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Michel Kalika

BEM – Euromed : fusion ou absorption?

Le secteur des ESC a à cœur d’appliquer ce qui est enseigné à leurs élèves dans les cours de stratégie !

L’annonce de la récente fusion entre Euromed et BEM en constitue une nouvelle illustration. La dynamique du secteur est caractérisée par une très forte intensité de la concurrence entre les Ecoles qui s’explique notamment par la caractéristique française des concours nationaux commun de sortie de classes préparatoires et d’admissions parallèles. Ce système, où les étudiants choisissent chaque année leur école, confère aux classements un rôle déterminant. Or ces classements donnent aux données de taille (effectifs étudiants et professeurs) et de budget, un rôle explicite et implicite primordiale. Il faut donc croitre et pour ce faire, après avoir développé la croissance interne (hausse de la taille des promotions, développement de programmes), les ESC s’orientent, compte tenue de la maturité de leur marché, vers la croissance externe !

Dans le contexte français, deux alternatives s’offrent alors à elles ; soit se rapprocher des universités, soit fusionner (ou s’allier) entre elles. Les relations souvent tendues entre Ecoles et Universités, les différences fondamentales de culture qui rendent le management des fusions Ecole-Université délicat poussent donc plutôt les Ecoles à se rapprocher entre elles. Cette solution s’impose aussi dans la mesure où les autorités et agences d’accréditation (AACSB, EFMD) approuvent ces mouvements stratégiques, que la pression des coûts académiques de recherche résulte des logiques d’accréditation et que les ressources des CCI décroissent.

Le mouvement est engagé et va profondément modifier le secteur. SKEMA (Nice, Lille) a initié le mouvement, Reims et Rouen ont suivi, Marseille et Toulouse ont évoqué une alliance, FBS annonce la fusion de plusieurs écoles. Ce qui est frappant, c’est l’accélération du mouvement et le retournement d’alliance, comme si la pression s’accentuait. Il est vrai que Bordeaux avait été très sévèrement jugé par un rapport AERES (PDF) sur le plan académique et se trouvait fragilisé.

Quels sont les avantages attendus d’une fusion ? Deux types de synergies sont escomptés : sur le plan des coûts (communication, concours, international, relations entreprises, alumni…) des économies d’échelle peuvent être attendues. Sur le plan de la création d’image et de valeur (recherche, classement, notoriété, …) des bénéfices sont envisageables.

Quand il y a fusion, la taille augmente mécaniquement, mais l’amélioration des performances n’est pas, elle, automatique. Comme dans les entreprises où l’on considère que plus de la moitié des fusions ne créent pas de valeur, les résultats vont dépendre de la façon dont la fusion est gérée. Les fusions se traduisent dans les faits par des absorptions posant des problèmes organisationnels qui minent l’amélioration de la performance et les synergies escomptées. On résume parfois les problèmes de fusions par des questions de chaises : il y en a deux avant, et… une après ! J Attendons donc les résultats et, en attendant, Bravo à « l’Homme du jour » : Bernard Belletante.

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