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Pierre Dubois

Licence : parcours et insertion

Le Céreq est-il mort ? Le directeur, Frédéric Wacheux, le pense et le dit. La plupart des administrateurs (dont les représentants élus du personnel) ne le pensent pas et rétorquent au directeur que ce n’est pas à lui de décider ! C’est aux deux ministères de tutelle (Education, Travail et Emploi), aux collectivités locales et aux partenaires sociaux. Le PS et François Hollande doivent prendre position : quel avenir pour le Céreq et plus globalement pour la statistique publique dans le champ de la relation Formation-Emploi ? 21 chroniques du blog sur le Céreq.

La dernière publication du Céreq vient à point nommé pour éclairer les poins forts et les points faibles de ce Centre quadragénaire. Il s’agit du n°36 de Reflet (janvier 2012) : “Etudier en licence : parcours et formation” (édité par Isabelle Borras, Dominique Epiphane, Philippe Lemistre, Gaël Ryck). Ce volume de 240 pages est le fruit des études et recherches du Céreq, de ses centres associés, d’observatoires universitaires, réunis au sein du Groupe de travail sur l’enseignement supérieur (GTES). Lire aussi la chronique de ce blog “La licence universitaire en chiffres“.

Deux points excellents de cette publication. Elle analyse toutes les situations qu’il faut connaître pour pouvoir faire évoluer et progresser le taux de réussite en licence (analyse des parcours de formation post-bac) et le devenir professionnel des diplômés de licence qui ne poursuivent pas d’études. Partie I. Les parcours étudiants : motivations et projets des nouveaux inscrits, mesures et analyse du décrochage en L1, impact des dispositifs d’aide à la réussite, impact des réformes (LMD, licence professionnelle) sur les parcours étudiants. Partie II. Parcours d’étudiants post-L3 : plutôt poursuites d’études ou plutôt insertion professionnelle.

Second point fort de la publication. Elle révèle qu’un potentiel humain d’excellence existe pour collecter, traiter, analyser et comprendre les parcours de formations, les poursuites d’études et les devenirs professionnels. Il faut non seulement préserver ce potentiel d’expertise mais le renforcer. Pourquoi ? Parce qu’on a besoin de dispositifs statistiques rigoureux d’aide à la décision. Ce “on” signifie plusieurs acteurs. Aide à la décision politique (régulation du système d’éducation et d’emploi par le politique national et régional). Aide à la décision universitaire (stratégie de l’offre et de la carte des formations dans les établissements). Aide à la décision des étudiants et de leurs familles (quel parcours de formation choisir ? combien d’années d’études faire ?).

Et c’est là que le bât blesse ! Le Céreq, ses centres associés, les observatoires universitaires qui coopérent avec le Céreq n’ont plus les moyens financiers et humains pour fournir des données indispensables aux trois niveaux de décision énumérés dans le paragraphe précédent. La publication sur la licence le démontre : aucun acteur ne peut décider en s’appuyant sur les données publiées, car celles-ci sont trop anciennes. S’interroger sur l’impact du LMD et des licences professionnelles sur les poursuites d’études et le devenir professionnel est une question pertinente. Mais le faire en s’appuyant seulement sur les données de l’enquête Génération 2004, alors qu’il existe une enquête Génération 2007, n’est pas admissible pour les différents décideurs : “vos données sont obsolètes“. Les décideurs ont besoin de données récentes, annuelles, comparables dans le temps et dans l’espace. Il ne faut pas leur donner, une seule seconde, la possibilité de critiquer les données.

Il faut réinventer le système statistique public pour qu’il réponde aux demandes des trois décideurs. Il nécessite au moins autant de moyens qu’aujourd’hui ; il passe certainement par une restructuration des services statistiques du champ de la relation formation-emploi (Céreq, DEPP, INSEE, DARES, DRES, DGESIP…).

La demande de données existe-t-elle ? Frédéric Wacheux, candidat UMP aux prochaines élections législatives, répond “non” à la question. Il n’est pas le seul à le penser et à le dire. Ceux qui nous gouvernent aujourd’hui n’ont pas besoin de données pour décider ; les données les dérangent. Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez, Luc Chatel, Xavier Bertrand ne font que de la statistique politique, mettent en péril la statistique publique chaque fois qu’ils le peuvent. Oui, les élections du printemps 2012 devraient être un temps-clé pour l’avenir de la statistique publique. La mort ou la vie ?

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