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Henri Audier

L’Académie des sciences et les Assises de l’ES-R : l’ambivalence d’un rapport 1- Quand l’Académie se découvre hostile aux « réformes » de Pécresse.

Comme contribution aux Assises, l’Académie des sciences vient de produire un rapport reflétant la diversité d’opinion en son sein, et dont le contenu est contradictoire. Pour ceux qui lisent vite ou par procuration, la contribution pour les Assises de l’Académie des sciences(http://www.academie-sciences.fr/activite/rapport/rads0912.pdf)peut apparaître comme une condamnation de la politique de la droite depuis des années, comme un brûlot anti-Pécresse. Il est du reste regrettable que l’Académie ne se soit pas exprimée ainsi plus tôt, quand cela eût été très utile.

La première phrase du rapport annonce la couleur : « La recherche publique française souffre ! Elle souffre de trop de complexité, de trop de papiers à remplir, de trop peu de temps à consacrer à la recherche elle‐même. »

« Simplifier la gestion et les structures de la recherche publique » : «  Faire simple au lieu de faire compliqué doit être le principe de base à respecter lors de la mise en place de toutes les modifications qui devront être apportées aux structures de la recherche publique en France. Dans une période de contraintes budgétaires, nous tenons à souligner que nos propositions de simplification et d’arrêt de la complication des procédures administratives sont une excellente manière de redéployer, à volume constant, des moyens financiers vers les laboratoires et les équipes de recherche. Il est nécessaire de faire confiance aux chercheurs. »

« L’AERES fait la quasi‐unanimité contre elle. » L’Académie n’hésite pas à tirer sur ce qui n’est aujourd’hui qu’une ambulance et propose sa suppression : « Cette structure d’évaluation ne délivre essentiellement que des labels A et A+ dans la plupart des disciplines en s’appuyant sur des visites de laboratoires et sites universitaires au‐delà du nécessaire (conduisant à des frais de fonctionnement très élevés) et des formulaires dont la longueur et l’absence de pertinence sont perçus comme inutiles et inadaptés aux yeux de la très grande majorité des chercheurs, notamment les plus actifs. »

A l’évidence, les avis des académiciens ne convergent pas sur tout. Ainsi, après un dithyrambe sur l’ANR, le texte critique non moins fermement ses conséquences sur « l’équilibre entre les crédits de base et les financements sur projets de l’ANR ». « La création de l’ANR a directement conduit à une réduction drastique des soutiens de base (hors salaires) donnés aux laboratoires par les organismes de recherche et les universités. Aujourd’hui, le soutien de base de la plupart des équipes de recherche françaises est très faible et a atteint un niveau déraisonnable. Dans un système où l’emploi scientifique est permanent et fonctionnarisé, et où la dépense principale est constituée par les salaires, il est incohérent de mettre le financement sur projets à un niveau trop élevé en laissant de nombreux chercheurs de qualité sans aucun crédit de fonctionnement. Par ailleurs, cette politique conduit à un appauvrissement des laboratoires et des Instituts. Il n’existe pratiquement plus de moyens pour le financement des équipements collectifs, des infrastructures et des plateformes que l’ANR ne prend pas en charge. La situation financière actuelle des grands organismes et des universités est extrêmement dangereuse et doit être traitée de façon urgente. (…) Une autre conséquence de cette préférence nette pour l’individu par rapport au collectif (équipe/laboratoire/institut) est la parcellisation croissante de notre recherche (masses critiques insuffisantes sur les projets de recherche) qui impacte négativement sa compétitivité. »

« Améliorer l’attractivité des métiers de la recherche »

Pour l’Académie, « Il faut assurer 1) une revalorisation des rémunérations des jeunes chercheurs rendant attractive l’embauche dans les universités et les organismes de recherche dans les dix‐ douze premières années de la carrière ; 2) obtenir la reconnaissance du doctorat dans les conventions collectives afin d’affirmer la spécificité d’une formation obtenue à bac + 8 ; 3) permettre l’accès aux grands corps de l’État aux titulaires d’un doctorat, ce qui renforcerait le prestige de ce grade universitaire et assurerait une meilleure diversité intellectuelle au plus haut niveau de l’administration française ».

Très bien, mais quid des précaires et des CDD ? Dans les principes rien à critiquer : « A l’issue de la thèse, pratiquement tous les jeunes docteurs passent aujourd’hui par une période d’embauche post‐doctorale, souvent à l’étranger. Cette période s’est allongée d’année en année avec un âge moyen de recrutement des enseignants‐chercheurs (maîtres de conférences) et des chercheurs (CR2) qui est actuellement proche des 32 ans, avec toutefois des variations selon les disciplines. La régulation de cette période de post‐doctorat s’impose, car le statut de chercheur provisoire possède de nombreux inconvénients (vie familiale, impossibilité de s’installer ‐ car où va-t-on être recruté ? impossibilité de contracter un prêt…). Il faudrait rendre l’entrée dans le métier de chercheur plus comparable à une carrière normale, proche par exemple de celle d’un ingénieur diplômé qui entre dans son métier autour de 23‐25 ans. » Mais le propos dérape très vite, puisque l’objectif « pourrait aller jusqu’au remplacement du statut de fonctionnaire des CR2 par un statut de CDI permettant une réorientation professionnelle avant 30 ans pour les chercheurs ne souhaitant pas poursuivre dans la recherche. » Ce qui revient à dire que c’est en fait un CDD.

Mais il y a beaucoup plus grave dans certaines propositions de l’Académie : voir le prochain article.

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