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Henri Audier

Les problèmes suscités par l’organisation actuelle des Assises de l’ES-R 1- La structure nationale et les « auditions »

1- La structure nationale et les « auditions »

Le MESR, ou plutôt les ministères qui organisent les Assises auraient été bien inspirés de prendre en compte les propositions d’organisation faites, notamment, par deux syndicats représentatifs de l’ES-R : le SNCS et le SNESUP http://www.sncs.fr/IMG/pdf/VRS389.pdf (page 8).

Dans ce texte, nous avions précisé les objectifs : « Remplacer le Pacte de la recherche et la LRU (donc l’ANR, l’AERES, les Idex…) suppose une tout autre conception du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche : accroissement du niveau de culture, des connaissances, des qualifications, démocratisation sociale, retombées économiques et sociales de la recherche, débouchés des étudiants et des docteurs. Ces enjeux concernent, bien sûr, la communauté scientifique et universitaire, mais au-delà tout le pays, avec ses diverses composantes, qu’il nous faut associer au dialogue. » Sur ce point, il semble qu’il y ait accord possible. Encore faut-il y parvenir, et c’est en cela que l’organisation des Assises est importante.

Notre texte proposait « de créer un comité d’organisation indépendant, où seraient représentés non seulement les organisations de l’ESR public, les étudiants, la recherche privée, mais aussi tous ceux qui sont intéressés par les retombées des formations supérieures et de la recherche (…). Il appartiendra à une conférence nationale, en présence des forces représentatives, de discuter la composition du Comité d’organisation ainsi que les principes de déroulement des assises. » A l’évidence, contrairement aux Etats généraux de 2004, le choix, qui aurait dû faire une place significative aux porteurs de la contestation et de propositions de changement ces dernières années, n’a pas été retenu, comme cela transparaît dans la liste des membres du Comité de pilotage.

Cela a-t-il à voir avec les choix effectués par le Comité pour les auditions ? Car la liste des auditionnés est stupéfiante. En effet, sur 85 entités, on compte près d’une vingtaine de ministères ou directions de ministères, une quinzaine d’organismes représentés par leur direction, mais pas par leur Conseils Scientifiques, une bonne dizaine d’organisations folkloriques qui n’ont jamais exprimé la moindre idée sur l’ES-R, ainsi que quelques « comités de suivi », créatures pécressiennes, enfin et surtout les directions d’entités créées dans le but de démolir les structures de l’ES-R, comme l’ANR, l’AERES et les « alliances ». Qui peut imaginer que les petites mains des incendiaires viendront éteindre l’incendie ? Le pape aurait-il eu l’idée de convoquer l’industrie du porno pour discuter de la contraception ?

Peut-être était-ce là un passage obligé, mais du coup les quelques organisations réellement représentatives des scientifiques sont noyées dans ce fatras, et n’ont eu qu’un temps ridicule pour s’exprimer. Par exemple, le Snesup-FSU et le SNCS-FSU, syndicats les plus représentatifs de l’ES-R n’ont disposé que d’une demi-heure à eux deux pour exposer leurs propositions de réforme de l’ES-R, pourtant mûrement élaborées par leurs instances. Quant à SLR, sa délégation est repartie sans s’être exprimée, le Comité lui ayant refusé que son audition soit enregistrée !

Il est temps de changer de conception, d’autant que le document de synthèse des auditions est de qualité, même si nous serons amenés à en critiquer quelques aspects, et reste largement ouvert quant aux conclusions. Il peut servir de base à un large débat dans les assises régionales. Encore faut-il qu’elles soient ouvertes !!! On n’a jamais vu se construire un débat, encore moins un consensus, à partir de « sessions sur invitation » !

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