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Claude Lelièvre

Du nouveau dans la formation des enseignants?

A la suite notamment des déclarations faites par Geneviève Fioraso – la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche – ce mercredi, on voit se dessiner quelques lignes essentielles acquises. Mais est-ce vraiment nouveau ?

La ministre a annoncé que la formation des enseignants reposera sur trois principes : 1) enseigner est un métier 2) les Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation seront des composantes universitaires 3) il y aura un cahier des charges national. Les ESPE auront une double accréditation ( MEN et MESR ) et seront dans une université ou un Etablissement public de coopération scientifique ( EPCS, ex ‘’P¨RES’’ ). Enfin les masters devraient fonctionner sur le ‘’modèle’’ des masters professionnels en alternance.

On sait par ailleurs qu’il est très vraisemblablement acquis que le concours sera placé en M1, l’une des raisons majeures ayant présidé à ce choix étant les contraintes budgétaires ( même en recrutant au niveau de M1, il est prévu qu’un bon tiers des 60000 postes promis devront être affectés à la formation des personnels de l’éducation ).

D’aucuns en concluent que cette formation reviendra pour l’essentiel à ce que l’on a connu avant la réforme Darcos-Sarkozy, et qu’il n’y aura pas grand chose de fondamentalement nouveau, la ‘’refondation’’ s’apparentant plus en l’occurrence à une ‘’restauration’’ qu’à autre chose.

Mais ce serait négliger à la fois la charge symbolique ( et ses effets possibles ) contenue dans le changement d’appellation  ( et qui a son sens : « Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation » en lieu et place des « Instituts universitaires de formation des maîtres ), et sans doute la détermination du ministre de l’Education nationale Vincent Peillon en la matière.

Comme le dit très bien Patrice Bride ( rédacteur en chef des « Cahiers pédagogiques » ) sur le site des « Cahiers » :

« le concours en fin de première année de master et une seule année de fonctionnaire stagiaire ensuite, renouant avec le modèle des IUFM : ça ressemble fort à un sage retour au bon vieux temps d’avant Sarkozy plutôt qu’à un grand chambardement progressiste. Et pourtant… une logique d’ouverture sur l’extérieur de l’école pourrait bien avoir beaucoup d’effets à long terme. À l’école primaire, le projet ministériel prévoit une intervention des collectivités locales sur une partie du temps scolaire. Le volume horaire concerné est modeste, mais c’est une façon de reconnaître que les apprentissages ne sont pas du seul ressort de l’école, ce qui n’est pas rien, de créer des temps qui devront être pensés en commun par les professeurs des écoles et des partenaires territoriaux.

Pour les Écoles supérieures du professorat et de l’éducation, le ministre affirme l’ambition que l’élément final de l’intitulé de ces écoles, « et de l’éducation », ne soit pas que formel : il s’agirait bien de lieux de formation communs à l’ensemble des personnels de l’éducation nationale, comme les IUFM, mais également à des éducateurs ou animateurs, et ces écoles seraient donc ouvertes, dans leur direction et leur composition, à des formateurs issus des collectivités locales ou des associations.

L’éducation de la jeunesse n’est plus la seule affaire de l’école. Énoncé ainsi, cela peut sembler une évidence à une époque où l’on sait bien que les enfants apprennent quantité de savoirs et développent quantité de compétences indépendamment des enseignements scolaires. Ces évolutions sont déjà largement prises en compte dans les pratiques quotidiennes. Mais il n’est pas anodin, du tout, que l’institution le reconnaisse ».

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