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Pierre Dubois

Abroger la gouvernance LRU

Débattre. 15 élections aux Conseils centraux et à la présidence des universités ont déjà été analysées sur ce blog. Les constats permettent de dresser un premier diagnostic, de comparer. ils confirment mon souhait : il faut abroger le titre de la loi LRU qui porte sur la gouvernance des universités. 2012, deuxième vague d’élections de présidents LRU, démontre que, dans chaque élection, il y a des problèmes et quelquefois de graves problèmes qui relèvent de la démocratie, de la représentation équitable des électeurs, enseignants, personnels ingénieurs, techniques et administratifs, étudiants.

1. Déclarations de candidature à la présidence. Les candidat(e)s ont plusieurs choix : être tête de liste, ne pas l’être mais avoir le soutien d’une liste (cas de Paris Ouest et de Dijon), n’être ni l’un ni l’autre (cas de Paris Nord 13), n’annoncer son intention qu’après l’élection des conseils centraux (cas de Claude Bernard Lyon 1). A Nanterre et à DIjon, les deux présidentes sortantes n’étaient pas tête de liste ; n’étant pas élues au CA, elle ne participeront donc pas à l’élection présidentielle ; elles éviteront une défaite publique qui est pour l’instant fort plausible.

Puisqu’il s’agit d’une élection présidentielle, ne serait-il pas plus logique que celle-ci précède l’élection des Conseils centraux ? Une élection par un collège électoral beaucoup plus large qu’actuellement. Une élection à deux tours, le second tour étant limité à deux candidats. Eviter à tout prix ce qui est en train de se passer en Lorraine : cinq candidats à la présidence vont briguer les suffrages de 30 électeurs, élus ou désignés au CA.

2. Durée du mandat. La LRU a fait passer de 5 à 4 ans la durée du mandat présidentiel. Trop court ? Trop long ? Je suis de plus en plus persuadé qu’il faudrait réduire à 2 ans le mandat des présidents, sous condition bien sûr que le président ait un autre rôle que celui de Chef de l’administration universitaire. Pour un président stratège, défenseur de l’intérêt général, mobilisateur des énergies, négociateur avec les parties prenantes !… Un mandat court permettrait le retour à la fonction d’enseignement et de recherche (”Le recteur Hegel“), freinerait l’ardeur des présidents qui veulent avoir une “place de chef à vie” dans le système de l’Enseignement supérieur et de la recherche.

3. Renouvellement du mandat. Elections de Nanterre et de Dijon. Bernadette Madeuf et Sophie Béjean étaient candidates à leur succession. Pour l’instant, un seul candidat à sa propre succession va être élu, Khaled Bouabdallah (Jean Monnet Saint-Etienne), mais il est le seul candidatSolliciter un second mandat, comme la LRU le permet, n’est-ce pas un piège ? La CPU avait demandé que le renouvellement soit possible : est-elle toujours convaincue de la pertinence de sa demande ?

4. La prime de sièges à la liste arrivée en tête. Les élections de Nanterre et de Dijon démontrent l’absurdité de cette prime. Son effet est en effet doublé par l’existence de deux collèges enseignants. L’exemple le plus caricatural est celui de Lyon 3 : “Président élu avec 7 voix d’écart“. Deux cas de figure cependant. Ou une seule liste gagne dans les deux collèges (cas de Corse, Paris 4, Paris 6, Paris 12…) et l’élection du président est alors “pliée” ; la représentation de la liste perdante est alors symbolique ; les élus BIATOSS et étudiants ne peuvent faire le président. Ou une liste gagne dans un collège et l’autre liste dans l’autre collège ; elles ont alors autant d’élus enseignants ; les élus BIATOS et étudiants font la décision (cas de Paris 5, d’Angers). Certes, on peut souhaiter qu’il y ait une majorité stable et significative au CA, mais pas en faisant n’importe quoi !

5. Sexe et discipline. Bernadette Madeud et Sophie Béjean s’en vont ? Deux femmes, deux économistes. Les présidentes d’université étaient déjà fort peu nombreuses. Elections qui ont déjà eu lieu : seuls des hommes ont été élus ou sont en situation de l’être, à une exception près, celle de Paris Nord Villetaneuse (2 femmes sont candidates). Les enseignants du secteur Santé, praticiens hospitaliers ou non, sont les gagnants de la “bataille” entre les disciplines. Des présidents, hommes médecins ! 

Interprétations des deux dominations, sexuelle et disciplinaire ? Est-ce dû au mode de constitution des listes de candidats au CA. Je publierai prochainement une chronique sur la constitution des listes. Elle peut donner lieu à tous les “coups fourrés”. Est-ce dû au passage des universités aux responsabilités et compétences élargies (RCE), à l’intégration de la masse salariale dans le budget, ce qui conduit à des budgets de plusieurs centaines de millions d’euros ? Les pires stéréotypes existeraient-ils encore chez une partie des électeurs : ”les hommes gèrent mieux les grosses masses d’argent que les femmes ! Les praticiens hospitaliers sauront guérir les universités qui courent à grandes enjambées vers la cessation de paiement” ! 

Les 5 points analysés ci-dessus ne sont pas les seuls points criticables de la gouvernance de la LRU. A suivre…

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