Catégories
Pierre Dubois

Imbroglio à Paris Est MLV

Université de Paris Est Marne la Vallée (ex Université de Marne la Vallée, UMLV), membre fondateur du PRES Université Paris Est. Les élections aux 3 Conseils de l’UMLV ont eu lieu le 6 décembre 2011. L’élection du président de l’université par les 17 élus du Conseil d’administration (10 enseignants, 3 BIATOS, 4 étudiants ; les personnalités extérieures n’élisent pas le président) aura lieu le 17 janvier 2012. Francis Godard, président en fonction, n’est pas candidat à sa succession ; seul candidat, il avait été très largement élu puis confirmé à la tête de l’université après l’entrée en vigueur de la loi LRU.

Informations liminaires. J’ai été professeur dans cette université d’octobre 1999 à novembre 2008. J’ai appartenu à l’équipe de direction des présidents Perrin et Lichtenberger. J’ai rempli la mission confiée par le président Perrin : créer l’OFIPE et le diriger pendant 5 ans. J’ai été élu au CA, puis au CEVU. Je me suis abstenu lors de la 1ère élection de Francis Godard. En désaccord avec le mode de gouvernance de l’université (lire infra) et avec le mode de gestion des personnels contractuels BIATOS, j’ai pris ma retraite à 64 ans, en novembre 2008. Je m’étais alors promis de ne jamais remettre les pieds dans cette université ; j’ai tenu parole. Cela ne m’a pas empêché de suivre son évolution.

Dans les deux collèges enseignants (10 sièges), il y a eu aux élections du 6 décembre 2011, contrairement aux deux élections “Godard”, deux listes en présence. Ensemble pour Consolider et Développer notre Université (ECDU), liste en continuité avec l’équipe sortante. Service Public & Démocratie (SP&D), liste d’opposition, soutenue par le SNESUP-FSU et la CGT. Lire les professions de foi, les programmes des candidats des deux listes : ECDU et SP&D. ECDU joue dans le registre de l’autosatisfaction. SP&D joue dans le registre critique. Logique !

Dans le collège des BIATOS (3 sièges à pourvoir), une seule liste s’est présentée aux suffrages sur le même programme que les enseignants de la liste SP&D. Pas de liste BIATOS, alliée à la direction sortante, à ECDU. Collége des usagers : 4 listes en présence (Cé, MET, SUD, UNEF). 

Les résultats des élections du 6 décembre 2011 vont conduire à un imbroglio certain pour l’élection du ou de la présidente de l’université, le 17 janvier 2012. La liste ECDU l’emporte dans les deux collèges enseignants avec 64,4% des voix dans le collège A et 59% des voix dans le collège B. La loi LRU ayant instauré une prime majoritaire pour la liste arrivée en tête, ECDU obtient 80% des sièges (8 sur 10). SP&D, 2 sièges seulement. Dans le collège des BIATOS, SP&D, seule liste en lice, obtient les 3 sièges. Colléges enseignants et BIATOS réunis : 8 sièges pour ECDU, 5 sièges pour SP&D.

Cette répartition correspond à 208 voix pour les listes ECDU et à 375 voix pour les listes SP&D. La liste SP&D est majoritaire en voix et minoritaire en sièges. La liste ECDU est majoritaire grâce à l’artifice du mode de scrutin avec prime majoritaire ; si le scrutin avait été une scrutin de liste avec attribution du dernier siège au “plus fort reste”, la liste ECDU n’aurait obtenu que 6 sièges chez les enseignants (4 pour les listes SP&D). Elle n’aurait obtenu que 6 sièges chez les enseignants et BIATOS réunis contre 7 aux listes SP&D. Imbroglio. Que pensent les personnels BIATOS de ces résultats ? Se considèrent-ils moins importants dans les universités que les personnels enseignants ?

Dans le collège des usagers, l’UNEF obtient trois sièges et Cé 1 siège. A qui vont-ils apporter leurs suffrages le 17 janvier 2012 ? Au président ou à la présidente proposé(e) par ECDU ou par SP&D ? La réponse n’est pas évidente. On pourrait supposer que les élus de l’UNEF vont voter pour la liste d’opposition SP&D. Pas si sûr. La direction sortante, avec à sa tête François Godard, ancien maire adjoint PS de Saint-Ouen, ne s’est-elle pas précipitée dans les bras de la LRU, en demandant à passer dès 2009 aux responsabilités et compétences élargies ? Francis Godard et son équipe se sont-ils opposés au scrutin de liste avec prime majoritaire ?

Et l’UNEF, qui a obtenu, dans la LRU, le maintien de la fixation des droits d’inscription par l’Etat et la non-sélection à l’entrée des universités, n’a-t-elle pas été déterminante pour la mise en oeuvre “paisible” de la LRU ? Plus récemment, ce syndicat étudiant n’a-t-il pas soutenu la réforme Pécresse-Wauquiez de la licence, alors que le SNESUP-FSU s’y est fermement opposé ? Deuxième facette de l’imbroglio à Paris Est : tout peut arriver lors de l’élection du 17 janvier prochain. On ne sait plus qui est qui et qui défend quoi ? L’alliance des pro-LRU de gauche peut l’emporter sur les anti-LRU de gauche ! Si les 4 élus étudiants votent selon le programme SP&D, alors ECDU, liste de continuité, est battue par 9 voix à 8. 

Troisième facette de l’imbroglio. Qui est le candidat à la présidence de l’université sur lequel se porteront les voix des 8 élus des listes ECDU ? Il s’appelle Gilles Roussel, vice-président sortant, membre de l’équipe de Francis Godard. Il a fait part de sa candidature aux personnels de l’université, dans un courriel daté du 23 novembre 2011. Mais il ne s’est pas présenté aux élections du 6 décembre 2011. Idem pour chacun des membres de son équipe. C’est chose habituelle à Marne-la-Vallée depuis la création de l’université au début des années 90.

Il s’agit là d’un modèle présidentiel tout à fait unique et permis par la loi LRU : le président (il représente l’exécutif) n’est pas élu au suffrage universel ; il est élu par le CA, élu, lui, au suffrage universel (le CA représente le législatif). L’instance législative élit l’instance exécutive, mais ne dispose ni d’un droit de veto, ni d’un droit de révocation de l’instance exécutive. Ce qui veut dire en clair, et ce surtout depuis l’entrée en vigueur de la LRU qui a renforcé le pouvoir du président d’université, le président de Marne-la-Vallée et son équipe disposent d’un pouvoir absolu pendant 4 ans. A noter que la LRU accorde le droit de vote au CA à un président… qui n’a pas été élu au CA. 

Pouvoir absolu du Président. J’en ai fait plusieurs fois l’amère expérience quand j’ai été élu au CA puis au CEVU, élu sur la liste de la direction et devenu de plus en plus souvent un opposant, bref un traître ! Dans les conseils, le temps de parole de la direction, i.e. de non élus au suffrage universel, occupe la quasi-totalité du temps. La parole est certes donnée aux vice-présidents élus et du méme “camp” que le président, mais toujours après l’intervention de leur mentor non élu. Bref, dans ce modèle, les VP élus ne sont que des “potiches”, fort heureux pourtant d’avoir une décharge de service ou une prime administrative. Le modèle de gouvernement de Marne-la-Vallée est, dans cette période difficile financièrement pour les universités, un modèle inutilement dispendieux. Pourquoi Gilles Roussel ne s’en rend-il pas compte ? Pourquoi, s’il est élu à une faible majorité du CA le 17 janvier prochain, ne pense-t-il pas qu’il sera illégitime pour gouverner une université aujourd’hui ?

Et si Gilles Roussel était battu le 17 janvier prochain par le ou la candidat(e) de Service Public et Démocratie (SP&D), opposé(e) à la LRU et à la politique actuelle du gouvernement ? Les deux têtes de liste SP&D élues au CA le 6 décembre 2011 sont Stéphanie Rossano dans le collège A (professeur en Géosciences) et Stéphane Tassel dans le collège B (professeur agrégé en mécanique). Stéphane Tassel est secrétaire général du SNESUP. Un secrétaire général du SNESUP, hostile à la LRU et à la réforme de la licence, élu président de l’université de Marne-la-Vallée ?

Marne-la-Vallée, un repaire pour les syndicalistes (Yves Lichentberger, ancien président, n’a-t-il pas été un dirigeant important de la CFDT) ? Ce serait une belle ironie de l’histoire. Stéphane Tassel, président ? Une manière de sortir par le haut de l’imbroglio marne-la-vallien. Rien n’est moins sûr  ! Il reste plus d’un mois avant l’élection présidentielle du 17 janvier 2002. Le temps de toutes les manoeuvres souterraines, de toutes les promesses, de tous les “retournements de veste”, de toutes les turpitudes pour changer les résultats des urnes… L’université, une école de la démocratie locale ?

Be Sociable, Share!