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Gilles Gleyze

Grandes Ecoles et PME : si loin les uns des autres !

Partons d’un constat, souvent décrit, et qui se vérifie sur le terrain : les jeunes issus des grandes écoles s’orientent peu vers les PME. Plus l’école est prestigieuse, moins ses diplômés s’orientent vers les PME. Le choix de la PME est souvent un choix par défaut.

Traditionnellement, les grands groupes absorbent l’essentiel des promotions des grandes écoles, notamment d’ingénieurs. Un premier job dans un grand groupe, dont la marque est reconnue, et qui offre des perspectives internationales, est presque un passage obligé pour une majorité de nos diplômés.

Cette tendance s’est trouvée renforcée ces dernières années par l’ouverture spectaculaire des débouchés pour les ingénieurs ; au-delà des grands de l’industrie qui recrutaient les jeunes ingénieurs, on a vu arriver sur les campus des groupes représentant des secteurs nouveaux : le conseil, banque dans les années 1990 ; et aujourd’hui la grande distribution, le luxe, le secteur du transport et de la logistique ; et également des métiers nouveaux, tels que la Supply Chain, les Achats, le Marketing produit, les métiers de l’Innovation …

Autant de séductions nouvelles, qui renforcent l’attrait des grands groupes sur nos jeunes.

Le phénomène s’est accentué durant les 10 dernières années, car les métiers du campus management se sont spectaculairement professionnalisés ; des équipes dédiées se sont mises en place, capables de segmenter le marché de leurs partenaires académiques, de fixer des priorités, de monter des actions d’envergure, de mobiliser les réseaux d’anciens pour assurer une présence forte sur les campus.

Les PME ne peuvent concurrencer les grands groupes sur le terrain de la Marque Employeur, faute de temps, et de ressources. Un dirigeant de PME ne peut venir 10 fois sur le campus de Centrale Paris pour parler de son entreprise ; un grand groupe aura en revanche la capacité d’assurer une telle intensité de présence. Alors comment lutter ?

Et la création d’entreprise alors ? Les start-ups ne sont elles pas des PME ?

Si, bien sûr. Depuis 10 ans, de nombreuses écoles ont mis l’accent sur la création d’entreprise : ouverture d’incubateurs, mise en place de filières d’accompagnement à la création, sensibilisation massive des jeunes.

Tout cela avec un réel succès : la création d’entreprise est désormais perçue comme une option à part entière à l’issue de l’Ecole, valorisante ; la prise de risque limite moins les créations, car en cas d’insuccès dans la création, il sera toujours temps de revenir dans un grand groupe ; l’expérience de la création apparaîtra plutôt comme un plus dans le CV ! Près de 10% des Centraliens en 3ème année se lancent dans un projet de création d’entreprise aujourd’hui.

Les jeunes vont dans les PME …. à condition que ce soit la leur !

C’est au niveau des PME établies, grosses PME ou ETI, que le bât blesse ; sauf cas particulier, le jeune diplômé ne sera pas patron en premier job, encore moins propriétaire. Il devra se contenter d’un statut de collaborateur salarié, qui lui semble beaucoup moins attractif. La valeur ajoutée par rapport à un poste similaire dans un grand groupe n’apparaît pas.

La situation est aggravée par les représentations culturelles, qui séparent jeunes diplômés et PME. Pour mieux les appréhender, Centrale Paris a mené une grande enquête en 2011 sur les perceptions comparées des PME et des jeunes.

Chez nos élèves, beaucoup de préjugés sur un démarrage de carrière en PME. En vrac :

elles offrent peu d’évolution de carrière ;

ce sont des voies de garage, dans ce sens qu’il est difficile de rejoindre un grand groupe après un passage en PME ;

l’acquisition de compétences est de moins bonne qualité, la PME étant supposée être en retard sur le plan des modes de management, voire de la technologie.

les salaires, et surtout les avantages (distributions d’actions, intéressement…) sont moins attractifs.

En face, du côté des PME interrogées, beaucoup de préjugés aussi sur nos jeunes :

ils sont trop théoriques, ne sauront pas s’adapter à un quotidien très opérationnel, où il faut « accepter de tout faire ».

ils sont trop chers, décalés sur le plan salarial

ils sont culturellement difficiles à assimiler ; voire peuvent être perçus comme arrogants par leurs collègues

et surtout ils ne resteront pas ; car la PME ne pourra pas leur proposer de plan de carrière.

Au total : nos jeunes diplômés peuvent être perçus comme des collaborateurs coûteux à former, difficilement intégrables, et qui ne resteront pas longtemps dans l’entreprise.

Et pourtant, la demande des PME en jeunes diplômés est forte ; Centrale Paris a organisé, dans la foulée de l’enquête de 2011, un ensemble de rencontres avec des dirigeants de PME, pour tester auprès d’eux des pistes favorisant le rapprochement entre ces deux mondes. Le succès a dépassé nos espérances, l’intérêt et la qualité des échanges ont été très au-delà de nos anticipations.

Nous avons également organisé un forum des PME, en mars 2012, durant lequel une vingtaine de PME ont pu rencontrer dans un cadre informel, des étudiants de Centrale Paris qui avaient au préalable manifesté leur intérêt pour ce type d’entreprise. Ce fut un beau succès, marqué notamment par une ambiance très distincte de celle des grands forums des métiers, classiques dans les grandes écoles. Les échanges ont été beaucoup plus longs, approfondis ; les élèves moins nombreux, mais motivés ; les discussions allaient très au-delà de la description simple de l’entreprise ou des stages, mais touchaient aux métiers de l’entreprise, ses technologies, ses produits.

Les entreprises avaient mandaté des dirigeants ou experts seniors sur les stands ; avaient organisé des démonstrations de leurs technologies … Bref, c’était passionnant.

Ces initiatives, aussi limitées soient-elles, nous montrent que la situation actuelle n’est pas satisfaisante. Il y a là un impératif d’action. Il en va de l’intérêt des entreprises, et aussi de plus en plus de celui de nos jeunes ; et par conséquent de l’intérêt collectif.

Mais alors comment faire ?

Ce sera l’objet d’un prochain billet …

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