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Henri Audier

Le Forum de Toulouse, le PS et la recherche. 2- Les moyens et l’emploi scientifique

2- Les moyens et l’emploi scientifique (1)

Atteindre 3 % du PIB pour la recherche

La France consacre de l’ordre de 2 % de son PIB à la recherche et à l’innovation (…) Pour enfin atteindre l’objectif de 3 % du PIB dédié aux dépenses de R§D, il nous faut absolument renverser cette tendance. (…) Nous voulons la contractualisation des établissements avec les pouvoirs publics et une vision pluriannuelle des moyens attribués

[Le point capital est de savoir en combien de temps atteindre l’objectif. La proposition de Terra Nova, atteindre 3 % en 5 ans, est doublement irréaliste. Cela supposerait notamment d’augmenter annuellement de 10% le budget de l’ESR, ce qui est assez utopique dans le contexte actuel. Les obtiendrait-on, nous n’aurions pas assez de docteurs pour faire face. Programmer l’objectif en 8-10 ans requiert une hausse annuelle de 5 % (hors inflation et croissance du PIB) du budget de l’ESR et une croissance similaire de la recherche privée. Si le pourcentage devait être significativement inférieur, la France reculerait encore dans les classements internationaux et il serait alors honnête d’abandonner les propositions de réindustrialisation comme de démocratisation de l’enseignement supérieur.]

Réviser le Grand emprunt

Nous réviserons les investissements d’avenir du Grand emprunt et le plan Campus, tout en assurant à la fois le rayonnement international de la France et l’élévation du niveau d’ensemble par la mise en réseau. Le plan Campus, annoncé à grand renfort de communication, n’a, trois ans après son lancement, toujours pas débouché sur une réalisation concrète. La superposition de règles absurdes et de financements par partenariat public-privé (PPP) ruineux a débouché sur un gel des constructions et rénovations dans les lieux choisis. Une libéralisation des financements et une réelle coopération avec les collectivités locales permettront de débloquer des situations inextricables.

(…) En mettant en place les Idex (Instituts d’excellence pour moins de dix sites en France), le gouvernement a rendu plus illisible encore l’organisation territoriale des établissements. Pour les Idex, le mode de gouvernance préconisé menace l’autonomie des instances des universités et des organismes, tout en accentuant fortement les disparités entre régions. De plus, (…) nous sommes très loin des milliards annoncés par le gouvernement. (…) Il existe un risque réel de développement de véritables déserts scientifiques (…). Nous développerons une politique visant un double objectif : assurer au meilleur niveau le rayonnement international de la France dans un monde universitaire et scientifique mondial très compétitif, et dans le même temps faire en sorte que l’ensemble du territoire français bénéficie des retombées de la science et de la formation à un niveau supérieur. Aussi, dans le cadre d’une augmentation des crédits budgétaires, un soutien important devra être apporté aux régions aujourd’hui délaissées, en travaillant particulièrement sur l’organisation du réseau territorial de connaissance dans ces régions.

[ Cette partie n’est pas clarissime, même s’il est proposé que le Grand emprunt soit « révisé ». L’objectif ne devrait pas être de compléter les Idex gagnantes, mais de négocier des projets d’avenir sur une pluralité de critères (recherche, effort sur le premier cycle, ancrage régional, etc.), avec l’ensemble des territoires. Bien entendu, les territoires ayant présenté un projet d’Idex devraient pouvoir en utiliser tout ou partie pour cette négociation. D’une manière générale, il est déraisonnable de figer les choses pour 10 ans : tous les appels d’offre du Grand emprunt (Idex, Labex, IRT, etc.) devraient rentrer dans des procédures normales, en trois ans maximum.]

Un plan pluriannuel de l’emploi scientifique

Nous lancerons un plan pluriannuel de recrutement pour rejoindre les standards internationaux. Le plan pluriannuel d’emplois scientifiques sera une rupture avec la politique menée par le gouvernement actuel, qui a constamment refusé de créer des postes stables. Une forte précarité s’est développée, dont les conséquences sont désastreuses pour la recherche elle-même. La désaffection pour les carrières scientifiques s’est amplifiée (…).

Pour passer de 2,1 % du PIB actuellement consacré à la recherche à 3 %, comme pour atteindre un bon niveau international, il faudrait accroître le nombre de personnels dans le public et le privé (hors procédures de stabilisation des CDD), de même que les crédits d’équipements, de fonctionnement, et les revalorisations… Il est clair qu’un tel objectif ne pourra être atteint en une législature, mais il faut lancer le mouvement au plus vite.

(…) Le plan concernera également les carrières, qui sont aujourd’hui insuffisamment attractives, surtout en leur début. Mais il ne concernera pas seulement le système académique : nous voulons augmenter fortement les débouchés de nos docteurs dans le reste de la société, c’est l’un des piliers de la société créative que nous voulons impulser. Le sous-financement des doctorants devra aussi être résorbé. Pour rendre attractives les carrières de l’ESR, et notamment pour attirer les jeunes vers le doctorat, les carrières seront significativement améliorées, particulièrement en leur début.

[Une croissance de 5 % /an de l’ES-R suppose la création de 5 à 6000 postes / an, très majoritairement post-thèse. C’est la seule façon aussi de recruter plus jeune, et pour attirer plus d’étudiants vers les carrières d’ES-R, publique ou privée.]

L’avenir des docteurs et des CDD

Nous assurerons un avenir aux jeunes chercheurs. Le doctorat est un niveau de référence dans de nombreux pays, à commencer par nos principaux partenaires comme l’Allemagne. Les docteurs doivent être reconnus pour la qualité de leur formation, utile à de nombreux métiers en dehors de la sphère académique. L’État doit montrer l’exemple, en intégrant le doctorat comme niveau de recrutement dans les grilles de la fonction publique. (…).Nous favoriserons l’accès des docteurs aux différentes administrations, qu’elles soient au niveau de l’État ou des collectivités locales.

Dans le secteur privé, seuls 13 % des personnels de recherche sont titulaires d’un doctorat. La reconnaissance du doctorat dans les conventions collectives doit être enfin mise en œuvre. Au-delà, nous conditionnerons certaines aides de l’État à l’embauche de docteurs (…).

Nous renforcerons la formation doctorale (…) pour améliorer le suivi des doctorants, et les aspects de leur formation favorisant leur insertion professionnelle, de manière individualisée.

Nous ferons reculer la précarité des doctorants et nous soutiendrons l’avancement du recrutement des docteurs. L’explosion du nombre de CDD est un handicap (…) La priorité sera donc de favoriser l’intégration des CDD sur des emplois stables. Les crédits servant à payer ce personnel seront convertis en emplois budgétaires en respectant les modalités et le niveau des concours. Pour les recrutements au niveau du doctorat, cette opération devra s’effectuer au maximum en deux ans afin d’ouvrir la voie à un recrutement beaucoup plus jeune pour les nouvelles générations, à savoir au plus près de la thèse. Pour financer la période entre l’obtention du doctorat et le recrutement, il sera créé des allocations de transition, d’une durée de 18 mois pour donner le temps de se présenter aux concours.

[Il y a actuellement 40000 CDD dans l’ES-R public (dont 15000 pour la seule ANR). Tous n’ont pas vocation à devenir chercheur ou MCF. Un travail spécifique mériterait d’être conduit pour proposer un avenir aux autres]

(1) Lors du Forum qu’il organisait à Toulouse le 18 mai dernier, le PS précisait ses positions en matière d’enseignement supérieur et de recherche. Comme le programme de François Hollande est celui du PS, même si – et c’est bien normal – il se réserve d’en hiérarchiser les priorités, il nous parait utile de se le remettre en mémoire. Dans ce but, nous en donnons ici un résumé, qui concerne la seule recherche. Tous les textes cités ci-dessous émanent du document issu du Forum, sauf les titres et sous-titres ainsi que les rares commentaires entre crochets, qui sont de la main de l’auteur.

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