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Bernard Desclaux

Tendance de fond : l’aide à l’orientation est attribuée aux enseignants

La théorie du « reste »

Depuis 1985, la succession des textes sur l’orientation, produits par le MEN, attribuent aux enseignants la tâche de l’aide à l’orientation, et les conseillers d’orientation-psychologues s’inquiètent : que nous restera-t-l ?

Cela suppose un raisonnement basé en fait sur le principe du gâteau, identique dans le temps, que l’on réparti entre différents acteurs.

En général quand on utilise ce modèle, on induit un certain nombre de choses :

– certains enseignants vont voir leur charge accrue, et souvent ne vont pas l’apprécier ;

– d’autres vont y voir une « dé-spécialisation » leur permettant de souffler, ou de respirer, et de rentrer dans une relation différente avec les élèves ;

– beaucoup de COP vont vivre cette situation comme une perte, avec culpabilité (« pourquoi on me fait ça ? »), dans une dépression (moins on en fait et moins on a envie d’en faire), ou encore comme une dépréciation de leur personne (c’est signe de non reconnaissance professionnelle)…

Cette vision non seulement me semble dangereuse, mais elle signale une incompréhension des évolutions de fond qui se jouent aujourd’hui.

Fondamentalement il s’agit d’une évolution qui concerne le modèle de l’organisation de service. Dans une organisation de service, la majorité des acteurs sont dans la position frontale avec le client. C’est la situation de l’enseignant, mais c’est aussi celle du COP : le rapport direct à l’élève. Or il y a une augmentation extrême, quantitative et qualitative, des « services à rendre » par les enseignants. On a une accumulation de priorités et d’objectifs pédagogiques, éducatifs… Cette augmentation, cette complexité suppose une autre organisation et notamment le développement de ce que l’on appelle le back-office dont le rôle est la préparation du/des services qui sont réalisés par les acteurs finaux ou frontaux.

Il y a un back-office lointain et général qui produit des outils pédagogiques et informatifs. Dans le domaine de l’orientation, l’ONISEP joue ce rôle. Mais il y a également la nécessité d’un back-office de proximité qui serait à jouer par le CIO et les COP. Ils ont à assumer la médiation, la compréhension de l’utilisation de ces outils généraux, la formation à leur utilisation. Une coordination des acteurs locaux, une aide à la conception des programmes locaux et spécifiques à chaque établissement sont également nécessaires.

Ainsi dans ce schéma, l’hypothèse pour la profession des COP seraient de passer à ce niveau de travail. Mais cela suppose un fort changement dans l’identité professionnelle, passer d’un rapport direct aux « clients », les élèves, les parents, à un rapport aux autres professionnels de l’éducation.

Bernard Desclaux

Ps : La matière de ce texte est issue de la formation des directeurs de CIO première année 2007 réalisée à l’ESEN, le 15 novembre 2007

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Bernard Desclaux

Nouvel objectif de l’éducation nationale : l’orientation tout au long de la vie

Nous sommes aujourd’hui soumis à l’exigence d’une la formation tout au long de la vie. La tâche éducative d’orientation n’est pas ou n’est plus seulement la préparation aux tâches d’orientation actuelles et scolaire.s Elle concerne la préparation, l’acquisition de compétences à utiliser dans le futur. La stabilité professionnelle, l’identité professionnelle identique dans le temps, la stabilité de l’emploi et de l’employabilité par la formation initiale ne sont plus assurées par celle-ci.

C’est ce que l’Europe a affirmé dans la résolution “Mieux inclure l’orientation tout au long de la vie dans les stratégies d’éducation et de formation tout au long de la vie” : Conseil de L’Union Européenne. Eduscol en fait la présentation dans la page suivante : http://eduscol.education.fr/pid23620-cid49484/contexte.html . Et le MEN a mis en œuvre le PDMF (parcours de découverte des métiers et des formation).

Le gouvernement français a fait voté également la loi n° 2009-1437 du 24 novembre 2009 relative à l’orientation et à la formation professionnelle tout au long de la vie http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000021312490&categorieLien=id

Dans ce contexte, on peut penser que le modèle de l’orientation à la française, basée sur les procédures d’orientation, est aujourd’hui « contre productif », après avoir été sans doute utile pour promouvoir la progression de nouvelles générations dans le système scolaire. Aujourd’hui le système est bloqué quant à la réalisation de l’objectif notamment des 50% diplômés de l’enseignement supérieur. Pour une présentation de cet objectif voir sur mon site les documents de formation pour les chefs d’établissement en 2007-08 à l’ESEN (Mobiliser les équipes autour de l’objectif des 50% niveau L (Licence) :
La question de l’orientation
à la page http://bdesclaux.jimdo.com/formations/formation-de-personnels-d-encadrement/formation-des-chefs-d-%C3%A9tablissement-esen/

J’essayerais sur ce blog d’examiner les diverses conséquences de cette nouvelle orientation du système.

Parmi celles-ci il y a le problème de la gestion de la circulation des élèves dans le système scolaire, ce que nous appelons en France les procédures d’orientation. Je fais l’hypothèse que ces procédures d’orientation seront plus ou moins supprimées, car on passe d’une nécessité de la répartition et de la sélection des élèves à la nécessité de « pousser » ou d’amener une génération beaucoup plus nombreuse vers des études supérieures réussies. Il ne s’agit pas seulement d’une question réglementaire (suppression des procédures), mais d’un très fort changement des mentalités, des représentations de la forme pédagogique tant chez l’enseignant que chez l’élève et les parents.

Dans ce contexte, la mission d’information attribuée aux enseignants peut être conçue comme stratégique dans ce changement de mentalité. Transmettre, prendre connaissance, rechercher… de l’information sur des « objets » nouveaux, et questionnant sur les représentations habituelles, peut aider à les modifier en retour.