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Pierre Dubois

Président Gérard Blanchard

Second mandat pour Gérard Blanchard, réélu président de l’université de La Rochelle le 16 avril 2012, par 14 voix contre 8 à Jean-Marie Piot (”chronique : “Minoritaire mais réélu“). Beau score mais moins bon que celui obtenu en 2008 : 20 voix et 2 abstentions. CV pour l’élection à la présidence et CV sur EducPros. 

Gérard Blanchard est incontestablement un président engagé au service de son université, de ses étudiants, de ses personnels, de ses partenaires économiques et sociaux. Il l’a démontré depuis sa nomination en 1998 (il a alors 36 ans) à La Rochelle comme professeur, écologue, spécialiste de l’étude de l’organisation et du fonctionnement des éco-systèmes. En 1998, l’université de La Rochelle n’a que 5 ans d’existence et elle a encore tout à prouver.

Gérard Blanchet, chargé de recherche au CNRS avant sa nomination comme professeur, s’implique d’abord dans son université en s’appuyant sur son expérience et compétences de chercheur. De 2000 à 2003, il est directeur du DEA de Biologie marine et directeur de l’institut du Littoral. De 2002 à 2004, il est membre de la section 12 du Comité national du CNRS. De 2002 à 2008, il est directeur d’une UMR ULR-CNRS, aujourd’hui dénommée Littoral, Environnement, Sociétés (LIENSs).

Le moment-clé de la prise de responsabilités de Gérard Blanchet dans son université est l’année 2003 : à 43 ans, il est élu vice-président en charge du Conseil scientifique, sous le mandat du Président Pouyllau. Celui-ci, élu en mai 2003, n’avait pas eu une élection facile ; il n’avait été élu au 1er tour de scrutin qu’avec une voix de majorité (45 voix sur 89 électeurs, membres des 3 conseils). Avant d’être élu, Michel Pouyllau était vice-président du CA sous le mandat de Christian Eskenazi. Gérard Blanchet était vice-président de Michel Pouyllau. Vice-président avant d’être président : un trajectoire majoritaire dans les universités.

Quels étaient les projets de Gérard Blanchet en 2008 ? Une interview à EducPros (22 octobre 2008) les révèle : priorités au passage à l’autonomie, à la création d’un PRES et d’une Fondation. Il choisit ainsi une stratégie clairement en faveur d’une application rapide de la loi sur la recherche de 2006 et de la loi LRU de 2007. Et il le fait savoir, en jouant tout de suite les “bons élèves”. Il accueille Valérie Pécresse le 24 octobre 2008 dans le cadre d’une table ronde sur les actions mises en place par l’université pour le passage au 1er janvier 2009 aux responsabilités et compétences élargies (RCE). Valérie Pécresse salue le dynamisme de l’université.

Les trois priorités de Gérard Blanchard sont mises en oeuvre dès 2009. Le passage aux RCE est effectif le 1er janvier 2009. La Fondation est lancée dès le 1er juillet 2009. Le PRES Limousin Poitou Charentes est créé par décret du 29 juin 2009 et inauguré par Valérie Pécresse le 3 décembre 2009 (dossier de presse) ; Gérard Blanchard en devient le premier président. Dans ma chronique du 25 janvier 2010, consacrée aux PRES non fusionnels, je concluais : “l’avenir du PRES bi-régional est dans la reconstruction de l’université unique de Poitiers, université fondée en 1431 par la volonté conjointe du roi Charles VII et du pape Eugène IV (cliquer ici). Le plus tôt sera le mieux“.

Autres objectifs visés en octobre 2008. “Quant aux instituts, j’ai déjà nommé les chargés de mission qui doivent aboutir dans un à trois ans à la création et à la certification d’un institut de gestion, de l’institut universitaire Asie-Pacifique et d’un institut polytechnique“. Les sites de l’Institut de Gestion, de l’Institut Universitaire Asie-Pacifique, de l’Institut universitaire polytechnique ne mentionnent ni l’obtention d’une certification, ni le projet de certification. Des tentatives ont-elles été faites ?

Gérard Blanchet n’hésite pas à afficher son université comme un exemple de réalisation réussie de la politique gouvernementale. Sur le site du MESR, La Rochelle fait l’objet d’un des trois zooms sur les universités autonomes. “Une université qui mise tout sur la réussite et l’insertion professionnelle de ses étudiants et sur le développement de “pépites” en matière de recherche. Université de proximité, l’université de La Rochelle, en devenant autonome, a développé l’image d’une université dynamique et suscité de nouveaux partenariats“.

Durant son second mandat, Gérard Blanchard cherchera-t-il à se positionner davantage encore au niveau national. La présidence du PRES Limousin Poitou Charentes, exercée pendant deux ans, l’a fait monter d’un cran dans les responsabilités. Idem pour son élection au conseil d’administration de la CPU, en décembre 2010. “J’ai aujourd’hui suffisamment d’expérience sur la plupart des dossiers universitaires pour vouloir m’impliquer à un niveau national dans la démarche collective de mutualisation de la CPU. Je suis dorénavant membre des commissions de la formation et de l’insertion professionnelle ainsi que des moyens et personnels“.

Début 2012, au colloque de la CPU sur l’avenir des universités, il préside une table ronde et défend son modèle d’université de nouvelle génération, qui doit pouvoir coexister au côté d’autres modèles d’université, même si “trois caractéristiques doivent rester communes : le statut de fonctionnaire des personnels, l’habilitation nationale des diplômes et le maintien de droits d’inscription modestes pour les étudiants, fixés par l’État“.

En décembre 2012, Gérard Blanchard, quand les instances de la CPU seront renouvelées, candidatera-t-il à une présidence de commission ou même au bureau ? Le président réélu de l’université de La Rochelle aura 50 ans à la fin de cette année : il a donc le temps de progresser encore dans la carrière de haut responsable universitaire.

Dans l’immédiat, peut-il réussir son second mandat et mettre en oeuvre le projet stratégique conçu pour son université : “une université de nouvelle génération (prochaine chronique). Ce projet n’est-il pas que de la communication habile ? Les temps seront durs en effet pour l’université de La Rochelle : échec aux investissements d’avenir (50 millions d’euros seulement pour les 2 universités de Poitou-Charentes), difficultés soulignées par le rapport de l’AERES, faible nombre de professeurs (75) vont restreindre les marges de manoeuvre et limiter les initiatives. En cas de changement de majorité gouvernemantale, Gérard Blanchard ne sera-t-il pas stigmatisé comme “trop bon élève” de la LRU ?