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Pierre Dubois

Baisse de la dépense par étudiant

La dépense par étudiant inscrit dans le supérieur a été de 11.430 euros en 2010 ; elle a baissé de 0,9% en euros constants par rapport à 2009 (Coût de l’éducation en 2010. Evaluation provisoire du compte, Note d’information, DEPP, n°11.29, décembre 2011). Le titre de la chronique est volontairement un titre politique et provocateur : il s’appuie sur un chiffre publié mais ne le contextualise pas.

Commenter des données statistiques est un exercice difficile. Dans son commentaire de la Note d’information, Emmanuel Vaillant d’EducPros a choisi la prudence, la neutralité : “Coût de l’éducation en 2010 : des dépenses contenues“. Pour leur part, les politiques ne commentent que les chiffres qui les arrangent, qui encensent les résultats positifs de leurs décisions.

Ainsi en va-t-il du président de la République. Dans ses Voeux aux personnels de l’Education, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (Futuroscope, Poitiers, 5 janvier 2012), il se déclare évidemment fort satisfait. Sous sa présidence, le pays n’a jamais autant fait et dépensé pour l’enseignement supérieur. Il a accordé l’autonomie aux universités (”un bouleversement qui aurait jadis jeté les étudiants et les enseignants dans la rue”) et les moyens pour se développer : “au cours des 5 dernières années, la dépense de l’Etat pour l’enseignement supérieur et la recherche a progressé 2 fois plus vite qu’au cours des 25 dernières années. Les investissements d’avenir sont, bien sûr, mis en avant : l’excellence sur tous les territoires ; “pas une région qui n’ait pu défendre ses projets et nous les avons financés”.

Problème : les faits sont têtus et donnent tort au président de la République. Les investissements d’avenir accentuent les inégalités entre les territoires  : “14 régions désertifiées“. Les responsabilités et compétences élargies (RCE) conduisent de plus en plus d’universités à la crise financière (111 chroniques du blog sur le financement de l’enseignement supérieur).

Les comptes de l’éducation contredisent également le président. Le tableau 1 montre que la dépense intérieure d’éducation représentait 6,4% du PIB en 1980, 6,6% en 1990, 7,3% en 2000, 6,8% en 2005… et 7% en 2010 (soit moins qu’en 2000 sous le gouvernement Jospin). Le tableau 3 montre que l’Etat se désengage de la dépense d’éducation alors que les collectivités territoriales s’impliquent de plus en plus. En 2010, l’Etat a financé 71,1% des 27,2 Mds € pour l’enseignement supérieur, les collectivités territoriales 11,5%, les entreprises et les ménages 17,5%.

L’Etat se désengage du Supérieur, comme le prouve L’état de l’Ecole 2011. Le tableau 1 de l’indicateur 04 montre qu’il finançait 78,5% de la dépense initiale du SUP en 2000 et seulement 71,8% en 2010. Le financement des collectivités territoriales est passé de 5,2% à 11,5% au cours de la même période, alors que celles-ci n’ont pas de compétences obligées dans le champ du SUP !

Revenons à la Note d’information pour voir comment elle interprète la baisse de la dépense par étudiant de 2009 à 2010 (de 11.540 à 11.430 euros constants). “De 1980 à 2005, la dépense a progressé de 27,6%, soit 0,1% en moyenne par an. Cette hausse s’accélère à partir de 2006 avec une croissance moyenne de 2,5% par an. Néanmoins, compte tenu d’une progression plus rapide du nombre d’étudiants et du ralentissement des crédits budgétaires transférés aux établissements sous tutelle du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (MESR), la dépense moyenne par étudiant fléchit légèrement entre 2009 et 2010 (- 0,9% en euros constants)”.

L’explication avancée est courageuse : le MESR n’a pas eu le budget suffisant pour faire face à la progression du nombre d’étudiants ! Mais impossible pour la DEPP de désavouer la communication de Valérie Pécresse. Je suppose donc que le directeur de la DEPP, Michel Quéré, a exigé de l’auteur de la Note d’ajouter un paragraphe qui constitue une fort belle manipulation statistique. “Par ailleurs, certaines aides (majoration du quotient familial, allocation logement social) de l’Etat n’apparaissent pas dans la DIE définie ici, car elles sont d’ordre fiscal ou non directement liées au statut étudiant. Une estimation les intégrant porterait le coût d’un étudiant de 11.430 euros à 12.640 euros“. Démonstration étonnante : pourquoi ce calcul n’a-t-il pas été reproduit pour les années précédentes” ?

La Note d’information ne ventile pas la dépense par étudiant du SUP selon les différentes filières de formation post-bac. L’état de l’Ecole 2011 (graphique 02 de l’indicateur 04) montre que la diminution de la dépense en 2010 affecte l’ensemble du SUP : les CPGE (15.240 euros en 2010), les STS (13.800), les universités (10.180). Le même graphique montre une forte progression de la dépense par étudiant de 1995 à 2001 et de 2006 à 2009, mais il est impossible de savoir le poids (dans le calcul) de l’intégration des IUT à partir de 2006 dans la progression de la dépense par étudiant universitaire.

L’état de l’Ecole avance d’ailleurs plusieurs autres explications à la forte progression observée : “l’accélération de la croissance, sensible à partir de 2006, tient à un effort budgétaire accru, mais aussi à la prise en compte d’un périmètre élargi à toutes les activités de recherche en université, à une revalorisation des cotisations sociales imputées, et enfin à la réévaluation du coût des formations sanitaires et sociales relevant maintenant de la compétences des régions”. Et si, contrairement à la communication gouvernementale, la dépense par étudiant du supérieur n’avait pas, toutes choses étant égales par ailleurs, progressé depuis 2007 ?

Qu’en pense Laurent Wauquiez, qui, une fois de plus, s’est déplacé à Poitiers pour faire la claque du président de la République en campagne ? Nicolas Sarkozy a affirmé dans ses voeux que Laurent Wauquiez avait la charge de “veiller sur l’enseignement supérieur” ; il a d’ailleurs oublié de dire : …”et de la recherche”. Laurent Le Prétentieux ne sait sans doute pas qu’il a en charge de publier “L’état de l’enseignement supérieur et de la recherche en France“. L’état 2011 n’est pas encore paru. Seul l’état 2010 est en ligne sur le site du MESR. Censure ou négligence de Laurent Wauquiez ? Toujours est-il qu’il s’agit là d’un autre indice de “la statistique publique est en péril“.

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