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Henri Audier

Les avancées de François Hollande à Toulouse. Mais des ambiguïtés qui demeurent

François Hollande ne dévoilera, en principe, son programme pour l’enseignement supérieur et la recherche que dans quelques semaines. Il est donc normal que tout ne soit pas dit aujourd’hui, sans préjuger du caractère positif de ce qu’il dira.

Le discours de François Hollande à Toulouse, lors du Forum de l’innovation Futurapolis organisé par Le Point, contient des aspects positifs et nouveaux, mais aussi des aspects plus ambigus. Ne disposant pas du discours complet, nous utiliserons ici le résumé figurant sur le site de François Hollande, ainsi que ceux de quatre médias (Le Point, 20 minutes, AFP, Yahoo ).

Commençons par les aspects positifs. “Je veux affirmer ma confiance dans la recherche, dans le progrès, dans la science”, a dit M. Hollande d’après 20 Minutes, qui explique que malgré “la contrainte budgétaire lourde” qui sera la sienne en cas de victoire, il assure : “L’éducation et la recherche doivent être prioritaires dans les choix que nous aurons à faire dans les prochaines années.”

D’après le résumé qui figure sur le site de François Hollande, ce dernier « a commencé son intervention, souhaitant augmenter la part de la recherche dans l’effort public. Aujourd’hui, 2,2 % de la richesse nationale sont consacrés à la recherche. C’était déjà le montant en 2002.(…) Dans la même esprit, poursuit le site, François Hollande a affirmé qu’il réorienterait les crédits du Grand emprunt lancé par l’actuel gouvernement davantage vers le monde de la recherche et des PME françaises qui, aujourd’hui, n’en sont que faiblement les bénéficiaires. Phrase que reprend Yahoo pour qui FH a constaté “au final peu de retombées directes du grand emprunt dans le domaine de la recherche”. (…) “Je veux continuer ce qui a été engagé avec le grand emprunt. Il manque aujourd’hui 20 milliards d’euros qui ne sont que des promesses”.

A l’évidence, quand il parle d’accélérer « le grand emprunt », François Hollande parle d’accélérer la distribution de son montant et non de ses seuls intérêts, mais aussi de réorienter les sommes prévues. On ne voit du reste pas pourquoi, s’il n’en était ainsi, il évoquerait la somme de 20 milliards alors que les intérêts versés la première année pour l’ES-R au nom du grand emprunt, sont ou seraient de l’ordre de 500 millions. D’ailleurs, si parmi ses 60 propositions figure l’accélération de la mise en paiement du grand emprunt, c’est bien qu’il s’agit du capital et non de la modique somme résultant des seuls intérêts.

Le fait que les crédits n’iront pas qu’aux gagnants des Idex est conforté par le compte-rendu du Point. Je cite : « Je ne veux rien empêcher, rien freiner, je veux au contraire accélérer, approfondir ». Pour François Hollande, il s’agit « d’accélérer le versement, d’aller plus vite ». Fustigeant une « politique qui laisse à penser que certaines universités auraient été oubliées », il a lancé, très applaudit : « Aucune université française ne doit être oubliée ».

Il conviendra toutefois que François Hollande précise cet aspect déterminant car, comme le pensent certains collègues, il ne sera pas suffisant de récupérer 500 millions sur l’ANR et 2 milliards sur le CIR (le Crédit Impôt recherche) pour faire face. Comme je l’ai montré dans un précédent article : sur 5 ans, ce sont bien 20 milliards (en cumulé) qui sont nécessaires. Soit 1,3 milliard de plus par an (hors vie étudiante) : 5 % de croissance du budget de l’ES-R, hors inflation.

Tout en s’efforçant de ne pas « spolier » les gagnants des divers Lotos des EX ( i.e. en veillant à ce que les projets scientifiques ne soient pas compromis), il ne saurait être question de laisser ces Idex ou autres structures en l’état, du moins pour l’auteur. Trop de scandales – nous en traiterons dans de prochains articles – ont éclaboussé ces structures. Notons dès à présent que pour que la légalité soit respectée ces projets, comme ceux de tous les autres sites, devront faire l’objet d’un avis des conseils scientifiques et des CA concernés. Et qu’il est hors de question que de nouvelles structures de « gouvernance », complexifiant encore le système, soient mises en place. Comme il semble hors de question que tous les établissements d’un même site ne soient pas concernés par un investissement de l’Etat ou que les Labex et autres IRT aient pour conséquences d’effacer les UMR ou d’affaiblir le rôle de leurs tutelles.

Ses propositions sur l’innovation et le CIR seront discutées dans un prochain article

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