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Pierre Dubois

IEP : une enquête “n’importe quoi”

Enquêtes à la “n’importe quoi” à l’Institut d’Etudes Politiques de Strasbourg (Sciences Po strasbourg), “le plus ancien de France après Sciences Po Paris”, composante de l’université éponyme. ”Depuis l’année universitaire 2005/2006, les études à l’IEP sont organisées en cinq ans. Le diplôme IEP confère à ses titulaires le grade de master”. Le passage du cursus IEP de 4 à 5 ans a consisté à introduire une année de césure : “la 3ème année doit se dérouler obligatoirement à l’étranger”. En fin de 3ème année, une passerelle avec le Centre Universitaire du journalisme (CUEJ) offre la possibilité de mener conjointement les deux cursus”.

La 4ème année offre trois filières de pré-spécialisation : administration publique, études européennes et internationales, économie et entreprises. En 5ème année (2ème année de master), 14 parcours sont proposés (”dont certains en partenariat avec d’autres universités, en France comme à l’étranger”).

La réforme du cursus IEP (passage de 4 à 5 années d’études à partir de 2005-2006) est cohérente avec la réforme LMD. Elle s’est faite à Strasbourg à moyens constants : pas d’enseignement en 3ème année (année de césure), intégration de la 5ème année du cursus IEP dans les spécialités de master 2.

Un ami a attiré mon attention sur la page d’accueil du site de l’IEP : “Enquêtes Insertion Sortants“. Les diplômés 2008, 2 ans après (situation en mai 2010). Les diplômés 2009, un an après. Ces enquêtes sont un exemple de “n’importe quoi” ! L’enquête sur les diplômés 2008, 2 ans après, tout d’abord. Cinq erreurs méthodologiques font que cette enquête doit être jetée à la poubelle.

1. Elle mélange sans vergogne trois populations : 139 étudiants du cursus IEP (cursus encore alors en 4 ans), 190 étudiants de Master 2 (5 ans d’études), 43 étudiants en Prépa ENA/INET, essentiellement des salariés en formation continue. 2. Elle mélange diplômés et non diplômés (page 2). 3. Elle mélange des diplômés qui n’ont pas, en mai 2010, la même ancienneté sur le marché du travail. Les diplômés 2008 du cursus IEP en 4 ans qui ont poursuivi en 2008-2009 en M2 (c’est le cas d’une très forte majorité) avaient moins d’un an d’ancienneté sur le marché du travail alors que les diplômés 2008 de master en avaient près de 2. 4. Les taux de réponse à l’enquête (55% en moyenne, 23 à 71% selon les filières) et l’absence de “redressement” de la population répondante par rapport à la population “mère” font que les résultats sont sans valeur scientifique. Il faut les oublier tout de suite ! 5. Moins de 15 répondants pour 7 des 8 masters enquêtés… des calculs de pourcentages sont cependant opérés !

L’enquête sur les diplômés 2009, réalisée en mai 2010 soit moins d’un an après l’obtention du diplôme, est à peine moins pire. Certes, avec la réforme, on n’a plus cette fois que des diplômés à bac+5. L’effectif est faible (209), vu le nombre de spécialités de master (en 2009, année de transition, le Cursus IEP n’a pas produit de diplômés à bac+5). Le taux de questionnaires exploitables est à peine meilleur que l’année précédente (66%). Les rédacteurs anonymes de la note de 13 pages ignorent visiblement que, dans les enquêtes d’insertion et pour permettre des comparaisons, il faut au moins publier 4 indicateurs : taux d’emploi et de chômage, taux de contrats stables, taux de cadres, salaire mensuel net médian.

Les deux enquêtes font référence à la “méthode de sondage” utilisée par l’ORESIPE, l’observatoire de l’université de Strasbourg. Il y a d’ailleurs, dans le paragraphe introductif des rapports, une sixième erreur méthodologique : il ne s’agit pas d’enquêtes par sondage mais d’enquêtes sur des populations exhaustives et qui obtiennent des taux de réponse plus ou moins bons ! L’ORESIPE devrait exiger que les deux enquêtes de l’IEP soient retirées de la page d’accueil du site de l’Institut. Ce sont des enquêtes qui font honte !

Les enquêtes doivent être confiées à des professionnels : les chargés d’études de l’ORESIPE le sont. Le problème, c’est qu’ils ne sont pas assez nombreux pour faire face au cahier des charges d’une université de plus de 40.000 étudiants. L’université de Strasbourg devrait doubler le potentiel humain de l’ORESIPE. En urgence ! Sinon, certaines de ses composantes vont, comme l’IEP, mettre en ligne des données d’insertion sans aucune validité ! Ces données ne peuvent que tromper les étudiants et les candidats !