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Bernard Desclaux

Professeur principal, la complexité du rôle

Nous avons en France, rassemblé sur une seule personne, le professeur principal, un ensemble de fonctions et de responsabilités très important. C’est l’état actuel de l’organisation de notre système. Dans certains établissements, on voit apparaître différents rôles de coordination attribués à d’autres enseignants, mais c’est encore rare.
Notre professeur principal a donc plusieurs fonctions :

  • Pédagogique. Coordination de l’action pédagogique de l’ensemble de l’équipe.
  • Animation de la classe. A la fois dans ses aspects disciplinaires et maintenant « expressif » avec notamment la gestion des heures de vie de classe.
  • Orientation. Dans de multiples directions : administratives, informatives, de conseil, de préparation de l’évaluation…
  • Educative. Coordination de l’équipe pour notamment l’éducation à l’orientation, mais également l’organisation de nouveaux champs d’intervention (éducation à la santé, éducation routière…, etc).

La complexité du rôle est donc traditionnellement expliquée par la multiplicité des tâches et des acteurs avec lesquels il est amené à agir. Voir la dernière circulaire du professeur principal qui remonte à 1993 : Rôle du professeur principal dans les collèges et les lycées. Circulaire n° 93-087 du 21 janvier 1993.
Je voudrais ici insister sur une autre source de complexité.

La complexité temporelle concernant l’orientation

Le rôle du professeur principal s’inscrit dans trois horizons temporels.


Un premier horizon est le présent immédiat. Il s’agit de stimuler l’investissement de chacun des élèves dans ses activités scolaires, mais aussi dans ses activités extra-scolaires, qui le constituent. Sans oublier ses activités de recherches d’information, de curiosité… Au fond créer, offrir des occasions de grandir, d’acquérir des connaissances, et des compétences, de nourrir des envies, des motivations, des intérêts.


Un deuxième horizon est celui de l’orientation scolaire, la préparation des projets scolaires, des choix, des décisions. C’est l’horizon le plus encadré par les procédures d’orientation.


Il y a toujours un lien plus ou moins conflictuel entre ces deux horizons. Si les résultats scolaires ne sont pas en cohérences avec la nature du projet scolaire envisagé, que faire ? Modifier les comportements présents pour améliorer la réussite ? Mais il faut s’y prendre suffisamment tôt dans l’année pour espérer une modification efficace. Modifier le projet ? Proposer une décision d’orientation basée sur un pari ? Persuader l’élève, et souvent sa famille qu’il doit renoncer à ce projet.

Mais il existe un troisième horizon, celui de l’avenir, hors l’école. Jusqu’à présent nous avions un consensus qui supposait qu’il existait un lien, une relation très forte entre la réussite scolaire et l’insertion dans la vie active, entre les formations professionnelles et l’activité professionnelle. Nous savons que ce consensus qui peut-être était une illusion, est en tout cas aujourd’hui en très grande partie faux et le sera encore plus à l’avenir.


Le temps de l’insertion à la sortie de la formation est de plus en plus long, et l’observation réelle des activités professionnelles des personnes montrent qu’elles sont de plus en plus déconnectées de la formation reçues pour toute une série de raisons. Des raisons qui tiennent à la complexité extrême et à la mouvance des champs professionnels, mais aussi à l’accélération des changements technologiques.


Bien sûr, et malheureusement (?), les changements sont aussi provoqués par des ruptures d’emplois pour diverses raisons.


Et il ne faut pas oublier les comportements des personnes elles-mêmes qui mettent de plus en plus de temps à se « trouver ». La construction de soi dépasse aujourd’hui de beaucoup le temps de la scolarité, de la formation initiale (qui s’étend dans l’enseignement supérieur).


Cette construction de soi se fait dans le présent de la classe et donc dans ce premier horizon temporel, et elle se poursuivra bien au-delà.

L’éducation à l’orientation, c’est la prise en compte de ces différents temps : aider au développement de soi, gérer les parcours de formation, acquérir des comportements et des attitudes qui permettront l’orientation tout au long de la vie.

Ps : texte écrit il y a 10 pour le lancement de la formation des professeurs principaux dans l’académie de Versailles. Etait-il pertinent à l’époque ? Et l’est-il encore aujourd’hui ?

Bernard Desclaux

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