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Pierre Dubois

Une Ecole de cadres pour le SUP ?

Dans le cadre des compétences et responsabilités élargies (RCE), les établissements d’enseignement supérieur ont besoin de cadres, de chefs de services de haut niveau. Ceux-ci ont le statut de fonctionnaires de catégorie A ou de contractuels de droit public. A quoi et à qui peut servir une Ecole de cadres spécialisée et de niveau national ? Elle peut assurer la préparation aux concours de catégorie A en formation continue. Il est en effet peu probable que les établissements y envoient des contractuels ; investir en formation sur eux peut représenter des risques trop grands (démission en cours de contrat, échecs au concours, investissement financier trop lourd…).

La formation continue ou tout au long de la vie est un droit et une chance pour les personnels d’encadrement. Mais les établissements les laissent-ils partir en formation alors qu’ils sont en responsabilité et qu’ils ont une charge de travail importante ? Une Ecole nationale de cadres n’est-elle pas une fausse bonne idée, sachant que les agents comptables sont issus de plus en plus souvent du Trésor public, que la formation CASU n’existe plus (corps mis en extinction), qu’il existe des Instituts régionaux Régionaux d’Administration (IRA) ? Un exemple : celui de Lyon. Des directeurs généraux de services sont désormais Enarques (concours interne). Je m’interroge donc sur la signification du décret du 24 août 2011.

L’arrêté du 29 avril 2003 portant création de l’École supérieure de l’éducation nationale est abrogé. L’arrêté du 24 août 2011 (BOEN du 29 septembre 2011) crée l’Ecole supérieure de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur et de la recherche. L’ESEN devient donc l’ESENESR. Le site

L’Ecole est “chargée de la conception, du pilotage et de la mise en œuvre de la formation des personnels d’encadrement pédagogiques et administratifs, des personnels ingénieurs, administratifs, techniques, sociaux et de santé et des personnels des bibliothèques”. Ses missions : ”une école en réseau ; une école innovante ; une école centre de ressources ; une école lieu d’échanges ; une école ouverte à l’international”. Une “école, lieu d’échanges”, oui ! Les stagiaires, accueillis à Poitiers dans une résidence fort monastique et éloignée du centre ville, ont effectivement le temps de discuter entre eux !

Pourquoi un nouvel arrêté ? Ne s’agit-il que d’un changement de titre ? L’Ecole forme déjà des personnels de l’enseignement supérieur, même si ce n’est qu’une partie réduite de son activité globale (indicateurs d’activité 2010). Page 17, l’activité “Enseignement supérieur” de l’ESEN, 1.386 journées stagiaires (en baisse par rapport à l’année précédente), 428 stagiaires sur 576 convoqués et donc des stages de 3 jours en moyenne. ”La priorité a été donnée au cycle supérieur de management des établissements” (518 journées stagiaires, soit 37%). Trop de formations proposées et trop peu de stagiaires ? Nulle part n’est indiqué le prix de la formation : combien d’euros pour le stage de 3 jours en octobre 2011 : “Exercer la fonction de directeur d’UFR” ?

Un nouvel arrêté pour booster les candidatures venant des universités ? La baisse de l’activité de l’Ecole pour l’enseignement supérieur est pourtant logique : moins de recrutements, passage aux responsabilités et compétences élargies qui, peu à peu mais sûrement, poussent les universités à contrôler drastiquement les dépenses ; le poste “dépenses de formation continue” peut en prendre un coup !

Et puis, quelle pertinence a la formation courte “Cycle supérieur de management des établissements” ? L’ESENESR me semble pratiquer une fuite en avant par la mise en oeuvre de formations diplômantes, masters organisés ou non en partenariat avec une université et/ou avec l’AMUE. Quatre masters sont cités, mais il en existe d’autres : à Paris 12 Val de Marne et à l’IAE de Lille. Combien d’inscrits dans ces masters ? A commenter et à suivre !