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Pierre Dubois

Boursiers CPGE : flux et stocks

Classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) : admission, déroulement du cursus. Circulaire signée par Patrick Hetzel (DGESIP), parue au bulletin officiel n°23 du 9 juin 2011. 37 chroniques du blog sur les CPGE. La circulaire comporte bien d’autres pépites que celle des CPGE partenariales.

L’obsession de parvenir à 30% de boursiers dans les CPGE, filière la plus élitiste de l’enseignement supérieur, se poursuit ! Valérie Pécresse a fait croire que l’objectif était atteint (chronique du 28 septembre 2010 : “30% de boursiers en CPGE : faux !“). Il n’en était rien. La preuve : Patrick Hetzel, dans sa circulaire, consacre de longs développements aux moyens pour parvenir enfin au taux visé. Il veut agir sur les stocks (pourvoir absolument les capacités d’accueil des CPGE existantes) et sur les flux (accélérer les flux de passage de la 1ère à la 2ème année de CPGE), pour permettre un flux d’entrée plus important en 1ère année, son hypothèse étant que l’accélération des flux de passage et l’utilisation totale des capacités d’accueil en 1ère année permettront d’ouvrir davantage la 1ère année aux étudiants boursiers. Hypothèse intéressante mais non démontrée par des faits observés. Bref, on frise l’acharnement thérapeutique !

Les 30% de boursiers doivent désormais être atteints non seulement dans chaque établissement mais dans chaque filière de formation (à noter qu’il n’existe aucune donnée publiée sur les taux de boursiers dans chacune des filières de CPGE). Il faut utiliser tous les moyens, dont celui des “cordées de la réussite” : combien d’élèves en bénéficient ?

La circulaire fournit une information décapante, pour ne pas dire hilarante. “Les proviseurs et les équipes pédagogiques doivent ”vérifier que [les élèves de ces Cordées] déposent bien une demande de bourse de l’enseignement supérieur sur critères sociaux avant le 30 avril 2011 [la circulaire est datée du 9 juin], même si le simulateur du Centre national des œuvres universitaires et scolaires (Cnous) leur a indiqué l’attribution d’une bourse à taux 0. En effet, bien qu’elle n’ouvre pas droit à un versement financier, cette attribution permet néanmoins de bénéficier de l’exonération des droits en cas d’inscription parallèle à l’université”… Il faut rappeler que les élèves de CPGE ne paient pas de droits d’inscription ! Subterfuge des bourses à taux 0 pour démontrer que l’accès aux CPGE se démocratise !

Le paragraphe suivant est encore plus surréaliste. La polémique de l’année dernière sur le taux de boursiers a fait renaître un débat sur les quotas : imposer un quota de boursiers en CPGE ? Cette idée a été presque unanimement rejetée. Le directeur des enseignements supérieurs se doit donc d’écrire une phrase généreuse mais sans aucune portée réelle : “lorsqu’ils établiront le classement des dossiers des candidats en CPGE, les chefs d’établissement et les équipes enseignantes des lycées d’accueil veilleront à porter une attention particulière aux dossiers des élèves [boursiers]“. Porter une attention particulière, c’est vague ! Evidemment, Patrick Hetzel ne peut écrire : “sélectionnez des candidats boursiers qui ont de moins bons dossiers scolaires que des candidats non boursiers”. L’égalité de traitement n’est-elle pas une valeur du service public ?

Le point II de la circulaire de Patrick Hetzel porte sur l’admission en première année, rappelle les consignes ministérielles, les règles. Elles doivent être lues en creux : ce rappel révèle les libertés que prennent les établissements, les combines qu’ils utilisent pour s’assurer de n’avoir que de fort bons élèves. Lors de la phase d’admission et de la phase complémentaire, des établissements cherchent à cacher que leur capacité d’accueil n’est pas atteinte. Patrick Hetzel rappelle qu’il faut bourrer les classes au maximum de leur capacité. La mise en oeuvre de cette injonction permettrait d’attribuer les dernières places disponibles aux étudiants boursiers. Qu’est-ce qui le prouve ? Bonus pour le ministère, mais pas pour l’établissement.

Le sermon aux chefs d’établissements continue au point III : passage en seconde année et redoublement. Le discours s’est modernisé grâce à l’invention d’un nouveau concept ministériel : sécurité et fluidité, flexicurité (chronique : “Le journal de Valérie P.“). “Le parcours en CPGE doit être sécurisé” ! Patrick Hetzel a compris l’enjeu des flux et des stocks. Il faut augmenter le flux de passage en seconde année pour augmenter le flux d’entrée en première année, afin de donner plus de chances d’admission aux élèves boursiers !

Du coup, Patrick Hetzel est obligé de fournir des chiffres de redoublement en fin de première année : ils ne sont pas bons du tout. Et à nouveau, il rappelle les règles : ”sauf défaillance manifeste ou travail notoirement insuffisant, la poursuite d’études en seconde année dans le même établissement est de règle pour tout étudiant admis en première année. Il convient de proscrire toute autorisation de passage en seconde année qui serait assortie d’une clause de réorientation dans un autre établissement”.

Au fait, ça sert à quoi une circulaire ministérielle ? Elle n’a pas de force réglementaire, sauf pour les dispositions qui, antérieurement, ont fait l’objet d’un décret ou d’un arrêté. Une circulaire est un appel à la bonne volonté, à la diffusion de bonnes pratiques. Mais on peut tout à fait s’asseoir dessus, sans risque de sanction. Bien sûr, elle est utile pour ceux qui, pour des raisons diverses, veulent faire plaisir au Prince.