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Pierre Dubois

CPU. L’oecuménique Louis Vogel

Discours de clôture du Colloque annuel de la CPU par son président, Louis Vogel. Discours oecuménique qui parvient à faire croire que tous les présidents d’université sont d’accord avec les analyses présentées au cours du colloque et avec les perspectives de l’enseignement supérieur et de la recherche pour l’avenir. La longue plaidoirie du professeur de droit est élégante, charpentée, argumentée, précise, lyrique et même quelquefois convaincante.

Qu’il devait être agréable pour les présidents, présents à Marseille, de se sentir tous unis et mobilisés pour l’avenir. Tous unis quelles que soient leurs idéologies et sensibilités politiques ? Quels que soit leur avenir présidentiel (27 chroniques du blog sur les élections universitaires). Louis Vogel aurait-il réussi le tour de force de mettre d’accord la droite et la gauche ? Sarkozy et Hollande, même combat pour le SUP ?

Mais Louis Vogel, par ferveur oecuménique, manque quelquefois de profondeur historique … “Nous sommes une génération de présidents qui avons connu, avec nos équipes et l’ensemble de la communauté universitaire, en l’espace d’un mandat – et parfois d’un deuxième, très écourté – la période de transformation la plus dense du système d’enseignement supérieur et de recherche“. C’est faux ! Le juriste n’égrène pas moins de 14 “ingrédients” qui ont entraîné une “profonde transformation du paysage universitaire”. Louis Vogel donne donc quitus à la politique gouvernementale des 5 dernières années. Trop, c’est trop ! Entendant les propos de son collègue Vogel, Anne Fraïsse, présidente de Montpellier 3, est-elle sortie de la salle (chronique : “La présidente rage contre Hollande“) ?

Louis Vogel reconnaît cependant un échec de la politique gouvernementale : le premier cycle du supérieur. L’objectif fixé à Lisbonne – conduire 50% des jeunes générations à l’obtention d’un diplôme du supérieur – n’a pas été atteint. Pire, le taux observé n’a pas progressé au cours des 5 dernières années, voisine les 43%. Louis Vogel ose alors une critique : “ni l’arrêté licence du 1er août 2011, ni les initiatives d’excellence en formations innovantes (IDEFI) que nous avions appelées de nos vœux et que nous saluons – en attendant les résultats ! – , ni la construction des référentiels de compétences ne sont à la hauteur de ces ambitions“. Mais pourquoi donc alors la CPU s’est-elle abstenue au CNESER sur le projet de réforme de licence, devenu l’arrêté du 1er août ? 

Pour ce qui est 5ème principe avancé dans son discours – l’enracinement territorial de nos universités -, Louis Vogel ne se sent pas très à l’aise. Des risques d’universités à 3 vitesses ? Quels contrats territoriaux négocier et signer avec les collectivités territoriales ? Quels dispositifs ? Le contrat de programme entre l’Etat et la Région (CPER) ? Le schéma directeur régional de l’enseignement supérieur et de la recherche ?

Louis Vogel botte en touche et fait état d’une proposition fort sibylline“Toutes ces procédures ne correspondent plus aux enjeux d’une stratégie de développement territorial fondée sur l’autonomie des universités et l’excellence de l’enseignement supérieur et de la recherche. Le projet stratégique, comme le propose Alain Fuchs, doit régler les équilibres fins et les équilibres dynamiques entre les logiques de site et les logiques de réseaux”.

Prudence de Louis Vogel. Laurent Wauquiez, dans son discours devant les présidents, a, lui, était beaucoup plus clair en attaquant frontalement les collectivités territoriales. Selon EducPros, “le ministre a invité les universités à la prudence vis-à-vis des régions : “vous êtes dans le périmètre de l’Etat et c’est dans ce cadre que vous avez une marge d’autonomie. Mais vous n’êtes pas sous la main mise des collectivités. Elles ne doivent pas vous dicter la vision qui doit être la vôtre en matière d’enseignement supérieur.

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