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Claude Lelièvre

“Le conseiller d’éducation”

Une bonne nouvelle qui intéressera les candidats aux concours de CPE ainsi que les personnels de direction : l’inspecteur général de la vie scolaire Jean-Paul Delahaye a totalement mis à jour les fiches et les informations de son ouvrage (deuxième édition chez Berger Levrault).

Le métier de CPE (une particularité française) est généralement méconnu bien qu’important, car en évolution continue et à la jonction (problématique) entre différents ‘’mondes’’ qui ont bien du mal en entrer en synergie : la direction de chaque établissement secondaire, les enseignants, les élèves, les parents. Le CPE est en principe l’interlocuteur de tout le monde et de chacun

Pour cette seconde édition, l’ouvrage de Jean-Paul Delahaye fait le point sur le conseiller principal d’éducation et la vie de l’établissement. Il prend en compte les derniers textes sur la lutte contre l’absentéisme, la réforme des procédures disciplinaires ou encore la lutte contre le harcèlement. Il met en évidence des faits peu connus comme la place des CPE dans l’éducation à la citoyenneté ou l’accompagnement personnalisé. Pour chaque question l’ouvrage propose à la fois une documentation poussée et à jour et 15 fiches pratiques qui aident à faire face aux nécessités du métier. On a ainsi des fiches pour définir un projet de service ou pour établir la note de vie scolaire.

C’est à l’évidence un ouvrage indispensable aux candidats aux concours. Et il devrait intéresser aussi bien les CPE que les personnels de direction déjà en poste.

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Hollande: des recrutements et des dispositifs d’urgence pour la rentrée

Les concours de recrutement de professeurs et de CPE  ( au nombre de postes limités comme on le sait ) sont déjà déterminés voire terminés , et il n’est pas possible de revenir dessus. Mais pour éviter une « rentrée extrêmement difficile » François Hollande a déclaré qu’il créerait, s’il était élu « 4000 postes de personnels contractuels pris sur les emplois d’avenir déjà annoncés ».

« Si nous n’intervenons pas avec du personnel contractuel, pas enseignant, de l’ordre de l’accompagnement de l’encadrement, la rentrée sera extrêmement  difficile ; d’où ma proposition
» a-t-il précisé.
Mercredi dernier, dans son discours à Rennes, il avait déjà annoncé qu’il recruterait «  à défaut de professeurs à ce stade puisqu’il n’y aura pas de concours, 2000 assistants d’éducation ».

Par ailleurs l’équipe de Vincent Peillon ( chargé de l’éducation dans l’équipe de campagne de François Hollande ) a déclaré pouvoir prévoir trois heures de formation par semaine ( en décharge ) pour les professeurs stagiaires nouvellement recrutés : « Budgétairement, cela tient ».

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Vers des ”quotas” d’élèves en direction des classes préparatoires ?

C’est une proposition récente de François Hollande : « Dans tous les lycées de France, quels qu’ils soient, une part des élèves de terminale devront aller dans les classes préparatoires aux grandes écoles ».

Et François Hollande de préciser : « cela peut être de 5 à 6% des élèves qui iront en classe préparatoire. Pas de sélection, c’est l’établissement qui dit : voilà les 5 à 6 % qui, s’ils le veulent, pourront aller en classes préparatoires ».

C’est en fait la reprise d’une proposition de loi déjà faite par son principal porte-parole dans la campagne des présidentielles – Manuel Valls – dès 2005, dont l’exposé des motifs mettait en avant qu’elle « visait à permettre la diversité sociale » dans l’accès aux grandes écoles : « les meilleurs élèves de chaque lycée de France auraient ainsi un droit d’accès aux classes préparatoires, le ministère de l’Education nationale devant fixer chaque année le pourcentage des meilleurs élèves bénéficiaires de ce droit »

C’est ainsi que François Hollande précise petit à petit l’une de ses priorités ( « l’excellence en matière éducative » ), tout en réfutant le terme même de « quotas » ). Ce qui ne va pas sans dire, c’est le moins que l’on puisse remarquer.

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Vers des ”quotas” d’élèves en direction des classes péparatoires?

C’est une proposition récente de François Hollande : « Dans tous les lycées de France, quels qu’ils soient, une part des élèves de terminale devront aller dans les classes préparatoires aux grandes écoles ».

Et  François Hollande de préciser : « cela peut être de 5 à 6% des élèves qui iront en classe préparatoire. Pas de sélection, c’est l’établissement qui dit : voilà les 5 à 6 % qui, s’ils le veulent, pourront aller en classes préparatoires ».

C’est en fait la reprise d’une proposition de loi  déjà faite par son principal porte-parole dans la campagne des présidentielles – Manuel Valls – dès  2005, dont l’exposé des motifs mettait en avant qu’elle « visait à permettre la diversité sociale » dans l’accès aux grandes écoles : « les meilleurs élèves de chaque lycée de France auraient ainsi un droit d’accès aux classes préparatoires, le ministère de l’Education nationale devant fixer chaque année le pourcentage des meilleurs élèves bénéficiaires de ce droit »

C’est ainsi que François Hollande précise petit à petit l’une de ses priorités ( «  l’excellence en matière éducative » ), tout en réfutant le terme même de « quotas » ). Ce qui ne va pas sans dire, c’est le moins que l’on puisse remarquer.

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Que veut-on faire du bachot?

C’est la question que posait déjà de façon abrupte Georges Pompidou ( avant Nicolas Sarkozy et son fidèle héraut Luc Chatel ) il y a plus de 40 ans, dans un discours à Albi en avril 1970.

« Que veut-on faire du bachot ? Ou bien c’est un examen d’enseignement supérieur qui vous ouvre toutes grandes les portes des facultés, qui vous donne un droit de poursuivre des études, alors il faut qu’il constitue une sélection. Je n’ai pas peur du mot. Pourquoi ? Parce qu’on ne peut pas laisser aller vers des études prolongées des gens qui n’ont pas subi la préformation indispensable et nécessaire.[…]. Si par contre on considère que l’enseignement supérieur doit assurer lui-même son recrutement, eh bien alors le baccalauréat peut devenir un simple certificat stipulant que vous avez fait convenablement des études secondaires sans plus, et que vous ne vous dirigez pas obligatoirement vers des études prolongées
».

Trois ans plus tard, le 16 janvier 1974, un conseil des ministres présidé par Georges Pompidou prend connaissance d’un projet de loi sur l’enseignement où le baccalauréat est dûment évoqué. Un communiqué annonce que, « afin de valoriser la fonction d’orientation du baccalauréat, celui-ci sera modifié selon un type qui rappellera le système britannique ». Il est précisé que le diplôme sera attribué aux lycéens s’ils obtiennent une moyenne générale aux épreuves, mais que l’accès à l’enseignement supérieur ne sera ouvert qu’à ceux qui auront obtenu un certain niveau dans les matières où ils veulent se spécialiser. La décision ne sera jamais appliquée : Georges Pompidou meurt moins de trois mois plus tard.

Sur un registre plus léger, on notera quand même in fine le comportement de Georges Pompidou lorsqu’il  a passé lui-même le baccalauréat.
Sa classe de philosophie était mixte. Parmi les lycéennes se trouvait une Parisienne venue se rattraper en province de son échec au baccalauréat de l’année précédente. « Georges  Pompidou est violemment ému […]. Vient l’épreuve du philosophie. De son banc, à vingt mètres de lui, la Parisienne lance vers le brillant philosophe des regards désespérés. Sur une feuille de brouillon rose, il jette, d’une écriture serrée, des notions sur l’un des sujets, la roule en boule. Tout dépend maintenant d’un exercice balistique […]. La Parisienne obtient une note inattendue en philosophie. Gorges, qui avait rédigé deux dissertations, l’une à son propre usage, l’autre pour elle, est reçu sans mention : « j’ai eu juste deux heures pour traiter un autre sujet pour mon compte : pas de temps pour fignoler » ( rapporté par Merry Bromberger, « Le Destin secret de Georges Pompidou », Fayard, 1969 ).

A gauche, un autre président de la République – François Mitterrand – a beaucoup souffert lors de l’oral du baccalauréat. « L’oral de mon premier bac hante encore parfois mes rêves. Je me vois face à l’examinateur, dans cette salle de la faculté des lettres de Poitiers, aux bonnes odeurs de poussière d’été. Les mots dansaient dans ma tête et restaient au niveau du larynx. Et le peu qui en sortait échappait aux normes grammaticales. Sale affaire. Cet examen, faute d’avoir émis un son clairement articulé, je ne cesse pas de le passer » ( « La paille et le grain », François Mitterrand )

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La ”féminisation” du corps enseignant: un problème?

Il est devenu ( dans certains milieux  ) de bon temps de se lamenter sur la ‘’féminisation’’ du corps enseignant qui empêcherait que certains élèves ( notamment nombre de garçons ) puissent avoir les bons repères nécessaires, des figures d’identification ou d’autorité positives et fermes.

Mais il y a d’abord lieu de noter que le taux des femmes dans le supérieur reste nettement inférieur à celui des hommes ( 34%.. ) ; et que, s’il l’emporte certes dans le secondaire ( 57% de femmes ), il est loin être largement dominant ( d’autant qu’il est d’ailleurs  assez diversifié et partagé selon les disciplines, avec parfois même une tendance à la baisse ).
Si l’on compare à une ‘’génération’’ près ( en rapprochant les statistiques de 2011 de celles de 1988 ), on peut constater que le taux global de féminisation dans le secondaire public n’a presque pas bougé en 22 ans ( 57% de femmes en 2001 contre 55% en 1989 ). Pour les disciplines générales, le taux de femmes est resté le plus faible ( et constant depuis 1989 ) en philosophie : 39%. En langues, il a légèrement augmenté de 1989 à 2011 ( passant de 76% à 83% ). En revanche, le taux de femmes a baissé légèrement en mathématiques ( passant de 52% en 1989 à 46% en 2011 ) et en physique-chimie ( de 47% à 42% ).

En réalité, le seul secteur où l’on peut véritablement parler de ‘’féminisation’’ dans le corps enseignant public est celui du primaire. Nous en sommes à un taux de femmes de  82% en 2011, contre 74% en 1989 ( et 70% en 1960  ou 65% en 1930, etc..). C’est une ‘’partition’’ qui vient de loin et dont l’amplification a été pour l’essentiel assez régulière.
Une curiosité ( pour nous ) : les grands fondateurs de l’Ecole républicaine semblent l’avoir d’ailleurs plus souhaitée que crainte ( contrairement à certains de nos modernes commentateurs voire imprécateurs ), à l’instar – par exemple – de Jules Ferry : « Messieurs, je suis profondément convaincu, quant à moi, de la supériorité naturelle de la femme en matière d’enseignement : cette supériorité, croyez -le bien, se démontrera plus clairement de jour en jour. Il y a des pères qui sont capables de montrer la tendresse, le dévouement, la délicatesse d’une mère. Il y a les pédagogues qui peuvent avoir, et les grands pédagogues ont tous en eux, quelque chose de maternel. Mais enfin la loi générale, c’est que le sentiment maternel est le plus profond ressort de l’éducation ; c’est que l’épouse, la mère qui se fait enseignante, apporte à l’éducation les conseils et les révélations de sa propre et précieuse expérience » ( Discours de Ferry au congrès pédagogique des instituteurs du 19 avril 1881 ).

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Claude Lelièvre

”Le” baccalauréat de Nicolas Sarkozy

Est-ce parce que nous ne sommes pas encore au moment fort du marronnier de la fin juin ? En tout cas, la grande presse ne s’est guère jusqu’alors intéressée  à ce qu’a dit Nicolas Sarkozy sur le baccalauréat à la fin de son discours de Montpellier sur l’éducation. Bien à tort, si l’on pense que ce n’est pas une simple ‘’posture’’, et que l’on doit faire attention aux propos précis qu’il a tenus.

« J’ai acquis la conviction que supprimer le bac serait une erreur. Mais pour qu’il demeure, il faut que l’on s’accorde sur la signification qu’on lui donne. Je le dis comme je le pense, abaisser sans cesse le niveau du bac, c’est le condamner et ouvrir la voie à la sélection à l’entrée à l’université. En le dévalorisant, on n’a rendu service à personne. Le baccalauréat doit être la mesure de la capacité à suivre un enseignement supérieur. Le baccalauréat, pour garder une valeur, doit refléter une exigence plus élevée. Moins d’options, moins d’épreuves facultatives, des notes éliminatoires dans les disciplines fondamentales, plus de place accordée au contrôle continu, un tronc commun plus important pourraient constituer les axes d’une réforme ».

Si les mots ont un sens, cet ensemble de propositions ignore ( voire méprise ) superbement l’existence de trois types de baccalauréats ( ‘’généraux’’, ‘’technologiques’’, professionnels’’ ) au profit d’un seul ‘’le’’ baccalauréat général.

Et, même vis à vis des baccalauréats généraux, l’orientation envisagée par Nicolas Sarkozy est en rupture avec les tentatives anciennes ( privilégiant les ‘’spécialisations’’ ) de mettre de l’ordre dans la tension grandissante entre les baccalauréats  (‘’généraux’’ ) en tant qu’examens ( de fait ) de l’enseignement secondaire d’une part,  et en tant qu’examens ( de droit ) d’entrée dans le supérieur d’autre part ( une singularité bien française, datant d’ailleurs non pas de la République, mais de l’Empire ).

Un peu avant les événements de mai 68 ( et cela n’a pas été pour rien dans leur déclenchement ) le conseil des ministres du 24 avril 1968 traite des mesures envisagées pour « contrôler et normaliser la croissance des effectifs des étudiants : pas de sélection malthusienne, mais orientation, grâce à la diversification des voies » ( il faut savoir que de 1968 à 1967 le pourcentage d’une classe d’âge obtenant un baccalauréat général avait doublé, passant de 10% à 20%. On en est à 35% depuis une bonne quinzaine d’année aujourd’hui ). « L’inscription automatique interviendra, dans la voie choisie, pour la moitié environ ; ou les deux tiers des bacheliers, soit : ceux qui ont obtenu une mention ; plus ceux qui ont obtenu 12 sur 20 dans les disciplines fondamentales de la voie choisie. Pour les autres, le droit à l’inscription ne sera pas automatique ». Cette réforme ne verra pas le jour.

Même type de tentative ( ou presque ) avec la réforme dite ‘’Devaquet’’. Dans sa déclaration de politique générale du 9 avril 1986 devant l’Assemblée nationale, le nouveau Premier ministre Jacques Chirac déclare que « dans l’enseignement supérieur, le principe d’autonomie doit être définitivement concrétisé tant à l’entrée – au moment de la sélection des étudiants –, qu’à la sortie – au moment de la délivrance des diplômes ». Finalement, le texte du gouvernement soumis fin juin 1986 au Conseil d’Etat indique que « le premier cycle est ouvert aux titulaires du baccalauréat » ( alors que le projet personnel de Devaquet précisait que « le premier cycle est ouvert à tous les titulaires du baccalauréat » ). Par ailleurs, alors que le projet personnel de Devaquet soulignait que le recteur devait proposer aux étudiants qui n’auraient pas pu s’inscrire dans la formation de leurs choix « une inscription dans l’académie d’origine ou , à défaut, dans la région » ; et si possible – avait précisé le ministre – dans un domaine proche, le texte soumis au Conseil d’Etat est beaucoup plus incertain : « En cas de nécessité, le recteur propose aux candidats des possibilités d’inscription dans les formations post-secondaires ». On sait ce qu’il adviendra de cette réforme.

Mais on ne sait pas ce que va nous réserver cette élection présidentielle. Finalement – comme on dit – l’Histoire tranchera…

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La formation des enseignants selon Hollande-Peillon

Dès le début de son entrée en campagne, François Hollande a tenu à marquer toute l’attention qu’il portait à cette question. Finalement, les contours de ce qu’il envisage avec Vincent Peillon ( le responsable ‘’éducation ‘’ dans son équipe de campagne ) se dessinent peu à peu, même s’il reste encore des ‘’arbitrages’’ à faire et des précisions à apporter ( ce qui ne devrait pas surprendre, puisqu’il s’agit aussi de tenir compte notamment de l’avis des syndicats enseignants, qui peuvent avoir d’ailleurs des avis divergents sur certains points ), en particulier pour ce qui concerne le concours, sa place, sa nature et son moment.

En mai 2011, François Hollande, candidat aux primaires organisées par le PS, souligne  ( dans le cadre d’ « un nouveau pacte éducatif pour démocratiser la réussite » ) qu’ « il  est indispensable de donner aux enseignants la formation initiale et continue nécessaire au bon exercice de leur fonction, et d’assurer une entrée progressive dans le métier ».
En  septembre 2011, il affirme avec vigueur  qu’ « il faudra reprendre la question de la formation des enseignants, car ce qui a été fait sur ce plan par le gouvernement relève du vandalisme d’Etat. Après les écoles normales et les IUFM, qui avaient certes leurs défauts, il faut mettre en place une formation professionnelle digne de ce nom ».
Lors de son discours d’Orléans du 9 février 2012 sur « l’Ecole et la Nation », François Hollande donne un nom à ce qui devrait succéder aux « écoles normales » et aux « IUFM » : des « Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation ». Après avoir fait valoir que « les systèmes éducatifs les plus performants sont ceux qui assurent une formation initiale et continue des professeurs de grande qualité » et que « l’actuel gouvernement a détruit cette formation pour des raison idéologiques, pour des raisons budgétaires surtout, et aussi pour des raisons d’incompréhension de ce qu’est le métier », François Hollande précise : « Les universités auront la responsabilité de cette formation. Les actuels IUFM se transformeront en Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation. Je souhaite que tous les professeurs, quels que soient leurs niveaux de recrutement, qu’ils se destinent à enseigner en maternelle ou qu’ils se destinent à l’université, partagent un moment de formation commun dans ces écoles supérieures. C’est cela la République ! C’est l’échange entre la théorie et la pratique, la recherche pédagogique, l’expérience et les niveaux de formation. L’année de stage sera rétablie ».
Face à la crise du recrutement, François Hollande préconise notamment qu’il soit « fait en sorte de financer des études longues, avec une filière de prérecrutements pour former des enseignants le plus vite possible, dès la licence, de façon à orienter les vocations et à aider les jeunes à financer leurs études ».
Le 26 févier, Vincent Peillon a ajouté que l’on introduira dans cette formation professionnelle « certains éléments fondamentaux, comme par exemple une sensibilisation à la médecine scolaire, aux situations de crise, à la e-éducation » tout en indiquant que « pour la ‘’proportion’’, tout est  en discussion, et cela devrait sans doute dépendre des niveaux ».

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La filière classique en déshérence?

La filière classique accumule les mauvaises nouvelles. La proportion d’admissibles par rapport aux postes offerts au concours du CAPES externe de Lettres classiques de 2012 est de 0,54 ( contre ‘’seulement’’ 0, 57 en 2011 ). La déperdition de postes non pourvus va donc se poursuivre et s’amplifier cette année ( 170 postes offerts en 2012 contre 185 l’année précédente, où n’avaient été finalement reçus que 77 candidats… ). Et, on voit pointer la perspective de la suppression de dispositifs universitaires de lettres classiques, comme à Rennes par exemple.
Ci-joint des extraits de la longue lettre ouverte envoyée par le président de l’ARELA ( association régionale d’enseignants de langues anciennes ) de Bretagne

Benoît JEANJEAN
Président de l’ARELA BRETAGNE
Professeur de Latin à l’UBO
à M. Jean Emile GOMBERT
Président de l’Université Rennes 2, Haute Bretagne
Copies à :
M. Laurent Wauquier, Ministre de l’Enseignement et de la Recherche
M. Luc Chatel, Ministre de l’Education Nationale
M. Philippe Le Guillou, Doyen de l’Inspection générale, groupe Lettres
M. Alexandre Steyer, Recteur de l’Académie de Rennes
M. Daniel Delaveau, Maire de Rennes
M. Jean-Yves Le Drian, Président de la Région Bretagne
M. Bernard Pouliquen, Vice Président de la région Bretagne, chargé de l’Enseignement supérieur et de la recherche
M. Jean-Louis Tourenne, Président du Conseil général d’Ille et Vilaine
Rédaction du Télégramme et de Ouest-France

Silence, on ferme !

Monsieur le Président,

L’université que vous avez l’honneur et la charge de présider envisage de fermer sa filière de formation Lettres, spécialité Lettres classiques. La raison précise de cette fermeture ne m’a pas été communiquée, mais il n’est pas difficile de comprendre qu’elle repose uniquement sur le nombre limité des étudiants qui choisissent cette spécialité et, par conséquent, sur le coût jugé excessif de cette formation. Toute autre raison serait d’ailleurs intellectuellement irrecevable. Je me permets, au nom de L’ARELA Bretagne que j’ai l’honneur et le plaisir de présider, de m’adresser à vous dans une lettre ouverte, pour vous exprimer la profonde incompréhension qu’une telle décision suscite chez tous ceux qui attachent quelque valeur à une culture littéraire authentique […].
Comment continuer à affirmer, dans votre guide de présentation de Rennes 2, que votre université se veut « à la fois fidèle à sa tradition et résolument tournée vers l’avenir » , alors qu’elle s’apprête à brader une part fondamentale de son héritage ? Comment peut-elle encore se prétendre ouverte sur l’avenir quand elle envisage la fermeture des Lettres classiques à l’heure même où le Ministère de l’éducation nationale organise, sous le titre Langues anciennes, Mondes modernes, deux journées destinées à refonder l’enseignement du latin et du grec  ? Ces langues anciennes ne sont pas des bibelots décoratifs rehaussant l’éclat d’une érudition de parade, elles sont un besoin social et politique de notre monde moderne et de notre société démocratique.
Le petit nombre des étudiants inscrits dans la filière Lettres classiques ne peut être un motif suffisant pour sa fermeture si on le replace dans une perspective plus large. En premier lieu, même à des périodes plus fastes pour les départements de langues anciennes, ce nombre n’a jamais été très élevé, et s’il fallait ne tenir compte que du nombre d’étudiants inscrits dans un cursus pour décider de sa fermeture, il y a bien peu d’universités qui continueraient à proposer des filières de philosophie, d’allemand ou d’italien. En second lieu, la baisse relative des effectifs constatée ces dernières années à l’université n’est en aucun cas la conséquence d’une désaffection pour les langues anciennes (un élève sur cinq choisit cette option au collège). Elle résulte avant tout du statut optionnel de l’enseignement de ces langues au niveau du lycée et des horaires souvent impossibles qu’on leur affecte […]
Toutes ces raisons me poussent, Monsieur le Président, à vous demander solennellement de renoncer à la fermeture de la spécialité Lettres classiques de l’université de Rennes 2, dans l’intérêt de vos étudiants, de vos enseignants-chercheurs, du rayonnement et du prestige de votre université.
Je ne doute pas, Monsieur le Président, que vous avez à cœur d’assumer les responsabilités qui vous incombent avec clairvoyance, et vous prie de croire à l’expression de mes salutations distinguées,

Benoît JEANJEAN

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Claude Lelièvre

CAPES: la crise de recrutement s’aggrave

Comme le souligne le SNES dans son récent dossier de presse «  les résultats de l’admissibilité de la session 2012 ne présagent rien de bon […] ; la crise s’installe et s’aggrave : non seulement le nombre de postes au concours est en baisse, mais ils ne seront pas tous pourvus comme l’indique la proportion admissibles/postes ».

Comme le montrent les résultats, la proportion admissibles/postes est en effet restée faible ( voire s’est affaiblie ) pour 8 disciplines : lettres classiques ( 0,54 pour 2012 contre 0,57 en 2011 ), lettres modernes ( 1,24 contre 1,28 ), sciences économiques et sociales  ( 1,70 contre 1,81 ), allemand ( 1,10 contre 1,30 ), anglais ( 1,37 contre 1,45 ),mathématiques ( 1,25 pour 2012 contre 1,10 en 2011 : léger progrès ici, mais situation toujours difficile ), éducation musicale ( 0,95 en 2012 comme en 2011 ), documentation ( 1,25 contre 1, 68 ).

Contrairement à ce qu’avait soutenu Josette Théophile ( la DRH du ministère de l’Education nationale )  à l’issue des résultats  très inquiétants de la session 2011 où 826 postes n’avaient pas été pourvus pour le seul CAPES, il ne s’agit donc pas d’une simple « transition ponctuelle » ( liée au changement des dates des concours, avait-elle ‘’précisé’’ ).
Au total, pour le concours externe 2012 des CAPES disciplinaires, il y a 6314 admissibles pour 4847 postes ( soit une proportion admissibles/postes de 1,30 ) contre 7492 admissibles pour 4881 postes au concours externe 2011 des mêmes CAPES disciplinaires ( soit une proportion admissibles/postes de 1,53 ).

Comme le souligne à juste titre le communiqué du SNES, « on retrouve les CAPES dont tous les postes n’avaient pas été pourvus en 2011 avec une aggravation pour certains d’entre eux ( notamment l’allemand et la documentation ) et une légère amélioration pour les mathématiques, mais qui ne couvrira pas tous les besoins de cette discipline ».

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Des agrégés interpellent les candidats

La Société des agrégés ( qui va fêter bientôt son centenaire ) vient de poser 25 questions aux candidats à l’élection présidentielle. Les réponses à ce questionnaire seront mises en ligne sur son site internet et feront l’objet d’une publication dans L’Agrégation, sa revue bimestrielle. Nombre de questions portent sur des domaines qui intéressent l’ensemble des professeurs ( statut de fonctionnaire, service, évaluation des professeurs, existence de concours de recrutement, évaluation des politiques éducatives ), mais d’autres sont spécifiques au recrutement des agrégés, à leur affectation, à leurs ‘’missions’’.

Parmi celles-ci, on peut remarquer tout  particulièrement la question 16 qui marque la volonté très déterminée de la Société des agrégés de ‘’faire mouvement’’ vers le ‘’haut’’ ( le supérieur) en quittant la place du ‘’bas’’ ( le collège ) : « Vous engagez-vous à permettre l’affectation des professeurs agrégés sur des postes correspondant à leur qualification, à leurs compétences et à leur statut (c’est-à-dire, conformément aux textes en vigueur, dernières classes du lycée et classes post-baccalauréat) et à mettre fin au gâchis que l’on observe actuellement, faute de telles affectations systématiques ?
 À cette fin, en ce qui concerne l’enseignement secondaire, vous engagez-vous à faire appliquer strictement les textes existants et à mettre en oeuvre des mesures assurant une affectation prioritaire des agrégés en lycée ?
 De même, vous engagez-vous à ce que les postes des professeurs du secondaire affectés à titre définitif dans le supérieur (postes dits de « Prag ») soient réservés aux professeurs agrégés par concours dans toutes les matières où il existe une agrégation
? »
Reste à savoir – entre autres – s’il est possible ( et légitime ) que les agrégés soient en l’occurrence prioritaires face à des certifiés ( et/ou des ex-certifiés bi-admissibles ) et docteurs ?

Une dernière ( et petite, voire mesquine remarque ) que l’on permettra à l’agrégé que je suis : ma déploration de voir utiliser par un collectif d’agrégés l’expression « candidater à des postes » qui est pour moi un ‘’néologisme’’ ( voire un ‘’barbarisme’’ ). Décidément, la « Société des agrégés »  n’est plus le gardien du temple que l’on pense.

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Formation des enseignants: pourquoi cette préoccupation soudaine?

La proposition de loi déposée le 10 janvier 2012 par le député UMP Jacques Grosperrin en vue de « modifier le code de l’éducation en ce qui concerne certaines dispositions relatives à la formation des maîtres » devrait être examinée dès le 8 février. L’annonce de cette délibération précipitée ( alors même que le rapporteur de ce projet de loi n’était pas encore nommé et que son examen n’avait pas été planifié en commission ), ainsi que la décision du gouvernement d’inscrire ce texte dans la semaine normalement réservée à l’initiative gouvernementale ( alors que c’est un texte d’initiative parlementaire ) interpelle sur son opportunité et sur son sens. Selon Marie-Hélène Amiable ( députée GDR des Hauts de Seine ), ce texte élimine des textes existants toute mention des IUFM en affirmant que les enseignants seront formés « notamment » par les universités, ce qui laisserait par ailleurs « la voie ouverte au privé ».

Qu’en est-il si l’on compare méthodiquement les articles actuellement en vigueur, et les propositions de modifications inscrites dans le projet de loi présenté par le député UMP Jacques Grosperrin ?
L’article L 625-1 du code de l’éducation énonce actuellement que « la formation des maîtres est assurée par les instituts de formation des maîtres. Ces instituts accueillent à cette fin des étudiants préparant les concours d’accès aux corps des personnels enseignants et les stagiaires admis à ce concours. La formation dispensée dans les IUFM répond à un cahier des charges fixé par arrêté des ministres chargés de l’enseignement supérieur et de l’éducation nationale après avis du Haut Conseil de l’éducation. Elle fait alterner des périodes de formation théorique et des périodes de formation pratique ». Dans le projet de loi de Jacques Grosperrin, cet article L.625-1 devient : « La formation des maîtres est assurée notamment par les universités, qui, à cette fin, accueillent en formation des étudiants préparant les concours d’accès aux corps des personnels enseignants et participent à celle des stagiaires admis à ces concours. La formation dispensée aux étudiants et aux personnels stagiaires admis aux concours enseignants répond à un référentiel arrêté par les ministres chargés de l’enseignement supérieur et de l’éducation nationale ».

L’article 2 du projet de loi Groperrin indique que le mot «  continue » est supprimé au cinquième alinéa de l’article L.721-1 ( au moment où il est question de la « formation continue des personnels enseignants » ) et que le quatrième alinéa du même article est abrogé, à savoir : « Dans le cadre des orientations définies par l’Etat, ces IUFM conduisent les actions de formation professionnelle initiale des personnels enseignants. Celles-ci comprennent des parties communes à l’ensemble des corps et des parties spécifiques en fonction des disciplines et des niveaux d’enseignement ».

Bref, il s’agit de donner force de loi à l’effacement des « Instituts universitaires de formation des maîtres » » et, de fait, aux « parties communes » ( de formation ) destinées « à l’ensemble des corps » ( un principe au fondement des IUFM, même s’il s’est inscrit dans leur réalité de fonctionnement de façon parfois incertaine, en tout cas variable ), et  aussi de mettre fin à l’avis requis du Haut Conseil de l’éducation ( qui n’a pas hésité à faire publiquement état de ses préoccupations lors de la réforme récente de la formation des enseignants…).
Quant à savoir si l’affirmation dans le projet de loi que les enseignants seront formés « notamment » par les universités « laisse la voie ouverte au privé » comme l’estime la députée GDR Marie-Hélène Amiable, l’histoire jugera…si l’UMP garde le pouvoir au printemps prochain.

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La tyrannie des examens et des concours

Cette tyrannie aussi bien que l’étendue des programmes transforment la plupart des cours en épreuve de vitesse. Quand l’examen arrive, une sélection est déjà faite ; et la plupart des concurrents sont déjà hors de course.

Méthode excellente, si l’on ne pense qu’à distribuer de bons emplois aux plus méritants. Méthode détestable, si l’on veut instruire le plus grand nombre. Si l’on croit que la culture de l’intelligence ne convient qu’à un petit nombre d’hommes bien doués, qui gouverneront ensuite les autres, alors oui il faut enseigner mal, et enseigner vite ; et c’est tant pis pour celui qui ne saura pas comprendre à demi-mot ; il apprendra, au cours de ses études, le respect qui est dû à l’élite ; et cela suffit, dans un régime aristocratique. A ce point de vue l’enseignement secondaire défie toute concurrence ; il possède l’art d’enseigner mal ce que l’on sait bien ; et ce n’est pas si facile qu’on le croirait.
Mais si l’on considère que les esprits les plus lents, et qui sont quelquefois les plus riches, sont ceux qui ont le plus besoin de conseils et de leçons ; si l’on croit que des citoyens préparés à la réflexion et à la critique sont le trésor d’une démocratie, et si l’on estime, d’après cela, que l’enseignement est fait principalement pour ceux qui ne sont pas capables de s’instruire tout seuls, alors, il faut reconnaître que l’enseignement secondaire ne nous en donne point pour notre argent ».

Texte choisi parmi les cinquante qui ont été publiés dans l’ouvrage : « Alain, L’instituteur et le sorbonagre, 50 propos sur l’école de la République »,  Mille et une nuits, mai 2011. Alain est le pseudonyme du philosophe Emile Chartier ( 1868-1951 )

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Concours des professeurs des écoles: quelques ”facteurs de réussite”

Une note d’information récente du ministère de l’Education nationale sur la session 2010 des concours de recrutement des professeurs des écoles dans l’enseignement public permet de dégager quelques ‘’facteurs’’ de réussite  ‘’statistiquement ‘’ établis.

Plus de 90% des 7615 postes ouverts aux concours de recrutement étaient réservés aux concours externes ( dont 6577 au concours externe ‘’traditionnel’’ ).
Le taux de réussite aux concours correspond au ratio du nombre d’admis par rapport au nombre de candidats qui se sont présentés aux épreuves. Ce taux de réussite fluctue autour de 20% depuis 1994 ( avec un minimum de 15,6% en 2009 et un maximum de 24,5% en 1994 ). A la session 2010, ce taux a été de 18,7% pour les concours externes.

Il faut d’abord souligner que la ‘’concurrence’’ entre candidats est assez variable d’une académie à une autre. On peut sommairement l’évaluer par le ratio existant entre le nombre de présents aux concours et le nombre de postes offerts. En moyenne, sur le plan national, ce ratio est de 5,4 pour les concours externes ( 37520 présents aux concours pour 7000 postes ).
Ce ratio est beaucoup plus bas dans certaines académies : 2,7 en Guyane ( 269 présents pour 99 postes ) ; 3,2 à Créteil ( 2951 pour 912 ) ; 4,4 à Versailles ( 3488 pour 791 ) ; et même à Paris : 4,8 ( 794 présents pour 164 postes ) …
A l’inverse, il peut être beaucoup plus haut que la moyenne nationale de 5,4 dans d’autres académies : 6,7 à Toulouse ( 1482 présents pour 221 postes offerts ) ;  7 à La Réunion ( 844 pour 120 ), 7,1 à Lyon ( 1954 pour 277 ) et même 8,3 à Aix-Marseille ( 1609 présents pour 195 postes offerts )…

La nature des diplômes des candidats joue aussi un rôle indéniable en ce qui concerne ‘’les taux de réussite’’ aux concours ( même s’il est loin d’être ‘’tout puissant ‘’ ). Ainsi, alors que le taux de réussite moyen ( pourcentage d’admis par rapport au nombre de présents aux concours ) est de 18,7% , il atteint 32% pour les candidats détenteurs d’un diplôme d’une grande école et même 39% pour ceux en possession d’un diplôme d’ingénieur . Ainsi, ils ont deux fois plus de chances de réussir que les autres ( même s’ils ont encore à peu près deux ‘’chances’’ sur trois d’échouer…).
Les variations des ‘’taux de réussite’’ sont aussi sensiblement différents selon la ‘’famille de disciplines’’ dans lequel le diplôme a été obtenu : cela va de 16% pour les ‘’sciences humaines, économiques, histoire et géographie’’ à 26% pour les ‘’sciences’’ ( en passant par 19% pour les ‘’STAPS et disciplines sportives’’ et 19,5% pour les ‘’lettres, langues et arts’’ ).
In fine, il ne faudrait pas non plus oublier une certaine efficacité de l’obstination à se présenter aux concours : ainsi, lors de cette session 2010, plus du tiers des admis au concours externe traditionnel étaient des ‘’redoublants’’ ( ils avaient été au moins présents en 2008 ou 2009 ) et un cinquième des admis en étaient à leur troisième tentative consécutive.

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Claude Lelièvre

Vers un ”pré-recrutement” d’enseignants à bac+3?

Lors d’une conférence de presse donnée le 15 décembre à Bondy ( Seine-Saint-Denis ) après une rencontre avec le collectif ‘’Stagiaire impossible’’, François Hollande s’est déclaré favorable à un « pré-recrutement » des enseignants au niveau licence.

On le sait, les enseignants sont désormais recrutés  au niveau ‘’master’’ ( bac+5 ) depuis 2010, et cela s’est soldé ( entre autres raisons ) par une forte diminution des candidats aux concours ( cf  deux de mes billets de novembre : « Les postes aux concours de l’enseignement du second degré » et « La mystérieuse crise du recrutement des enseignants » ).
On s’en doute, cet état de fait est tout particulièrement préoccupant pour ceux qui  ( à l’instar de François Hollande ) entendent non seulement que l’on en finisse avec la suppression de postes d’enseignants par milliers chaque année, mais que l’on recrute bien davantage que le nombre de postes libérés par les départs à la retraite ( 12000 postes en plus chaque année, essentiellement d’enseignants, selon la proposition réitérée de François Hollande ).

C’est dans ce contexte que le candidat socialiste à la présidentielle propose de mettre en place un pré-recrutement pour ne « pas décourager les jeunes à pousser jusqu’à bac +5 » et envisage un concours en fin de licence « qui pourrait permettre le recrutement » et ainsi accompagner les futurs enseignants « dans un parcours universitaire de formation au métier ».

Vincent Peillon ( chargé de l’enseignement scolaire et de l’enseignement supérieur, de la recherche et de la jeunesse dans l’équipe de campagne de François Hollande ) précise qu’il s’agit bien de « garder le niveau master », mais aussi de prendre en compte que, « avec un cursus de cinq ans, rares seront les étudiants à l’atteindre sans travailler ». Et Vincent Peillon de souligner que « le pré-recrutement, ce serait donner des moyens  d’accompagnement financiers à ceux qui le souhaitent de pouvoir faire cette carrière » étant entendu qu’il pourrait y avoir «  des contreparties : faire des heures d’accompagnement périscolaires, s’initier, s’immerger ».

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Claude Lelièvre

Les décrets de 1950 sur les maxima de service des professeurs

Les décrets du 25 mai 1950 fixent les maxima de service des professeurs pour le second degré et l’éducation physique ainsi que pour les enseignements professionnels. Ces décrets sont des ‘’Règlements d’administration publique’’, ce qui est à l’époque le degré le plus élevé du décret et implique qu’ils aient été approuvés obligatoirement par le Conseil d’Etat.

Ces maxima sont des maxima de ‘’services hebdomadaires’’. Il s’agit ( sauf exception ) d’un service exclusivement d’enseignement ( quoique le terme ne soit pas employé : on parle de ‘’service hebdomadaire’’, et les réductions/majorations sont fondées essentiellement sur les effectifs ou ‘’niveaux’’ des classes ). Et il s’agit bien d’un ‘’service hebdomadaire’’ : le nombre de semaines correspondantes n’est pas indiqué. Dans la pratique, la durée de l’année scolaire est fixée par arrêté du ministre ( la loi d’orientation Jospin de 1989 indique 36 semaines minimum ), même si certaines activités débordent parfois ( la tenue du baccalauréat, notamment ).

Dans le second degré, les maxima de service sont fixés à 15 H pour les agrégés, 18 H pour les non agrégés et 20 pour les professeurs d’art.
Il y a obligation de compléter le service éventuellement dans d’autres établissements, voire en enseignant une autre discipline. Il y a obligation d’accepter deux heures supplémentaires le cas échéant.
Les heures de décharge pour le cabinet d’histoire géographie, le laboratoire de physique ou le cabinet de sciences naturelles sont prévues ( 1 H ou 1 H 30 ).
Les rétributions pour participation aux ‘’activités dirigées’’ ou ‘’professeur principal’’ donnent lieu à « rétribution spéciale », et n’entrent pas en compte dans le service normal d’enseignement.

Les professeurs techniques des Arts et Métiers doivent 30 H, les autres 32 H. Les PTA doivent 30 H aux Arts et Métiers, 38 H ailleurs.

Les professeurs d’EPS doivent 20 H et les maîtres d’EPS 25 H. Dans ces services sont compris 3 H pour l’animation de l’association sportive de l’établissement, et 3 H ( comptées seulement pour 2 H ) consacrées à la direction d’activités sportives de plein air.

Les professeurs de classes élémentaires ( il y a encore, sous la quatrième République, des classes élémentaires dans les collèges et lycées, de la ‘’onzième’’ à la ‘’septième’’ ) doivent 36 H de ‘’service hebdomadaire’’ ( ce qui implique qu’il y a des surveillances d’études dans ce service, puisque les horaires des classes sont ceux du primaire, à savoir 30 H par semaine ).

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Claude Lelièvre

Concours: pétition contre l’exigence du CLES2 et du C2i

Les syndicats FSU viennent de lancer une pétition contre l’exigence de ces deux certificats dans les concours de recrutement en dénonçant l’inégalité de traitement des candidats devant ces exigences après la publication par le ministère d’un avis exonérant du CLES2 certains étudiants en fonction de leurs cursus et validations obtenues ( cf mon billet du 10 novembre: “les échappatoires au CLES2” ).

La certification immédiate en langue et au C2i avaient déjà fait l’objet d’une pétition à l’initiative du SNES, du SNUipp, du SNEP, du SNES-SUP, du SNUEP,du SNETAP en vue d’un moratoire d’au moins cinq ans pour le CLES2 et le C2i ( cf mon billet du 19 février ).

Concours d’enseignants

Le CLES et le C2i2e ne doivent pas être exigés pour être recruté


Signer la pétition –   Voir les signataires


Contact: petition@moratoireclesc2i.org

Version pdf pour impression et signatures sur papier

Face à l’impossibilité de mettre en œuvre les conditions de certification imposées aux étudiants pour être nommés fonctionnaire stagiaire le gouvernement a finalement décidé de dispenser du CLES2[1] « tous les candidats, titulaires d’un master qui présentent un relevé de note qui atteste de la validation de crédits dans une langue vivante étrangère », à condition que ces crédits ne soient pas « obtenus par compensation ». Cette mesure, qui n’a été annoncée que de manière informelle sur le site internet du MEN, ne règle pas pour autant tous les problèmes pour les candidats aux concours d’enseignement. Par ailleurs, le gouvernement n’est pas revenu sur l’exigence de la certification C2i2e[2].

De nombreuses inégalités persistent. Sont exclus de cette mesure :

  • les lauréats aux concours ayant obtenu un master dans lequel il n’y avait pas d’ECTS de langue vivante, ainsi que ceux qui l’ont obtenu par compensation ;
  • les candidats qui ont obtenu leur diplôme avant 2002 (DEA, DESS, …) ;
  • les candidats passés par une commission de validation (VES, VAE), etc ;
  • les candidats qui passent certains concours PLP pour lesquels le master n’est pas exigé.

Des lauréats aux concours pourront donc se retrouver dans l’impasse. Cette situation risque de continuer à décourager un grand nombre de candidats de se présenter aux concours de recrutement.

La formation professionnelle de tous les enseignants doit intégrer un niveau de maîtrise des TICE et des langues vivantes. Elle doit faire l’objet d’un cadrage national.

C’est au cours de leur cursus universitaire que les étudiants doivent bénéficier de ces enseignements. Les universités doivent donc avoir les moyens d’assurer ces formations.

Le CLES et le C2i2e ne doivent pas être exigées comme preuves supplémentaires de qualifications pour être nommé fonctionnaire stagiaire en cas de réussite aux concours de recrutement (CRPE, CAPEPS, CAPET, CAPLP, CPE, agrégation) puis pour être titularisé.

Dans l’immédiat, nous exigeons un moratoire suspendant ces exigences pour les cinq années à venir. Ce moratoire doit être traduit en termes réglementaires.

[1] CLES 2 : certificat de compétences en langues de l’enseignement supérieur de deuxième degré.

[2] C2i2e : certificat informatique et internet (C2i) de niveau 2 « enseignant ».

Pétition à l’initiative des syndicats: SNESUP-FSU, SNEP-FSU, SNUEP-FSU, SNES-FSU, SNUipp-FSU, SNETAP-FSU


Je signe !


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Claude Lelièvre

La réponse de Hollande à l’Appel de Bobigny

François Hollande ( via Vincent Peillon ) a répondu positivement à l”’Appel de Bobigny”, un texte commun sur l’éducation signé par les principaux syndicats d’enseignants, la FCPE ( la principale fédération de parents d’élèves ) de nombreuses organisations d’éducation populaire ou complémentaires de l’école, des mouvements pédagogiques, l’Andev, les 80 villes ”éducatrices”. Ci-joint le texte intégral.

“Francois Hollande vous remercie de votre interpellation, particulièrement utile à l’approche des prochaines élections présidentielles, et m’a demandé de vous répondre en son nom.

Je suis convaincu que l’éducation sera un sujet majeur du débat démocratique qui s’annonce. J’ai suivi avec attention les étapes de la construction de votre appel et je tiens à saluer avec force le travail réalisé et la qualité des convergences qu’il a su établir. Pour la première fois, de très nombreux acteurs de l’éducation se rassemblent autour de propositions sérieuses et courageuses pour le redressement de notre école, et plus largement pour l’avenir de notre système éducatif.

François Hollande s’est engagé à faire de la jeunesse une grande cause nationale. L’éducation est naturellement au cœur du projet que nous portons avec lui. Nous voulons passer un nouveau contrat entre l’école et la Nation, “refonder l’école de la République, pour refonder la République par l’école”. Cette refondation nécessitera l’engagement et la mobilisation de tous : de l’Etat et des collectivités territoriales, de l’école et de ses partenaires, des enseignants, des parents, des chefs d’établissements, des organisations d’éducation populaire, des jeunes eux-mêmes… Elle devra s’appuyer sur un diagnostic et des objectifs partagés, sur une volonté commune de transformer en profondeur notre système éducatif. L’engagement pour l’école, les Français y sont prêts. Ils savent que de l’éducation dépendent les contours de la France de demain. La volonté et les convergences existent aujourd’hui. Votre appel, par la diversité de ses signataires comme la pertinence de ses propositions, en témoigne. Les axes prioritaires que vous définissez, nous les partageons très largement. L’éducation n’est pas seulement l’affaire de l’école ni de la famille, mais de la Nation toute entière. Comme vous, nous sommes convaincus de la nécessité de bâtir un projet éducatif global. Cette véritable coéducation que vous appelez de vos vœux, nous la construirons ensemble.

Nous ne pouvons accepter de voir l’école abîmée, maltraitée, comme elle l’est aujourd’hui, peu à peu privée des moyens de faire réussir tous les élèves. Ce sont les plus fragiles qui sont les premières victimes des suppressions de postes – près de 10% des effectifs en cinq ans ! – de l’augmentation des effectifs des classes, de la quasi-disparition des Rased ou de l’effondrement de la scolarisation des deux ans. Il n’est pas vrai, contrairement à ce que ne cesse de répéter le ministre de l‘Education nationale, que l’on puisse faire mieux avec moins lorsque l’on part, dans tant de territoires et d’établissements, de si peu.

Mais tout autant – plus encore – que de la déperdition de ses moyens, l’école souffre d’une crise de sens qu’aggravent les profondes attaques dont elle est l’objet depuis plusieurs années. Des enfants sélectionnés, fichés, catalogués dès le plus jeune âge ; une marchandisation rampante qui menace tant le secteur de la petite enfance que l’école elle-même ; des inégalités sociales et territoriales croissantes sous l’effet – notamment – de la disparition de la carte scolaire ; la laïcité battue en brèche ; des personnels fragilisés par la morgue d’un gouvernement qui a accrédité l’idée qu’être enseignant était le seul métier qui ne s’apprenait pas et au final, des résultats qui dégringolent dans toutes les études, internationales et nationales : rien de tout cela n’est le fait du hasard. C’est le reflet d’une vision strictement utilitariste  de l’éducation, qui érige la concurrence – entre élèves, entre établissements, entre professionnels – en modèle et en panacée. C’est le résultat d’une politique qui se réclame du mérite, de l’émulation et de l’égalité des chances quand il ne s’agit en réalité que de tri social, de compétition et de culpabilisation des enfants en difficulté et de leurs familles, tenus pour responsables de leur sort.

Il est temps que cela cesse. Il ne suffira cependant pas – bien que la tâche soit déjà gigantesque – de reconstruire ce que la droite a cassé. Nous avons à inventer l’éducation du XXIe siècle, celle qui formera la génération capable de relever les formidables défis démocratiques, culturels, sociaux, économiques, écologiques auxquels nous sommes et serons confrontés.

Faire de l’éducation une priorité ne peut-être un simple slogan. Comme vous le réclamez – au premier rang de vos propositions – cette priorité à l’enfance et à la jeunesse doit être reconnue et se traduire dans la loi. François Hollande s’est pour cela engagé à proposer une loi programme sur 5 ans, élaborée après concertation avec l’ensemble des acteurs, notamment avec les syndicats, les parents d’élèves et les grandes associations. Il n’y aura pas de réelle réforme sans que nous nous en donnions les moyens. Si François Hollande souhaite recréer 60000 postes dans l’éducation nationale, c’est bien pour être en mesure de lutter efficacement contre les effets des inégalités sociales sur les parcours scolaires, de réformer les temps éducatifs, transformer les pédagogies, rétablir la formation et faire évoluer le métier d’enseignant afin de permettre une réelle réussite individuelle et collective… En un mot, pour garantir, ainsi que vous le formulez, le Droit à l’éducation pour chacun et pour tous.

Pour que ce droit devienne effectif, nous croyons indispensable de sortir du saupoudrage et de concentrer ces moyens là où ils sont le plus nécessaires. Dans les établissements qui concentrent le plus de difficultés et où les obstacles à la réussite scolaire sont les plus insurmontables d’abord. Il faudra relancer la politique d’éducation prioritaire, en accordant réellement plus à ceux qui ont le plus besoin. Il n’est pas acceptable de dépenser plus, comme cela est trop souvent le cas, pour un établissement de centre-ville que pour un collège ambition-réussite. Pas davantage nous résignons-nous à la ghettoïsation et à l’abandon éducatif auxquelles l’abandon de la carte scolaire a condamné de nombreux territoires. Nous rétablirons une sectorisation fondée sur l’impératif de mixité sociale.

Nous sommes également convaincus de la nécessité d’un rééquilibrage entre les niveaux d’enseignement. L’école primaire est sous-dotée, quand nous dépensons plus que la moyenne des pays européens pour les lycéens. Or, nous savons à quel point les premières années sont déterminantes. L’école primaire doit recevoir l’essentiel des moyens nouveaux. La maternelle, notamment, a été transformée ces dernières années en variable d’ajustement budgétaire. Il faut se redonner les moyens de remonter à plus de 30 % le taux de scolarisation des enfants entre 2 et 3 ans : il était à 34 % il y a dix ans, il est à 13 % aujourd’hui. Les quelques milliers de postes que cela coûtera répondront aux besoins des enfants de milieux les plus défavorisés. Il y a aussi un effort spécifique à faire sur le CP, car les échecs et les difficultés rencontrées au cours de cette année cruciale se retrouvent – généralement de manière croissante – tout au long de la scolarité.

Plus généralement, nous devons travailler sur les transitions, entre la maternelle et l’élémentaire, entre le primaire et le collège, entre le collège et le lycée, pour permettre une meilleure continuité des apprentissages et garantir à tous l’acquisition d’un socle commun au cours de la scolarité obligatoire. Ce socle, il faut le transformer et l’élargir pour qu’il permette à tous les élèves de construire leur orientation et la poursuite de leur formation. D’avantage, comme vous le préconisez, d’éducation artistique, d’EPS, d’enseignement des outils de communication mais aussi d’éducation au média, d’enseignement technologique et professionnel, pour tous. A ce titre, nous redisons notre opposition radicale à toutes les atteintes au collège unique et à la volonté de la droite d’en revenir à une spécialisation – en réalité un tri – précoce. Le collège ne doit pas être la seule antichambre du lycée général, ni un lieu de sélection par l’échec. Cela implique une politique volontariste de lutte contre le décrochage et nous souscrivons bien évidemment à l’objectif de 0 sortie sans qualification. François Hollande l’a dit : aucun jeune de 16 à 18 ans ne doit rester sans solution. Cela implique aussi de mettre en place, en région, un véritable service public de l’orientation capable d’articuler orientation des élèves, des étudiants, et formation tout au long de la vie.

Pour réussir, les enfants et les jeunes ont besoin que l’on respecte leurs rythmes. Rythmes d’apprentissage – il faudra, enfin, donner une réalité aux cycles et réduire le redoublement – et rythmes de vie. Nous reviendrons sur la réforme absurde qui a imposé la semaine des quatre jours. Cette question des rythmes est d’ailleurs indissociable de la mise en place des projets éducatifs locaux que nous souhaitons, comme vous, voir généralisés, reconnus et encadrés. Elle doit faire coopérer l’ensemble des acteurs, école, parents, collectivités, mais aussi associations d’éducation populaire, sportives et culturelles – tant fragilisées par la droite et que nous soutiendrons. Un cadre national doit cependant être fixé, car la question du temps est en même temps celle des méthodes, des programmes, de l’accompagnement individualisé. Nous le savons, les journées sont trop longue, les semaines et l’année trop courtes. Nous fixerons un minimum de quatre jours et demi et rallongerons l’année scolaire. La réflexion sur les temps doit également intégrer la question de l’accompagnement du travail scolaire, source des plus grandes inégalités lorsqu’il est, comme aujourd’hui, renvoyé aux familles. C’est dans le temps éducatif, encadré par des professionnels, que cet accompagnement doit être effectué.

Nous ne ferons pas ces réformes sans, ni contre ceux qui les feront vivre. La crise du recrutement sans précédent que nous vivons actuellement s’explique aisément compte tenu du mépris et de l’abandon dans lesquels le pouvoir tient les enseignants, qui ont vu leurs conditions de travail se dégrader, leurs rémunérations demeurer parmi les plus basses d’Europe et leur formation a été détruite. Vous avez raison de le souligner, il faut aujourd’hui repasser avec eux un contrat de confiance. Il faut envisager une revalorisation matérielle et morale de ce métier. A cet égard, la question de la formation, initiale et continue, est absolument centrale. Trois principes nous guideront : une formation équilibrée entre les savoirs disciplinaires, la pédagogie et la pratique, un concours plus tôt pour pouvoir réellement organiser cette formation, et une entrée progressive dans le métier. La formation continue, reconstruite, deviendra obligatoire et valorisée dans les carrières. Parallèlement, il faut faire évoluer la définition du métier, de ses tâches, de ses obligations, des services. Les enseignants y sont prêts, dès lors qu’ils ont la garantie qu’il ne s’agit pas, une fois de plus, d’organiser une régression, de leur demander de travailler plus sans contrepartie alors qu’ils sont déjà à plein temps. S’il s’agit d’améliorer en profondeur un système éducatif qui doit l’être en les associant pleinement, de leur redonner du pouvoir d’agir, une véritable autonomie et les moyens d’accompagner leurs élèves vers la réussite, ils seront là.

L’évolution du métier, et plus généralement la refondation de l’école, doit aussi avoir pour objectif de faire travailler ensemble tous les acteurs de l’éducation. Les familles demeurent un espace essentiel d’éducation et de transmission. Le suivi éducatif des enfants nécessite que les parents soient impliqués, partenaires confiants d’une école bienveillante et ouverte. Trop de malentendus se sont institués entre l’école et les familles, qui entretiennent des rapports parfois tendus, marqués par l’incompréhension et la culpabilisation. Les parents doivent trouver à l’école un véritable accueil, une information claire et régulière sur les activités scolaires et périscolaires de ses enfants, sur leurs réussites et leurs progrès, sur les possibilités éducatives qui s’offrent à eux et l’aide qui peut leur être apportée. Le rôle des représentants de parents élus sera renforcé et les fédérations de parents d’élèves seront pleinement associées, au niveau local, à la mise en place des plans éducatifs locaux.

Il faut redire enfin que l’école, pour peu qu’on en ait l’ambition et que l’on s’en donne les moyens, peut beaucoup, mais elle ne peut pas tout. Elle n’est ni la seule, ni même la première responsable des inégalités sociales, économiques, culturelles, qu’elle reçoit et qu’elle doit gérer. Un véritable projet éducatif ne pourra pleinement réussir qu’en lien avec une politique de l’emploi, de la ville et de l’aménagement du territoire

Dans l’attente d’une très prochaine rencontre.

Vincent Peillon

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Claude Lelièvre

Concours de recrutement: les échappatoires au CLES 2

Le ministère reconnaît enfin que, dans la situation actuelle, il était impossible que la plupart des candidats aux concours de recrutement d’enseignants puissent être préparés sérieusement au « Certificat de compétences en langues de l’enseignement supérieur 2° degré » ( CLES 2 ) qui était en principe exigé de tous les candidats pour être stagiarisé. Il a été amené sur ce point à suivre les recommandations du récent rapport Jolion sur la formation des enseignants qui pointait que cela était d’une part dissuasif pour certains ( alors même qu’il y a une baisse sensible du nombre de candidats aux concours ) et  d’autre part injuste ( certains pouvant être effectivement préparés, et d’autre pas selon les cursus empruntés et les universités fréquentées).

Il est à noter que, une fois encore dans ce domaine pourtant très important du recrutement et de la formation des enseignants, la décision a été prise de façon impromptue, au dernier moment, quelques jours seulement  avant le début des CAPES qui auront lieu à partir du 15 novembre.
Le pouvoir en place magnifie le rôle des ‘’chefs’’, en particulier dans les établissements ( cf la convention de l’UMP de mardi dernier ). On peut les féliciter !

Réponses aux questions les plus couramment posées ( site du ministère )

Professeurs certifiés stagiaires durant l’année scolaire 2011-2012, candidats à un concours de professeur des écoles à la session 2012

Sous réserve que ce candidat soit titularisé à la date de la rentrée scolaire 2012 en qualité de professeur certifié et qu’il soit nommé professeur des écoles stagiaire à la même date, il pourra faire valoir sa qualité de professeur certifié titulaire et être ainsi “reconnu remplir les conditions” au regard du certificat de langues et du C2i2e conformément aux dispositions de l’article 3 de l’arrêté du 31 mai 2010.
Validité de certaines attestations de langues
Les attestations, certificats ou qualifications équivalentes attestant des compétences en langues de l’enseignement supérieur sont acceptées quelle que soit la durée de leur validité.

Enseignants non titulaires

Les enseignants non-titulaires des établissements d’enseignement publics ou privés sous contrat d’association ou les personnels non titulaires exerçant des fonctions d’éducation dans ces mêmes établissements doivent, pour être reconnus remplir les conditions au regard des certifications en langues et en informatique et internet, bénéficier d’un contrat à durée indéterminée (voir article 3 bis de l’arrêté du 31 mai 2010).

Les enseignants vacataires ou les contractuels en contrat à durée déterminée n’appartiennent pas à l’une de ces catégories précédemment citées et doivent en conséquence justifier des deux certifications requises pour être nommés stagiaires ou titularisés selon le concours réussi.
Crédits en langue vivante étrangère

Un candidat dont le parcours de formation fait apparaître l’obtention de crédits ECTS (European Credits Transfer System) validés en langue vivante étrangère peut être considéré comme justifiant de la certification en langue requise pour être nommé stagiaire en cas de réussite au concours externe présenté.

Exemple : les candidats ex-élèves de CPGE qui ont effectué deux années de classe préparatoire aux grandes écoles et sont admis à intégrer une L3 à l’université après avoir obtenu une équivalence L1 et L2 peuvent être dispensés du CLES2 en présentant le descriptif de leur parcours de formation qui atteste de crédits ECTS qu’ils peuvent faire reconnaître et valider par un établissement d’enseignement supérieur dans lequel ils veulent poursuivre des études.

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Claude Lelièvre

“Du bizutage, des grandes écoles et de l’élite”

L’agression subie récemment par un étudiant de Dauphine lors d’une ‘’réunion de recrutement’’ de l’association ‘’Japad’’ ( au cours de laquelle « un des membres, sous l’emprise de l’alcool, à l’aide d’un instrument qui semble être une capsule de bouteille, lui a gravé sur le dos les lettres ‘’Japad’’ » selon Laurent Batsch, le président de l’université ) défraye actuellement la chronique et appelle légitimement à la vigilance contre les bizutages violents. Mais on devrait aussi remarquer leur caractère récurrent et le fait que ce genre de pratiques sévit le plus souvent dans les établissements d’’’élite’’. Et noter aussi que la violence dans le système scolaire n’est pas l’apanage de certains élèves dans des établissements sensibles, mais peut être aussi le fait de certains élèves de quartiers huppés dans des établissements d’élite recherchés ( selon une étudiante de Dauphine, « l’association ‘’Japad’’ était dirigée par un petit groupe d’étudiants venant du XVI°, très friqués, ayant mauvaise réputation » )

Et pourtant, les autorités scolaires et universitaires ont condamné de longue date – et de façon réitérée – les brimades ( dés 1928, et en 1944,1962… ).
Circulaire du 20 octobre 1928 du ministre de l’Instruction publique : « Il y aurait des établissements, particulièrement ceux qui préparent aux grandes écoles, dans lesquels se seraient constituées des associations plus ou moins occultes d’élèves, ayant institué des règles ou des pratiques qu’elles s’efforcent d’imposer aux nouveaux venus. Je ne saurais tolérer ces abus ».
Circulaire du 8 décembre 1944 du ministre de l’Education nationale : « Je suis saisi de nombreuses plaintes concernant les brimades exercées dans certains établissements, en particulier dans les classes préparatoires aux grandes écoles, par les Anciens à l’égard des plus jeunes. Je suis décidé à mettre fin à ces pratiques révoltantes. Il est inadmissible que certains jeunes Français exercent sur leurs camarades des violences qui évoquent irrésistiblement les mœurs du nazisme par la prétention d’imposer par la force une volonté capricieuse et même de porter atteinte à la conscience ».
Circulaire du 1 septembre 1962 du ministre de l’Education nationale : « J’ai été amené à constater qu’en dépit des nombreuses instructions et mises en garde diffusées par mes prédécesseurs, la pratique des brimades envers les nouveaux élèves subsistait dans certains établissements, notamment dans ceux qui comptent des classes préparatoires aux grandes écoles. De tels abus sont inadmissibles. Je vous demande donc de rappeler une fois encore, aux différentes classes de votre établissement, les peines extrêmement graves auxquelles s’exposeraient les élèves qui croiraient pouvoir passer outre aux avertissements qui, à maintes reprises, leur ont été donnés ».

Dans le projet de loi sur la lutte contre la délinquance sexuelle présenté au Conseil des ministres le 3 septembre 1997, un article introduit une nouvelle qualification pénale et des sanctions renforcées contre certaines formes de bizutage. Le texte prévoit que « Hors les cas de violences, de menaces et d’atteintes sexuelles, le fait pour un élève ou un étudiant d’imposer à un autre élève ou étudiant, en exerçant des pressions de toute nature, des actes, des attitudes ou des comportements contraires à la dignité de la personne humaine est puni de six mois d’emprisonnement et de 50000 francs d’amende », et cela pour tous les « actes humiliants ou dégradants ». L’article 225-16-2 double ces peines lorsqu’ils affectent une personne fragile physiquement et mentalement. Enfin l’article 225-16-3 évoque la responsabilité des personnes morales : il vise les structures scolaires et universitaires qui se refuseraient à prendre des mesures répressives contre le bizutage et les mouvements associatifs qui participent à ces pratiques.

Force est de constater qu’en dépit de ces différentes injonctions ou dispositifs juridiques, le phénomène du bizutage n’a pas disparu dans nombre des filières sélectives de l’institution scolaire
Car cette résistance du bizutage ( mais non au bizutage.. ) s’explique fondamentalement, selon Emmanuel Davidenkoff  ( qui a mené une longue enquête sur cette pratique )  précisément par l’existence même de ces filières très sélectives et de l’enjeu qu’elles représentent pour les jeunes qui y accèdent ( et qui ne veulent pas perdre, en tentant de se soustraire au bizutage, ce qu’ils sont prêts à tenir). « Le bizutage est une des expressions de la violence de notre système éducatif, de la course au ‘’bon diplôme’’ […]. La réussite scolaire est un enjeu vital. Ceux qui sont concernés par le bizutage sont sur le point de toucher au but, de décrocher une peau d’âne qui les mettra à l’abri jusqu’à la retraite » ( « Du bizutage, des grandes écoles et de l’élite », Plon, 1993 )
Etant entendu qu’Emmanuel Davidenkoff précise que tout ce qu’on appelle bizutage n’est pas également condamnable, car ce terme sert aux étudiants pour désigner l’ensemble des ‘’cérémonies d’accueil’’ qui marquent l’entrée dans l’enseignement supérieur. Mais il faut l’entendre dans « une acception plus restreinte, comme rituel obligatoire et humiliant. Obligatoire, lorsque le refus d’un élève de participer aux réjouissances est assorti de sanctions, notamment dans l’ordre des études ; humiliant, lorsqu’il attente à la pudeur, à la morale ou aux convictions, dont les limites ne sauraient être fixées arbitrairement, puisqu’elles varient selon les individus ».

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