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Claude Lelièvre

“Sciences médico-sociales”: une nouvelle agrégation

L’arrêté du 14 septembre 2012 ajoute à l’article 1er de l’arrêté du 28 décembre fixant les sections et les modalités d’organisation des concours de l’agrégation l’alinéa suivant : « Section sciences médico-sociales ».

Cette nouvelle ( et dernière ) agrégation se situe dans la longue  procession historique des créations d’agrégations : en premier les agrégations de la ‘’culture humaniste’’ ( grammaire, lettres classiques, philosophie, histoire ), puis celles du domaine des mathématiques et des sciences ( qui vont se diversifiant ) , sans compter celles de langues vivantes ( en plusieurs étapes temporelles ). Et enfin les dernières venues, dont l’ordre d’apparition n’est pas non plus sans signification : en 1962, création d’une agrégation de techniques économiques et de gestion ( transformée en 1980 en économie et gestion) ; suivent celles de mécanique en 1968, de génie civil, de génie électrique, de génie mécanique en 1975. L’agrégation d’éducation musicale apparaît en 1974, celle d’arts plastiques en 1975. En 1977 est créée une agrégation de sciences sociales.
L’éducation physique et sportive ( créée en 1982 ) fermait jusqu’alors la marche de  la reconnaissance des excellences disciplinaires ( à l’exception de la création de l’agrégation d’une dernière langue vivante – le japonais – en 1984 ).
On croyait être décidément à la fin du processus de la reconnaissance. On avait tort, puisque quelque vingt ans après une nouvelle agrégation apparaît , celle de « sciences médico-sociales ».

Extraits des dispositions retenues pour cette nouvelle agrégation

A.- Epreuves écrites d’admissibilité

1° Première épreuve : publics, processus, régulations et politiques sociales.
« L’épreuve doit permettre au candidat de mobiliser ses connaissances pour conduire une analyse systémique des grands problèmes sociaux et des politiques sociales en France et en Europe sous leurs aspects historiques, économiques, sociologiques, juridiques, géographiques et culturels ».
2° Seconde épreuve : publics, interventions, politiques de santé.
« L’épreuve doit permettre au candidat de mobiliser ses connaissances pour conduire une analyse systémique des politiques de santé et de santé publique, des stratégies et des dispositifs mis en œuvre dans un cadre administratif et juridique donné, de leurs évolutions, de leurs effets et de leurs incidences ».

« B. ― Epreuves d’admission

1° Etude de cas : méthodologies d’intervention en santé et action :
« A partir d’une situation relative au fonctionnement d’une organisation de santé, médico-sociale ou sociale, le candidat est conduit à analyser et à mettre en œuvre des méthodes caractérisant les démarches en santé et action sociale ».
2° Leçon portant sur les politiques et institutions sociales ou de santé :
« L’épreuve permet d’apprécier l’exactitude et l’actualisation des connaissances, leur mobilisation dans un objectif de formation au niveau postbaccalauréat, la rigueur de la démarche pédagogique ainsi que les qualités d’expression et de communication »
3° Etude critique de dossier .

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Bernard Desclaux

Après la décentralisation, la territorialisation des services d’orientation

La question de la régionalisation des services vient à nouveau de se poser. Sandrine Chesnel sur Educpros vient d’en donner quelques éléments et réactions de certains acteurs en se centrant en particulier sur les COPsys ?

Il est normal et légitime que les syndicats et associations professionnelles s’inquiètent lors de modifications envisagées. Mais cette inquiétude risque de se transformer en blocage systématique.
Pour ce premier post de réponse à l’actualité, je vais reprendre simplement ce que j’avais écrit en 2003 lors de la modification de la constitution française. A l’époque il y avait eu une tentative de transférer la profession à la région. Vous trouverez sur mon site (la page La décentralisation de la République)  un ensemble de textes publiés par différents auteurs à cette occasion et par moi-même. Je reprends ci-dessous un large extrait d’un de ces textes « La construction d’une profession ».
D’autres posts poursuivront cette discussion. Depuis 2003 d’autres éléments sont apparus.

Un aparté historique

Vous trouverez sur le site de l’ACOP-F à propos des projets de décentralisation un texte intitulé « L’ORIENTATION : POSITIONS ET PROPOSITIONS DE L’ACOP-France ». Il me semble qu’il s’agit là d’une lecture harmonieuse, continue, sans ruptures de notre « profession ».
Le passage de la multitude d’organismes différents à une tentative d’unification sous la bannière de l’INOP et de l’enseignement technique ne s’est pas fait tranquillement au cours du premier quart du Xxe siècle. De même pour le passage de l’Orientation Professionnelle à l’Orientation Scolaire. On peut en discuter encore avec quelques anciens qui participent au GREO (Groupe de recherche sur l’évolution de l’orientation). J’ai déjà un peu écrit sur certains conflits. Voir le texte sur mon site concernant mon atelier que j’avais fait lors des Journées d’études de l’ACOP-F à Caen. « Histoire française de la conception de l’orientation : les résistances face aux changements »

Il me semble que ce que nous allons vivre est de cet ordre.

Il faut s’interroger sur la soudaineté de cette situation.

Régulièrement il a été question de supprimer les conseillers d’orientation. Déjà en 68 un texte était près et fut balayé par les événements. Les tentatives ou les rumeurs se répétèrent. La progression du recrutement fut arrêtée brutalement au début des années 80 avec l’arrivée de la Gauche. Je considère qu’un choix important fut pris à cette époque : avec la création de l’EPLE, il devenait possible d’attribuer à cette entité la responsabilité de l’organisation de l’aide à l’orientation. Et dans le même moment de la fin de l’expansion de la profession, il y avait une généralisation du public potentiellement affronté à des questions d’orientation tout au long du système scolaire. Un nouveau champ pour l’orientation fut également ouvert : l’insertion des jeunes, mais de multiples hésitations nous ont empêché « d’y aller ». On ne met pas les deux pieds dans un dispositif éphémère ! Il va bientôt fêter ses vingt ans !

Une hypothèse, tout à fait personnelle. Nous avons été intégrés dans le Ministère de l’Education nationale, et autorisé à travailler dans le secondaire en 59 sur la base d’un quiproquo : vous êtes autorisés à rentrer dans nos classes à condition que vous vous occupiez de ceux dont nous ne voulons plus. A l’époque le conseiller détenait une compétence très recherchée : ses connaissances et sa position lui permettait de « placer » l’élève rejeté du système général. Avec la gestion administrative de l’affectation cette compétence disparue. Par ailleurs en informant les familles de leurs droits, nous permettions une mise en œuvre des procédures d’orientation (totalement étrangères à la culture « totalitaire » pédagogique du secondaire de l’époque). Aujourd’hui on peut penser que le système a totalement intégré les procédures, qu’elles soient d’orientation ou d’affectation. Une bonne partie de cette machinerie repose désormais dans des rôles professionnels répartis entre plusieurs acteurs. La remonté des informations sur son fonctionnement sera sans doute informatisée d’ici peu à partir des bases élèves de chaque établissement. Quant à l’affectation, l’informatisation poursuit son contrôle.

Bien sûr, l’orientation est toujours une souffrance pour nombre d’enfants, d’élèves, de familles, et une écoute psychologique est nécessaire pour atténuer, pour reconnaître, pour reconstruire un nouvel horizon. Et bien sûr nous sommes très utiles à ces personnes. Cette « utilité » a même été transformée en droit par le fameux article 8 de la Loi d’orientation de l’éducation nationale de 1989. Sauf que l’Etat en est resté là, puisqu’aucun décret ne fut publié.

Donc la question d’importance qui se pose aujourd’hui pour nous : faut-il lutter pour que cette profession perdure dans le système éducatif ? Mon interprétation brutale est que nous ne servons plus au système, nous n’avons plus grand chose à échanger. A mon sens la dernière chose que nous pouvions encore échanger fut refusée par la majorité de la profession : jouer un rôle d’accompagnateur, de coordonnateur, de conseiller technique pour la mise en œuvre de l’éducation à l’orientation.

Si la question de la délimitation du passage du scalpel pour distinguer ceux qui resteront au sein de la structure éducation nationale et ceux qui seront mis à disposition se pose, il en est une autre qui se posera sans doute très vite : la formation initiale détenue jusqu’à présent (avec l’appui financier des régions) par l’Etat le restera-t-elle ? Dans la logique qui s’engage il semble probable que cet enseignement professionnel rejoindra les autres dispositifs déjà sous la responsabilité de la Région. Là aussi, sans doute se posera la question de la limite : le professionnel uniquement, ou le technique également, tout le technique ou seulement certaines parties ? Le lycée des métiers recomposant l’alliance entre le professionnel et le technique, et l’enseignement professionnel supérieur pose cette question.

Si cet enseignement professionnel (et technique), post-troisième, passe totalement sous la responsabilité de la région, il n’est pas certain que l’orientation scolaire à la française puisse se maintenir : c’est l’établissement d’origine qui détermine l’avenir de l’élève. Dans la plupart des pays européens, l’entrée de la formation professionnelle se trouve sous le contrôle de l’accueillant. Si cette hypothèse est juste, la nécessité d’un personnel à la fonction d’atténuateur du conflit n’est plus vraiment nécessaire du point de vue du système.

La reconfiguration de la formation professionnelle

Il s’agirait d’une mission de service publique attribuée aux régions et non au seul champ du privé comme certains le disent.
Où se trouve l’avenir de l’orientation en tant que question sociale ?

Au début du XXème siècle il s’agissait de l’entrée en formation professionnelle de la jeunesse. Puis ce fut la généralisation de la scolarisation avec le développement de l’Orientation scolaire. Aujourd’hui je pense qu’il s’agit de l’accompagnement des personnes dans la Formation professionnelle tout au long de la vie.

Il y a des modifications structurelles de la FP en Europe mais également à l’université et dans le supérieur, très profondes. L’organisation par crédits est fondamentale. Elle touche toutes les formations professionnelles en Europe, ainsi que l’organisation de l’enseignement supérieur. On sort de la formation “paquet cadeaux”, du menu obligatoire, qui simplifiait beaucoup la tâche d’orientation. Il s’agissait de choisir la bonne porte d’entrée dans le chemin nécessaire. il pouvait y avoir quelques chemins possibles avec choix entre eux. Mais la question de l’orientation était essentiellement le choix de l’entrée.

Une nouvelle conception de l’orientation

La question de l’orientation dans un cadre de crédits, de modules, de compétences, dont les combinaisons sont plus ou moins porteuses de potentialité d’employabilité de la personne, sont je pense beaucoup plus complexes aussi bien pour la personne, que pour le « conseiller », que pour les organismes de formation eux-mêmes.

Il s’agit alors de s’interroger sur les compétences professionnelles des services d’orientation alors nécessaires dans ce cadre. J’en distingue quatre :

  • Etre capable d’aider la personne à identifier ce qu’elle veut faire.
  • Quelles compétences nécessaires ou probables seront alors nécessaires pour exercer cette activité.
  • Où les obtenir (et sûrement pas en un seul « lieu » ni d’une seule forme d’acquisition).
  • Maintenir l’information du sujet au cours de ce processus.

La responsabilité personnelle, l’énergie psychologique, les risques personnels seront alors très forts pour le sujet.

Nous savons tous que la conception adéquationniste de la relation formation-emploi est totalement illusoire. Mais elle sera sans doute encore très présente, car elle est simple pour soutenir un discours politique.

Donc, à la condition de prendre cette distance et de se positionner par rapport à la Formation Professionnelle tout au long de la vie, nous pouvons alors défendre notre compétence de psychologue. L’accompagnement, au sens fort, des personnes sera essentiel. Ceux qui travaillent notamment dans le cadre de la VAE sentent bien cette nécessité. Il ne s’agit pas seulement d’un traitement administratif d’une demande de « certification ». Et en passant, c’est également au nom de cette conception complexe de l’orientation, que la nécessité de l’éducation à l’orientation se posera dans l’initial (en faisant la distinction entre la gestion des parcours, le conseil aux personnes, et l’éducation à l’orientation).

Sur ce terrain de l’orientation, de la formation et de l’insertion tout au long de la vie, existent déjà quelques dispositifs et des personnels. Beaucoup sont dans des statuts précaires, et seront sans doute très intéressés par la création de ce nouveau corps de fonctionnaires territoriaux. On peut donc penser que la construction de ce nouveau champ professionnel se fera entre autre par l’agglomération de personnels issus d’horizons différents. Il faut rappeler que ce fut déjà le cas lors de la création des COSP avec le rassemblement pas toujours facile entre les anciens de l’OP et ceux du BUS.

Pour négocier cette création il nous faudra des structures ouvertes, que ce soient nos syndicats ou des associations, ouvertes à l’étranger. Oui les COP actuels ne représentent qu’une petite part de ce champ professionnel.

extraits du texte de 2003

Bernard Desclaux

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Henri Audier

Les chiens de garde : l’IGAENR fait la chanson et la chante

Si les scientifiques n’ont eut que peu de place dans ces Assises de l’ES-R, et si en même temps ils n’ont pas utilisé au mieux celle qu’on leur laissait, on ne peut pas en dire autant de la ribambelle d’institutionnels souvent vent debout pour sauver les prétendues « réformes » de Pécresse, qu’ils avaient aidé à concevoir et/ou à mettre en place. C’est le cas du rapport de l’IGAENR, Inspection générale de l’administration, de l’Education nationale et de la Recherche.

http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid61479/allocation-des-moyens-aux-unites-de-recherche-par-les-organismes-de-recherche.html

Ce rapport intitulé « étude sur les mécanismes d’allocation des moyens humains et financiers aux unités de recherche par les organismes de recherche » est placé sous la responsabilité de Bernard Froment qui était, il n’y a pas si longtemps, chef du département partenariats et valorisation à la direction générale de la recherche et de l’innovation du ministère. Directement du producteur au consommateur : celui qui a fait fonctionner le système juge de sa gestion. Peut-on alors s’étonner que, sous couvert d’étudier comment les laboratoires s’adaptent au nouveau système, le rapport soit avant-tout une défense acharnée de l’ANR et de l’AERES ?

Empilement de sophismes, d’approximations, d’allusions, d’interprétations et de contre-vérités, ce rapport affirme : « Ce mécanisme [d’appel d’offre] permet aussi de donner aux unités de recherche une liberté qui est fonction de la provenance de ses financements, sachant que la mission considère que la création de l’ANR s’est traduite par davantage de liberté et de responsabilité données aux directeurs d’unité de recherche. La mission recommande de conserver la diversité actuelle des mécanismes d’allocation des moyens et de garantir ainsi l’adaptation du système à la diversité des situations des unités de recherche. »

Et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes : des chercheurs plus libres, des directeurs d’unité plus responsables, dont il est affirmé qu’ils adorent l’ANR : « une majorité de directeurs d’unité souhaitent la pérennisation des appels à projets de l’ANR. La mission estime que leur volonté de rééquilibrage ne correspond pas à une demande de réduction des moyens répartis par l’ANR. » Même les sondeurs sont tenus à un minimum de règles et d’éthique. Sur quelle base, sur quelle enquête (champ, méthode, résultats) s’appuie l’inspection pour annoncer cette opinion des directeurs. A moins qu’on ne leur ait demandé s’ils préféraient des crédits ANR que pas de crédits du tout !

Quel courage ! L’IGAENR qui n’avait pas manifesté un grand sens critique sous Pécresse, se rebiffe aujourd’hui contre les éventuels projets de la ministre. « La mission recommande une grande vigilance quant à l’impact sur l’évolution du taux de sélection des appels à projets de l’ANR des mesures de rééquilibrage entre dotations de base et moyens sur appels à projets. » Affirmation qui est appuyée par la phrase d’anthologie « Un transfert des crédits de l’ANR vers les organismes pour augmenter la part des dotations de base se traduirait par une difficulté plus grande de remporter des appels à projets. » Bref, plus on pédale moins fort, moins on avance plus vite.

Alors la démonstration « techno » arrive : « la part du financement public de la R&D dans le secteur académique sur projets varie de 5 % environ au Danemark (la France est dans une situation voisine) à plus de 80 % en Corée. L’Allemagne est à 10 % et la Suisse à 20 %. (…) le taux moyen de dotation de base français est l’un des plus élevés des grands pays de recherche ». La manipulation est grossière et est basée sur la confusion entre l’ANR et le concept de financement sur projets. Car ce qui est d’abord en cause, c’est d’abord l’ANR et non l’existence de financements sur projets, modulo une proportion raisonnable. Dans les propositions du Syndicat des chercheurs (SNCS-FSU), par exemple, figurent à la fois la disparition des lotos de l’ANR, mais l’existence de programmes inter-organismes, gérés par ceux-ci, fonctionnant sur projets, mais sur emplois statutaires. Quant aux comparaisons internationales, peut-on comparer l’ANR française, entièrement nommée, corsetée par les décisions du pouvoir (SNRI) et la DFG allemande ou pratiquement tout le monde est élu, y compris ceux qui décident des thèmes ?

Et puis, selon le rapport, pas de quoi se plaindre : « Depuis dix ans, les ressources globales affectées à la recherche n’ont cessé d’augmenter. La DIRDA et la DNDRA [les crédits publics aux opérateurs] ont augmenté de façon continue en euros courants. Cependant, le sentiment partagé par de nombreux chercheurs est que les crédits se sont raréfiés. ». L’IGAENR fait bien de préciser que « depuis dix ans, les [crédits globaux] n’ont cessé d’augmenter » …. Mais en « euros courants » précise le texte, ce que le lecteur pressé n’aura pas remarqué. Tant il est vrai qu’ils ont baissé en euros constants.

Pour terminer, le morceau de bravoure sur l’AERES. Pas plus que le rôle premier de l’enseignant est de noter les élève pour les classer avec précision, le rôle d’une instance d’évaluation est d’abord de noter les unités. Il est d’aider le laboratoire et ses tutelles à détecter assez tôt les problèmes et d’aider à leur trouver des solutions. Mais ravie de ce magnifique système technocratique mis en place, l’objectif de l’inspection est de l’améliorer et de « rendre l’évaluation des unités de recherche par l’AERES plus discriminante ». Elle précise que « toutes les unités d’un même champ disciplinaire pourraient être évaluées la même année, ce qui garantirait une meilleure homogénéité de traitement et permettrait la mise en place d’une notation de ces unités selon une échelle normée (par exemple A+ pour les 20 % meilleures unités et C pour les 10 % les moins bien notées). La mission recommande l’étude d’un dispositif d’évaluation des unités de recherche, réalisé non par vague contractuelle mais par grand champ disciplinaire. »

Finalement, par comparaison, j’ai été trop méchant pour l’Académie des sciences dont le rapport avait au moins l’avantage de parler science, de faire un constat vécu de la situation, même si les propositions dérapaient in fine.

Ce qui est frappant, navrant, pathétique, c’est ce corporatisme institutionnel : l’ANR, l’AERES, chaque « alliance », chaque verrue même de création récente a sa propre dynamique, ses intérêts à défendre, quand ce n’est pas les primes ou salaires des responsables, et même son cortège d’affidés, trop heureux d’avoir gagné à un loto. Il est temps de mettre fin à cette bureaucratie.

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Michel Abherve

Le contrat d’apprentissage doit mener à un titre ou à un diplôme, pas à un CQP

Face à l’interrogation récurente sur les raisons fondant l’existence de deux contrats en alternance, le contrat d’apprentissage et le contrat de professionalisation, une réponse du Ministre en charge de la formation profesionelle et de l’apprrentisasge, Thierry Repentin, à une question écrite du Sénateur de l’Aube, Philippe Adnot, donne un éclairage précieux
La question portait sur ”les certificats de qualification professionnelle de […]

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Non classé

Le Brand Content, pour quoi faire ?

En ajoutant un nouveau Prix “Brand Content” aux Grands Prix 2012, le magazine Stratégies souhaite récompenser les experts de cette pratique qui révolutionne la communication de marque.

A l’heure où toutes les marques, agences, consultants et autres se lancent dans le Brand Content, il parait important de se demander si tous n’oublient pas un paramètre évident et inscrit dans la dénomination : dans Brand Content, il y a Content ! En cherchant à communiquer à tout prix, certains oublient cette notion essentielle.

Le Brand Content nécessite une stratégie réfléchie et cohérente avec la marque, son histoire, sa culture et ses objectifs. Une fois cette stratégie établie, reste à imaginer un contenu original, identifiable et différencient parmi les innombrables contenus proposés aux publics.

Car depuis le développement des réseaux sociaux, les messages se sont multipliés pour s’adresser aux cibles de façon personnalisée. Combiné à la facilité d’accès, certaines marques cherchent à communiquer à tout prix pour exister, quitte à galvauder valeurs, culture et histoire en oubliant l’essentiel : est-ce que l’histoire racontée  intéresse les gens ?

Beaucoup pourraient être surpris de la réponse !

Il ne suffit pas de créer du contenu ni d’élaborer un discours à sens unique. La stratégie de Brand Content s’inscrit dans la stratégie globale d’une marque ou d’un produit. Elle permet d’établir une réelle complicité avec ses publics, nécessaire à l’établissement d’une communauté fidèle.

Finalement, le Brand Content est un outil de communication au service de la marque et de ses publics. Elle nécessite une ligne éditoriale et une créativité cadrées pour ne pas tomber dans le piège d’un contenu sans intérêt pour les publics,  souvent guidé par la crainte du manque de communication.

Le 24 octobre, Noir sur Blanc a reçu le Coup de Coeur du Jury Stratégies du premier Grand Prix Brand Content  2012 pour la campagne SteelCase.

Retrouvez moi sur Twitter @b_fournier et visitez le site de mon agence Noir sur Blanc

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Jean-François Fiorina

Se projeter en 2013

Une rentrée chasse l’autre. C’est bien celle de 2013 que nous préparons déjà ! Satisfait de voir que les nouvelles formules que nous avons proposées en 2012 ont plu comme le « Village de la rentrée » ou le jeu de la créativité : « 24h de l’innovation ».

La machine se remet en place avec la relance des recrutements qui s’oriente dans 3 directions :

  • les classes préparatoires. Nos étudiants vont à la rencontre des futurs candidats. Ce sont nos meilleurs ambassadeurs comme en témoignent les jeunes majors du concours interviewés la semaine dernière ! Je suis moi-même investi dans ce tour de recrutement.
  • Passerelle. Chaque école partie prenante de la banque Passerelle sur sa zone géographique est chargée d’expliquer la démarche et de la valoriser. Les prospections pour les concours “Passerelle diversité” et “Pass world” ont démarré et les admissions sont en place.
  • Les salons se préparent également.

Une date clé à noter sur vos tablettes ! Le Festival de Géopolitique qui se tiendra à Grenoble du 4 au 7 avril 2013. Thème de cette édition : « La face cachée de la mondialisation ».

…Et dans les actualités récentes de l’Enseignement supérieur

  • Erasmus fête ses 25 ans. A l’heure où le programme peine à trouver les 90 millions d’euros dus par les Etats membres pour boucler son budget 2013, n’est-ce pas l’une des plus belles réussites de l’Union européennequi vacille ? Quel paradoxe!
  • Coup d’accélérateur sur l’alternance avec le doublement souhaité du nombre de contrats. « Tous pour l’alternance ! » , nouveau slogan ? MEDEF, UNESCO et la ministre Fioraso qui déclare « qu’un étudiant sur six sera en apprentissage ou en contrat de professionnalisation en 2020 », tout le monde souhaite un décollage de la formule. J’ai toujours défendu cet enseignement à part entière qui manque cependant de financement de manière chronique. Autre info, les professeurs débarquent dans les entreprises! Annonce faite, lors du colloque national de l’AJE (Association jeunesse et entreprises), toujours par la ministre de l’Enseignement supérieur qui veut favoriser le «d étachement d’enseignants dans les entreprises» et développer «des stages de part et d’autre ».

  • Un palmarès (de plus) sur les entreprises préférées des étudiants et leur sentiment face au marché du travail. Cette fois-ci, c’est TNS-Sofres qui s’y colle. Cette info fera, d’ailleurs, l’objet de l’interview de son directeur général-adjoint la semaine prochaine sur mon blog. En deux mots: la crise est passée par là, les étudiants privilégient l’implication au travail par rapport à la qualité de vie. Et les ingénieurs pensent s’en sortir globalement mieux que les commerciaux.
  • Vincent Peillon annonce un grand service de l’orientation à la rentrée scolaire de septembre 2013.
  • Maghreb: coopération renforcée franco-marocaine dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

  • Afrique : 2ème discours de Dakar. Cette fois, celui de François Hollande. L’Afrique un immense potentiel de développement freiné par une démographie galopante, des conflits larvés et de fortes disparités économiques.
  • Le financement de l’Enseignement supérieuren mutation : Cambridge sur les marchés financiers. L’établissement a émis sa première obligation. Il est même noté AAA par Moody’s!

  • Des salons intéressants: les serious games s’exposent à Lyon (8ème édition) et le salon VAD- e-commerce se tient à Lille (16ème édition).

  • Des livres que je conseille: Entrer en élite, une approche comparative internationale intéressante (PUF). La France dans la mondialisation : se protéger ou se projeter ? (PUF).

  • Mouvement: Pierre Tapie annonce son départ de l’ESSEC à l’été 2013.

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Claude Lelièvre

Les deux moutures originelles du CAPES

Au moment où se repose la question de la « refondation » de la formation des professeurs, il n’est sans doute pas sans intérêt de faire un retour sur la valse-hésitation qui a présidé à l’établissement du CAPES. Deux versions très différentes du CAPES nouvellement institué vont en effet se succéder en un temps très court, au début des années 1950.

Jusqu’en 1950, les enseignants du secondaire ont été recrutés soit via l’agrégation, soit embauchés sur la base d’une licence puis titularisés sur leur poste à l’instar, en quelque sorte, de ce que l’on a appelé plus tard les « adjoints d’enseignement ».

Le décret du 1° avril 1950 institue un certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement public ( CAPES ), qui comprend deux parties : « Premièrement, une partie pratique dont les épreuves ne peuvent être subies qu’au cours de la seconde année d’un stage d’au moins deux années scolaires dans un collège ou un lycée ; deuxièmement, une partie théorique ».
D’abord, donc, un stage pratique et son évaluation ; ensuite un examen écrit, qui ne doit pas être livresque mais directement professionnel : « Le stagiaire, pourvu de conseillers pédagogiques, apprend son métier ; c’est la preuve de cet apprentissage qu’on lui demandera au terme de son stage. Le succès au stage sera suivi d’un examen écrit dont les épreuves, à caractère très étroitement professionnel, devront confirmer l’adaptation du candidat aux différentes tâches qu’il a à remplir comme professeur. Le succès dépendra donc beaucoup moins d’une préparation intensive et livresque que de l’application au travail quotidien et de la réflexion personnelle sur ses conditions ».

Mais des craintes se font jour quant à la préparation au concours de l’agrégation, au rétrécissement de son aire de recrutement. Dès 1952, les partisans de la défense et illustration de l’agrégation ( parmi lesquels la puissante « Société des agrégés » joue un rôle primordial ) ont gain de cause. Sous leur influence, une deuxième mouture est mise en place, qui durera pour l’essentiel jusqu’à nos jours. Le décret du 22 janvier 1952 stipule en effet : « Le concours pour l’obtention du CAPES comprend deux parties indépendantes : premièrement une partie théorique qui comporte des épreuves écrites et une épreuve orale ; deuxièmement une partie pratique soutenue un an après le succès à la partie théorique ».
Dans le Journal officiel du ministère de l’Education nationale, l’inspecteur général Campan commente ouvertement la raison profonde de ce nouveau dispositif, de cette inversion : « Une caractéristique essentielle du nouveau système, c’est sa liaison étroite avec le concours de l’agrégation ». Il s’agit d’assurer avant tout – directement et indirectement – un recrutement élargi et de qualité pour l’agrégation, qui est ainsi consolidée. Et tout le reste est littérature, dans une dénégation sans état d’âme de tout souci prioritaire de formation professionnelle des enseignants du secondaire. Voilà pourquoi  votre fille est muette ( de saisissement ).

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Caroline Chanlon

Les pages Globales Facebook à l’université ?!

C’est la nouvelle idée de Facebook : regrouper sur un même espace toutes les informations, interactions d’une même marque et donc de toutes ses déclinaisons de pages. Un service qui s’adresse surtout aux multinationales qui ont une présence représentative sur plusieurs continents et qui communiquent donc via plusieurs pages avec autant de messages adaptés en fonction de leur cible géographique.
Dove l’a fait et une chose est sûre on voit bien le caractère international : sur la même page on retrouve des publications en Français, en espagnol et en chinois ! La couverture nous accueille d’ailleurs avec des remerciements dans toutes les langues (Multumesc ? )

Les plus

Cette technique permet de bénéficier d’une URL générale plus facilement utilisable dans les supports de communication papiers ou télévisuels. Autre point positif le regroupement des fans. La page globale permet de regrouper tous les fans de toutes les pages “satellites” ! On se retrouve du coup avec de beaux volumes ! 9,4 millions par exemple pour Kit Kat Global alors que Kit Kat Deutschland par exemple n’en compte que 27 000.

Les risques
Le premier risque et pas des moindres c’est la perte de sens. Une personne qui tomberait sur la page globale en se disant que c’est la page officielle pourrait être un peu déstabilisée. Je reprends l’exemple de Dove : toutes ces publications dans les différentes langues donne une vision un peu brouillonne de la marque. D’autant que d’un pays à l’autre et donc d’une culture à l’autre on ne communique pas du tout de la même manière. Des publications normales en Chine peuvent paraitre très étranges à un Suédois !

Certes cette technique permet de montrer d’autres choses, de faire découvrir d’autres aspects de la marque, mais est-ce vraiment ce que les personnes qui nous suivent veulent ? Elles veulent de l’info ciblée et du coup on tombe un peu à côté (

Une utilisation dans nos universités ?

Regrouper les pages institutionnelles, les pages recherche, de laboratoires, des bibliothèques, d’UFR, de masters sous une même bannière ? Cela pourrait effectivement être une idée car on est avant tout membre d’une université avant d’être étudiant, ancien ou personnel d’un master ou d’une composante. Je pense que cela nous permettrait aussi de montrer la diversité de nos missions : une université ce n’est pas que la formation. C’est aussi la recherche, la formation continue, l’insertion professionnelle !

Aujourd’hui cela n’est pas possible (enfin je crois) car on parle bien de regroupement de pages pour une même marque et non pour des services complémentaires. Mais qui c’est, peut être est-ce pour bientôt ?!

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Bernard Desclaux

Pourquoi aller à l’Ecole ?

Ce lundi 22 octobre la lecture de deux articles me réjouissent et me donnent envie de poursuivre leur réflexion.
Lionel Jeanjeau sur son blog écrit : Antoine Prost et les notes : les élites intellectuelles seront-elles les limites de la refondation ?
Bruno Devauchelle
sur le Cafépédagogique propose Les conseils de classe à l’ère du numérique
Aujourd’hui je commente l’article de Lionel Jeanjau

Question essentielle en effet

Sans grand effet, j’ai trouvé deux réponses à la même question sur le web :A QUOI SERT L’ÉCOLE ? Rudolf Bkouche (IREM de Lille) , et Jean-Marc Bellot ont répondu d’une manière semble-t-il assez proche en opposant l’objectif culturel à l’objectif marchand, et en considérant, comme d’habitude, qu’avant c’était bien sûr l’objectif culturel qui prévalait. Je ne rentrerais pas dans cette discussion, il suffit de renvoyer à la lecture critique de l’école républicaine par François Dubet.


Mais admettons qu’à l’origine (sic) l’école soit intégratrice, son objectif était de faire l’unité, l’unité du pays. A partir des années 60, avec notamment Bourdieu, l’école sociologique française a développé l’idée au contraire de la fonction triante, hiérarchisante de l’école.


Il s’agissait alors toujours de répondre à la question des décideurs, des organisateurs, c’était toujours la question fonctionnelle, sociologique, politique, économique, au fond la question des adultes.

Pour quoi vont-ils à l’école ?

Dans les années 80, la question du point de vue des acteurs se pose enfin. François Dubet avec la notion de face, reprise d’Erving Goffman, puis Anne Barrère, prennent la question du côté des élèves.
Antoine Prost avait écrit un petit texte pour la revue de l’AFAE qu’il avait intitulé si je me rappelle bien : Pourquoi aller à l’école ? Et son texte apportait deux réponses malicieusement simples : il y avait la réponse en terme de “pour” et celle en terme de “parce que”. Les « parce que » vont à l’école car ils y sont obligés, l’école est obligatoire, c’est comme ça. Les « pour » y vont pour en obtenir quelque chose. Ce quelque chose peut être très différents, une culture, un plaisir, une utilité. Mais ceux-là y vont « motivés » par l’obtention de quelque chose.
Philippe Perrenoud dans son livre L’évaluation des élèves. De la fabrication de l’excellence à la régulation des apprentissages. Entre deux logiques, De Boeck Université, 1998, avait répondu de manière peut-être encore plus cru : à tout travail mérite salaire, et la note est le salaire du travail scolaire.

Bonjour tristesse

Dans son blog, Lionel Jeanjau rapporte les idées développées par Antoine Prost dans une de ces dernières interventions : « En substance, il a affirmé qu’un programme d’histoire ne pouvait être enseigné que s’il donnait lieu à des exercices que l’on puisse noter. ». Et Lionel Jeanjau commente : « Les propos d’Antoine Prost interrogent, à tout le moins, sur l’idée qu’il se fait des finalités de l’enseignement de l’histoire. Moi qui croyait que l’histoire s’enseignait pour donner aux élèves un bagage culturel, une base nécessaire à la compréhension du monde et un arrière-plan civique, me voilà déboussolé : un des plus grands historiens actuels vient nous souffler l’idée que les élèves travaillent l’histoire, en réalité … pour la note. ».
J’aurai tendance à considérer qu’il s’agit pour Antoine Prost de faire malheureusement un constat. De même qu’il disait il y a bien longtemps que l’orientation marchait à l’échec scolaire, aujourd’hui il considère que l’enseignement marche à la note.
Lorsque j’ai commencé à faire des formations pour la mise en œuvre de l’éducation à l’orientation dans les collèges, l’argument de défense le plus entendu était la question de la « gratuité » : s’il n’y a pas de notes, les élèves ne voudront pas travailler dans cette activité. Il s’agissait bien sûr d’un argument émis par les enseignants eux-mêmes.
La note semble être dans la plus part des cas la seule arme disciplinaire pour l’enseignant français. On peut s’en offusquer sans doute, mais notre système a dérivé vers cette situation.
Un petit conseil de lecture, décapante : Maya Beauvallet : Les stratégies absurdes. Comment faire pire en croyant faire mieux, col Le Point, Le Seuil, 2009, et en particulier le chapitre premier intitulé : Quand on aime, on ne compte pas. Comment l’argent tue le plaisir.
Et je pourrais paraphraser, comment la note sur l’apprentissage.
Bernard Desclaux

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Philippe Jamet

Ingénieurs calibrés : attention !

Les assises de l’enseignement supérieur et de la recherche qui se déroulent actuellement sont l’occasion de riches échanges sur l’insertion professionnelle des diplômés. Un sujet sur lequel les écoles d’ingénieurs se sentent plutôt à l’aise, elles qui n’ont de cesse de mettre en relief leur caractère professionnalisant, les remarquables taux d’accès à l’emploi de leurs diplômés et leurs liens avec les acteurs du monde économique.

Pourtant, les indéniables succès des écoles sur le terrain de l’insertion professionnelle ne sont pas sans soulever des questions de fond. Il n’est pas certain que, poussée à l’extrême, la performance des écoles dans ce domaine constitue systématiquement un service rendu à la société ni à leurs diplômés.

Prenons les deux indicateurs couramment utilisés par les écoles pour mesurer cette performance : le salaire à l’embauche et la période de recherche d’emploi à la sortie de l’école. Les écoles ont tout intérêt à développer des stratégies permettant de maximiser le premier et minimiser le second : d’abord en termes d’attractivité, ensuite par que ces deux mesures possèdent un poids important dans plusieurs classements d’écoles.

Dès lors, les écoles ne peuvent que se réjouir des choix de leurs jeunes diplômés en faveur de carrières sûres et lucratives, c’est-à-dire plutôt celles offertes par de très grandes entreprises et des secteurs rémunérateurs (services, finance, conseil…). Cette situation est quelque peu contradictoire avec certains éléments du discours de ces mêmes écoles, par exemple leur préoccupation récurrente face au déficit d’appétence de leurs diplômés pour les métiers de l’économie réelle, pour les petites et moyennes entreprises et pour  l’entrepreneuriat.

Un jeune diplômé d’école qui aurait un projet de création d’entreprise, ou l’intention de débuter sa carrière dans une petite structure ou encore, plus simplement, auquel il prendrait l’envie de mûrir son choix, ne contribue pas positivement à l’enrichissement des précieuses statistiques d’insertion professionnelle des écoles. Aussi, un pilotage excessif de la politique d’insertion des écoles par des statistiques, certes simples et attractives, mais quantitatives et réductrices, appauvrit la contribution potentielle de leurs diplômés aux dynamiques d’innovation. Bien sûr, les écoles apprécient les profils atypiques et les valorisent dans leur communication, mais elles ont quelque part aussi un intérêt à court terme à ce qu’ils demeurent dans des proportions raisonnables, c’est-à-dire, précisément, atypiques.

Le discours des écoles et des recruteurs sur les compétences est également de nature à provoquer des effets pervers. Si les écoles s’échinent à apporter la preuve que leurs diplômés détiennent des compétences « prêtes à l’emploi », c’est d’abord pour rassurer les recruteurs, minimiser pour eux la prise de risque consubstantielle à toute décision d’embauche et maximiser leur retour sur investissement. Sur le principe, il n’y a rien à redire : les écoles sont aussi là pour aider les entreprises, satisfaire leurs besoins et mettre sur le marché de l’emploi des diplômés compétents que ces entreprises pourront « métaboliser ».

Mais ce même principe de compétence est porteur de dérive. Une attention excessive des écoles à la demande formulée par le marché de l’emploi peut déboucher, petit à petit, sur une offre d’ingénieurs « calibrés » ou « standardisés », un peu à la manière dont on a vu, ces dernières décennies évoluer le marché des fruits et légumes vers des tailles et des couleurs équivalentes. Certes, les produits véreux sont devenus l’exception, mais dans le même temps, la saveur s’est évaporée, les palais se sont affadis et les étals, bien rangés, ont perdu de leurs couleurs et de leurs formes chatoyantes…

Nous pourrions, sans nous en rendre compte, arriver à une situation où, avec la complicité des employeurs, au prétexte de les rassurer, nous mettrions à leur disposition des jeunes diplômés qui leur ressemblent et qui s’insèrent sans heurt et sans bruit dans leurs entreprises. La relation écoles-monde économique prendrait un tour routinier et casanier, ceci, au moment précis où, plus que jamais, ces entreprises ont besoin d’innovation et de collaborateurs à forte capacité « transformante ».

La compétence ne doit en aucun cas devenir un principe tyrannique qui étouffe l’innovation et marginalise les profils « atypiques ». L’insertion professionnelle réussie ce n’est pas une adéquation au attentes du monde d’aujourd’hui, mais un engagement pour les aspirations du monde de demain. Et quant à l’ingénieur, c’est celui qui agit là où il n’est pas attendu. C’est celui qui finira par exercer un métier auquel rien ne le destinait.

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Gilles Gleyze

Taxe d’apprentissage : quelle place et quel avenir dans les relations entre Ecoles et Entreprises ?

La taxe d’apprentissage, et notamment sa composante dite Barême (dont l’affectation est laissée à l’initiative de l’entreprise redevable) a historiquement joué un rôle fondamental dans le financement des établissements d’enseignement, qu’ils soient secondaires ou supérieurs.

Quel animal hybride et bizarre que cette taxe ! c’est un impôt, mais son affectation est laissée au libre choix de l’entreprise. Sa gestion se complexifie au fil des ans, les règles changent chaque hiver, mais jusqu’à présent l’entreprise a gardeé la main sur l’affectation du barême.

Je voudrais dans ce billet souligner les évolutions récentes de la gestion de la taxe d’apprentissage, et surtout son rôle dans les relations entre Ecoles (et Universités) et Entreprises.

La tendance de ces dernières années me semble aller vers une plus grande professionnalisation dans la gestion de la taxe, tant du côté des Entreprises que des Etablissements ; et son articulation avec des dispositifs plus larges et plus structurés de relations Ecoles / Entreprises. De plus en plus la taxe est utilisée comme un outil stratégique de pilotage de ces relations.

Il est vrai qu’on vient de loin ; autrefois, beaucoup d’entreprises traitaient la taxe avec une relative négligence. L’affectation reposait surtout sur jeu des relations d’anciens élèves (l’entreprise versait la taxe à l’école de son dirigeant, ou dans les écoles de certains cadres influents) ; dans certains cas, quand on voulait éviter le favoritisme, on donnait le même montant à toutes les écoles, ce qui aboutissait à un saupoudrage peu efficace.

Ces dernières années, de nombreux grands groupes ont structuré leur approche académique ; en général ils identifient des établissements partenaires stratégiques, et ils concentrent sur eux l’allocation de la taxe. Conséquence : les entreprises resserrent la taxe sur un nombre restreint d’établissements partenaires.

Ce mouvement fait évidemment apparaître des gagnants et des perdants ; parmi les gagnants on va trouver : les écoles de haut de classement (pépinières des futurs dirigeants du groupe) ; les écoles positionnées sur des expertises très liées au métier de l’entreprise (souvent des écoles spécialisées) ; et enfin les écoles situées dans l’écosystème local de l’entreprise ou près de ses implantations. Les écoles « de milieu de classement » dont la relation avec l’entreprise ne repose pas sur un avantage comparatif particulier sont en revanche généralement perdantes dans cette restructuration.

Dans le même mouvement, le financement par la taxe (barême) s’inscrit de plus en plus dans un ensemble plus large d’apports et de financements par les entreprises ; pour l’entreprise, la taxe, les dons sous le régime du mécénat, le financement de chaires, le versement de quota dans le cadre des cursus d’apprentissage … contribuent tous à un même objectif : renforcer l’image employeur de l’Entreprise au sein de l’Ecole et aux yeux de ses étudiants. La taxe devient une composante parmi d’autres, dans une palette plus large d’outils au service d’une vision plus globale.

Par ricochet, la taxe se transforme en indicateur de la qualité de la relation entre l’Ecole et l’Entreprise ; à Centrale Paris, une augmentation ou une diminution de taxe n’a que peu à voir avec la manière dont le versement a été sollicité ; mais est très souvent corrélée à un renforcement ou un affaiblissement de la relation partenariale tout au long de l’année.

Cette professionnalisation du versement du côté des entreprises, amène les Ecoles à aborder la taxe de manière plus stratégique : la taxe est de plus en plus intégrée dans des dispositifs sophistiqués de partenariats, qui sont élaborés par les établissements ; PERCI à Supélec ; Programme PME à Centrale Paris ; système des partenariats d’HEC.

Avec une limite à ne pas dépasser : la taxe ne peut réglementairement pas être utilisée pour « acheter » un service ; l’établissement ne peut donc pas garantir de contrepartie au versement, ni s’engager formellement sur une quelconque « prestation ».

Enfin, la professionnalisation touche aussi la collecte elle-même ; ce mouvement est accentué par la baisse récente du barême. A Centrale Paris nous avons fait le choix d’un « call center » composé d’étudiants, qui ont envie de participer à la vie de leur Ecole. En sus de la rémunération que leur apporte ce job étudiant, ils apprennent à mieux connaître leur Ecole, et se forment à l’appel téléphonique, la négociation, la promotion ; toutes compétences qui manquent souvent chez les élèves ingénieurs.

D’autres écoles passent par des cabinets de conseil spécialisés en collecte de taxe ; ou confient le démarchage des entreprises à des Anciens bien introduits.

La collecte de la taxe passe aussi souvent par un appel à un ancien élève dans l’entreprise, les anciens restant des prescripteurs significatifs. La campagne de collecte de taxe est ainsi aussi l’occasion de resserrer le lien entre alumni et établissements ; des liens avec le fund raising sont possibles.

Nous voyons avec tous ces exemples que la traditionnelle taxe d’apprentissage s’est beaucoup transformée ces dernières années, pour devenir un outil clef de la relation écoles/ entreprises, et se professionnaliser. Cette évolution de la taxe est l’une des multiples manifestations des transformations qui affectent nos établissements.

Espérons que les menaces récurrentes qui pèsent sur le barême, et qui sont principalement liées à l’insuffisance du quota pour financer la montée en puissance des filières d’apprentissage, ne remettront pas brutalement en cause ces évolutions récentes et positives.

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Michel Abherve

Un étudiant sur six en alternance en 2020 : à quelles conditions ?

La Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Geneviève Fioraso,  a annoncé son objectif qu’un étudiant sur six soit en alternance à l’horizon 2020. Pourquoi pas, vu l’intérêt de la formule.
Mais pour arriver à cet objectif ambitieux, un certain nombre de conditions devront petre remplies. Nous allons tenter d’en préciser certaines
La première est dans […]

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Jean-Luc Vayssière

Saclay : « Il faut que tous les acteurs soient représentés dans le futur gouvernement de l’ensemble, comme à Toulouse »

« Ce que je réclame, c’est de pouvoir contrôler mon destin, de préserver les caractéristiques de mon université et de leur permettre de féconder le projet. Je dois protéger les intérêts de ma communauté et ses projets novateurs : l’UVSQ a un profil spécifique, elle est un acteur du territoire et elle a une vraie mission sociétale. Il n’y a pas de raison pour que nous nous sacrifiions sur l’autel d’un grand projet unificateur… », déclare Jean-Luc Vayssière, président de l’UVSQ, dans un entretien à AEF accordé à la suite d’une tribune qu’il a postée sur son blog début septembre 2012, et dans laquelle il dénonçait un projet où « la place de l’UVSQ n’est visiblement pas souhaitée » (AEF n°171497). « J’ai une appétence forte pour Saclay, mais il faut faire évoluer le projet et son calendrier, pour qu’il prenne mieux en compte tous les acteurs et qu’ils soient tous représentés dans le futur gouvernement de l’ensemble, peut-être comme les toulousains viennent de le faire dans leur propre idex » (AEF n°172551), propose-t-il ainsi. Il revient également sur les caractéristiques de l’UVSQ et sur les priorités de son mandat.
AEF : Vous avez pris la présidence de l’UVSQ en avril dernier, après avoir été vice-président du conseil d’administration sous les mandats de Sylvie Faucheux. Quel cap souhaitez-vous donner à cette université ?

Jean-Luc Vayssière : Il faut d’abord savoir d’où l’on part. L’UVSQ est une « université nouvelle », ce qui veut dire qu’elle n’a que 21 ans. Quand elle a été créée, elle a été conçue comme une antenne universitaire de premier cycle, destinée à désengorger les universités parisiennes. L’évolution s’est faite ensuite vers une université de plein exercice, et l’UVSQ est devenue un établissement très tourné vers la recherche et très ancré sur son territoire au travers de ses relations avec les collectivités et avec le milieu économique. Nous avons un profil proche de celui de l’université de Cergy. Nous sommes la plus grosse université nouvelle, avec 18 800 étudiants, et nous avons 34 laboratoires de recherche. Nous apparaissons dans le classement de Taiwan et parfois dans celui de Shanghai. Nous avons des secteurs dans lesquels nous avons atteint un niveau international : les sciences de l’environnement, les matériaux et la chimie, l’informatique (notamment la cryptologie), le patrimoine, l’épidémiologie, et nous avons deux laboratoires de sociologie très visibles sur le plan national. Et nous sommes pluridisciplinaires…

AEF : Quelles sont donc les priorités de votre mandat ?

Jean-Luc Vayssière : Durant mon mandat, il va d’abord falloir mener à bien tous les projets déjà engagés : nous avons ainsi une douzaine de labex, deux cohortes (notamment une qui doit suivre 200 000 personnes, et l’autre qui est focalisée sur les étudiants), ainsi qu’un IEED dans le domaine automobile. Mais je souhaite aussi développer davantage l’interdisciplinarité, pour ancrer l’UVSQ dans le paysage et la différencier. Par exemple, nous avons un projet de création d’un institut autour de la criminologie, qui regrouperait des sociologues, des juristes et des médecins. C’est quelque chose que nous sommes capables de faire car nous avons une très solide faculté des sciences de santé. Je souhaite également identifier des niches, comme nous l’avons fait avec la cryptologie. Enfin, je veux dynamiser notre présence à l’international, en couplant recherche et formation.

AEF : Vous avez défrayé la chronique à la rentrée en publiant sur votre blog une prise de position assez tranchée sur le projet de campus Paris-Saclay, auquel vous participez en tant que membre de la FCS. Vous y estimiez que le projet était en train de s’essouffler et vous réclamiez une place plus importante pour l’UVSQ dans les instances de décision. Pourquoi cette sortie ?

Jean-Luc Vayssière : Ce qu’il faut retenir, c’est que le projet de Saclay intéresse l’UVSQ, mais qu’elle ne veut pas avancer sans savoir où elle va. Revenons un peu en arrière. Le précédent gouvernement – voire même ceux d’encore avant, avec la politique des PRES – a donné une forte impulsion en faveur des rapprochements entre universités. Nous nous sommes donc engagés dans le PRES UniverSud Paris, dans lequel, il est vrai, il ne s’est pas passé grand-chose. Puis est apparu le projet Saclay, dans lequel, très vite, une logique de structuration a accompagné la logique de partenariat, qui plus est avec d’autres acteurs (la FCS compte 19 membres, dont dix écoles, sept organismes et deux universités). Je note que partout ailleurs, les regroupements mettent au coeur de leur logique des universités, mais qu’à Saclay, comme à PSL, nous fabriquons un objet complexe.

Sont ensuite venus les appels à projets idex : l’idex 1 ne faisait aucune place au droit, à la médecine ou aux sciences de l’environnement, disciplines très importantes à l’UVSQ. Dès le départ, il y a donc eu un problème d’intégration partielle de l’UVSQ dans le projet Saclay. Dans l’idex 2, ces champs ont été pris en considération, et nous avons donc vu la possibilité de travailler sur des partenariats de plus grande ampleur. Sauf que dans le même temps, il y a eu de la part du jury une incitation très forte à ce que le projet se structure sur le plan institutionnel. À l’oral, les porteurs du projet Saclay se sont même engagés à aller plus loin sur ce plan de la structuration que ce que nous avions décidé par écrit…

AEF : Mais le projet de Paris-Saclay a toujours été, même sur le papier, de créer à terme une université. Pourquoi faire mine de le découvrir aujourd’hui ?

Jean-Luc Vayssière : Ce que je réclame, c’est de pouvoir contrôler mon destin, de préserver les caractéristiques de mon université et de leur permettre de féconder le projet. Je dois protéger les intérêts de ma communauté et ses projets novateurs : l’UVSQ a un profil spécifique, elle est un acteur du territoire et elle a une vraie mission sociétale. Il n’y a pas de raison pour que nous nous sacrifiions sur l’autel d’un grand projet unificateur…

AEF : Envisagez-vous donc de sortir du projet d’université Paris-Saclay ?

Jean-Luc Vayssière : Bien sûr que non, ce n’est pas mon propos. J’ai une appétence forte pour Saclay, mais il faut faire évoluer le projet et son calendrier, pour qu’il prenne mieux en compte tous les acteurs et qu’ils soient tous représentés dans le futur gouvernement de l’ensemble, peut-être comme les toulousains viennent de le faire dans leur propre idex. Il faut adopter une approche pragmatique et réaliste afin d’avancer sur un projet vraiment innovant.

AEF : Dominique Vernay (AEF n°171658) et Jacques Bittoun (AEF n°172910) ont récemment déclaré que l’engagement de l’UVSQ dans deux ensembles différents, Saclay et UPGO, leur posait question, et qu’il faudrait bien que vous choisissiez l’un ou l’autre à un moment. Que leur répondez-vous ? Estimez-vous possible de rester membre actif des deux projets ?

Jean-Luc Vayssière : Cette question est réglée. L’UVSQ et l’université de Cergy-Pontoise collaborent dans une logique partenariale de déploiement de projets qui apportent une plus-value en termes de moyens et de visibilité, au sein d’UPGO. Cette collaboration ne remet pas en cause notre participation à la structuration de l’Université Paris Saclay.

Dépêche du 17/10/2012, reproduite avec l’aimable autorisation d’AEF, Sarah Piovezan.

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Situation de crise : communiquer via les médias traditionnels ou les réseaux sociaux ?

Nombreuses sont les célébrités et les personnalités publiques qui utilisent et même privilégient les réseaux sociaux sur Internet pour gérer leur image. Les récentes affaires des frères Karabatic et de Rachida Dati en sont une bonne illustration. Ces derniers ont fait le choix de réagir et de sexprimer via Facebook au lieu de passer par les médias traditionnels. Et ce choix est loin dêtre fortuit.

Auparavant, les réponses aux accusations ou polémiques passaient soit par un communiqué de presse impersonnel et distant, soit par un passage en direct sur un média important (télévision, radio), avec le risque de sortir perdant dune confrontation avec linterviewer.

Aujourd’hui, la communication par les réseaux sociaux permet de maîtriser le message tout en ajoutant le sentiment de proximité, l’immédiateté et la franchise que seuls les médias de direct pouvaient autrefois fournir.

De plus, la possibilité sur certains réseaux sociaux de sélectionner les personnes auxquelles on communique savère un réel atout. En sadressant, via Facebook, à leurs propres communautés, les frères Karabatic et Rachida Dati se sont appuyés sur des publics fidèles, ayant déjà manifesté de la sympathie à leur égard. Leurs déclarations ont généré des échos favorables, amplifiés par leurs publics, et faisant ainsi contrepoids aux propos négatifs des médias traditionnels.

Les personnalités publiques et politiques ne sont pas les seules à avoir compris que les réseaux sociaux étaient des armes de choix dans la communication de crise. Les entreprises et les institutions ont pris conscience, elles aussi, de leur importance. Tout le monde sy lance.  Mais pour réussir sa communication, il ne suffit  pas dêtre présent sur les réseaux ou de communiquer à tout va. La réussite passe par une compréhension profonde et la maîtrise de ces nouveaux canaux de communication.

Loin de renier les médias traditionnels, ces derniers événements démontrent cependant une chose importante : la télévision, la presse et la radio ne sont plus les seuls outils de communication de poids face à une situation de crise. Désormais, en fonction des situations et des enjeux, les réseaux sociaux peuvent jouer un rôle fondamental pour faire passer un message à des publics.

De fait, le rôle des  consultants en  relations presse se transforme. Ils ne sont plus de simples intermédiaires entre les médias classiques et le client. En plus d’être des relais d’influence, ils deviennent de multi-spécialistes, organisateurs d’événements, créatifs à la recherche permanente didées et dapproches innovantes. Ils comprennent le fonctionnement des réseaux sociaux et leurs spécificités (codes de conduite, modes d’expression, avantages, risques…). Et si les nouveaux médias permettent de proposer du « brand content » susceptible de toucher directement les cibles, l’analyse de la nature et la qualité du contenu éditorial sont indispensables à la réussite de l’opération.

Nous assistons là à un renouveau intéressant de ce métier qui le repositionne au plus haut niveau, comme un créateur de contenu polyvalent, hyper-connecté, réactif et influent.

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Claude Lelièvre

Postes aux concours de recrutement du secondaire pour 2013

Ils viennent de paraître au BO, et ils sont en nette augmentation. Ainsi, 1589 postes sont proposés à l’agrégation contre 1248 en 2012 ( + 27% ), et  6135 postes sont offerts aux CAPES externes contre 4727 en 2012 ( + 27% également ).

Même si on peut compter sur une certaine augmentation des inscrits ( et sans doute surtout des présents effectifs aux concours, en raison précisément de l’augmentation des postes offerts ) , il est loin d’être évident que tous les postes pourront être pourvus si l’on en juge par les ‘’déficits’’ dans certaines disciplines enregistrés en 2012, en particulier aux concours des CAPES externes.
1210 postes mis au concours du CAPES externe de mathématiques en 2013 ( contre 950 en 2012, et 652 reçus ) ; 200 en lettres classiques ( contre 170 en 2012, et 75 reçus ) ; 1000 en lettres modernes ( contre 733 en 2012, et 681 reçus ) ; 1050 en anglais ( contre 790 en 2012, et 679 reçus ) ; 270 en allemand ( contre 230 en 2012, et 184 reçus ) ; 200 en documentation ( contre 157 en 2012, et 105 reçus ).

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Jean-François Fiorina

Impressions de rentrée, paroles d’étudiants

Jean-François Fiorina entouré de quatre majors du concours 2012.

Jean-François Fiorina entouré de quatre majors du concours d'entrée 2012 à l'ESC Grenoble.

Un mois au compteur depuis cette rentrée 2012. L’occasion de mieux faire connaissance avec nos nouveaux étudiants fraîchement admis à l’ESC Grenoble. Cette semaine, j’ai convié quatre majors de nos concours d’entrée en 1ère et 2ème année pour une discussion à bâtons rompus. Parole à Sandra, Benoît, Virgile et Benjamin.

Jean-François Fiorina : Comment vivez-vous cette rentrée ?

Virgile // Tout se passe bien, je découvre la richesse des cours. Je suis vraiment allé à la rencontre des autres étudiants et comme je suis un passionné de musique, je participe à l’association Nymphony.

Benoît // La partie scolaire est prenante ! Mais je découvre aussi toutes les associations. Il y a beaucoup d’activités possibles.

Benjamin// Par rapport à la prépa, c’est le choc ! J’ai l’impression d’avoir déjà fait beaucoup de choses. J’ai choisi English Track*. Je suis heureux d’être ici.

Sandra // Je suis également en English Track, les professeurs et mes camarades sont intéressants. J’avais une certaine appréhension d’intégrer une promo en cours de route mais tout se passe bien.

*English Track : parcours de 3 ans, 100 % en anglais, par les professeurs internationaux du corps professoral de l’école, en compagnie d’étudiants étrangers.

Etait-ce l’idée que vous vous faisiez d’une école de commerce ? Comment vous êtes-vous préparés au concours ?

Benjamin// En intégrant une préparation à l’Ecole Nationale Supérieure, ce n’était pas  pas ma première idée mais au fur et à mesure des cours, je me suis intéressé à tout ce  qui touchait au management. Je me suis laissé une porte ouverte. J’avais une petite appréhension mais c’est une nouvelle vie qui commence.

Benoît // J’ai fait un BTS directement après le bac et l’année dernière, j’ai eu un déclic pendant mon stage à l’étranger. On m’a parlé de Passerelle et de Grenoble. C’est devenu mon objectif : intégrer l’école. Je me suis préparé aux oraux (PGE/GO) et à la note de synthèse via deux intensives écrit/oral. Cela demande beaucoup de travail personnel comme se lever le samedi matin, pas trop boire la veille ! Mais quand c’est quelque chose qui vous prend, là, au creux du ventre, ce n’est pas un problème.

Virgile // Oui, c’est vrai, beaucoup de mes amis me disaient « ces écoles-là, je ne les tente même pas ». Non, il faut y aller. Après mes études de musique, cela m’est venu au dernier moment. J’avais acquis des connaissances techniques mais il me manquait des connaissances en management. J’ai préparé les concours. Venant de la fac, j’avais une appréhension mais je n’étais pas complexé. La nouveauté me plait. Je suis motivé.

Sandra // Après deux années en fac d’économie gestion, je ne me sentais pas prête. J’ai préféré faire une licence en commerce international à GrandChamp pour préparer le concours Passerelle. Les professeurs en français et en anglais étaient très bons.

Quelle image avez-vous d’une école de commerce ? Vos premiers pas vous confortent-t-ils ?

Sandra // C’est un énorme tremplin vers la vie professionnelle. Je me sens emportée dans un tourbillon. Il se passe quelque chose d’un peu inexplicable que j’essaie de communiquer à mes amis, mes parents. C’est un état d’esprit, de multiples opportunités qui s’offrent. Ceux qui veulent se bouger peuvent vraiment faire beaucoup de choses. On est sur des rails.

Virgile// plutôt bonne a priori. J’avais déjà des retours de personnes de mon entourage qui ont fait des écoles de commerce. L’international, les associations, les profs. J’en avais entendu parler.

Benjamin // Ma grande sœur a fait l’ISC à Paris. Elle a saisi toutes les opportunités, dans les associations ou à l’étranger. Elle est partie dans une université dans le Montana puis a trouvé un travail qui lui plait en relativement peu de temps.

Pourquoi avoir choisi Grenoble ?

Benoît // Déjà, je suis un passionné de ski, ça fait pencher la balance ! Sinon, mon père baignait dans la technologie et moi aussi. Je démontais les ordis. Mon rêve c’est de bosser chez Microsoft ou Google. Quand j’ai vu que Grenoble était centrée sur cette thématique, ça m’a plu. Il y a aussi le MIB (Master in International Business), j’ai habité 9 ans à l’étranger. Sur l’international, vous proposiez le meilleur compromis, en fait.

Sandra // Cela apparaissait comme une évidence. C’était la plus dynamique, c’est ce que je ressentais. D’anciens étudiants de Grand Champ qui avaient intégré Grenoble nous ont fait passer des oraux. Ils nous faisaient rêver, tous étaient très motivés ! De vrais ambassadeurs de Grenoble ! Dans d’autres écoles, c’est différent. J’ai entendu dire que les AP2A s’intègrent moins bien dans la promo, comme à l’EDHEC. Ici ça se passe très bien, il n’y a pas de différence. La ville m’attirait aussi. C’est une école sur la pente ascendante par rapport à d’autres.

Les accréditions ont-elles joué ?

Virgile // En fait, moi je ne connaissais pas beaucoup les classements des écoles. L’année du concours, je m’y suis penché et c’est la meilleure école que j’ai eue dans celles que j’ai jouées. Mais il n’y a pas que ça. Il y a aussi les locaux, le dynamisme. C’est une école jeune et déjà haute dans les classements. Il y a aussi le parcours trilingue qui m’a intéressé (français, espagnol, anglais), l’association Nymphony, le management technologique et l’entrepreneuriat sur le net.

Benjamin // Oui ça joue, en prépa les profs en parlent tout le temps. Il faut avoir une école dans les 15 premières du classement sinon ce n’est pas bon. Mes parents aussi qui travaillent dans la banque et la technologie m’ont dit que Grenoble était une très bonne école. Et comme l’international est un point fort, je peux envisager un double-diplôme à l’étranger ou même un MIB. Ça laisse des opportunités…

Benoît // Les accréditations et le classement ont clairement joué dans le choix de l’école. Cela veut dire de bons échanges avec d’autres écoles, de bons professeurs. Et comme les bons profs font les bons élèves…

Qu’attendez-vous de nous ?

Benoît // Nous préparer au monde du travail. On nous pousse à travailler en équipe, à être un acteur de l’entreprise. Cela m’aide à m’émanciper. Ce sont les meilleures années de ma vie qui m’attendent d’après plein d’amis déjà dans la vie active. Et ici, tout le monde est différent, il n’y a pas de normalité. Ce sont des gens actifs…

Ah bon, on n’est pas normal ?!!!  ;=)

…Il y a une diversité dans cette école qui est agréable. Puis aussi, c’est le réseau qui m’aidera à trouver un travail à la hauteur de mes espérances.

Vous avez tous parlé de vie associative. Est-ce le seul moyen de s’intégrer dans l’école ?

Virgile // Ce serait dommage de ne pas participer car on n’a pas souvent l’opportunité d’entrer dans ces associations pendant nos études. Elles sont omniprésentes mais on peut aussi participer sans en faire partie.

Sandra // C’est l’opportunité de rencontrer d’autres personnes, de monter des projets. Pour moi, c’était un facteur de choix. Je voulais intégrer Altigliss lors du passage des oraux. Je ne conçois une vie à l’école sans en intégrer une.

Benoît // C’est important pour équilibrer vie scolaire et personnelle. C’est le moyen de faire autre chose, de vivre des moments forts entre nous. Demain, si je retrouve un ami qui a besoin d’aide, je suis sûr que j’essaierai de faire le maximum pour lui.

Benjamin // On peut s’intégrer sans passer par une association. Mais je le vois comme un moyen de faire quelque chose qui me plait. Quand on voit des grosses associations comme Altiglisss, le BDE ou le BDS (Bureau des Sports), cela donne un avant-goût de la vie professionnelle. Moi je n’avais pas fait de séjours à l’étranger ou de stages, j’étais un peu complexé aux oraux venant de mon lycée et de ma prépa tout simplement…

De la vie associative à la soirée, il n’y a qu’un pas que je franchis ! Quelle est votre opinion par rapport aux soirées et à l’alcool.

Virgile // C’est certain, tous les soirs on pourrait sortir mais il faut faire la part des choses. C’est à nous de nous organiser.

Une soirée réussie, c’est toujours une soirée alcoolisée ?

Virgile // Une fois tous les 2 ans peut-être mais ce n’est pas une fin en soi. Ce n’est pas terrible, le lendemain on est mal.

Benjamin // Je n’ai pas eu de pression pendant les soirées ici. Pour ceux qui veulent boire, il y a toujours moyen. Mais je n’ai pas eu de pression pour boire absolument comme lors d’événements d’intégration dans certaines écoles.

A votre avis, pourquoi vous a-t-on choisi ?

Virgile // A mon avis, mon parcours atypique a du plaire, tout comme mon projet professionnel. Mais c’est le concours où on a le moins le temps pour parler. Donc j’imagine que  les deux exposés ont du plaire. Mes stages aussi, mon année à l’étranger… J’étais très stressé et je me suis dit que je ne serai pas pris !

Sandra // Ma motivation, mon enthousiasme et mon naturel. J’ai un parcours plus « bateau » en économie-gestion mais j’ai un vrai projet professionnel donc c’est ce qui a du faire la différence. Plus des stages très intéressants où j’ai beaucoup appris.

Benoît // Avec du travail, on réussit à se vendre. J’ai eu la chance de vivre à l’étranger et c’est en cohérence avec ce que je veux faire. J’ai aussi un parcours professionnel que j’ai présenté en citant les partenaires de Grenoble, les produits qu’ils avaient (cloud computing, etc). En plus, je suis tombé sur quelqu’un qui faisait de la communication visuelle comme mon ex… ça m’a aidé. J’étais très stressé avant d’entrer puis je me suis dit « allez Benoît, tu attends cela depuis un an, alors fais l’oral de ta vie ! ». Et ça a marché.

Benjamin // J’étais soulagé quand j’ai vu les cartes de géopolitique. Cela m’a inspiré, j’ai du faire une très bonne entrée en matière. Ensuite, l’échange a été génial avec le jury. Ils ont vu que je m’investis à fond quand je décide quelque chose, ça leur a plu je pense.

Une école, c’est aussi des frais de scolarité élevés. Vous savez pourquoi ? Est-ce que cela vous choque ? Comment vous les financez ?

Benjamin // J’ai la chance d’avoir de très gentils parents qui peuvent se permettre de payer ! Cela ne me choque pas parce que je me rends compte de tout ce qu’il y a ici, les cours, le bâtiment, les programmes, les profs… C’est une organisation gigantesque et impressionnante.

Virgile // ça ne me choque pas mais je trouve quand même cela assez cher. Mes parents m’aident mais je dois faire un emprunt car ils ont eu à financer, avant moi, mon frère et ma sœur. En étant ici, je vois ce que je paie. Je vais essayer de travailler à côté des cours. Chaque année, je le fais pour une dizaine d’heures par semaine.

Sandra // On en est très conscient même si mes parents ont les moyens de les payer. Ils ne voulaient pas casser mes rêves. Il y a des moyens incroyables. On voit pourquoi on paie. Je ne pensais pas que cela se verrait à ce point-là. L’école n’a pas de subvention par rapport aux facs comme vous l’expliquiez.

Une déception, un élément de surprise ?

Benjamin// Comme élément de surprise, j’ai découvert les projets que nous devons tous réaliser, c’est très positif comme le « Raid Chartreuse ». L’idée de tout faire de A à Z est vraiment motivante.

Benoît // Je suis impressionné par l’implication des élèves. Il y a un esprit d’entreprise ici.

Sandra // Tout le monde est corporate !

Ça fait secte ? On peut nous le reprocher vu de l’extérieur.

Benoît // C’est un engrenage, il y a tellement de choses à faire, entre les associations, les projets, les cours. C’est peut-être aussi pour créer un esprit de groupe et un réseau.

Virgile // Une petite remarque négative par rapport à mon parcours trilingue. Pas encore d’espagnol depuis un mois. Sinon tout va bien.

Sandra // Pour moi, c’est la première fois que je partais de chez mes parents. Les premiers cours me confortent dans mon choix.

Une question que vous aimeriez me poser ?

Virgile // êtes-vous fier de ce que vous avez accompli ?

Jean-François Fiorina // Oui et l’école a encore de fabuleuses perspectives. Quand je vois ce qui a été fait, les évolutions en matière de cours, de technologie, d’implantations, de diversité de populations, de diversité de projets. L’inquiétude serait plutôt d’arriver à passer ces prochains caps sans perdre notre esprit entrepreneurial.

Benjamin // En 30 ans vous avez réussi à créer une institution reconnue, vous n’avez pas peur de ne pas y arriver par moments ?

Jean-François Fiorina // Je ne suis pas seul à l’avoir créée ! L’avantage c’est que tous les indicateurs ont été positifs. On entre maintenant dans des catégories qui rendent les choses plus difficiles et complexes. Je prends souvent cette image sportive : les matchs sont de plus en plus difficiles, c’est la Coupe du Monde tous les jours ! Mais comme les résultats sont là, cela nous aide à oublier la fatigue !

Benoît // La fusion des écoles de Bordeaux et Marseille vous fait-elle peur ?

Jean-François Fiorina // Non parce que la force des écoles, c’est d’avoir des modèles différents. En ce moment, ce sont les fusions qui se développent. Tous les journalistes que je rencontre me posent la question suivante : avec qui allez-vous fusionner ? D’HEC à Brest, cela passe par des fusions ou des alliances comme ici. Pour nous, l’important c’est de voir quelle est la valeur ajoutée d’une fusion. Si c’est juste pour additionner des chiffres et que cela ne fonctionne pas, je ne vois pas l’intérêt.

Ma seule inquiétude, c’est l’impact que ces fusions auront sur les classements. Quelle sera leur réponse ? La logique quantitative pourrait nous faire régresser. Combien vous alignez de profs, d’étudiants, d’étoiles CNRS. Le ramèneront-ils au nombre d’étudiants ? Moi, je crois beaucoup à la communauté des écoles. Je suis président de Passerelle. Je pense qu’il faut être les plus différents possible et les plus groupés pour attirer des étudiants aux profils et talents variés. Pour moi, Virgile a aussi bien sa place à HEC que  dans une école en fin de classement.

Je crains plus la concurrence des universités françaises et étrangères. Ces dernières bougent beaucoup. Pour vos petits frères et sœurs, le choix, ce sera Grenoble, Montréal ou Shanghai… Notre challenge est plutôt là.

Virgile // Des projets de fusion ?

Jean-François Fiorina // Non. Après il peut y avoir des opportunités. L’école est jeune. Nous sommes bien placés pour trois raisons :

  • Notre positionnement technologique est en adéquation avec la ville. Il y a un écosystème local fort autour de cette thématique que ce soit dans les entreprises, les labos de recherche ou les écoles,
  • Nous nous sommes lancés très tôt dans la quête des accréditations. Ce choix a marqué le développement de notre école. Une réussite qui nous a structuré même si ce furent des chantiers très exigeants mais maintenant nous les avons !
  • Nous développons des alliances. Le fait de travailler avec d’autres écoles d’ingénieurs ou de design sur des projets précis, tout en conservant nos indépendances, nous donne souplesse et réactivité.

Virgile // Quel a été votre parcours ?

Banquier puis consultant en donnant toujours beaucoup de cours et de formations – initiale et continue – en parallèle.

J’ai ensuite travaillé à l’ESC Amiens puis je suis arrivé à Grenoble en 2000 comme responsable des Mastères Spécialisés. En 2003, je suis devenu Directeur de l’ESC Grenoble et en 2012, Directeur Adjoint du groupe Grenoble Ecole de Management.

Je suis également très impliqué dans la communauté des écoles en tant que président de Passerelle et Vice-Président d’Atout + 3, ainsi que membre de la Commission « Accréditation » de la Conférence des Grandes Ecoles. Je fais aussi partie d’un groupe de travail sur  « la réforme des CPGE », initié par le Ministère de l’Enseignement Supérieur.

Je suis ravi de vous avoir rencontrés et que vous soyez des étudiants passionnés et heureux. Rendez-vous dans six mois !

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Michel Abherve

La droite semble découvrir que les nominations de recteurs sont politiques

Les recteurs sont les représentants du Ministre de l’Education dans chacune des académies. Il y a donc une certaine logique à ce qu’il soit en phase avec la politique du Ministre qu’il represente, dont il défend et met en oeuvre la politique
Et logiquement un recteur, nommé par un Ministre, peut s’attendre à voir son poste […]

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Caroline Chanlon

Merci merci nos communautés !

Nous pouvons tous en convenir : plus nos communautés grossissent, plus nous ressentons un certain sentiment de satisfaction. Certes les chiffres ne sont pas tout mais quand on sait que les publications (mêmes les meilleures) trouvent difficilement écho à moins d’un certain volume, on peut légitimement avoir hâte de passer des seuils critiques : 50 ? 1000 ? 5000 ? 10 000 ? Des seuils qui seront variables en fonction des objectifs, de la typologie de la communauté et de la nature de ses conversations.

Des seuils qui marquent des étapes dans nos stratégies social média et qui sont la plupart du temps ponctués et fêtés par des événements, parfois des buzz, souvent au moins une communication spéciale !

C’est l’occasion d’une reconnaissance à nos membres même s’il ne faut pas les oublier le reste du temps, chouchouter nos influenceurs et leaders d’opinion et solliciter encore et toujours les plus frileux de la plume 2.0.

Le remerciement à la communauté est aussi un moyen de renforcer encore le sentiment d’appartenance : on a pu remarquer que les bons résultats quels qu’ils soient et même le simple fait de dire “On est encore plus nombreux !” est un vecteur considérable d’interactions. On remarque d’ailleurs (enfin c’est mon cas) qu’il y a un bond des nouveaux membres tout de suite après le passage d’un seuil.

Comment s’y prendre ?

Il existe plusieurs manières de remercier ses membres : de la plus extravagante à la plus simple. De la vidéo à la simple image ou au simple post pour dire “Merci:)”.

Les meilleurs remerciements :

– La plus intéressée : Axe Lynx fait de sa vidéo du milionième fan un outil marketing redoutable en fédérant encore autour de sa marque grâce à sa technique du “Des références à la marque se sont glissées dans la vidéo, saurez-vous les retrouver ?”. Ils ne remercient pas vraiment leur communauté, je trouve que c’est plutôt un jeu, le 1 million de fan est plus un prétexte qu’autre chose. La vidéo et le concept restent toutefois très bien.

– Pour faire rêver : Quicksilver remercie la communauté de fans de la marque avec de superbes images et quelques stars en guest …

– La plus déjantée : l’Agence de communication Marcel a remercié un à un ses 10 000 fans Facebook, la vidéo dure 1h10 )

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Bernard Desclaux

Le processus contre-productif de nos procédures d’orientation

Conclusion prévue de mon intervention dans la table ronde de l’INJEP. Voir mes posts précédents dont le premier était : Améliorer l’information, est-ce suffisant ?
J’ai déjà écrit longuement sur nos procédures d’orientation essentiellement à propos de leur effet sélectif. Voir quelques un de ces articles dans ce blog.

Choisir présuppose d’être informé

Pour la conclusion de cette intervention, ma critique portera sur un autre aspect. Dans la première partie de cette intervention « Une ébauche d’histoire de l’information en orientation », j’ai indiqué que nos procédures d’orientation ont introduit la notion de choix d’orientation à formuler par les parents et/ou les élèves. Et que ce choix devait être éclairé par une information systématique des personnes. D’où le développement de l’ONISEP, qui, en rassemblant l’information, et en la rendant « publique », prend le rôle d’égalisation face à l’information. C’est pourquoi, aux paliers d’orientations, les publications de l’ONISEP sur l’offre de formation locale est distribuée gratuitement. Les séances d’information dans les classes, réalisées par les conseillers d’orientation-psychologues se sont généralisées après les procédures de 1973, et dans chaque établissement, la documentation pour l’information est de la responsabilité du professeur documentaliste et à disposition des élèves dans le CDI.

Dans les années 80, la DEP avait enquêté au niveau cinquième pour connaître l’effet de l’information systématique des élèves, et les résultats n’avaient pas été probant : 5% se rappelaient qu’un CAP se faisait en 3 ans de formation après la cinquième ! Autrement dit, informer ne suffit pas pour que l’information soit retenue, ce qui n’est pas une découverte.

Etre informé suppose une action de la part du sujet, une attention, un intérêt, une démarche de recherche, etc.

Nos procédures déclenchent-elles un besoin d’information ?

D’une certaine manière oui, elles déclenchent ce besoin, mais chez qui ? Précisément chez ceux qui devront « sortir du chemin normal ».

Lorsque les paliers étaient cinquième, troisième, seconde, ceux pour qui le passage en classe supérieur n’étaient acceptable par les conseils de classe avaient tout intérêt à s’informer sur les différentes possibilités de formation professionnelle. Nul besoin pour les autres, puisqu’ils « poursuivaient ». On (les conseillers d’orientation) observait même, que pour des élèves justes, signaler son intérêt pour un métier était « dangereux ». Les conseils de classe avaient alors tendance à proposer une orientation professionnelle. Et nous disions que paradoxalement, ne pas avoir de projet professionnel permettait de poursuivre en voie générale !

Sur les quatre paliers d’orientation mis en place depuis 1995 lors de la réforme Bayrou du collège, les deux premiers (sixième, quatrième) devraient plutôt s’appeler des paliers de redoublement. Nul besoin de développer ou non des stratégies d’information. Reste surtout le palier troisième qui est la grande bifurcation de notre système. Moins de 60% des élèves de troisième passent en seconde générale et technologique (Eduscol analyse des résultats de 2010).

Et le problème reste le même. Ceux qui poursuivent leurs études en lycée n’ont pas un réel besoin d’information, ils « poursuivent » leur chemin.

Finalement la terminale avec cette organisation de notre système scolaire est le premier moment où, pour ces élèves, existe un réel besoin d’information. Et encore, on peut se poser la question de l’objet de l’information. Sur quoi porte l’information ? Qu’est-ce qui sera déterminant dans le choix de la formation, du chemin ?

Jean Guichard avait montré il y a plusieurs années que le choix des études supérieures reposait essentiellement sur le critère des disciplines, sur l’idée de réussite possible dans la matière, et très très peu sur un projet professionnel.

Rompre avec nos procédures d’orientation

Je terminerais donc cette intervention par l’idée que j’affirme dans ce blog : il est nécessaire de supprimer nos procédures d’orientation.

Ceci non seulement

  • pour une question d’équité sociale, la séparation scolaire recoupe les différentiations sociales ;
  • pour une question d’efficacité pédagogique, l’objectif de l’atteinte par tous d’un socle commun ne peut se faire dans système qui réclame la hiérarchisation.

Une réelle éducation à l’orientation suppose que les élèves soient actifs dans ce processus, or le système actuel les place dans une passivité vis à vis de leur avenir.

Bernard Desclaux

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Michel Kalika

A trop regarder les étoiles…. les Business Schools (BS) ne risquent-elles pas de perdre pied ? (*)

‘ Pourquoi notre manuel de cours est-il une traduction d’un livre anglophone réalisé par des auteurs d’une BS concurrente ?
Ainsi s’exprimait une étudiante d’un programme de MBA qui se demandait si elle n’aurait pas du choisir le programme de la BS concurrente.
Une telle situation traduit, à notre sens, l’évolution connue par les BS durant ces dernières années.
La course aux accréditations (AACSB, EFMD) et la logique des classements ont conduit les BS à investir massivement dans la recherche et les étoiles. Les BS ont fait évoluer profondément leur faculté en privilégiant l’académique (doctorat, publications, etc.) et ont mis en place des systèmes de promotion avec une organisation privilégiant la recherche pour s’aligner avec les standards du secteur.
Les conséquences sont connues et l’on peut citer :
des enseignants qui ne sont pas encouragés à publier des livres ou des cas, seuls les articles étant valorisés (notre situation d’introduction) ;
des investissements coûteux pour le recrutement de chercheurs qui ne croisent jamais des étudiants (ni en formation initiale, ni en formation continue) ;
des recherches déconnectées de la pédagogie ;
des recherches déconnectées des entreprises et dont l’utilité managériale est discutable ;
des achats d’étoiles ou l’externalisation partielle de la recherche avec pour seul motif la progression dans les classements ;
la prééminence d’un modèle de publications anglo-saxonnes; il faut lire à ce sujet la critique récemment adressée à nos institutions par le linguiste Claude Hagège dans son dernier ouvrage[].
Que l’on ne se méprenne pas, l’auteur de ces lignes n’est pas en train de vilipender les processus d’accréditations et la recherche. Il a eu lui-même le loisir de reconnaître ‘manager par les accréditations’, celles-ci constituant de puissants leviers de changement. Il a aussi mis en place des systèmes de primes (qui ne concernaient cependant pas que les articles étoilés). Les processus de management de la qualité ont sans conteste permis d’améliorer le fonctionnement des BS.
On peut toutefois se demander si la culture du ‘A journal’ et ‘la course aux étoiles’ n’ont pas des effets pernicieux et si le balancier qui oscille entre le managérial et l’académique n’est pas allé trop loin du coté de l’abscons.
Dès lors, plusieurs questions se posent :
  • La mission d’une BS est-elle d’investir dans la publication d’articles de recherche qui ne seront lus que par quelques initiés ?
  • Quel lien réel existe-t-il entre la recherche réalisée dans les BS et la pédagogie ?
  • Quelle est la mission des BS ? Additionner les étoiles ou former de futurs entrepreneurs, des managers, innovateurs et développeurs de l’économie ?
  • La mission des BS se limite-t-elle, ce qui est déjà bien, à l’insertion professionnelle ? N’ont-elles pas aussi une mission de développement économique ?
  • N’est-il pas paradoxal que notre économie et notre balance des paiements soit dans la situation que nous connaissons avec un tel maillage de notre territoire par des BS ?
Il est bien sûr aisé de critiquer, et par la-même de feindre d’ignorer les effets d’isomorphisme et de mimétisme qu’imposent les logiques d’évaluation, les classements et les accréditations.
La clé se trouve probablement dans l’ajustement du pendule du balancier et dans la différenciation comme le suggèrent Dameron et Durand. Les BS devront à l’avenir apporter des éléments de réponse à ces questions. La réintroduction des étudiants et des entreprises au cœur des préoccupations des BS est de ce point de vue déterminante.

Comme il est d’usage de le préciser, ‘toute ressemblance avec la réalité serait totalement fortuite’ J ! http://www.amazon.fr/Contre-pens%C3%A9e-unique-Claude-Hag http://www.aacsb.edu/publications/researchreports/currentreports/