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Henri Audier

L’Académie des sciences et les Assises de l’ES-R : l’ambivalence d’un rapport. 3- La regrettée Académie des Sciences soviétique pourrait-elle inspirer le modèle français ?

Si le rapport de l’Académie contient un constat que, sur bien des points, chacun peut partager, les solutions proposées sont souvent pires que la situation présente. Il en est ainsi du mode de détermination de la politique nationale et plus encore de l’évaluation des laboratoires, même si l’Académie se prononce clairement pour abroger l’AERES.

Un Haut Conseil de prestige, entièrement nommé et sans utilité

Il existe actuellement trois conseils donnant leur avis sur la recherche française : (i) Le Haut Conseil à la science et à la technologie, composés de scientifiques reconnus et nommés. (ii) Le CNESER, lieu où l’administration recueille les avis de tous les intéressés pour tout ce qui concerne l’enseignement supérieur. (iii) Le CSRT, instance de contact entre scientifiques, société et gouvernement, qui donne un avis sur le budget et tout nouveau texte officiel.

Au nom de la simplification administrative le rapport propose de « remplacer les trois conseils existants (Haut Conseil, CSRT et CNESER) par un seul « Haut Conseil de la recherche et de l’enseignement » (HCRES). « Ce nouveau conseil unique devrait être présidé par un scientifique de haut niveau entouré de personnalités scientifiques reconnues sur le plan international. » Au-delà de l’évaluation, « ce nouveau Conseil unique aurait également en charge les grands arbitrages entre les différentes disciplines, les universités et les organismes, tout en veillant à la simplification des procédures administratives. »

On remet donc les grands arbitrages entre les mains d’un conseil entièrement nommé. Ce Haut Conseil (HCRES) serait, historiquement, la troisième ou quatrième version de ces comités de prestige composés de scientifiques reconnus et qui n’ont jamais servi à rien, tant il est vrai qu’une compétence indiscutable dans un secteur donné ne donne pas pour autant l’aptitude à proposer, avec à-propos, une politique scientifique globale pour le pays.

Il est aussi significatif que deux conseils, composés notamment de représentants de la communauté scientifique ou de la société, disparaîtraient dans ces propositions. Rappelons que ces deux conseils ne constituent en rien des strates supplémentaires de gestion mais des instances de dialogue. Ceux des ministres qui avaient un sens minimum de la démocratie (il y en a eu peu) ont su les faire fonctionner avec profit.

Une évaluation sans élus

Concernant l’évaluation, le rapport note : « Tout d’abord, supprimer l’AERES » et réduire le rôle des «  comités nationaux (…) à l’évaluation des chercheurs. » (…) «  Le Haut Conseil (HCRES) aurait pour mission l’évaluation des grandes structures (universités, organismes, …) en établissant également des directives sur les procédures d’évaluation des laboratoires. »

Alors comment faire concrètement ? D’une façon assez étonnante, l’idée de base est qu’on n’évalue pas une valeur scientifique, mais que les gens qui donnent de l’argent ont des clients, que sont les laboratoires. C’est donc à ces gens qu’il devrait naturellement revenir de les évaluer ou de les faire évaluer :  « les méthodes d’évaluation d’un établissement ou d’un laboratoire dépendent du poids relatif entre le financement « crédits de base » et le financement sur projets. Lorsque le financement sur projets représente 80 à 90 % du budget d’un laboratoire, c’est l’évaluation par l’agence qui distribue les moyens qui devient pertinente. »

« Confier l’évaluation à ceux qui donnent les postes et les financements » a pour conséquence, d’après le rapport, que « les universités et les organismes auraient conjointement la responsabilité de constituer des comités d’évaluation indépendants pour les unités de recherche. »

Soit, mais cela existe déjà : cela s’appelle les Comités de visite et c’est très utile, notamment par leur ouverture internationale. Mais ces nouveaux « Comités d’évaluation indépendants » rapporteraient-ils devant une instance plus large permettant une évaluation comparative, collective et contradictoire ? Entre autres, comme le Comité national ?

Que nenni ! Parce que la nouvelle usine à gaz proposée pour l’évaluation des formations, usine nettement frappée d’une suspicion de localisme, a précisément pour but d’éviter toute instance où il y aurait une majorité d’élus (baptisés pour la cause de « représentation syndicale »), surtout si elle est nationale.

C’est ce que dit sans ambages le rapport : « Ces comités d’évaluation par site et champ disciplinaire suivraient les recommandations (méthodes, procédures, règles d’éthique, …) qui leur seraient données par le Haut Conseil de la recherche et de l’enseignement supérieur, afin de ne pas réitérer les pratiques antérieures avec une représentation syndicale de 50%. »

Quelle idéologie soutient tout cela ? Peut-être ne le savez vous pas, mais : « Dans la recherche fondamentale, il existe des cercles de tailles différentes : celui des chercheurs ayant eu le prix Nobel ou nobélisables, suivi de celui des chercheurs connus par ce premier cercle restreint, puis un troisième cercle constitué par ceux connus par les membres du second cercle, et enfin les autres. Il est essentiel d’avoir le maximum de chercheurs dans les trois premiers cercles. »

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