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Claude Lelièvre

Formation des enseignants: pourquoi cette préoccupation soudaine?

La proposition de loi déposée le 10 janvier 2012 par le député UMP Jacques Grosperrin en vue de « modifier le code de l’éducation en ce qui concerne certaines dispositions relatives à la formation des maîtres » devrait être examinée dès le 8 février. L’annonce de cette délibération précipitée ( alors même que le rapporteur de ce projet de loi n’était pas encore nommé et que son examen n’avait pas été planifié en commission ), ainsi que la décision du gouvernement d’inscrire ce texte dans la semaine normalement réservée à l’initiative gouvernementale ( alors que c’est un texte d’initiative parlementaire ) interpelle sur son opportunité et sur son sens. Selon Marie-Hélène Amiable ( députée GDR des Hauts de Seine ), ce texte élimine des textes existants toute mention des IUFM en affirmant que les enseignants seront formés « notamment » par les universités, ce qui laisserait par ailleurs « la voie ouverte au privé ».

Qu’en est-il si l’on compare méthodiquement les articles actuellement en vigueur, et les propositions de modifications inscrites dans le projet de loi présenté par le député UMP Jacques Grosperrin ?
L’article L 625-1 du code de l’éducation énonce actuellement que « la formation des maîtres est assurée par les instituts de formation des maîtres. Ces instituts accueillent à cette fin des étudiants préparant les concours d’accès aux corps des personnels enseignants et les stagiaires admis à ce concours. La formation dispensée dans les IUFM répond à un cahier des charges fixé par arrêté des ministres chargés de l’enseignement supérieur et de l’éducation nationale après avis du Haut Conseil de l’éducation. Elle fait alterner des périodes de formation théorique et des périodes de formation pratique ». Dans le projet de loi de Jacques Grosperrin, cet article L.625-1 devient : « La formation des maîtres est assurée notamment par les universités, qui, à cette fin, accueillent en formation des étudiants préparant les concours d’accès aux corps des personnels enseignants et participent à celle des stagiaires admis à ces concours. La formation dispensée aux étudiants et aux personnels stagiaires admis aux concours enseignants répond à un référentiel arrêté par les ministres chargés de l’enseignement supérieur et de l’éducation nationale ».

L’article 2 du projet de loi Groperrin indique que le mot «  continue » est supprimé au cinquième alinéa de l’article L.721-1 ( au moment où il est question de la « formation continue des personnels enseignants » ) et que le quatrième alinéa du même article est abrogé, à savoir : « Dans le cadre des orientations définies par l’Etat, ces IUFM conduisent les actions de formation professionnelle initiale des personnels enseignants. Celles-ci comprennent des parties communes à l’ensemble des corps et des parties spécifiques en fonction des disciplines et des niveaux d’enseignement ».

Bref, il s’agit de donner force de loi à l’effacement des « Instituts universitaires de formation des maîtres » » et, de fait, aux « parties communes » ( de formation ) destinées « à l’ensemble des corps » ( un principe au fondement des IUFM, même s’il s’est inscrit dans leur réalité de fonctionnement de façon parfois incertaine, en tout cas variable ), et  aussi de mettre fin à l’avis requis du Haut Conseil de l’éducation ( qui n’a pas hésité à faire publiquement état de ses préoccupations lors de la réforme récente de la formation des enseignants…).
Quant à savoir si l’affirmation dans le projet de loi que les enseignants seront formés « notamment » par les universités « laisse la voie ouverte au privé » comme l’estime la députée GDR Marie-Hélène Amiable, l’histoire jugera…si l’UMP garde le pouvoir au printemps prochain.

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