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Pierre Dubois

Face aux pros, pas d’impro !

Espace Avenir, université de Strasbourg. 40 photos de la réunion de bilan de l’opération ”Prêt pour l’emploi” (6 décembre 2011). Recrutement : “face aux professionnels, pas d’improvisation” !

Site de Prêt pour l’emploi. “Préparez efficacement votre recherche de stage et d’emploi”. Documentation en ligne : faites votre bilan, précisez votre projet, explorez votre marché, soignez votre communication. Trois tables rondes : mise en valeur de ses atouts, réseaux sociaux et identité numérique, recruté… et après ? Simulations d’entretien : testez-vous en un tour de vis ! 3 ou 4 étudiants de master 2 ou de doctorat, coachés durant 3 heures par un professionnel du recrutement et par un enseignant-chercheur ou un chargé d’insertion d’Espace Avenir. L’opération “Prêt pour l’emploi” est une Initiative excellente. Elle devrait être diffusée dans un grand nombre d’universités.

Réunion de bilan. Une cinquantaine de participants : des personnels d’Espace Avenir, des enseignants chercheurs et des partenaires économiques impliqués dans les simulations d’entretien, deux étudiants (photo). Colette Vassogne, directrice, dresse un bilan quantitatif de l’opération qui en était à sa deuxième édition en 2011. Les tables rondes et les simulations d’entretien ont attiré plusieurs centaines d’étudiants (une centaine de plus que l’an dernier ; une majorité d’entre eux étant inscrits en droit, économie, gestion, sciences). 55 professionnels et 30 enseignants mobilisés dans les jurys. Les questionnaires d’évaluation remplis par les étudiants et par les professionnels donnent des taux de satisfaction extrêmement élevés.

Prêt pour l’emploi sera évidemment reconduit l’an prochain, mais avec des changements. Premier changement : le flambeau de l’opération (et donc une plus grande part de financement) est transmis par la Jeune Chambre Economique de Strasbourg (Mouvement des Jeunes Citoyens Entreprenants) à l’université (photos). Alain Beretz, président de l’université, remercie la JCES et compte sur la présence de ses membres aux entretiens de simulation de 2012 !

Deuxième changement. Alain Beretz souhaite que davantage d’étudiants de master soient concernés (ils sont 2.500 en M2) ; le dispositif est en effet efficace pour les étudiants. Mais à quelle échelle faut-il l’organiser ? Le rendre obligatoire dans tous les diplômes de sortie vers le marché du travail (L3, Master, Doctorat) de toutes les composantes et ce dès la mise en oeuvre de la nouvelle offre de formation à la rentrée 2013 ? On ne peut malheureusement raisonner qu’en termes de coût / efficacité” ! Il faudra donc pouvoir mesurer rigoureusement celle-ci : le questionnaire de satisfaction en fin d’entretien n’est pas suffisant. 

Un troisième changement sera abordé au cours de la discussion qui va suivre. Pour les journées universitaires de février 2012, Espace Avenir compte classer les masters de l’université non pas par disciplines mais par ensemble d’emplois auxquels ils peuvent conduire avec des chances raisonnables d’embauche. Eternel problème d’une offre de formation LMD très spécialisée, pléthorique et donc peu lisible pour les employeurs 

Nelly Margotton du cabinet Phédon introduit le débat par un court exposé sur les nouveaux contextes du marché de l’emploi et des entreprises (photos) Elle anime ensuite la discussion. Celle-ci fut passionnante car professionnels et enseignants sont tour à tour intervenus. J’y ai évidemment mis mon grain de sel, ayant participé à trois ateliers de recrutement de 3 heures, 10 étudiants en tout.

Témoignages d’enseignants. “Un module de préparation à la vie professionnelle est organisé en sciences ; il attribue des crédits ; 300 étudiants s’y sont inscrits”. “En physique et ingénierie, une UE existe pour les licences professionnelles et les masters depuis une dizaine d’années ; c’est un peu dévoreur de temps (12 heures, soit seulement 1% des enseignements sur deux ans), mais c’est absolument nécessaire car nos étudiants sont en concurrence avec des diplômés des écoles qui, eux, savent parfaitement se mettre en valeur”. “En licence pro Agriculture durable, nous faisons faire des CV et des lettres de motivation ; il y a préparation à l’entretien”. Ailleurs, “des étudiants séchent les modules de professionnalisation ; ils sont facultatifs”.

Témoignages de professionnels recruteurs. Ils n’ont pas la langue de bois. ”Les étudiants qui postulent à une offre d’emploi ne connaissent pas l’entreprise (certains n’ont même pas ouvert son site Internet). Ils ne sont pas capables de parler d’eux-mêmes, de leur diplôme. C’est indispensable pour nous de savoir car les masters sont devenus très spécialisés”. “Les étudiants ne se posent aucune question sur l’environnement dans lequel ils vont travailler ; ils ne se mettent pas en danger dans une simulation ; comment les resposabiliser ?“. “Dans les entretiens, on observe que certains étudiants n’ont pas fait assez de stages ; en ressources humaines, on va donc privilégier le recrutement d’un étudiant diplômé d’IAE plutôt qu’un étudiant diplômé d’un master de psychologie du travail”. “Je recrute pour une PME qui travaille dans les fluides. Pour la dernière offre d’emploi, j’ai eu 15 candidats, dont un seul diplômé d’université. Pourquoi ne dites-vous pas aux étudiants que les PME TPE recrutent ?“. “Il faut dire à vos étudiants d’intégrer les réseaux sociaux professionnels comme Viadeo et de participer aux manifestations organisées par les entreprises”. “Le diplômé doit arriver à l’entretien en ayant tracé ses propres frontières pour son avenir : je peux faire ce travail, je veux faire ce travail ; les deux ne sont pas forcément réunis dans une même offre d’emploi”. ”Les étudiants doivent pouvoir parler de leur master en rapport à l’offre d’emploi : voici ce que je sais et ce que je sais faire”. “Le diplômé en situation d’entretien doit se vendre et donc doit séduire“.

En résumé. Il faut absolument que l’étudiant qui va se présenter sur le marché du travail travaille sa recherche d’emploi. Un CV et une lettre de motivation par offre d’emploi. Il doit savoir que tout se joue dans les 2 premières minutes de l’entretien : le recruteur classe très vite (apparences, attitudes, élocution, contenu des premières phrases). Je me suis surpris, moi aussi, à classer immédiatement les 10 étudiants que j’ai eu en face de moi : 4 d’entre eux étaient, pour moi, “morts d’entrée”… Heureusement la simulation d’entretien permet de donner le maximum de chances aux étudiants présents ; ces 4 étudiants avaient bien des qualités… cachées. J’ajouterai pour ma part : les étudiants en fin de master doivent pouvoir justifier de deux ans d’expérience professionnelle ; la plupart d’entre eux les ont ; le problème est donc celui de la mise en scène des stages, des petits boulots entrepris dès l’enseignement secondaire, des activités de loisir…

Le temps est venu de récompenser (photos). Yannick Achard-James, responsable du pôle “service aux étudiants” d’Espace Avenir, appelle deux lauréats, un enseignant et un professionnel : ils détiennent chacun le record des simulations d’entretien de recrutement (plus d’une quinzaine).

Le temps est venu du pot de l’amitié et de la photo de famille. Le traiteur de l’université est, ma fois, fort bon. En ces temps de diète financière, l’université reçoit dignement les professionnels et les enseignants qui ont conduit les simulations d’entretien… bénévolement.

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