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Pierre Dubois

Les étudiants font le président (2)

Deux responsables de la FAGE, Adrian Brun, vice-président étudiant de l’université Paris Descartes au moment de l’élection de Frédéric Dardel, et Claire Guichet, ancienne présidente de la FAGE, m’ont adressé deux long commentaires critiques à la suite de la publication de ma chronique du 10 janvier 2012, “Les étudiants font le président“. Je les en remercie vivement car ils posent, de manière fort argumentée, des questions de fond sur les élus étudiants au conseil d’administration et sur leur participation à l’élection des présidents. Les deux commentaires : celui d’Adrian Brun, celui de Claire Guichet. Il faut débattre.

Certains de mes propos ont particulièrement choqué Adrian et Claire. J’ai écrit : “je trouve hautement criticable les “petits arrangements entre amis” qui se déroulent dans les couloirs, après l’élection des conseils et avant l’élection du président”. Ces propos sont blessants et contraires à la réalité. Je les retire et je demande aux militants étudiants de bien vouloir m’en excuser. Adrian explique très bien les longues discussions, négociations (plus de 50 heures) que les élus de la FAGE à Paris Descartes ont eues avec les deux candidats à la présidence, avec les élus enseignants et BIATOSS.  

Autre propos critiqué. “Je ne souhaite pas qu’un président, qui serait minoritaire chez les enseignants et personnels administratifs, soit élu grâce aux voix des élus étudiants. Un président des étudiants : non ! Claire me suggère avec causticité d’écrire une autre chronique : Un président des BIATOSS, non ! Elle a raison : la période qui sépare l’élection du Conseil d’administration et l’élection du président permet des discussions et négociations utiles ; les BIATOSS y participent aussi.

J’agrée ce qu’Adrian écrit : “la réflexion des élus de la FAGE s’est basée non pas sur ce que le candidat pouvait promettre aux étudiants, mais sur le choix du meilleur président pour toute la communauté universitaire“. Je demande pour ma part que les résultats du dialogue entre les élus des différentes listes soient rendus publics et largement diffusés avant l’élection du président : ce qui fut fait à Paris Descartes. Je souhaite également que l’élection du président ne se fasse plus, dans l’avenir, à bulletins secrets, chaque élu prenant ses responsabilités.

La réglementation LRU de la gouvernance des universités permet, en cas de partage ou de quasi-partage des sièges au CA dans les collèges enseignants, aux étudiants et aux BIATOSS, de se positionner en arbitre pour l’élection du président. C’est la loi : dont acte ! Et Adrian a raison : il serait difficile de comprendre que les élus étudiants s’abstiennent de participer à l’élection du président. Cette position d’arbitrage est-elle fréquente ? Claire me reproche – bien joué – de me fonder sur deux exemples seulement (Paris Descartes et Marne-Vallée) ; un 3ème exemple – celui d’Angers – exposé dans la chronique de ce matin : “Journal des élections universitaires“.

Claire estime que ce type de situation est en fait rare et ne peut apparaître que dans le contexte suivant : “des enseignants divisés, tout juste capables d’établir une majorité, sans contact avec les BIATOSS qui sont pourtant leurs collègues et, en face, des étudiants qui gagnent une claire majorité, se serrent les coudes et votent pour celui qui leur semble avoir le meilleur programme… Ils ne sont d’ailleurs à ce jeu pas plus bêtes que les autres”. Il n’y a eu encore que peu d’élections présidentielles universitaires en 2012. Combien de positions d’arbitrage des élus BIATOSS et étudiants seront observées ? Personne ne peut le dire encore : ni Claire, ni moi.

J’arrive enfin à l’essentiel du débat entre les deux responsables étudiants et le blogueur : “un président des étudiants : non” ! Les étudiants doivent-ils avoir des élus au Conseil d’administration des universités, et donc participer avec droit de vote aux délibérations de l’instance législative. Mon expérience d’élu au conseil d’administration dans trois universités, d’élu au CEVU, d’élu au conseil d’UFR et de direction de département ou d’UFR, me font pencher pour une réponse négative à cette question. Jamais, je dis bien jamais, les étudiants, élus dans les mêmes conseils que moi, n’ont réussi à contrecarrer, à empêcher la mise en oeuvre des propositions faites par le président ou le directeur d’UFR. Tout au plus – et ce n’est pas rien – ont-ils réussi quelquefois à faire voter des motions, placées d’ailleurs en fin de séance, sur les droits spécifiques (dont celui du sport), sur la nécessité d’une loi de programmation pour l’enseignement supérieur et la recherche…

Les étudiants méritent mieux que cette négation de leur droit à la parole et à la proposition. Ils ont des idées sur l’université ; les deux textes d’Adrien et de Claire le prouvent. Mais j’estime qu’ils ont mieux à faire que de faire semblant de cogérer l’université. 20 ans de recherches internationales sur les transformations des universités en Europe me font penser qu’il ne doit plus y avoir d’étudiants avec droit de vote dans les conseils centraux.

Je suis partisan de la création d’un Conseil étudiant élu au suffrage universel. Un conseil étoffé (30 étudiants environ), un conseil présidé par un étudiant, un conseil obligatoirement consulté sur tous les points à l’ordre du jour des conseils centraux, un conseil qui donne des avis écrits sur les points qu’il souhaite, des avis qui devraient être obligatoirement lus dans les conseils centraux par les membres du bureau du Conseil étudiant avant que les élus de ces conseils ne débattent des points en question, des avis auxquels la direction de l’université devrait également répondre par écrit, une fois entendus en séance les arguments des conseillers.

Je suis persuadé que les avis écrits d’un tel Conseil étudiant auraient plus d’influence sur les orientations des universités que les interventions orales des étudiants actuellement élus dans les conseils centraux. A débattre : il faut abolir la gouvernance de la LRU !

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