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Jean-Luc Vayssière

Etre ou ne plus être… dans le classement de Shanghai 2012

Dans la soirée du 14 août 2012 tombaient les résultats du très attendu classement de Shanghai. Après deux années de présence au sein de classement international en 2010 et 2011, l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines n’y figure plus cette année. C’est bien dommage, mais l’UVSQ n’en a pas changé pour autant ! Notre sortie du classement n’a évidemment aucune influence sur la qualité de nos activités de recherche, d’enseignement, sur nos partenariats ou sur l’investissement des collègues enseignants, chercheurs et enseignants-chercheurs sur nos missions. Mais puisque le cru 2012 signifie une sortie pour notre établissement, à quels commentaires peut-on se risquer ?

Je ne reviendrai pas en détail sur la légitimité des critères retenus par les auteurs du classement, mais sur le fait que les chercheurs de l’université Jiao Tong de Shanghai ne disposent pas de données fiables, vérifiées, sur les effectifs des universités françaises. L’existence en France des organismes de recherche brouille le décompte. Jiao Tong adopte donc une surpondération systématique des effectifs scientifiques, ce qui a comme principale conséquence d’abaisser notre ratio effectifs-publications scientifiques. En clair, nous publions peu en considération de nos effectifs selon les critères de Shanghai. Ce qui n’est pourtant pas le cas. Des données vérifiées par les deux parties  feraient probablement bondir d’une centaine de places… Dont acte !

Ce classement largement critiqué, ne prend pas en compte le nombre d’étudiants, les dispositifs mis en œuvre pour favoriser leur insertion professionnelle, la valorisation… Reposant pour l’essentiel sur un recensement des prix et publications des chercheurs et anciens élèves de chaque université, il classe la France au 8e rang des nations. Tout cela a déjà été dit… et beaucoup d’autres choses.

Dans une interview au journal Le Monde, Geneviève Fioraso, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, explique que « … ce classement (qui) ne peut être un outil de pilotage de la politique en matière d’enseignement supérieur et de recherche ». Elle ajoute qu’ « il ne faut pas faire dire n’importe quoi à ce classement ».

Si ce classement -et notamment sa première livraison en 2003- a eu comme intérêt une prise de conscience générale sur l’état de paupérisation avancée de l’université en France, la mise en place de l’autonomie et enfin le maintien des budgets notamment grâce aux appels à projets, on ne voit pas aujourd’hui d’intérêt autre que médiatique sur sa révélation estivale.
S’il continue à faire couler beaucoup d’encre, ce n’est pas uniquement parce les médias sont friands de ce nouvel aiguillon devenu « marronnier » de chaque rentrée universitaire. Premier du genre dans le secteur universitaire, il a progressivement gagné les faveurs du grand public -les étudiants et leurs parents en particulier- qui ne perçoit curieusement pas l’absence de critères liés à la qualité de l’enseignement et à l’insertion professionnelle.

Certains d’entre nous espèrent, pour favoriser un certain rééquilibrage, que le classement européen U-Multirank voit le jour rapidement. Ce nouvel outil devrait élaborer une cartographie de l’enseignement supérieur et de la recherche en Europe qui mentionnera tous les critères absents du classement de Shanghai : nombre d’étudiants, qualité de l’enseignement, valorisation de la recherche, insertion professionnelle. Il permettra notamment de mettre en lumière les liens avec les territoires. Elément totalement ignoré par le classement de Shanghai et fondamental pour une université comme la nôtre.

Mais plus que la fabrication d’un nouvel outil qui offrirait une lecture plus objective du paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche en France et en Europe, je suis persuadé que c’est la promotion des atouts des universités dans leur diversité qui fera la différence.

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