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Bernard Desclaux

Le processus contre-productif de nos procédures d’orientation

Conclusion prévue de mon intervention dans la table ronde de l’INJEP. Voir mes posts précédents dont le premier était : Améliorer l’information, est-ce suffisant ?
J’ai déjà écrit longuement sur nos procédures d’orientation essentiellement à propos de leur effet sélectif. Voir quelques un de ces articles dans ce blog.

Choisir présuppose d’être informé

Pour la conclusion de cette intervention, ma critique portera sur un autre aspect. Dans la première partie de cette intervention « Une ébauche d’histoire de l’information en orientation », j’ai indiqué que nos procédures d’orientation ont introduit la notion de choix d’orientation à formuler par les parents et/ou les élèves. Et que ce choix devait être éclairé par une information systématique des personnes. D’où le développement de l’ONISEP, qui, en rassemblant l’information, et en la rendant « publique », prend le rôle d’égalisation face à l’information. C’est pourquoi, aux paliers d’orientations, les publications de l’ONISEP sur l’offre de formation locale est distribuée gratuitement. Les séances d’information dans les classes, réalisées par les conseillers d’orientation-psychologues se sont généralisées après les procédures de 1973, et dans chaque établissement, la documentation pour l’information est de la responsabilité du professeur documentaliste et à disposition des élèves dans le CDI.

Dans les années 80, la DEP avait enquêté au niveau cinquième pour connaître l’effet de l’information systématique des élèves, et les résultats n’avaient pas été probant : 5% se rappelaient qu’un CAP se faisait en 3 ans de formation après la cinquième ! Autrement dit, informer ne suffit pas pour que l’information soit retenue, ce qui n’est pas une découverte.

Etre informé suppose une action de la part du sujet, une attention, un intérêt, une démarche de recherche, etc.

Nos procédures déclenchent-elles un besoin d’information ?

D’une certaine manière oui, elles déclenchent ce besoin, mais chez qui ? Précisément chez ceux qui devront « sortir du chemin normal ».

Lorsque les paliers étaient cinquième, troisième, seconde, ceux pour qui le passage en classe supérieur n’étaient acceptable par les conseils de classe avaient tout intérêt à s’informer sur les différentes possibilités de formation professionnelle. Nul besoin pour les autres, puisqu’ils « poursuivaient ». On (les conseillers d’orientation) observait même, que pour des élèves justes, signaler son intérêt pour un métier était « dangereux ». Les conseils de classe avaient alors tendance à proposer une orientation professionnelle. Et nous disions que paradoxalement, ne pas avoir de projet professionnel permettait de poursuivre en voie générale !

Sur les quatre paliers d’orientation mis en place depuis 1995 lors de la réforme Bayrou du collège, les deux premiers (sixième, quatrième) devraient plutôt s’appeler des paliers de redoublement. Nul besoin de développer ou non des stratégies d’information. Reste surtout le palier troisième qui est la grande bifurcation de notre système. Moins de 60% des élèves de troisième passent en seconde générale et technologique (Eduscol analyse des résultats de 2010).

Et le problème reste le même. Ceux qui poursuivent leurs études en lycée n’ont pas un réel besoin d’information, ils « poursuivent » leur chemin.

Finalement la terminale avec cette organisation de notre système scolaire est le premier moment où, pour ces élèves, existe un réel besoin d’information. Et encore, on peut se poser la question de l’objet de l’information. Sur quoi porte l’information ? Qu’est-ce qui sera déterminant dans le choix de la formation, du chemin ?

Jean Guichard avait montré il y a plusieurs années que le choix des études supérieures reposait essentiellement sur le critère des disciplines, sur l’idée de réussite possible dans la matière, et très très peu sur un projet professionnel.

Rompre avec nos procédures d’orientation

Je terminerais donc cette intervention par l’idée que j’affirme dans ce blog : il est nécessaire de supprimer nos procédures d’orientation.

Ceci non seulement

  • pour une question d’équité sociale, la séparation scolaire recoupe les différentiations sociales ;
  • pour une question d’efficacité pédagogique, l’objectif de l’atteinte par tous d’un socle commun ne peut se faire dans système qui réclame la hiérarchisation.

Une réelle éducation à l’orientation suppose que les élèves soient actifs dans ce processus, or le système actuel les place dans une passivité vis à vis de leur avenir.

Bernard Desclaux

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