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Pierre Dubois

Bi, tri, quadri… licences

Les licences “double cursus”, “licences croisées” ou encore “bi-licences” ne sont pas nouvelles. Elles ont été permises par la loi Faure de 1968. L’arrêté du 1er août 2011 n’innove pas. ”La licence atteste l’acquisition d’un socle de connaissances et de compétences dans un champ disciplinaire ou pluridisciplinaire” (article 2). Mais pourquoi donc alors l’article 25 de l’arrêté abroge-t-il “l’arrêté du 11 avril 1985, modifié par l’arrêté du 5 juillet 1994, portant dénomination nationale de licence d’administration publique, l’arrêté du 7 juin 1994 relatif aux licences pluridisciplinaires” ? 

Les licences bi, tri, quadri disciplinaires, “parcours d’excellence”, sont aujourd’hui très “tendance”. De nombreuses universités en ont ouverts. Dans une chronique de juin 2010, consacrée aux sept licences “double cursus” créées par le PRES Sorbonne Universités (Paris 2, Paris 4, Paris 6), j’en montrais les intérêts et les limites. Je concluais : “ces cursus ne sont pas une solution pour mettre fin à la crise de la licence universitaire. Je dirais même qu’ils ne sont qu’un “cataplasme sur une jambe de bois.

Bilan de la première année de fonctionnement des bi-licences de Sorbonne Universités ? Combien d’étudiants admis en 2ème année ? Combien d’abandons ? Combien de poursuites d’études dans une seule licence ? Aucune donnée sur le site du PRES. Par contre, par un communiqué, le PRES annonce la liste des admis 2011-2012 aux doubles cursus “Droit et Histoire” (30 admis et 15 étudiants en liste complémentaire), “Histoire de l’Art et Droit” (27 admis), “Sciences et Histoire” (15 admis), “Sciences et Philosophie” (9 admis). Que sont devenus les 3 autres “double cursus” ? 81 admis en tout, une goutte d’eau dans l’ensemble des néo-entrants dans les 3 universités du PRES.

L’université de Paris Ouest Nanterre a une longue tradition en matière de formations pluridisciplinaires (chroniques précédentes sur cette université). La filières Langues étrangères appliquées (LEA) y a été créée dès 1972. Les bi-DEUG Droit et Langues, Economie et Langues, Sciences humaines et Communication voient le jour au milieu des années 80. En 2002, ouverture de trois nouvelles filières bi-disciplinaires (Economie et Sociologie, Sociologie et Histoire, Histoire et Histoire de l’art). En 2005, nouveau bond en avant : Economie et Droit, Histoire et Langues.

Une mention particulière pour la licence “Humanités”ouverte en 2006. Elle comportait un seul parcours jusqu’à présent. Trois nouveaux parcours ouvrent à la rentrée 2011. Les programmes sont consultables en ligne (documents pdf). Malheureusement, les indications du nombre d’heures ne sont pas toujours fournies. Par ailleurs, la rubrique “L’université en chiffres” ne fournit pas de données sur les parcours de formation de la licence “Humanités” (taux de succès en 3 ou 4 ans, réorientations vers une licence monodisciplinaire, abandon des études).

Parcours “Humanités” : “formation pluridisciplinaire en lettres et sciences humaines, construite autour de quatre disciplines complémentaires – l’histoire, les langues, les lettres et la philosophie”. Ouverture à la rentrée 2011 du Parcours “Humanités classiques, art et patrimoine”. ”Paris Ouest est la seule université à offrir cette formation pluridisciplinaire, comparable, dans son volume horaire comme dans ses objectifs, à celle qui est dispensée dans les Classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). Cette licence entend donner une nouvelle impulsion aux études classiques“.

Parcours “Humanités et arts du spectacle”. Le “parcours général de la Licence Humanités a été aménagé pour que les étudiants puissent suivre, chaque semaine, 4 heures d’enseignements en théâtre et 4 heures en cinéma. Ces cours visent à leur donner les connaissances fondamentales en histoire du théâtre et du cinéma, ainsi que les outils nécessaires à l’analyse des textes dramatiques, des films et des spectacles”.

Troisième nouveau “parcours d’excellence“, “Humanités, droit et économie-gestion”. “Le tronc commun de la Licence Humanités a été aménagé pour que les étudiants puissent suivre en plus, à chaque semestre, des enseignements de droit, de science politique, d’économie et de gestion. Pour ces disciplines, les étudiants suivent les mêmes cours que les étudiants des licences de Droit et d’Economie-Gestion”. Le document pdf indique un horaire moyen de 30 heures par semaine, soit, si l’année universitaire dure… 24 semaines, un total de 2.160 heures en 3 ans (… bien plus que le seuil minimal des 1.500 heures prévues par l’arrêté Licence du 1 août 2011).

Une interrogation sur le parcours 4 de la licence “Humanités” (Humanités, Droit, Economie et Gestion). Mais pourquoi donc ne fait-on pas de sociologie dans ce parcours ? Est-ce parce qu’il y a déjà un parcours Economie et sociologie ? Si je pouvais recommencer mes études supérieures, je rêverais faire un parcours “Sociologie, Histoire moderne et contemporaine, Droit public, Economie politique, Gestion des organisations et Sciences politiques” !

Eléments pour un débat qui devrait être bien plus “éclairé” par des données statistiques sur les caractéristiques des inscrits dans ces licences doubles, triples ou quadruples et sur leurs parcours de formation (succès, réorientations, abandons d’une des disciplines, poursuites d’études après la licence). Le lecteur assidu du blog connaît mon analyse. Créer des simili-prépas dans les universités est une “fausse bonne idée” (toutes les chroniques sur les CPGE). Il faut créer des Instituts d’enseignement supérieur, les IES !

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