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Chronique des temps de l’autonomie: l’affaire de Metz

Dans la série qui s’annonce prometteuse « l’autonomie des universités, vous n’avez encore rien vu ! », on vient d’assister à un épisode de choix à Metz.

Les principaux faits sont bien résumés dans cet article de Rue89 même si quelques informations complémentaires peuvent y être apportées. Il s’agit d’un poste de maître de conférences – ouvert au concours selon la procédure dite « au fil de l’eau » dans la novlangue désormais en vigueur dans les universités, c’est-à-dire devant être pourvu, avec plus ou moins d’urgence selon les cas, en cours d’année voire de semestre universitaire – qui a été pourvu sur décision du Conseil d’administration (CA) de l’Université de Metz contre l’avis – et donc le candidat choisi – par le comité de sélection, instance créée par la loi LRU et réunie ad hoc lorsqu’un poste d’enseignant-chercheur est « ouvert » au recrutement. Ce comité devant être composé pour moitié d’enseignants-chercheurs « extérieurs » à l’université afin d’éviter, selon la ministre qui en a ainsi justifié la création, le « localisme », à savoir la préférence pour les candidats locaux de l’université lors des recrutements. La candidate retenue par le CA dans l’affaire de Metz était une candidate « locale », en fait une PRCE (une certifiée de l’enseignement secondaire en poste dans le supérieur), titulaire d’un doctorat dans la discipline et qualifiée par le Conseil national des universités. Celui retenu par le comité était, aux yeux de celui-ci, plus qualifié (agrégé notamment dans la discipline) que cette candidate mais venait de l’extérieur de l’université. Le seul argument avancé en faveur de la candidate choisie étant sa présence à l’université depuis des années.

Ce n’est toutefois pas le déroulement de l’affaire elle-même qui nous intéresse ici – puisque les jeux de pouvoir qui ont conduit à cette décision restent en partie cachés à l’appréciation extérieure et surtout que nul n’est capable de juger des mérites supposés de tel ou tel candidat en lice –, ce sont plutôt les (sombres…) perspectives qu’annonce cet événement encore isolé mais qui sera bientôt monnaie courante aux temps de l’autonomie version Pécresse. On en retiendra deux.

D’abord, cette fameuse « autonomie » qui doit guérir tous les maux de l’université française ne semble pas capable d’en finir avec le « localisme » alors qu’elle a été annoncée comme telle ; Valérie Pécresse prétendait vouloir éradiquer cette pratique coupable grâce à sa loi. Or l’affaire de Metz démontre que rien n’empêche le pouvoir local de l’université, un conseil d’administration tout entier dans les mains du président et de son équipe désormais, de choisir son candidat pour un poste. Et ce quelle que soit la volonté du « comité de sélection ». L’effet d’un tel pouvoir – il engage des carrières individuelles au long cours et la qualité de l’enseignement et de la recherche dans telle ou telle discipline – sans aucun garde-fou, sinon la vertu des hommes, est dévastateur. Non seulement par ses conséquences immédiates puisque le candidat local qui peut être moins bon, moins prometteur, moins qualifié, etc. qu’un autre sera bel et bien recruté « à vie », mais encore et surtout par ses conséquences à plus long terme. Il n’y a aucune indépendance possible dudit comité dans un tel système dès lors que son avis rendu pourra toujours être ignoré. Les décisions des comités s’adapteront ainsi que leur composition à cette nouvelle épée de Damoclès sur leur tête. Au-delà, quel universitaire rationnel et raisonnable acceptera désormais de siéger comme personnalité extérieure dans un comité de sélection sinon celui qui est en accord ou en cheville avec le président de l’université et ses collègues locaux ? Et tout cela alors que la loi LRU donne, dans le même temps, au président de chaque université la possibilité de recruter, sur contrat, et donc sans passer par le comité de sélection, un enseignant-chercheur s’il estime qu’il correspond aux besoins de l’université. Quelques règles simples auraient permis d’éviter ces inconvénients : l’interdiction de se porter candidat dans l’université où l’on a soutenu sa thèse de doctorat ; un mode de composition des comités à partir de personnalités indépendantes du pouvoir présidentiel et l’obligation pour le CA et le président de suivre l’avis du comité sur le choix des candidats, à partir d’une liste ordonnée de quelques noms.

Deuxième enseignement de l’affaire de Metz, la confirmation que la secondarisation du premier cycle est déjà (largement) en marche. C’est-à-dire d’un enseignement détaché de toute préoccupation de recherche et orienté en fonction d’objectifs qui auraient normalement dû être ceux de la formation secondaire et qui conduit inévitablement à la… secondarisation des profils recherchés et donc recrutés. Cette dérive aura pour conséquence, à terme, la séparation fonctionnelle marquée entre enseignants et chercheurs, avant d’être scellée dans les emplois proposés eux-mêmes, que ce soit à l’intérieur d’une université, d’un département ou d’une discipline, ou bien d’une université à l’autre. On se retrouve dans ce cas dans le modèle promu par le ministère d’un ensemble scindé en deux : d’un côté des centres dits d’excellence surdotés où se déroule l’essentiel de la recherche et de l’autre un vaste ensemble d’établissements universitaires (mais pourra-t-on encore longtemps les qualifier ainsi ?) de sélection et de tri de la masse étudiante à vocation essentiellement professionnelle. Au bout de cette évolution, non seulement il n’y aura plus d’Université en tant que telle mais plus non plus d’universitaires – ce qui est logique… –, capables d’être à la fois de (bons) enseignants et de (bons) chercheurs, l’un parce que l’autre et vice-versa.

« Et pourquoi pas ? » rétorquerons sans doute les esprits simples qui ont oublié de quoi l’Université est le nom. Ils sont nombreux en France dans les élites politiques, administratives, économiques et techniques en raison même de la séparation des genres entre université, recherche et grandes écoles. Ils devraient pourtant eux aussi se méfier de cette secondarisation, car elle n’est assurément pas le meilleur moyen d’entrer dans la société de la connaissance et de l’innovation qu’ils appellent chaque jour de leurs vœux. Le rapport Aghion-Cohen, pourtant peu soupçonnable d’opposition à la logique réformatrice actuelle, l’avait bien montré en son temps. Une société qui mise sur l’enseignement secondaire est celle de ce que les auteurs appelaient une « économie d’imitation », à l’opposé d’une « économie d’innovation ». Le pouvoir est alors au conformisme et à la satisfaction de l’ordre établi ; il n’est ni à l’imagination ni à la rupture. Voilà où conduit la secondarisation !

La réforme si nécessaire et tant attendue de l’Université en France devrait donc tout faire pour l’éviter. Elle devrait plutôt être orientée vers la libération de la puissance universitaire, celle qui repose précisément, prioritairement et ultimement sur l’imbrication de l’enseignement et de la recherche, sur la double et irremplaçable qualité de formateur et d’innovateur de l’universitaire, sur sa capacité à formuler clairement pour les transmettre des connaissances qu’il aura lui-même dégagées et ordonnées. Pour ce faire, c’est une autonomie de l’Université et non du pouvoir présidentiel en son sein qu’il faut ainsi qu’un lien sans cesse plus étroit entre université et recherche et entre universités et grandes écoles.

Bref, exactement le contraire de ce que (dé)construit pierre à pierre la majorité actuelle malgré ses proclamations, victime consentante du pire des aveuglements en politique, celui de l’air du temps.

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Chroniques des temps de l’autonomie: l’affaire de Metz

Dans la série qui s’annonce prometteuse « l’autonomie des universités, vous n’avez encore rien vu ! », on vient d’assister à un épisode de choix à Metz.

Les principaux faits sont bien résumés dans cet article de Rue89 même si quelques informations complémentaires peuvent y être apportées. Il s’agit d’un poste de maître de conférences – ouvert au concours selon la procédure dite « au fil de l’eau » dans la novlangue désormais en vigueur dans les universités, c’est-à-dire devant être pourvu, avec plus ou moins d’urgence selon les cas, en cours d’année voire de semestre universitaire – qui a été pourvu sur décision du Conseil d’administration (CA) de l’Université de Metz contre l’avis – et donc le candidat choisi – par le comité de sélection, instance créée par la loi LRU et réunie ad hoc lorsqu’un poste d’enseignant-chercheur est « ouvert » au recrutement. Ce comité devant être composé pour moitié d’enseignants-chercheurs « extérieurs » à l’université afin d’éviter, selon la ministre qui en a ainsi justifié la création, le « localisme », à savoir la préférence pour les candidats locaux de l’université lors des recrutements. La candidate retenue par le CA dans l’affaire de Metz était une candidate « locale », en fait une PRCE (une certifiée de l’enseignement secondaire en poste dans le supérieur), titulaire d’un doctorat dans la discipline et qualifiée par le Conseil national des universités. Celui retenu par le comité était, aux yeux de celui-ci, plus qualifié (agrégé notamment dans la discipline) que cette candidate mais venait de l’extérieur de l’université. Le seul argument avancé en faveur de la candidate choisie étant sa présence à l’université depuis des années.

Ce n’est toutefois pas le déroulement de l’affaire elle-même qui nous intéresse ici – puisque les jeux de pouvoir qui ont conduit à cette décision restent en partie cachés à l’appréciation extérieure et surtout que nul n’est capable de juger des mérites supposés de tel ou tel candidat en lice –, ce sont plutôt les (sombres…) perspectives qu’annonce cet événement encore isolé mais qui sera bientôt monnaie courante aux temps de l’autonomie version Pécresse. On en retiendra deux.

D’abord, cette fameuse « autonomie » qui doit guérir tous les maux de l’université française ne semble pas capable d’en finir avec le « localisme » alors qu’elle a été annoncée comme telle ; Valérie Pécresse prétendait vouloir éradiquer cette pratique coupable grâce à sa loi. Or l’affaire de Metz démontre que rien n’empêche le pouvoir local de l’université, un conseil d’administration tout entier dans les mains du président et de son équipe désormais, de choisir son candidat pour un poste. Et ce quelle que soit la volonté du « comité de sélection ». L’effet d’un tel pouvoir – il engage des carrières individuelles au long cours et la qualité de l’enseignement et de la recherche dans telle ou telle discipline – sans aucun garde-fou, sinon la vertu des hommes, est dévastateur. Non seulement par ses conséquences immédiates puisque le candidat local qui peut être moins bon, moins prometteur, moins qualifié, etc. qu’un autre sera bel et bien recruté « à vie », mais encore et surtout par ses conséquences à plus long terme. Il n’y a aucune indépendance possible dudit comité dans un tel système dès lors que son avis rendu pourra toujours être ignoré. Les décisions des comités s’adapteront ainsi que leur composition à cette nouvelle épée de Damoclès sur leur tête. Au-delà, quel universitaire rationnel et raisonnable acceptera désormais de siéger comme personnalité extérieure dans un comité de sélection sinon celui qui est en accord ou en cheville avec le président de l’université et ses collègues locaux ? Et tout cela alors que la loi LRU donne, dans le même temps, au président de chaque université la possibilité de recruter, sur contrat, et donc sans passer par le comité de sélection, un enseignant-chercheur s’il estime qu’il correspond aux besoins de l’université. Quelques règles simples auraient permis d’éviter ces inconvénients : l’interdiction de se porter candidat dans l’université où l’on a soutenu sa thèse de doctorat ; un mode de composition des comités à partir de personnalités indépendantes du pouvoir présidentiel et l’obligation pour le CA et le président de suivre l’avis du comité sur le choix des candidats, à partir d’une liste ordonnée de quelques noms.

Deuxième enseignement de l’affaire de Metz, la confirmation que la secondarisation du premier cycle est déjà (largement) en marche. C’est-à-dire d’un enseignement détaché de toute préoccupation de recherche et orienté en fonction d’objectifs qui auraient normalement dû être ceux de la formation secondaire et qui conduit inévitablement à la… secondarisation des profils recherchés et donc recrutés. Cette dérive aura pour conséquence, à terme, la séparation fonctionnelle marquée entre enseignants et chercheurs, avant d’être scellée dans les emplois proposés eux-mêmes, que ce soit à l’intérieur d’une université, d’un département ou d’une discipline, ou bien d’une université à l’autre. On se retrouve dans ce cas dans le modèle promu par le ministère d’un ensemble scindé en deux : d’un côté des centres dits d’excellence surdotés où se déroule l’essentiel de la recherche et de l’autre un vaste ensemble d’établissements universitaires (mais pourra-t-on encore longtemps les qualifier ainsi ?) de sélection et de tri de la masse étudiante à vocation essentiellement professionnelle. Au bout de cette évolution, non seulement il n’y aura plus d’Université en tant que telle mais plus non plus d’universitaires – ce qui est logique… –, capables d’être à la fois de (bons) enseignants et de (bons) chercheurs, l’un parce que l’autre et vice-versa.

« Et pourquoi pas ? » rétorquerons sans doute les esprits simples qui ont oublié de quoi l’Université est le nom. Ils sont nombreux en France dans les élites politiques, administratives, économiques et techniques en raison même de la séparation des genres entre université, recherche et grandes écoles. Ils devraient pourtant eux aussi se méfier de cette secondarisation, car elle n’est assurément pas le meilleur moyen d’entrer dans la société de la connaissance et de l’innovation qu’ils appellent chaque jour de leurs vœux. Le rapport Aghion-Cohen, pourtant peu soupçonnable d’opposition à la logique réformatrice actuelle, l’avait bien montré en son temps. Une société qui mise sur l’enseignement secondaire est celle de ce que les auteurs appelaient une « économie d’imitation », à l’opposé d’une « économie d’innovation ». Le pouvoir est alors au conformisme et à la satisfaction de l’ordre établi ; il n’est ni à l’imagination ni à la rupture. Voilà où conduit la secondarisation !

La réforme si nécessaire et tant attendue de l’Université en France devrait donc tout faire pour l’éviter. Elle devrait plutôt être orientée vers la libération de la puissance universitaire, celle qui repose précisément, prioritairement et ultimement sur l’imbrication de l’enseignement et de la recherche, sur la double et irremplaçable qualité de formateur et d’innovateur de l’universitaire, sur sa capacité à la fois à formuler clairement pour les transmettre des connaissances qu’il aura lui-même dégagées et ordonnées. Pour ce faire, c’est une autonomie de l’Université et non du pouvoir présidentiel en son sein qu’il faut ainsi qu’un lien sans cesse plus étroit entre université et recherche et entre universités et grandes écoles.

Bref, exactement le contraire de ce que (dé)construit pierre à pierre la majorité actuelle malgré ses proclamations, victime consentante du pire des aveuglements en politique, celui de l’air du temps.

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Droits d’inscription : l’arbre de Dauphine cache la forêt de l’autonomie

Si la décision prise par l’Université de Paris-Dauphine d’augmenter – jusqu’à 4000 euros – les droits d’inscription pour certains de ses masters fait autant de bruit, ce n’est pas simplement parce qu’elle rouvre le débat sur les droits d’inscription à l’université. C’est surtout parce que dans le contexte du « tout autonome » de ces dernières années, elle lève crûment un coin du voile sur ce que pourrait bien devenir l’université française.

C’est-à-dire un espace entièrement dérégulé (« autorégulé » dans le langage euphémisé de l’époque) dans lequel des établissements, autonomes donc, pourront librement fixer les contours non seulement pédagogiques mais encore financiers de leurs diplômes et où règnera la loi du plus fort – i.e. de celui qui a le plus de moyens. Les diplômes d’établissement se multiplieront au détriment des « diplômes nationaux » qui nécessitent de lourdes et contraignantes procédures d’habilitation et surtout ne permettent pas de pratiquer des droits d’inscription libres.

S’il ne s’agissait que des droits d’inscription, on pourrait aisément se ranger aux arguments qui en justifient la hausse. A condition que celle-ci soit raisonnable et concertée, modulée selon des critères sociaux affinés et accompagnée d’un système de bourses plus efficace. Surtout à Dauphine où l’on comprend mal pourquoi l’argent public – celui de tous les contribuables… – sert à payer, par exemple, la formation des futurs traders des grandes banques ! Plus généralement, on peut considérer qu’il est juste de faire payer davantage ceux qui bénéficient d’une formation leur permettant d’obtenir un emploi bien rémunéré ; de même qu’il est indispensable de décourager l’inscription des faux étudiants à l’université ou encore qu’il est sans doute vrai que le paiement d’une partie plus importante des frais liés à leurs études par les étudiants permettrait de les responsabiliser davantage.

Mais dans un tel schéma, on peut malheureusement anticiper que l’augmentation des droits ici ou là ne signifiera pas un transfert correspondant de la dotation publique ainsi dégagée vers des formations moins en vue ou des établissements moins prestigieux. Au contraire, il y a fort à parier que les établissements qui sauront ou pourront attirer les étudiants capables de payer les droits les plus élevés grâce à des formations débouchant sur des métiers rémunérateurs seront aussi les mieux dotés par l’Etat.

L’affaire de l’augmentation des droits d’inscription est donc d’importance en ce qu’elle met à jour la logique d’ensemble qui préside à la mise en place du nouveau paysage universitaire français. Un paysage dans lequel, par exemple, les présidents d’université tout-puissants créés par la loi LRU de 2007 recruteront les enseignants-chercheurs en fonction de leur consentement à la politique de l’établissement qu’ils souhaitent intégrer que ce soit en début ou en milieu de carrière. Ils ont désormais toute latitude pour le faire soit directement, sans s’encombrer des règles académiques, soit en passant, plus classiquement, par les « comités de sélection » mais dont on voit déjà poindre dans les premières expériences de ceux-ci qu’ils peuvent facilement être à la main du président et de sa majorité. D’ailleurs, du côté des universitaires, pourquoi vouloir enseigner et « chercher » dans un établissement dont on n’approuve ni la politique pédagogique ni la politique de recherche ni l’attitude du président ?

De la même manière, les diplômes proposés et les recherches menées dans tel ou tel établissement seront de plus en plus ceux et celles qui rapportent le plus que ce soit en droits d’inscription, en redevances de brevets ou en dotations publiques. Il faut en effet non seulement augmenter les ressources propres de l’université (droits, redevances…) mais encore répondre aux multiples critères quantitatifs dictés par les classements internationaux, les agences nationales et le ministère. On assiste déjà à une « professionnalisation » à tous crins des formations indexées sur les besoins (les désirs ?) de l’époque : plutôt des traders formés à prix fort à Dauphine que des philologues médiévistes formés à bas coût ici ou là. On assiste aussi, ce n’est plus un scoop depuis longtemps, à la normalisation en forme de caporalisation de la recherche : plutôt une recherche orientée vers l’efficacité immédiate de ses trouvailles en fonction de programmes définis par les experts du moment (qui expertise ces experts ?) que des travaux au long cours dont le résultat est incertain ou aléatoire. Dans ces conditions, on comprend aisément qu’il n’y ait plus besoin d’enseignants-chercheurs, c’est-à-dire d’universitaires… mais plutôt de deux profils bien distincts : d’un côté des enseignants secondarisés quand ils ne viennent pas directement du secondaire, occupés à la sélection sur critères scolaires et spécialistes du triage de masse et, de l’autre, des chercheurs normalisés, si possibles experts en appels d’offres afin de traquer au plus près les subsides publics.

« Et alors ? » entend-t-on déjà du côté des installés insouciants, des ravis de la politique gouvernementale et des bien servis du système. Et alors l’université française deviendra un désert parsemé d’oasis luxuriantes qui pompent les ressources jusqu’à l’épuisement. Et alors l’imagination, l’imprévu, l’inattendu, l’impensable… ne surgiront plus ici mais ailleurs, au profit d’autres sociétés. Et alors la détection des talents et des mérites sera définitivement réduite à quelques filières dites d’excellence qui sélectionneront leurs élèves sur des critères répondant précisément aux exigences du système dans lequel ils doivent s’insérer plutôt qu’à celles de l’esprit. Et alors le soit-disant cercle de l’excellence ne sera pas vertueux – l’argent pour les « meilleures » universités qui leur permet d’attirer les meilleurs étudiants et les meilleurs enseignants-chercheurs, etc. – mais vicieux, et la France sera définitivement reléguée en deuxième division, encalminée dans la gestion conflictuelle d’une énorme masse étudiante à laquelle on continue de promettre sans pouvoir tenir.

Voilà pourquoi ce qui se joue en ce moment par touches successives : quotas de boursiers dans les grandes écoles, ouverture à la « diversité » à Sciences Po, droits d’inscription à Dauphine… au-delà du caractère souvent dérisoire de ces débats, renvoie à une problématique d’ensemble à laquelle on ne peut plus échapper. Précisément celle que le gouvernement veut à tout prix éviter de traiter ou plutôt qu’il prétend avoir définitivement traité en ouvrant la Boîte de Pandore de l’autonomie avec la loi LRU et à coup d’effets d’annonce de milliards invisibles. C’est pourquoi, au-delà de la légitime vigilance de chacun et des nécessaires réactions au coup par coup, il devient urgent que la communauté universitaire propose à la société française, dans un dialogue étroit avec elle, un projet d’ensemble pour l’université, l’enseignement supérieur et la recherche. Un projet disponible avant qu’il ne soit trop tard, disponible aussi pour le jour où l’alternance politique permettra de le mettre en œuvre.

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La montagne du grand emprunt accouche d’une souris universitaire

L’annonce, lundi 14 décembre, par le président de la République, de l’usage qui sera fait des milliards du « grand emprunt » destinés à l’université et à la recherche n’a, hélas, surpris personne. On s’attendait en effet à cette politique d’affichage qui promet 10 milliards d’euros pour les universités  (et 8 pour la recherche) mais qui se résumera en fait à 400 millions d’euros par an répartis sur 10 campus dits « d’excellence » – avec comme perspective d’en afficher quelques-uns dans les premières places du fameux et fumeux classement de Shanghai.

Une triple erreur d’appréciation est à l’origine de ce qui s’annonce d’ores et déjà comme une occasion ratée – celle qui aurait précisément permis, grâce à cet argent supplémentaire, de remettre à niveau et de relancer l’université française dans son ensemble.

La première erreur est de considérer que pour entrer dans la tant vantée, notamment par l’Union européenne, « société de la connaissance et de l’innovation », on peut se passer de la ressource essentielle de celle-ci : les enseignants et les chercheurs. Cette société qui vient sera celle, comme disent les anglo-saxons, des smart people. Celle au cœur de laquelle l’université jouera le même rôle que l’usine dans la société industrielle. Or le gouvernement actuel n’a qu’une idée en tête, réduire le nombre de chercheurs et d’enseignants, au nom de la « règle » du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux au moment du départ en retraite. Grâce à leur mobilisation sans précédent au printemps 2009, les universitaires ont arraché le gel des suppressions de postes dans leurs établissements pour les années 2009 et 2010. Mais rien n’est garanti pour la suite. De plus, la règle va désormais s’appliquer aussi aux « opérateurs de l’Etat », donc organismes de recherche comme le CNRS. Alors même que le manque d’effectifs est criant et que les universités ont recours à des expédients – en clair, à des emplois précaires de jeunes doctorants et docteurs qui voient chaque jour s’éloigner un peu plus la perspective de commencer une véritable carrière dans le métier. Investir dans les bâtiments, c’est bien – et c’est nécessaire compte tenu de décennies de non investissement –, mais investir dans le « capital humain », ce serait encore mieux. C’est là que la différence se jouera dans les décennies qui viennent, et la France est partie sur le mauvais pied.

La deuxième erreur d’appréciation est de considérer que les moyens supplémentaires – soit 400 millions d’euros si l’on envisage un taux d’intérêt de 4% – dégagés par le placement dans des « fonds » spécifiques à chaque université destinataire des 10 milliards levés par l’emprunt, suffiront à réaliser les objectifs annoncés. Il faut être soit particulièrement ignorant de la situation réelle des universités, soit totalement cynique et ne pas vouloir ce que l’on dit souhaiter. Ainsi, par exemple, l’université française la plus en vue dans le classement de Shanghai, Pierre-et-Marie-Curie (Paris VI), confesse-t-elle un besoin de 150 millions d’euros supplémentaires par an (pour un budget actuel de 450 millions d’euros) pour vraiment jouer son rôle dans la compétition mondiale. Elle en recevra grâce à « son » fonds… 40. De plus, cet argent sera géré en dehors de l’université, par le fonds précisément, au sein duquel l’université ne sera qu’une des parties prenantes. Les fonds qui seront créés ne seront pas « à la disposition » des universités mais gérés par l’Etat. Et à l’image du « plan Campus », cela consistera surtout à reprendre encore un peu plus d’une main l’autonomie que l’on prétend donner de l’autre. Ce que résume bien la philosophie d’ensemble de la loi LRU qui a transformé le président de chaque université en paradoxe vivant : un autocrate local aux mains liées dès lors qu’il s’agit de ses relations avec le ministère.

La troisième erreur, la plus lourde de conséquences, c’est la concentration exclusive des moyens supplémentaires sur quelques pôles dits d’excellence. Elle n’est pas nouvelle. Le plan Campus a déjà été conçu selon ce principe de concentration de tous les moyens sur quelques regroupements d’universités, d’écoles et de centres de recherche selon le modèle de l’oasis au milieu du désert. L’exemple américain souvent évoqué pour légitimer une telle conception – les universités d’Harvard et de Berkeley ont été à nouveau citées par le président de la République en exemple – n’a été ni sérieusement observé ni véritablement compris. Ainsi, comment ne pas voir que le « système » américain est bâti non sur le modèle de l’oasis mais sur celui de la pyramide ; un sommet étroit, d’excellence précisément s’appuie sur une base large et surtout sur un continuum d’institutions d’enseignement et de recherche. Il s’agit d’un ensemble réparti sur tout le territoire dont les éléments sont en contact étroit les uns avec les autres, au sein desquels il est possible d’évoluer tout au long de ses études et de sa carrière. Bref, à la fois une pyramide et un réseau. Comment ne pas voir que c’est grâce à ce système de liens multiples et étroits qu’il y a excellence et non parce qu’auraient été privilégiés quelques pôles choisis par… le gouvernement ! Une telle mécompréhension du système américain devrait étonner même le plus indulgent des journalistes du Figaro. Autre exemple, comment ne pas voir que l’une des caractéristiques essentielles de l’université américaine est la compétition entre établissements privés et publics – le simple fait de citer dans la même phrase Harvard et Berkeley aurait pourtant dû mettre la puce à l’oreille des thuriféraires d’un modèle dont visiblement ils ignorent tout.

L’annonce présidentielle de lundi confirme donc ce que l’on avait malheureusement déjà observé en matière de politique universitaire et de la recherche : l’entrée en klaxonnant mais à reculons dans la « société de la connaissance et de l’innovation » ; manière étonnante de mélanger provincialisme naïf et arrogance de l’ignorance. Il peut s’agir d’un projet politique mais difficilement de l’avenir du pays.

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Le CNRS enfin 1er sur un podium mondial de la recherche

Un institut espagnol, SCIMAGO, a décidé de publier à son tour un classement de la recherche mondiale. Outre les doutes sur la méthodologie employée – purement bibliométrique au moment même où ce genre de critères sont sérieusement mis en doute – et sur le réel intérêt qu’il y a à transformer la recherche en pseudo-compétition sportive, le résultat obtenu, à savoir la 1ère place pour le CNRS, est à la fois étonnant et peu rassurant.

Etonnant, car on peut légitimement se demander si, comme on s’en doutait un peu à vrai dire, on ne peut pas faire dire n’importe quoi aux chiffres de la recherche, de publications, etc. Le collectif Sauvons la recherche ! et les défenseurs de la recherche en organisme(s), pourtant réticents vis-à-vis des classements, se félicitent ainsi d’un tel retournement par rapport à la doxa du classement de Shanghai. Mais comment ne pas douter de la valeur supérieure de tel ou tel palmarès dès lors qu’usages et mésusages des critères peuvent être débattus à l’infini. Etonnant encore parce que cela voudrait dire, si l’on suit la même logique des classements contradictoires, que la recherche française est médiocre – ce que le gouvernement n’a cessé de rappeler pour mieux justifier sa “réforme” – dans un cas mais excellente dans l’autre. Il est d’ailleurs étrange que le gouvernement n’ait rien dit sur la 1ère place du CNRS dans ce nouveau classement ! On attend avec impatience que Valérie Pécresse vienne nous expliquer que la géniale politique voulue par le président de la République – rappelons-nous que c’est lui qui “donne l’argent” en la matière comme comme nous l’a encore dit récemment la ministre – pour la recherche française a d’ores et déjà porté ses spectaculaires fruits !

Ce nouveau classement, même si on le prend au pied de la lettre, n’est pas pour autant rassurant. En effet, si le CNRS est bel et bien premier sur le podium, ce sont les académies des sciences chinoise et russe qui occupent les deux places suivantes ! Cerise sur le gâteau : la quatrième place est occupée par l’inévitable Harvard, première institution privée du classement, qui, on le notera en passant, est la seule université à se classer aussi haut, alors que ses chercheurs… enseignent aux étudiants et ne passent donc pas tout leur précieux temps à penser à leurs publications. Le vieil argument anti-CNRS : il a été fondé sur le modèle de l’académie des sciences soviétique revient donc par la fenêtre à l’occasion de ce classement. Celui-ci démontrant aussi, dans le même temps, que la performance (la vraie donc) vient de l’université américaine privée, capable à la fois de concurrencer des mastodontes publics destinés uniquement à la recherche tout en remplissant son rôle éducatif et de formation professionnelle de haut niveau.

Il n’est donc pas totalement certain, pour dire le moins, que les défenseurs acharnés de l’autonomie du CNRS – notamment du statut de ses chercheurs – aient intérêt à utiliser cette “divine surprise”, nouveau fruit de l’obsession classificatrice qui s’est emparée du monde de la recherche. Elle pourrait bien leur revenir dessus comme un boomerang.

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Les milliards du « grand emprunt » : dernière chance de l’université française ?

Quoi que l’on pense, économiquement et politiquement, du « grand emprunt », les 16 milliards d’euros qui devraient être consacrés à l’enseignement supérieur et la recherche (sur les 35 annoncés par Alain Juppé et Michel Rocard dans leur rapport sur l’usage qu’ils préconisent de ces fonds) représentent une occasion exceptionnelle de donner, enfin, à l’université française les moyens de ses ambitions, du moins de la remettre à niveau après des décennies de pénurie.

Mais pour ne pas gâcher cette occasion unique, il faudra à tout prix éviter de reproduire les erreurs commises récemment dans la répartition des fonds supplémentaires alloués au ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (plan Campus, plan licence, financement de « l’autonomie »…) : crédit impôt-recherche, concentration des moyens sur quelques établissements, opacité des procédures, gouvernance hésitant entre un managérialisme d’entreprise mal digéré et des pratiques bureaucratiques renforcées tant au niveau local que central, etc.

Or ni les choix passés du gouvernement ni les orientations préconisées par le rapport Juppé-Rocard n’annoncent que l’on puisse échapper à la logique qui a présidé aux « réformes » de ces dernières années : faire monter, le plus rapidement possible, quelques pôles et établissements dits « d’excellence » dans le très contestable et contesté classement de Shanghai.

Hors de cette logique monomaniaque, aucune réflexion stratégique de long terme n’a été menée, aucun débat national n’a eu lieu. Et ce malgré les demandes et les protestations répétées de la communauté universitaire et de la recherche – et de nombreux élus de droite comme de gauche. On rappellera, à titre d’illustration symbolique de la qualité de l’écoute du pouvoir actuel que la loi LRU a été adoptée le 10 août 2007, quatre mois seulement après la victoire de Nicolas Sarkozy et en pleines vacances d’été ! On rappellera aussi les mobilisations sans précédent contre les conséquences de la loi LRU, contre la « mastérisation » ou contre les tentatives ministérielles de réorganisation de la recherche qui ont montré que le divorce était désormais consommé entre cette communauté et le pouvoir.

Cette logique, dont on sent déjà les effets, conduit pourtant tout droit à la catastrophe : la réduction de l’université française à une dizaine de pôles d’excellence de standing international – toujours selon les critères du classement de Shanghai – posés tels des oasis au milieu d’un gigantesque désert.

Pourtant, comment ne pas voir, ne serait-ce qu’en regardant de près ce fameux « modèle » américain tant vanté par le gouvernement, que l’excellence est le résultat d’un vaste et complexe ensemble d’institutions qui doivent faire système et non de quelques lieux ultra-privilégiés sous perfusion financière d’un centre de pilotage technocratique ?

Comment ne pas voir qu’on ne peut avoir les meilleurs professionnels et les meilleurs chercheurs que si l’on a pu, au préalable, les faire émerger au sein d’un réseau étendu et diversifié de formation (et de détection) des compétences et des talents ?

Comment ne pas comprendre que seul un tissu dense et solide d’établissements d’enseignement et de recherche de tous niveaux, présents sur l’ensemble du territoire peut permettre au pays de continuer de figurer durablement dans le peloton de tête des pays non seulement « performants » mais aussi innovants et socialement vivables ?

Comment prétendre à la fois vouloir entrer dans cette « société de la connaissance et de l’innovation » et en verrouiller les portes d’accès au plus grand nombre en continuant de jouer sur les ressorts usés de l’entre-soi élitaire et de la reproduction sociale ?

Ce n’est pas parce que trop souvent dans le passé, les faibles moyens alloués à l’université ont été saupoudrés de manière inefficace pour complaire aux élus locaux ou aux aménageurs du territoire qu’il faut oublier que l’université et la recherche ne vivent que par et pour la société dans laquelle elles s’inscrivent.

L’utilisation de la manne de l’emprunt devra obéir à quelques principes pour que la somme annoncée soit dépensée à la fois de manière légitime aux yeux de nos concitoyens mais encore efficacement et durablement.

Il faut que l’utilisation de cet argent soit débattue publiquement et non décidée dans le secret d’un cabinet ou d’une réunion élyséenne. Il faut saisir l’occasion pour organiser une grande réflexion stratégique sur le modèle universitaire et de recherche que l’on veut pour la France des décennies à venir, sur ses objectifs et ses priorités.

Il faut aussi garantir par une procédure de contrôle stricte que la destination de ces fonds sera réellement l’enseignement supérieur et la recherche, afin d’éviter que ne se reproduise, par exemple, l’épisode du plan Campus au cours duquel Bercy a gardé la haute main sur les fonds dégagés par la vente d’une partie du capital d’EDF qui devait servir à son financement.

Enfin, il semble indispensable de voir grand et loin, et donc de profiter de cette opportunité unique pour lancer une réforme structurelle de l’ensemble du système universitaire et de recherche français.

L’occasion qui se présente aujourd’hui ne se représentera pas de sitôt, surtout si l’on mesure l’ampleur des déficits publics. Il faut s’en saisir en ne laissant pas les fossoyeurs de l’université et de la recherche à l’œuvre depuis quelques années gâcher ce qui pourrait bien être la dernière chance de la France en la matière.

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L’université publique de Californie en péril

En Californie où la crise budgétaire de l’Etat menace les services publiques et les dépenses sociales et éducatives, les universitaires du système public (University of California, California State University, Colleges) se mobilisent pour empêcher notamment une forte augmentation des droits d’inscription alors que ceux-ci étaient jusqu’ici bien plus bas que dans les universités privées.

Ils ont créé plusieurs sites pour présenter leurs propositions alternatives ou tout simplement témoigner :

SAVE UC

California Cuts

Une pétition internationale est même disponible pour soutenir les collègues californiens.

Universitaires de tous les pays, unissez-vous !

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Pendant le passage à l’autonomie, la réflexion continue…

L’année universitaire a recommencé, sans enthousiasme de la part de nombre d’universitaires peu convaincus – pour dire les choses gentiment – par la poursuite du passage à l’autonomie de l’ensemble des universités françaises. Les interrogations sur l’application de la loi LRU qui ont été soulevées au printemps ne sont pas dissipées, loin de là. Malgré cette ambiance pesante et les communiqués ministériels triomphateurs de Valérie Pécresse, la réflexion et le débat sur une véritable réforme (concertée, profonde et méliorative) de l’université doivent se poursuivre.

D’où un double conseil de lecture cette semaine, dans deux grandes revues généralistes “papier”, comme on doit le dire désormais, Le Débat et Commentaire.

Le Débat consacre dans son numéro de septembre-octobre 2009 (n°156) un gros dossier à l’université (universités américaines, crise universitaire française et évaluation de la recherche) qui comprend notamment les signatures d’Antoine Compagnon, Marcel Gauchet et Pierre Joliot.

Mais c’est l’article de Jacques Mistral, économiste et bon connaisseur des Etats-Unis, que l’on voudrait plus particulièrement signaler ici “Pour une vraie réforme de l’université” (p. 128-143), dans lequel l’auteur expose un projet global tout à fait intéressant autour de la création d’un “collège universitaire” pluridisciplinaire en lieu et place du cycle de licence actuel.

Dans son numéro 127 (automne 2009), la revue Commentaire publie un premier article très suggestif de deux économistes rompus aux questions universitaires, Robert Gary-Bobo et Alain Trannoy, sur le statut des universitaires : “Professeur d’université, profession libérale d’Etat. I. La tenure dans les universités américaines”, dans lequel ils prônent un intéressant système de titularisation après plusieurs années d’exercice.

A lire et à débattre !

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L’horreur universitaire selon Catherine Rollot, journaliste au Monde

Si vous avez aimé les articles de Catherine Rollot, journaliste au Monde, sur le mouvement des universitaires au printemps 2009, vous allez adorer son retour à la plume en cette rentrée. Elle vient en effet de remettre l’ouvrage sur le métier en publiant dans son journal une « enquête » (sic) intitulée « les soutiers de l’université » (mardi 6 octobre 2009, p. 17). Le sujet ? Les « précaires » de l’enseignement supérieur, ces vacataires, attachés temporaires d’enseignement et de recherche (ATER), CDD et autres « non titulaires » qui peuplent les universités françaises. Le sujet est d’importance et la situation de nombre de ces « précaires » particulièrement difficile

C’est évidemment l’angle choisi par Catherine Rollot pour en traiter qui est intéressant. On passera, par lassitude, sur la méthode qui semble désormais faire florès dans la presse contemporaine et qui consiste, en guise d’enquête, à enchaîner quelques témoignages sans plus de mise en perspective que de vision d’ensemble du sujet. Notre vaillante enquêtrice relève donc les difficultés des précaires au fur et à mesure de ses « rencontres » : incertitude de leur devenir, salaire de misère après des années d’études et souvent un doctorat, mauvais traitement de la part de l’université… Mais elle suggère aussi quelques explications, et là, on retrouve bel et bien la Catherine Rollot qui défendait avec vigueur la politique du gouvernement et la loi LRU de Valérie Pécresse au printemps. Et comme à l’époque, Catherine Rollot prend bien soin de garder pour elle les éléments qui contrarient sa thèse : les « précaires » doivent leur difficile condition aux titulaires – nouvelle version de la lutte des classes donc.

Qu’on en juge plutôt : les précaires assurent « les cours que les titulaires ne veulent pas faire », leur « dépendance (…) aux titulaires engendre une multitude d’abus. Mais l’omerta est totale », « ces petites mains de l’université (…) cohabitent dans l’ombre des maîtres de conférences et des professeurs d’université titulaires », « les syndicats traditionnels s’en sont longtemps désintéressés »… Heureusement, une lueur d’espoir semble poindre puisque « la loi sur l’autonomie des universités, votée en 2007, devrait permettre enfin de les comptabiliser ». Ils sont sauvés.

Bref, s’il y a des « précaires » à l’université, c’est qu’il y a des titulaires – ceux-ci étant, mais cela va sans dire pour Catherine Rollot, non seulement des fonctionnaires à statut corporatistes et exploiteurs mais encore des empêcheurs d’autonomiser en rond.

Cette éminente journaliste oublie, comme à son habitude donc, quelques éléments d’importance. D’abord que les universitaires, toutes catégories confondues, n’ont pas attendu son « enquête » pour prendre la mesure d’une situation indigne et tenter, avec les faibles moyens dont ils disposent d’améliorer autant que faire se peut la situation de leurs doctorants, ATER et autres vacataires – et non de les exploiter… Ensuite que si exploitation il y a, elle est le fait de l’université comme administration et comme « gestionnaire des ressources humaines » comme on le dit désormais, et que cela ne va pas s’améliorer avec l’autonomie, au contraire. Enfin, et plus simplement encore, que s’il y a tant de « précaires » à l’université, c’est bien qu’il y a du travail à y faire (ah, tiens !?) et que les titulaires en poste ne suffisent pas, et de loin. Le sous-financement chronique des universités françaises depuis des années (par rapport aux grandes écoles, aux lycées, aux organismes de recherche…) a conduit à une situation intenable dans laquelle, en effet, nombre de tâches d’enseignement mais pas seulement sont accomplies par des non-titulaires.

On voudrait croire que l’absence de ces éléments dans « l’enquête » de la journaliste du Monde témoigne d’une certaine légèreté mais alors on peut se demander si c’est bien d’un journal de référence dont on parle. On sera malheureusement enclin, compte tenu des articles passés de Catherine Rollot, à y voir un choix politique. Mais alors pourquoi Catherine Rollot ne publie-t-elle pas un éditorial plutôt qu’une « enquête » ? Elle rejoindrait ainsi, en toute transparence, ses nombreux confrères (Christophe Barbier, Franz-Olivier Giesbert, Sylvie Pierre-Brossolette…) qui dénoncent les universitaires comme des fainéants, des incapables et des profiteurs du système qui n’ont rien compris à la réforme que leur impose le gouvernement.

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Améliorer les conditions de vie des étudiants, c’est améliorer leur réussite

Les conditions de la vie étudiante (tout ce qui entoure les études stricto sensu) ne sont pas bonnes en France (en comparaison notamment des autres pays européens ou de l’OCDE). Et bien plus mauvaises encore à l’université que dans les grandes écoles et les classes préparatoires. Logement, santé, nourriture, accès aux nouvelles technologies et aux ressources documentaires, bourses, prêts et aides, aménagement des horaires de travail… dans tous les domaines, le retard pris ces dernières années est considérable. L’Observatoire de la vie étudiante en témoigne régulièrement.

Pourtant, les dépenses pour la vie étudiante sont non seulement nécessaires (égalité des conditions d’accès) mais encore indispensables pour améliorer les résultats des étudiants. Une étude américaine publiée récemment par le Cornell Higher Education Research Institute le démontre très bien dans le cadre américain. Non seulement l’augmentation des dépenses hors enseignement et recherche permet d’améliorer les taux de réussite des étudiants mais encore elles permettent une amélioration encore plus nette de la part des étudiants les moins favorisés (notamment celles des boursiers).

L’effort budgétaire (sans commune mesure avec les quelques dizaines de millions d’euros saupoudrés par le gouvernement actuel) devrait donc en priorité porter sur ces aspects essentiels, d’autant que cette reconnaissance de leur situation difficile et son amélioration substantielle permettrait ensuite de favoriser l’adhésion des étudiants à d’éventuelles réformes structurelles de l’enseignement supérieur.

Où l’on voit que le gouvernement en commençant la réforme par la gouvernance et l’autonomie (le toit de l’édifice universitaire) et en ne laissant plus que des miettes pour les conditions de la vie étudiante (la base de l’édifice) non seulement s’y est mal pris (on l’a vu au printemps) mais encore a fait les choses à l’envers.

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Enseignant chercheur…(à tout faire)

Le blog de Denis Lapert

Le malaise des enseignants chercheurs n’est pas perceptible seulement à l’université. Les écoles de management disposent au travers de leur corps professoral d’un « puits » de compétence dans lequel elles puisent allègrement, parfois au mépris de toute cohérence.

Un enseignant-chercheur est théoriquement quelqu’un qui devrait se consacrer exclusivement à ce pourquoi il a été embauché : enseigner et chercher.

Comme on peut le voir par ailleurs au fil des interviews que donnent leurs directeurs, toutes les écoles sont à la recherche de financements. Cela se traduit fréquemment par des contrats en formation continue ou des missions de conseil gagnés le plus souvent sur la crédibilité des CV des enseignants chercheurs qui de ce fait se voient impliqués dans des missions qu’ils n’ont ni choisies ni souhaitées.

Missions qui les empêchent alors de se consacrer à ce qui leur a été demandé… à savoir publier dans des revues de haut niveau….

Je connais des enseignants chercheurs, stressés, déboussolés parce qu’on leur demande d’assumer une charge de travail bien supérieure à celle que normalement ils peuvent produire et de surcroit incompatible avec leur plan de charge…

Quelles solutions ?

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Crise et poursuite d’études

Le Blog de Michel ABHERVE

Animant depuis cinq ans une licence professionnelle Management des organisations de l’économie sociale à l’Université de Marne la Vallée, avec Pierre Dubois, puis, depuis la retraite de Pierre, avec Hervé Defalvard, il m’est possible de constater à cette rentrée les effets tangibles et immédiats de la crise sur les décisions des étudiants.

Alors que depuis la création de cette licence, il avait été possible d’inciter les étudiants à aller vers l’emploi avec des résultats tout à fait satisfaisants, cette situation évolue très fortement en cette rentrée. Les poursuites d’études qui demeuraient jusqu’à présent exceptionnelles seront beaucoup plus nombreuses.

Les enseignants responsables de cette licence regrettent bien sûr cette évolution, contraire à l’objectif premier d’une licence professionnelle, mener les étudiants à l’emploi. Ce sentiment est toutefois atténué par une satisfaction certaine d’avoir su motiver des étudiants, majoritairement issus de filières professionnelles (et pour un nombre non négligeables dès le secondaire) vers des études longues.

Plusieurs facteurs convergent pour expliquer cette évolution.

  • Le premier est bien sûr l’intégration par les étudiants eux même de la crise, et leur tentation, bien compréhensible de repousser le moment où ils seront confrontés au marché du travail, en espérant que dans une, deux, x  années le contexte sera plus favorable, ou plutôt moins défavorable.
  • La deuxème tient dans l’attitude des enseignants qui ont, plus ou moins consciemment, moins poussé les étudiants vers l’emploi que les années précédentes, car ils savaient, eux aussi, qu’ils risquaient d’avoir de fortes difficultés pour trouver l’emploi qu’ils étaient en droit d’attendre
  • La troisième est plus problématique : tous les étudiants qui l’ont souhaité semblent avoir accepté en Master, et dans la majorité des cas, cette acceptation s’est faite sans aucun contact entre les responsables du Master et les responsables de la licence professionnelle. Il n’est pas certain que tous les étudiants retenus réussiront.

Cette situation satisfait, à court terme, les étudiants qui ont trouvé, pour un an, une solutions sécurisante. Elle satisfait, certainement, les responsables de Master 1 qui auront le large vivier où ils pourront sélectionner ceux qui auront le droit de faire un Master 2, et l’Université dans son ensemble, toujours très sensible, à la question des effectifs, conditionnant pour une large part les moyens qui lui sont attribués.

Elle satisfait, n’en doutons pas, le Gouvernement, qui voit ainsi se réduire, modestement mais si la situation que je décrit se répète sur l’ensemble du territoire, significativement, la pression des jeunes sur le marché du travail, dans le contexte d’une rentrée qui s’annonce, sur ce plan, catastrophique. Les statistiques du chômage seront ainsi allégées.

Mais cette situation est loin d’être satisfaisante, car elle entrave les efforts faits pour structurer des emplois au niveau Bac Plus 3, convaincre employeurs et branches professionnelles de la pertinence de ce niveau de compétences.

Il est toutefois possible de se féliciter de la réaction de certains étudiants qui ont choisi pour contourner cette difficulté d’autres voies, leur permettant de diversifier leur expérience, et d’améliorer leur pratique des langues étarngères : Service Volontaite Européen, Volontariat International…, et de sortir de la dialectique poursuite d’études ou chômage.

Mais il est surtout très regrettable que cette situation se produise au moment où le parcours proposé : licence, vie profesionnelle, puis retour en formation en Master 2 commençait à se concrétiser.

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2 Nouveaux campus pour l’EDHEC

 

L’EDHEC ouvrira en septembre 2010 deux campus profondément renouvelés : une extension de 3500 m2 de notre campus de Nice, sur la Promenade des Anglais, et un campus entièrement nouveau dans la Métropole lilloise (à Roubaix-Croix), dans un parc de 8,5 hectares. Des services totalement renouvelés pour nos étudiants et nos professeurs, des espaces de travail et d’enseignement répondant aux critères internationaux les plus stricts, des lieux de convivialité et de détente (sports, restauration…).

De tels projets sont rares dans la vie d’une Ecole et je suis très heureux de les animer après tant d’années consacrées au développement de nos programmes. Nos locaux actuels sont trop petits et je veux pouvoir offrir à nos étudiants, à nos professeurs, aux entreprises, des espaces nouveaux. C’est pourquoi je ne résiste pas, à l’occasion des Journées du Patrimoine, et en attendant de découvrir en réel ces nouveaux bâtiments, au plaisir de vous inviter à suivre nos visites virtuelles :


Visitez le CILM

Découvrez le campus de Nice

A très bientôt sur nos campus!

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Inquiétudes de rentrée

En ce mois de septembre, d’aucuns peuvent se réjouir d’une rentrée superbe dans les écoles de commerce : le nombre d’étudiants est en augmentation, le nombre de candidats également. Les nouveaux entrants sont tout à l’euphorie de leur rentrée. Dans le même temps, la deuxième édition du Baromètre Emploi – Jeunes Diplômés de l’EDHEC qui vient d’être diffusée confirme la tendance baissière enregistrée lors du 1er baromètre en mars dernier. Les Jeunes Diplômés sont confrontés à un marché de l’emploi en berne, les chiffres sont préoccupants.

Ce Baromètre s’appuie sur une enquête menée par internet en Juin 2009 auprès de décideurs RH en France. Il confirme la tendance baissière de mars dernier : 70 % des entreprises affirment avoir recruté sur les 3 derniers mois contre 81 % précédemment. La baisse de 41 % du taux de réponse confirme la grande incertitude dans laquelle se trouvent aujourd’hui les entreprises ainsi que leur volonté de ne pas trop communiquer sur ce sujet.

Autant dire que malgré les discours positifs sur la reprise, la situation est difficile. J’en tire deux enseignements prioritaires : il est de notre devoir d’accroître nos efforts pour aider nos étudiants, nos jeunes diplômés, pour les accompagner encore davantage en mettant en place des programmes de développement leur permettant de construire leur projet professionnel. Parallèlement, nous réformons nos enseignements pour mieux préparer nos étudiants aux nouvelles règles du jeu du marché de l’emploi et du monde globalisé dans lequel ils doivent réussir.

Il en va de notre responsabilité, face à ces milliers de jeunes que nous formons chaque année. Les entreprises comptent sur nous : 98 % des entreprises maintiennent leurs relations avec l’enseignement supérieur, 90 % des entreprises ayant recruté dernièrement entendent continuer à embaucher. De vraies opportunités vont se dégager, nos étudiants doivent compter parmi les meilleurs.

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Des antédédents à la réforme du lycée?

 Les Ecoles centrales révolutionnaire
Vers la fin de la période révolutionnaire, et avant le lycée institué par Napoléon I en 1802, des ‘’Ecoles centrales’’ ont été créées par la loi du 25 février 1795 au ‘’centre’’ de chaque département français selon un modèle qui peut nous paraître inédit en France puisque leurs élèves pouvaient très librement choisir leurs parcours ( selon un mode de fonctionnement que l’on qualifierait d’ ’’optionnel’’ voire ‘’modulaire’’ en termes contemporains ) .
Création vraiment originale, les écoles centrales opérèrent certes fugitivement – elles ne durèrent que sept ans ! – mais réellement un bouleversement à la fois dans les matières enseignées et leur organisation générale. Alors que les collèges d’Ancien Régime avaient peu à peu créé les classes sinon d’âge, du moins de niveau, on y renonce en faveur de cours autonomes et facultatifs donnés d’année en année par le même professeur. Les élèves du même âge pouvaient donc suivre des sections différentes dans chacun des cours, à leur choix. C’était d’ailleurs une idée de Condorcet ( et même de Talleyrand ) qui avait pour elle “ l’autorité des hommes les plus considérables du XVIII°siècle ”, celle des hommes des Lumières.

Et pourtant, contrairement à ce que l’on pourrait être porté à croire, “ ce n’est pas leur insuccès qui a entraîné la disparition des écoles centrales, car il est remarquable qu’en si peu de temps et avec tant de difficultés de tous ordres, la plupart des écoles se soient ouvertes et que beaucoup aient connu une pleine activité ”, comme le souligne Françoise Mayeur, une historienne très au fait de cette période.

Le lycée napoléonien

 Avec Napoléon I, c’est le retour à l’ordre ( à un certain ordre ) après l’effervescence révolutionnaire, là comme ailleurs. D’où la création, en 1802, du lycée dit ‘’napoléonien’’.

Le temps des ”études”

L’espace temps privilégié est celui de l’étude, des ‘’études’’ ( pour les internes, et même les externes ). La journée type du lycéen, durant tout le XIX° siècle se déroule selon l’horaire journalier suivant : 7 heures 30 en études ( de 6 H à 7 H 30, de 10 H à 12 H, de 13 H 30 à 14 H 30, de 17 H à 20 H ) pour 4 heures de classe ( de 8 H à 10 H et de 14 H 30 à 16 H 30 ). Et encore convient-il de savoir que les heures de ‘’classe’’ sont rarement des heures de ‘’cours’’ ( sauf en histoire et philosophie ) : on y corrige surtout des exercices et des devoirs qui ont été faits en études. C’était une époque – pourrait-on dire – où les élèves ‘’étudiaient’’ au lieu de ‘’suivre’’ des ‘’cours’’.

Les lycées et leurs études, au seuil du XXI° siècle

 D’où d’ailleurs, en un certain sens, le célèbre rapport de l’historien Antoine Prost sous le ministère Savary, en 1983,  intitulé de façon suggestive ” Les lycées et leurs études, au seuil du XXI°siècle ”, où figuraient des recommandations qui n’ont pas manqué de susciter alors de fortes réactions. “ On en arrive à la conclusion que 4 heures de cours proprement dits par jour est un maximum à ne pas dépasser. Il n’est pas exagéré de dire que le dépassement de cette limite constitue une escroquerie pratiquée par les adultes aux dépens de la majorité des élèves. Et nous insistons bien sur le fait que cette exigence doit s’appliquer à la lettre :  4 heures de cours par jour, et non pas 24 heures par semaine, réparties en journées inégales ” ( p. 101 ). “ Dès maintenant, il faut assouplir les horaires des enseignements pour en réduire le total, et permettre le travail personnel des élèves, au domicile et/ou au lycée ” ( p. 105 ). “ L’aide au travail personnel est un des moyens les plus efficaces de lutte contre l’échec scolaire. Sa réalisation demande la création de petites salles, où l’on puisse commodément parler à huit ou dix au plus […]. L’influence du cadre spatial sur l’activité pédagogique est telle qu’il n’est pas possible de laisser les choses en l’état. Des locaux standardisés invitent à penser un enseignement standard ( pp.95 et 97 ).  On a vu la suite…

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le noeud gordien de l’entrée dans le supérieur

Quelques effets du paradoxe de la sélection dans l’enseignement supérieur

 

Il n’y a pas de sélection pour l’entrée à l’Université. Mais il y en a une ( sur dossiers ) pour accéder non seulement aux classes préparatoires aux grandes écoles, mais aussi pour entrer en IUT ou en STS. On voit le paradoxe : les filières courtes de l’enseignement supérieur ont une entrée sélective ( sur dossiers ), alors que les filières de l’Université ( en principe longues ) n’en ont pas. C’est pourquoi le résultat des entrées dans l’enseignement supérieur est finalement pour le moins baroque, sinon chaotique ou pervers.

C’est ainsi que 20% des nouveaux bacheliers de 2006 de l’enseignement général se sont dirigés vers des filières courtes ( 8% dans des sections de techniciens supérieurs et 12% dans des Instituts universitaires de technologie ), en principe destinés aux bacheliers d’enseignements technologiques ( et ils occupent ainsi les deux tiers des places offertes en IUT, qui deviennent de fait des établissements foncièrement sélectifs, difficiles d’accès aux titulaires d’un bac technologique ).

A l’inverse, même si une courte majorité des titulaires d’un baccalauréat technologique en 2006 se sont bien dirigés vers des filières courtes ( 42% en sections de techniciens supérieurs et 10% en IUT ), 18% d’entre eux se sont inscrits à l’Université dans des filières longues qui ne leur sont pas a priori destinées. Or, comme le montre le suivi de cohortes de bacheliers datant des premières années de notre nouveau millénaire, les bacheliers technologiques ne sont que 13% à obtenir la licence en trois ans ( et 30% au total en cinq ans ) contre respectivement 45% et 71% pour les bacheliers d’enseignement général.

 

Quelques mesures récentes pour tenter d’amoindrir ces effets pervers

 

En 2007, le principe d’une pré-inscription, avant même que le baccalauréat ait eu lieu, a été décidé pour l’accès à l’Université, afin que l’établissement sollicité puisse donner son avis – strictement consultatif – en temps utile sur la pertinence de cette orientation..

Par ailleurs, puisque la plupart des lauréats des baccalauréats technologiques et professionnels qui tentent l’Université n’y réussissent pas bien, la ministre de l’enseignement supérieur Valérie Pécresse a souhaité qu’ils puissent plus facilement accéder aux filières qui leur sont mieux adaptées, en instaurant notamment un “ bonus financier ” pour les IUT et les STS qui intégreront en leur sein davantage de ces bacheliers que la moyenne nationale.

Des mesures qui vont certes dans le bon sens, mais qui ne sont pas manifestement à la hauteur du problème posé. On y reviendra dans un prochain billet 

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Deux politiques à propos du ”noeud gordien”

Un ouvrage paru en septembre chez Magnard ( ‘’Faut-il plus de compétition à la Fac ?’’ ) donne l’occasion de comparer les réponses de deux jeunes politiques prometteurs : celles de Benoist Apparu ( 40 ans, UMP ; actuellement secrétaire d’Etat chargé au logement, mais qui a été aussi rapporteur de la loi sur l’autonomie des universités ) et Bruno Julliard ( 28 ans, ancien président de l’Unef, actuellement adjoint au maire de Paris chargé de la Jeunesse et secrétaire national à l’Education au Parti socialiste ).

 

 

Benoist Apparu

 

“ L’urgence, c’est de permettre aux bacheliers technologiques de poursuivre dans le supérieur avec de vraies chances de réussite, c’est-à-dire de rejoindre les IUT qui sont faits pour eux. On pourrait même imaginer de créer des classes préparatoires de deux mois pendant l’été […].

Si l’on développe une politique de quotas des bacheliers technologiques dans les IUT, cela signifie qu’il faudra ouvrir de nouvelles places et surtout que plus de bacheliers généraux seront accueillis dans les premiers cycles classiques de l’université. Il faudra donc, parallèlement à ces quotas, rénover en profondeur l’entrée à l’université pour encourager les bacheliers généraux à choisir les premiers cycles universitaires. Pour ce faire, je crois indispensable d’intégrer les classes préparatoires aux grandes écoles aux universités. Les lycées ne peuvent pas continuer à conserver leurs meilleurs élèves ! ” ( page 49 ).

 

Bruno Julliard

 

“ Nous sommes dans une organisation perverse des premiers cycles : les filières courtes ( du type IUT ou BTS ) sont aujourd’hui prisées par les meilleurs étudiants, alors qu’elles étaient à l’origine des voies d’ascension sociale pour les bacs technologiques, voire professionnels. Et les filières générales universitaires, qui demandent des capacités de raisonnement et une autonomie importante d’apprentissage, accueillent les élèves les plus en difficulté. Résultat : les étudiants qui échouent quittent l’université sans diplôme, et beaucoup d’étudiants qui ont réussi leur BTS ou classe prépa retournent à l’université, ayant évité le massacre des deux premières années. Nous donnons les meilleures conditions d’études aux meilleurs bacheliers, quand ceux qui auraient justement besoin d’un encadrement plus important doivent se contenter des conditions souvent dégradées des premiers cycles universitaires ” ( pages 60-31 ).

“ La transition entre le lycée et l’université n’est pas aujourd’hui organisée et accompagnée. Le travail autonome est peu appréhendé au lycée, et beaucoup de disciplines n’y initient pas du tout les élèves ; et je ne parle pas des méthodes pédagogiques : la rupture est absolue entre le lycée et la fac. Il est indispensable que nous organisions une révolution dans les premiers cycles universitaires en créant des filières pluridisciplinaires, en rapprochant les méthodes pédagogiques de celles du secondaire, en favorisant les passerelles entre filières, en augmentant les cours en petits groupes, en faisant le pari des technologies de l’informatique et de la communication ” ( page 66 ).

 

 

 

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Bienvenue

Bienvenue sur ce blog.

Sollicité par le Groupe L’Etudiant, j’ai saisi cette opportunité afin de partager via cette plateforme mes réflexions sur des sujets ayant trait à la recherche et l’enseignement supérieur, de commenter des sujets d’actualité et de réagir sur l’actualité du Groupe EDHEC.

Vos commentaires seront l’occasion de débattre et de poursuivre les débats initiés dans les articles postés.

Olivier Oger. 

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L’alternance au chevet de l’emploi des jeunes

Alarmants. C’est l’adjectif qui convient malheureusement à la lecture des chiffres que communiquent Les Echos dans son édition du 20 juillet* : une augmentation de 40% des chômeurs dans la tranche des 18-24 ans sur la dernière année, une catégorie touchée traditionnellement trois fois plus que la moyenne, plus de 20% sous le seuil de pauvreté (880 euros par mois)… Impossible de laisser sans espoir ces forces vives de notre pays. C’est pourquoi cette rafale de rapports et initiatives** présentés au président de la République, ces derniers mois, pour aider les jeunes à trouver leur place dans la société va dans le bon sens. Dernière en date, l’annonce par Henri Proglio, P-DG de Veolia Environnement, de l’engagement de 50 grandes entreprises à recruter, en alternance, plus de 100.000 jeunes en 2009-2010. Mais derrière ces chiffres, quelle est la réalité de la situation ?

L’alternance, pour qui ? Trop souvent dévalorisé, assimilé au seul enseignement technique, considéré comme solution par défaut, ce dispositif – comme d’autres – a fait ses preuves sur le marché du travail. Je milite pour une vision beaucoup plus large de l’alternance : elle doit investir tous les types de formations, généralistes et techniques, et s’appliquer à toute l’échelle des diplômes, du CAP au Doctorat. Même si cela tousse un peu sur ce point ! Autre problème : le déséquilibre entre les grandes et les petites entreprises. Faute de temps et de moyens, les PME qui ont un besoin crucial de ces jeunes talents n’accèdent pas suffisamment à ce type de dispositif. Encore moins les artisans ! C’est très dommageable pour les jeunes et les entreprises.

L’alternance, comment ? Aussi séduisante qu’elle paraît, l’alternance nécessite un accompagnement et un contrôle très rigoureux pour éviter les dérives. Dans l’entreprise, les alternants occupent régulièrement des postes à temps faussement partiel ne laissant que peu ou pas de place aux études. Et, quelquefois, rien du tout à la vie privée ! L’entreprise attend des résultats, pas des expérimentations. A tel point que l’étudiant devient schizophrène et n’arrive plus à gérer ses périodes scolaires, la pression étant trop lourde sur ses épaules. Là encore, comme pour les stages, c’est la notion d’accompagnement tant au niveau de l’entreprise que de celui de l’école qu’il faut mieux considérer et renforcer. L’entreprise pilote l’alternant dans ses missions tandis que l’école permet la mise en perspective de l’expérience acquise, et surtout la poursuite de son cursus. Tout est question de dosage. L’alternance est une démarche professionnelle ET pédagogique. Son avenir et son image dans la société dépendent de la bonne alchimie entre ses deux pôles.

Une vigilance renforcée s’impose. Ces milliers de contrats promis seront-ils effectivement réalisés ? Dans quelles conditions ? Les grands groupes seront-ils encore les seuls grands bénéficiaires ? Les organismes de formation qui se partageront cette manne financière juteuse seront-ils contrôlés ? Les alternants bénéficieront-ils de l’encadrement lourd qui leur est nécessaire ? Qu’adviendra-t-il à ceux qui seront en échec ? Autant de questions auxquelles il faudra répondre clairement. C’est notre responsabilité vis-à-vis d’une jeunesse que la crise malmène.
*Source : Livre vert de la commission de concertation sur la politique de la jeunesse. Juillet 2009.

**Le rapport du Haut Commissaire à l’Intégration, Yazid Sabeg, proposait, au printemps, un train de mesures conséquent – plusieurs centaines ! – dont nous avions parlé, le plus récent « livre vert » de Martin Hirsch, autre Commissaire, cette-fois à la Jeunesse, se fend de 52 propositions… dont plusieurs réformes devraient découler comme celle, tant attendue, de l’orientation.

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Comment j’aborde l’été ?

La pause estivale approche. Une rupture salutaire propice à la réflexion et à la préparation de la rentrée mais également au repos, à la lecture et à l’émerveillement. Cette année 2009 a été jalonnée de crises et de difficultés. La précédente aussi, j’ai été surpris par l’ampleur du séisme et je ne m’attendais pas à cela, ceux qui prédisaient le contraire, sont des menteurs ou des surdoués ! La rentrée s’annonce également délicate sur le plan économique et social avec une incertitude supplémentaire de taille, la probable pandémie de grippe H1N1.

Retour sur ce qui m’a marqué ces derniers mois avant de préparer le break de l’été.

Le millésime 2009 a eu son lot de bouleversements comme ces symboles disparus…Farah Fawcett pour commencer, la célèbre « Drôles de dames » nous a quittés en réveillant pas mal de souvenirs de jeunesse !! Beaucoup plus sérieusement, ce sont les disparitions des empires Lehmann Brothers ou General Motors qui m’ont surpris… Ces entreprises « modèles », fleurons de l’industrie et de la finance mondiales qui faisaient l’objet d’études de cas quand j’étais étudiant. Aujourd’hui, pour la première, je me demande si son effondrement n’est pas du au pourrissement du système ou à l’incurie de quelques uns. Pour la seconde, le mastodonte a été incapable de s’adapter aux mutations du marché, étranglé par des charges sociales d’entreprise – équivalentes à 2 K€ par véhicule vendu ! – qui faisaient la grandeur de son modèle, unique aux Etats-Unis. Assister à la disparition de ces symboles en quelques instants, c’est terrifiant…

Un monde radicalisé ?
La crise économique risque d’engendrer une crise morale et de confiance beaucoup plus profonde. En témoigne, la radicalisation des conflits sociaux dans notre pays. On peut comprendre ce désespoir. Quel avenir possible après 20 ou 30 ans passés dans la même société, au cœur d’une zone déjà défavorisée ? Et comment accepter que, pour les grands managers, tous leurs risques soient couverts à des niveaux indécents (prime d’accueil, bonus, retraite chapeau…). Le plus dangereux, c’est la crise morale qui découle de ces tensions et le constat que l’ascenseur social reste désespérément bloqué. Les recettes et les réflexes d’antan ne fonctionnent plus dans un système qui s’emballe.

L’été, parenthèse salutaire.
Il y a 10 ou 15 ans, les technologies ne permettaient pas de rester connecté au monde en permanence. Aujourd’hui, c’est possible, et c’est également pour cette raison que je ne consulterai pas mes mails pendant les vacances ! Je n’en profiterai pas, non plus, pour écrire mes mémoires ! Le temps des vacances, c’est celui de la coupure, de la détente et de la rencontre. Un temps privilégié pour flâner, se promener, s’émerveiller loin des contraintes et des agendas surchargés. Je vais consacrer du temps à la lecture de romans policiers que j’adore. L’occasion de faire aussi un break intellectuel. Au menu, L’infiltré de Ludlum, Opération OB center de Clancy ou le dernier Grisham. J’aime aussi les policiers historiques de Nicolas Le Floch ou les Harlan Coben.

Bon été à tous ! Rendez-vous en septembre.