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Une mythologie chasse l’autre

Ainsi donc le quinquennat de François Hollande s’ouvre avec un double hommage aux Tuileries ce mardi à Marie Curie et à une figure française aussi illustre que controversée, Jules Ferry. Que faut-il y lire ?

Le recours à l’histoire est une passion française. François Mitterrand en 1981 avait déposé dans le recueillement une rose au Panthéon sur les tombeaux de Victor Schoelcher, Jean Jaurès et Jean Moulin. Il y a cinq ans, le premier geste de Nicolas Sarkozy avait été un hommage à un jeune fusillé de 17 ans, Guy Môquet, inaugurant un hommage bavard à “l’engagement de la jeunesse pendant les années noires de l’Europe”. Le président sortant avait également déposé des gerbes sous les statues de Georges Clemenceau et Charles de Gaulle sur les Champs Élysées.

Pourquoi Ferry ? Pendant la campagne de 2007, Nicolas Sarkozy s’était plu à convoquer le fondateur de la “République des instituteurs”. Juste avant le premier tour, le 29 avril, à Bercy, il l’enrôlait même : “Voyez comme l’héritage de Mai 68 a liquidé l’école de Jules Ferry, qui était une école de l’excellence, une école du mérite, une école du respect, une école du civisme, une école qui voulait aider les enfants à devenir adultes et non à rester de grands enfants, une école qui voulait instruire et non infantiliser, parce qu’elle avait été construite par de grands républicains qui avaient la conviction que l’ignorant n’est pas libre”…

L’hommage de mardi marque sans doute une volonté de rebâtir le panthéon de gauche avec celui qui a rendu l’instruction obligatoire, gratuite, laïque et exclusivement en langue française, par les lois de 1881 et 1882. Et qu’importe que Ferry se soit autant méfié des idées socialistes et anarchistes que de la droite monarchiste. Qu’importe aussi que l’école de la IIIe République, puissant moteur de l’ascenseur social, ne soit sans doute pas la meilleure référence en matière de pédagogie en 2012…

Qu’importe enfin que Ferry soit aussi le chantre de la colonisation, celui qui déclare à la tribune de l’assemblée nationale, le 28 juillet 1885 qu’”il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures”, ce qui lui vaut une réponse cinglante de… Clemenceau deux jours plus tard. Clemenceau-Ferry, la bataille des symboles fait rage. Même si l’usage public de l’histoire s’accommode toujours mal de la complexité…

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