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Pierre Dubois

Le blogueur chahuté par la FAGE

La FAGE, 2ème organisation étudiante représentative aux élections du Cnous et des Crous, fédère des associations de villes et des associations de filières. L’ARES (Fédération nationale des associations représentatives des étudiants en sciences sociales) a tenu son 2ème congrès national à Reims les 22 et 23 octobre 2011, sous le signe de l’innovation. Julien Bourquard, étudiant en master à Paris 1, est élu nouveau président (communiqué du 24 octobre 2011).

Le 21, une table ronde est organisée sur “la mise en place de la nouvelle Licence dans les formations en Droit, Sciences économiques et AES”. Quiz et 75 photos du nouveau tramway de la ville et du Campus Croix Rouge de l’université.

J’accepte avec plaisir l’invitation de Bryan Coder (photo), président sortant de l’ARES, pour participer à la table ronde. Invité à quel titre ? Comme opposant farouche à cette réforme (chroniques du blog) ? Toujours est-il que, progressivement au cours de la table ronde, mes propos sont contredits, contestés, presque hués. Je suis chahuté ! Pas de problème ! Les militants de la FAGE ne vont quand même pas applaudir quelqu’un qui défend, par le projet de création des Instituts d’enseignement supérieur (IES) et en vue d’une plus grande démocratisation de l’enseignement supérieur, une orientation sélective à l’entrée de la licence et une augmentation raisonnable des droits d’inscription !

Déroulement de la table ronde (22 photos). Guillaume Gellé (photo), vice-président de l’URCA en charge du CEVU, Martine Guillemin (photo), directrice de l’UFR de Sciences Economiques, sociales et de gestion, Olivier Duperon (photo), doyen de l’UFR de Droit et Sciences politiques, souhaitent la bienvenue aux 120 participants déjà présents. Ils mentionnent les initiatives de l’université de Reims Champagne Ardenne pour faire progresser la licence ; la réforme d’août 2011 ne semble cependant pas les empêcher de dormir la nuit.

Gilles Raby (photo) fonde ses interventions sur le rapport du comité de suivi de la licence, comité qu’il préside. Claude Jolly de la DGESIP défend la réforme de la licence, mais souligne, fort à propos, que le nouveau cadrage ne peut être absolu, universités libres et responsables obligent. Guillaume Mangeart du MEDEF régional se félicite de la professionnalisation induite par cette réforme. Philippe Loup, président de la FAGE (photo), se doit de défendre le fait que la FAGE ait voté au CNESER en faveur de cette réforme. Thomas Cote, élu FAGE au CNESER (photo), modère le débat.

Première intervention. Je raconte l’histoire de la délivrance de la licence professionnelle, dont j’étais le directeur à Marne à Vallée, à Jean-François Martins (JFM) alors président de la FAGE. Durant un “grand oral” et au vu de deux mémoires de licence, un jury composé de 7 ou 8 enseignants a testé les compétences du candidat, les a validées eu égard aux savoirs et aux savoir-faire enseignés et exigés par la licence. Celle-ci valide un niveau précis de connaissances et de compétences ; la délivrance du diplôme ne doit pas être le fruit de modalités de contrôle des connaissances de plus en plus laxistes au fil du temps. Sourires interrogatifs dans l’assemblée !

La nouvelle licence prévoit d’instaurer des référentiels de compétences. La FAGE revendique sa participation aux commissions de référentiels. Deuxième intervention : “le référentiel de compétences pour la licence de droit est déplorable ; il ne permet pas de mesurer les savoirs et savoir-faire acquis au terme de trois années ; il n’y a aucun programme de droit dans ce référentiel. Il exige que toutes les compétences soient acquises, ce qui est antinomique avec les règles de la compensation des matières, des UE, des semestres”. Je commence à agacer !

Autre élément de la réforme de la nouvelle licence : 1.500 heures minimales d’enseignement pour les 3 années. Troisième intervention : “cet objectif est reporté aux calendes grecques ; il n’y a plus d’argent dans les caisses de l’Etat ; il faut poser sans tabou la question des droits d’inscription. La dépense par étudiant de licence (la porter à 14.000 euros par an au lieu de 10.000 actuellement) doit être très majoritairement assurée par la collectivité publique (Etat et Régions) parce que l’investissement dans l’éducation supérieure est “bon” pour le pays. Deux autres parties prenantes doivent augmenter leurs efforts, leurs contributions : les entreprises car elles sont les premières utilisatrices des compétences construites dans les universités ; les étudiants car être diplômé du supérieur représente un investissement individuel rentable sur le marché du travail”. Que n’ai-je dit ? Augmenter raisonnablement les droits d’inscription !

Cette proposition n’est pas acceptable par les millitants de la FAGE : “je travaille pour payer mes études, vous ne voudriez quand même pas que je paie, en plus, des droits d’inscription plus élevés”. Je rétorque et c’est presque le déchaînement dans l’amphi : “un étudiant de licence paie 15 euros de droits d’inscription par mois ; les enquêtes sur le budget étudiant révèlent qu’il dépense en moyenne 70 euros par mois pour son téléphone et Internet. Quelle dépense est la plus utile pour lui sur le moyen et long termes” ?

Quand je sens que mes propos ne passent pas, j’ai tendance à en rajouter. Quatrième intervention suite à une question sur la licence d’AES : elle porte sur la sélection à l’entrée. “La filière AES a été créée au milieu des années 70 ; diplôme professionnel avec stage obligatoire, elle aurait dû être reconnue comme filière sélective à l’entrée ; il n’en a pas été ainsi ; dès lors, ce diplôme, comme la filière LEA d’ailleurs, n’a pu faire ses preuves sur le marché du travail, surtout quand les effectifs de ces filières se sont mis à exploser”. “LEA et AES sont devenus rapidement des diplômes de seconde catégorie (voir et écouter le parcours des étudiants de LEA à Toulouse Le Mirail).

“Il ne faut pas se voiler les yeux et regarder les voeux des bacheliers sur Admission post-bac. Une forte majorité veut entrer dans une filière sélective (CPGE, prépas intégrées, STS ou IUT, Santé). L’absence d’orientation sélective à l’entrée de la licence fait de celle-ci, pour un bon nombre d’étudiants, une filière “faute de mieux”. Cette année, avec deux promotions de bacheliers professionnels arrivées en même temps au bac, ces bacheliers, rejetés des filières sélectives, sont entrés à l’université et, pour 95% d’entre eux, vont y échouer. Ces bacheliers ne sont pas issus des classes sociales les plus élevées. Etre partisan de droits d’inscription plus élevés et d’une orientation sélective à l’entrée de la licence des Instituts d’enseignement supérieur, c’est défendre une position de “gauche” pour une plus grand démocratisation de l’accès et de la réussite dans l’enseignement supérieuré”. J’entends : “n’importe quoi !”. Brouhaha dans l’amphi. Les deux heures de la table ronde ont passé fort vite ! Les IES ne sont pas pour demain !

Les militants de la FAGE sont des leaders d’opinion et une partie d’entre eux occuperont des postes-clés dans le pays. Faire le militant, c’est acquérir des compétences décisives, négociables en politique mais aussi dans les entreprises. Ces jeunes apprennent leur métier, mais selon le “modèle” de leurs aînés qui ont réussi. Ils en imitent les comportements dans leurs discours, dans leurs tenues, dans leurs habitudes de vie. Etait-ce utile de venir me chercher à la gare TGV dans une superbe BMW noire, de location ?

Pire peut-être. Pour “percer”, les militants étudiants ont besoin de faire des études longues car les réseaux ne se constituent pas du jour au lendemain : il faut faire un master professionnel après une licence pro, faire un 2ème master après un premier master… Pourquoi pas puisque les droits d’inscription sont faibles et puisque c’est l’Etat qui paie ! D’ailleurs, Laurent Wauquiez-Motte, dont la scolarité dans le Sup a coûté environ 230.000 euros à l’Etat, n’est-il pas un exemple de super réussite ?

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