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Pierre Dubois

Les étudiants font le président

Suite des chroniques sur les élections présidentielles dans les universités. Les étudiants font le président : illustration par deux cas (Paris-Est Marne-la-Vallée, Paris 5 René Descartes). Ce n’est pas un scoop ! Depuis que les présidents sont élus (i.e depuis la loi de 1968), les voix des étudiants élus dans les conseils sont souvent décisives. Il me paraît tout à fait normal que, dans le cadre d’une volonté politique de progrès de la démocratie dans les universités, les étudiants participent à l’élection de la présidente ou du président en fonction du programme que celle-ci ou celui-ci présente et en fonction de leur appartenance syndicale ou associative.

Par contre, je trouve hautement criticable les “petits arrangements entre amis” qui se déroulent dans les couloirs, après l’élection des conseils et avant l’élection du président. Je ne souhaite pas qu’un président, qui serait minoritaire chez les enseignants et personnels administratifs, soit élu grâce aux voix des élus étudiants. Un président des étudiants : non !

La gouvernance de la LRU a augmenté la marge de manoeuvre et le pouvoir de négociation des élus étudiants, en cas de plusieurs candidatures à la présidence. Pourquoi ? 1. A cause du calendrier des élections : l’élection des conseils avant l’élection du président rend possible une période de négociation entre le(s) candidat(s) à la présidence et les quelques élus étudiants au conseil d’administration : c’est le temps des arrangements, des promesses, des surenchères.

Exemples. Promettre de n’instaurer ni de droits spécifiques, ni la sélection à l’entrée de l’université ou du master. Attribuer plus de subventions et plus de locaux aux syndicats et associations représentatives. Augmenter les fonds du FSDIE. Créer une vice-présidente étudiante dans chaucn des trois conseils. Mettre en oeuvre des modalités de contrôle des connaissances spécifiques à l’établissement et plus favorables aux étudiants. Prendre en compte l’engagement étudiant dans ces modalités. Neutraliser une demi-journée ou une journée de cours pour les activités culturelles et sportives… La liste n’est pas exhaustive ! 

2. A cause du petit nombre d’élus étudiants au conseil d’administration (3 à 5 selon la taille du Conseil d’administration – 20 à 30 membres). 3 à 5 voix peuvent faire basculer une majorité. 3. Parce que les personnalités extérieures du CA ne participent pas à l’élection du Président. Il est plus facile pour les candidat(e)s à la présidence de rencontrer 3 à 5 élus étudiants et de négocier avec eux que de rencontrer les élus étudiants de toutes les composantes d’enseignement. 4. Parce que le scrutin est à bulletins secrets : personne ne peut prouver qu’un élu de la liste d’opposition a voté en fait pour le candidat de la liste adverse. 

Débattre. Les étudiants doivent-ils participer à l’élection du président ? Effets positifs et négatifs induits par le fort petit nombre d’étudiants qui élisent le président dans le contexte LRU ? Le président devrait-il être élu avant que les élus dans les Conseils ne le soient ? Dans ce cas, peut-on envisager une élection sinon au suffrage universel par collèges (comme en Italie), tout au moins une élection mobilisant un collège électoral beaucoup plus large ? Dans la situation actuelle d’un CA électeur, composé d’environ 20 membres, le scrutin doit-il se faire à bulletins secrets ? … 

Imbroglio à Paris-Est Marne-la-Vallée (chronique du 8 décembre 2011, actualisée le 19 décembre : “Gilles Roussel, vice-président sortant, qui ne s’est pas présenté aux suffrages des électeurs enseignants (commentaire 7), sera élu président de l’université le 17 janvier 2012. Les listes qui l’ont soutenu ont obtenu moins de suffrages dans les collèges enseignants et BIATOS que les listes de l’opposition (FSU SNESUP et CGT). Le communiqué de ces listes (commentaire 6) n’annonce pas de candidature à la présidence et semble se contenter d’une position future d’opposants”.

10 janvier 2012 : une semaine avant l’élection. Absence de communication sur le site de l’université : seulement un communiqué publiant les résultats du scrutin du 6 décembre 2011. Pas de profession de foi en ligne du ou des candidats à la présidence. Le SNESUP et la CGT présenteront-ils, en définitive, un candidat à la présidence ? Aucune information donnée par les élus étudiants : pour qui voteront les 3 élus UNEF au CA (site de l’UNEF de MLV) et l’élu Cé ? Les étudiants vont faire le président. Bref, l’UPEC Marne-la-Vallée ne pratique pas la transparence : l’exercice de la démocratie exige que l’université communique non seulement sur son site Intranet à l’intention des personnels et des étudiants, mais également et largement à l’extérieur.

Frédéric Dardel, polytechnicien et professeur de biologie cellulaire et moléculaire à la faculté de pharmacie, a été élu, le 20 décembre 2011, président de l’université Paris Descartes, par 14 voix contre 8. Il succède ainsi à Axel Kahn (chronique : “le président n’est pas candidat“). Communiqué en ligne sur le site de l’université, mais pas de professions de foi.

Dans les deux collèges enseignants, la liste soutenant Frédéric Dardel n’a obtenu que 6 sièges au Conseil d’administration, contre 7 à son concurrent Christian Boitard. Pour être élu par 14 voix, Frédéric Dardel a donc obtenu 8 des 9 voix des 3 élus BIATOSS, des 5 élus étudiants, et/ou d’un autre élu enseignant. N’ayant pas obtenu de majorité chez les enseignants, j’estime que Frédéric Dardel est pour le moins “mal élu”.

Les élus étudiants ont fait le président Dardel. Les élus de la FAGE expliquent pourquoi dans un communiqué du 23 décembre 2011. “Le président Dardel s’est engagé à respecter le principe de l’université ouverte à tous, sans sélection préalable et en maintenant des frais d’inscription modiques et indexés sur l’inflation. Il s’est positionné pour donner les mêmes droits aux étudiants étrangers qu’à tous les étudiants de l’université… Il a réaffirmé le principe d’une formation adossée à la recherche et ce dès la licence. Il a enfin promis une mise à plat du PRES Sorbonne Paris Cité et de l’IDEX dès la rentrée 2012″… “Les promesses n’engagent que ceux qui y croient” !

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