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Pierre Dubois

Faire un 2ème Master 2 ?

Bretagne Nord. “Où en êtes-vous dans vos études” ? “Je soutiens mon mémoire de Master 2 en septembre. J’aurai alors deux masters”. Bretagne Sud. “Où en êtes-vous dans vos études” ? “Je commence un 2ème master à la rentrée”. Ces deux jeunes femmes, interrogées lors de dîners chez des amis, seront donc titulaires de deux masters professionnels.

Pourquoi ces poursuites d’études ? Plusieurs raisons : plaisir d’apprendre, souhait d’enrichir le portefeuille de compétences, volonté d’acquérir plus d’expériences professionnelles par un second stage, peur de se confronter trop vite au marché du travail. “Le marché de l’édition pour la jeunesse n’est pas facile” ; “le marché des politiques publiques urbaines est fort concurrentiel”. Pas de problèmes financiers pour faire une année d’études de plus ? “Non”. Les parents, présents, confirment, en souriant, qu’ils vont suivre ! Ils vont même financer encore plus car le 2ème master est localisé à Paris. Chacun connaît le prix des logements étudiants dans la capitale.

Je suis perplexe pour trois raisons. La première tient aux inégalités sociales observées dans les poursuites d’études : ces deux jeunes femmes ont des parents qui peuvent les aider financièrement car ils sont cadres ou professions intellectuelles supérieures. La deuxième tient au financement public : pourquoi l’Etat accepte-t-il de financer une année d’études supplémentaires pour des étudiants titulaires d’un master pro ? Les droits d’inscription dans un 2ème master, préparé immédiatement après l’obtention d’un 1er, ne devraient-ils pas être beaucoup plus élevés, voire proches du coût réel de la formation ?

Troisième raison de perplexité : des questions pour lesquelles je n’ai pas de réponses. Le cas de ces deux jeunes femmes est-il fréquent ou rare ? Quels facteurs influencent ce type de poursuite d’études ? Quelle est la valeur ajoutée d’une 2ème master sur le marché du travail, en matière de salaire en particulier ? Faire figurer deux diplômes de master sur son CV est-il un handicap ou un atout au moment du recrutement ? Je pars à la recherche de données statistiques. L’enquête nationale sur le devenir des diplômés de master 2007 ne n’est pas intéressée à la question. Le CEREQ et sa Génération 2007 non plus. Chroniques sur le devenir professionnel des diplômés du supérieur. Et les observatoires universitaires ? Leur réseau (RESOSUP) est muet sur la question : ce serait intéressant qu’il engage une enquête coordonnée entre une dizaine d’observatoires.

L’OFIP de Lille 1 Sciences et Technologie est sans doute le premier observatoire à avoir publié les résultats de son enquête sur les 1027 diplômés de master professionnel 2008 (situation au 1er décembre 2010, soit environ trente mois après l’obtention du diplôme, OFIP PUB, n°71, mars 2011). Pas d’information sur les entrants en master 2 en 2007-2008 : combien étaient déjà titulaires d’un master ? Poursuite d’études après le master : “depuis l’obtention de leur master, 10% des diplômés se sont réinscrits dans l’enseignement supérieur… Pour l’année universitaire 2008-2009, 27% se sont réinscrits dans un autre master professionnel, 23% en doctorat [ce qui n’est pas une suite logique pour un diplômé de master professionnel], 14% en mastère ou école, 13% en préparation de concours, 6% en licence [ce qui représente quand même 6 individus !!!], 2% dans un master recherche, et le reste dans des formations diverses (diplôme étranger, cours de langue…)”. Valeur ajoutée de l’obtention d’un 2ème master ? “Les 29 diplômés ayant obtenu un diplôme supérieur ou égal au master (après celui obtenu à Lille 1 en 2008) ne sont pas pris en compte dans la suite de cette publication”. Dommage pour cette chronique !

L’OFIVE de Lille III (Lettres, langues, sciences humaines et sociales) a également publié les résultats pour ses 777 diplômés 2008 (OFIVE, n°33, mai 2011) ; masters professionnels et masters recherche ne sont pas distingués. Comme à Lille 1, pas d’informations sur les diplômes des entrants en master 2 et sur la valeur ajoutée d’un second master. Mais des informations intéressantes sur les poursuites d’études après l’obtention du master, poursuite d’études immédiates en 2008-2009 (13%) ou reprise d’études en 2009-2010 ou en 2010-2011. Globalement, 26% des diplômés de 2008 ont poursuivi des études entre 2008 et 2011. Parmi eux, 33% se sont inscrits à une préparation de concours, 24% dans un autre master, 19% en doctorat… Les taux de poursuite d’études sont fort différents d’une discipline à l’autre : 48% en Sciences historiques, 39% en Lettres, 34% en Arts contemporains et culture, mais seulement 9% en Sciences de l’information et de la communication. 

L’OFIVE de Lille III mène désormais aussi des enquêtes 6 mois après l’obtention du master : il faut l’en féliciter. Les résultats sont connus pour les diplômés de 2009 et de 2010 (Les bulletins de l’OFIVE, n°32, avril 2011). Les poursuites immédiates d’études après l’obtention du master sont un peu moins importantes pour les diplômés 2009 (11,2%) et 2010 (11,9%) que pour les diplômés 2008 (13%). L’OFIVE distingue deux types de poursuites d’études, à temps plein ; celles-ci sont deux fois plus nombreuses que les poursuites conjuguant études et emploi. La poursuite d’études est toujours très variable d’une discipline à l’autre ; elle se fait en préparation de concours, en doctorat, ou en master (24 diplômés en 2009, 17 en 2010).  

OFIPE de Marne-la-Vallée : enquête sur les 956 diplômés de master 2008 (situation au 1er décembre 2010, OFIPE, n°114, mai 2011). 8% de ces diplômés avaient déjà un master quand ils se sont inscrits en master à Marne et 7% étaient titulaires d’un diplôme d’ingénieur. L’année suivant l’obtention du diplôme, 8% des diplômés de master professionnel, 17% des diplômés de master professionnel et recherche, 54% des diplômés de master recherche ont poursuivi des études. Le taux n’est pas trop étonnant pour ces derniers : ils ont poursuivi en thèse ; le taux de 8% pour les masters professionnels est élevé. 30 mois après l’obtention du master, 10% des diplômés 2008 sont encore en études en 2010-2011 ; parmi eux, 15% sont en master, 10% en mastère spécialisé ; ces deux taux représentent une vingtaines de diplômés 2008… Ce n’est pas rien ! Valeur ajoutée d’une deuxième master ? L’OFIPE s’interroge : “reste à savoir quel gain pourront retirer ces diplômés de ce bagage supplémentaire  pour entrer sur le marché du travail en termes d’insertion professionnelle comme de conditions d’emploi”.

L’ORPEA de l’université de Bordeaux a enquêté 3.151 diplômés de master professionnel en 2007 (document de 2010). “L’année suivant l’obtention du diplôme, 17% des diplômés ont poursuivi des études. Parmi eux, 78% ont suivi une formation et 22% ont préparé un concours”… “Au moment de l’enquête (décembre 2009), 7% des diplômés (soit 153 individus) déclarent être en études. Parmi eux, 45% ont poursuivi en doctorat, 28% suivent une formation autre, 10% suivent une autre M2 [15 individus], 9% un diplôme de niveau inférieur au M2 [14 individus], 7% une formation de préparation au concours”.

Autre observatoire universitaire. L’ORESIPE de l’université de Strasbourg n’enquête pas les diplômés de master réinscrits dans l’enseignement supérieur l’année suivant l’obtention du diplôme (876 sur 2.926 diplômés en 2007) (Les données de l’observatoire, n°8, octobre 2010).

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