le ministère : 2 jours avant la clôture d’Admission post-bac (APB). Je me suis laissé “manipuler” par l’annonce du MESR et je n’en suis pas fier : je sais pourtant que ce ministère multiplie les effets d’annonce

Quelques jours plus tard, le 24 mars, le MESR publiait les données définitives : “près de 721.000 élèves se sont préinscrits sur le portail Admission Post-Bac”. L’important pour la communication de Valérie Pécresse est : “toujours plus”. “Toujours plus” : c’est la base de la statistique politique. Elle a été appliquée par Valérie Pécresse pour tenter de prouver la forte augmentation des dotations aux universités. Mais ce n’est pas si simple !

Et pourtant, satisfecit du ministère. “La session 2011, avec 5.771.278 connexions et 4.029.468 vœux formulés (soit une augmentation de 10 % des vœux par rapport à l’an dernier), démontre le caractère incontournable de l’application”… “Cette année, les candidats ont formulé environ 5,9 vœux en moyenne, soit légèrement plus que l’année dernière (5,6 en 2010)”… “Le nombre de [demandes de] conseils d’orientation, a considérablement augmenté, passant de 237.247 en 2010 à 277.731 cette année, soit une hausse de 17%”.

Cette progression du nombre de demandes de conseils est-elle un succès ou un échec pour la politique de l’orientation au lycée ? Je penche pour l’échec : de moins en moins d’élèves, quelques mois avant la rentrée de 2011, sont à peu près sûrs de leurs choix d’études supérieures. De plus en plus sont “désorientés” et recherchent des conseils. Parenthèse : il fait quoi, Jean-Robert Pitte, le délégué interministériel à l’information et à l’orientation ? Il est tellement silencieux ! S’il servait à quelque chose, il aurait dû discourir sur cet “échec” apparent de l’orientation pré-bac.

Entre la première publication des données d’admission Post-Bac et la seconde par le MESR, le nombre des pré-inscrits est passé de 560.000 à 721.000. Au temps pour moi ! Enseignant, j’aurais dû me rappeler que des étudiants utilisaient pleinement les “dates – limites”. C’est le cas les veilles d’examen : jamais, les cours, que je mettais en ligne, n’étaient autant consultés que dans les nuits qui précédaient les ”contrôles sur table” ! J’aurais dû attendre pour publier une chronique !

Cette forte progression des préinscriptions (+ 28,75 % en quelques jours) n’a pas globalement modifié les 1ers voeux : le choix pour une L1 universitaire a progressé de 27 à 29%. Mais le ministère précise cette fois : 29% de premiers voeux pour la L1 / L1 Santé. La L1 Santé n’est pas sélective mais la filière l’est dès la fin de la 1ère année. J’en conclus que moins de 25% des pré-inscrits sur APB ont opté, en 1er voeu, pour une filière non sélective. Il faudrait, un jour et le plus rapidement possible, prendre compte cet attrait pour les filières sélectives !

Mais il y a plus grave. La “manipulation politico-statistique”. 721.000 pré-inscriptions : toujours plus. Encore une fois, j’aurais dû être plus attentif ! 721.000, c’est bien plus que le nombre d’élèves inscrits actuellement en terminale et bien plus que le nombre de bacheliers 2011 qui vont poursuivre des études supérieures ! Ce qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est la publication par la DEPP des résultats définitifs de la session 2010 du baccalauréat (Note d’information n°11.07, mars 2011) : 621.215 présents et 531.768 admis. En 2011 par rapport à 2010, plus de 100.000 élèves de terminale par rapport à 2010 se seraient pré-inscrits par Admission Pos-bac ?  Ils ne seront pourtant pas tous bacheliers, en dépit d’un taux élevé de réussite au bac. Impossible et si c’était vrai, Il faudrait plus d’enseignants et non pas le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite dans l’éducation nationale. Le MESR, sans s’en rendre compte, est tombé dans un piège ! Sa communication du “toujours plus” s’est tout d’un coup dégonflée. Pschitt !

Je ne remets pas en cause les 721.000 pré-inscriptions sur Admission post-bac. Il me faut donc tenter d’expliquer au moins 100.000 pré-inscriptions bizarres ! C’est hélas impossible en l’absence de données classant les pré-inscriptions. L’élargissement du champ des formations post-bac inclus dans APB, en 2011 par rapport à 2010, ne peut tout expliquer. Les pré-inscriptions sont en fait de 4 types : elles émanent d’élèves de terminale, d’élèves de pays étrangers souhaitant poursuivre des études supérieures en France, de bacheliers des années antérieures n’ayant pas souhaité poursuivre immédiatement des études supérieurs, et d’étudiants de L1 universitaire cherchant à se réorienter, à entrer dans une filière sélective, ce qu’ils n’avaient pas obtenu en sortie de bac 2010 (chronique : “Décrochages en 1ère année“). Le MESR aurait dû avoir l’honnêteté de publier les données d’admission post-bac selon ces 4 types de pré-inscriptions. Je suppose que les statisticiens du ministère, les administrateurs de l’INSEE détachés au MESR (il en reste ?), n’ont pas été consultés pour conseiller la communication de la Ministre.

Combien de jeunes, pré-inscrits sur Admission post-bac, s’inscriront en Licence universitaire 1ère année (hors L1 Santé) à la rentrée prochaine ? Evidemment plus que 29% des pré-inscrits de l’APB (un nombre certain des bacheliers 2011 ne sera pas admis dans une filière sélective) ! Toujours est-il qu’à ce stade de la procédure, 3 mois avant les inscriptions réelles des bacheliers 2011 dans le Supérieur, les universités ne peuvent que se croiser les doigts et espérer que les “néo-bacheliers 2011″ ne boudent pas plus l’université que les “néo-bacheliers 2010″. Pour l’instant, Admission post-bac ne leur sert de rien, en l’absence de données détaillées par type de pré-inscriptions. Tout cela est pitoyable !