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Jean-François Fiorina

Enseignement supérieur : actus internationales (2)

Deux informations internationales ont retenu mon attention ces dernières semaines : l’abrogation officielle de la circulaire Guéant et le développement continu de l’enseignement supérieur en Afrique. Le premier sonne comme un soulagement, le second (son corolaire ?) montre que l’Afrique se joue des clichés qui la desservent.

  • « Circulaire Guéant », clap de fin.

Il en aura fallu du temps pour faire comprendre toutes les conséquences négatives qu’a entrainé cette circulaire sur tout l’enseignement supérieur. Première question posée par les étudiants étrangers sur les salons, cette décision va laisser des traces. Qu’en sera-t-il l’année prochaine ? Comment vont-ils réagir ? C’est une inconnue. Pour cette année, l’abrogation n’aura aucun effet, le recrutement étant terminé. Dans l’intervalle, les écoles étrangères ont pris des parts de marché et le coût en terme d’image pour la France est gigantesque.

  • La nouvelle dimension de l’enseignement supérieur en Afrique.

Contredisant nombre de clichés, le continent sud construit son modèle original d’enseignement supérieur sur une dynamique économique prometteuse. J’assistais la semaine dernière à un worshop de l’INSEAM au Maroc sur le thème de la normalisation de la qualité des enseignements de management en Afrique. Parallèlement, se tenait The New-York Forum Africa à Libreville (Gabon) où 800 décideurs venus du monde entier (politiques et chefs d’entreprise) ont échangé sur les initiatives à mettre en place pour développer le continent et ses échanges.

Pourquoi l’Afrique dispose-t-elle d’un réel potentiel en matière d’éducation supérieure ? Plusieurs facteurs convergent. Malgré sa démographie galopante, un grand nombre de jeunes Africains souhaite rester sur le continent pour le développer. A l’heure où les puissances historiques traversent des difficultés économiques et sociales, ce phénomène s’amplifie dans tous les pays émergents ou en voie de développement.

De belles entreprises s’y développent mais ne trouvent pas le personnel qualifié pour gérer leur croissance. Je discutais, la semaine dernière, avec les patrons de la plus grande banque marocaine et d’une société d’assurances. Ils ont les moyens financiers d’acquérir les plus belles entreprises africaines mais n’ont pas les compétences disponibles pour assurer le développement de ces pépites ! MacKinsey et BCG ne s’y trompent pas et ont publié des études sur ces entreprises africaines à haut potentiel. Des sociétés se spécialisent même dans le recrutement de cadres africains pour les faire revenir chez eux !

Le supérieur public est famélique. Historiquement destiné à former les élites administratives et politiques, le système s’effondre faute de débouchés. Parallèlement, le privé et certaines universités se développent. Un classement des business schools est apparu ainsi qu’une association spécifique l’African Association of Business schools. L’EFMD organise également des séminaires « Afrique » et « MENA » (Middle East and North Africa). Il y a donc un espace à prendre pour des écoles et des universités de qualité d’autant que la motivation et la bonne volonté sur le terrain est patente.

Le numérique appelle aussi la réflexion suivante : n’est-on pas en train de voir le continent « enjamber » une génération ? Ce tournant de l’économie mondiale vers le numérique apparaît comme une chance s’il est bien exploité par les structures éducatives africaines. Je pense, en particulier, au e-learning.

Quelles conditions de succès ? Il succès passera, je le crois, par des alliances sur d’autres continents dans l’objectif de structurer et de professionnaliser l’offre de formation. Il y a besoin d’ingénierie éducative et du partage des expériences. Mais le continent compte déjà nombre de belles réussites surtout dans le domaine des business schools – hors Maghreb et Afrique du sud-, au Sénégal, Nigéria, Ghana, Tanzanie, Cameroun…

Le recrutement en question. C’est un élément stratégique. Si les meilleurs éléments seront toujours chassés à coups de bourses d’excellence par les poids lourds internationaux tels qu’Harvard ou Oxford, le supérieur africain a intérêt à cibler la catégorie des étudiants désireux de s’investir chez eux. Et pour lesquels les contraintes institutionnelles et financières d’un départ à l’étranger sont rédhibitoires. Le maillage des écoles et universités sera vraisemblablement la solution. Certains pays concentreront des pôles éducatifs où la demande des entreprises est également forte. Les zones de hubs aériens intra africains comme celui de la RAM à Casa ou de Kenya Airways à Nairobi le prouvent.

Je ne cache pas les grandes difficultés que le continent devra surmonter : manque de moyens récurrent, absence de système scolaire, circulation de faux diplômes, chute des universités publiques… mais le potentiel est là. Si les Américains et les Britanniques avancent vite sur ces territoires, c’est qu’il y a un marché ! Et je ne parle pas des Chinois avec CEIBS. Au-delà de ces constats un peu directs, en tant que directeur d’école, ma mission est d’y être présent pour diversifier nos partenariats (voir mon récent post sur le Maroc) et offrir aux entreprises françaises présentes en Afrique les talents dont elles ont besoin.

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Jean-François Fiorina

Financement de l’éducation : attention bombe à retardement !

Les crises à répétition qui affectent les systèmes de financement de l’enseignement supérieur dans le monde (Grande-Bretagne, Québec, Amérique du sud…) sont autant de signes avant-coureurs. Sans réforme profonde de ses modes de financement, le point de rupture sera rapidement atteint.

Parmi les 10 questions essentielles que doivent se poser, aujourd’hui, les dirigeants de la planète, je place, sans hésiter, le financement de l’éducation dans les toutes premières. Pourquoi ? D’abord parce qu’il y a urgence. La population mondiale étudiante augmente régulièrement, plaçant l’éducation comme moteur d’ascension sociale et d’émancipation de l’individu. Les gouvernements ont également bien compris son importance en termes de développement économique, d’innovation et de géopolitique… Sauf que le système bloque. La demande excède largement l’offre et les risques de rupture apparaissent au grand jour. Selon l’UNESCO, l’enseignement supérieur accueillera 262 millions d’étudiants en 2025, contre 97 millions en 2000 et 153 millions en 2007.

Imaginez, rien que pour la Chine, ce que le pays va devoir investir pour passer d’une économie de main d’œuvre à une économie de la connaissance ! Enthousiasmant et inquiétant !

Revenons les pieds sur terre. L’éducation a un coût mais la « non éducation » aura un prix bien plus élevé ! Nos jeunes générations aspirent à la connaissance et notre responsabilité est d’éviter les frustrations et les violences sociales qu’engendrerait la rupture du système. Deux modes de financement cohabitent actuellement mais ils ont atteint leurs limites. L’invisible : la communauté nationale finance l’éducation par les impôts qu’elle prélève. Au vu de l’état des finances publiques dans le monde, c’est une source qui va se tarir. Le visible : les frais de scolarité sont payés par les familles et les étudiants avec des aides (bourses). C’est le modèle anglo-saxon que la crise économique en occident met à mal.

Soit nous arrivons à une refonte globale soit nous serons obligés de vivre un système à deux vitesses en sélectionnant de manière drastique les étudiants, par le mérite ou par l’argent. La deuxième solution serait, bien sûr, la pire. Barak Obama a bien saisi les enjeux. Il visite actuellement les campus américains et discute avec des étudiants inquiets de voir leurs droits d’inscription augmenter plus vite que l’inflation. Et que dire des crises canadiennes et britanniques ? Je le répète, l’éducation est une valeur ajoutée pour un pays et ses citoyens. Elle a donc un coût !

En France, d’importants efforts ont été réalisés mais si nous voulons que le plus grand nombre accède à l’éducation et aille le plus loin possible dans les études, nous devons réfléchir rapidement à la question de leur financement. J’aurai l’occasion de revenir sur ce thème qui me passionne dans mes prochains posts. Mais place au débat et aux propositions comme je l’ai fait dans mon Livre blanc intitulé « Former les dirigeants de 2030, mode d’emploi en six étapes » !

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Jean-François Fiorina

Qui sont les étudiants aujourd’hui ? Comment leur parler ?

Rencontre avec Julie Giraud-Avril, Western Europe University Relations Manager chez UNIVERSUM, à l’occasion de la parution, en mars dernier, du classement annuel des employeurs idéaux des étudiants de grandes écoles et universités françaises. Au menu également, l’importance de la « marque employeur » dans la stratégie de recrutement des écoles.

Jean-François Fiorina : qui est UNIVERSUM ?

Julie Giraud-Avril : C’est une entreprise suédoise créée il y a 22 ans par Lars Henrik. Son fondateur avait remarqué le fossé culturel qui séparait étudiants et entreprises. Il a voulu y remédier en favorisant leur rencontre dans l’objectif de mieux se comprendre, de croiser leurs besoins. L’idée des enquêtes auprès des étudiants est apparue comme un bon moyen d’investigation. D’abord en Scandinavie  puis aux USA et en Europe. L’entreprise fait également du conseil médias et marque employeur.

Qu’entendez-vous par « marque employeur » ?

C’est une notion cruciale et indissociable de la marque tout court. Les entreprises se sont d’abord satisfaites de la marque Produit puis de la marque Corporate. Aujourd’hui la notion de RSE (Responsabilité Sociale et Sociétale de l’Entreprise) s’impose. L’entreprise doit tenir un discours clair en matière de ressources humaines, de recrutement et de développement durable. Ce  positionnement est primordial et détermine la ligne de sa marque Employeur.

Est-ce une notion bien perçue en France ?

Dans les pays d’Europe du nord, impossible de faire l’impasse. Toutes les entreprises sont actives dans le domaine. En France, c’est une notion émergente. On privilégie le recrutement dans l’urgence. Dans les pays du nord, le travail de fidélisation et de capitalisation des salariés sera privilégié. Les entreprises se remettent plus facilement en question et se projettent dans l’avenir, dans d’éventuelles crises… Moins en France.

Pour les enquêtes, paradoxalement ce sont les étudiants français qui répondent le plus massivement, 31 000 en 2011 contre une moyenne de 10 000 par pays. J’explique ces bons retours par une « demande » d’écoute en période de crise. Les étudiants se sentent concernés par ce qui se passe dans leur environnement.

Les écoles ont également compris l’intérêt des ces enquêtes, des évaluations grandeur nature en quelque sorte. De toute manière, nous ne cachons rien. Les résultats des enquêtes sont transmis systématiquement aux écoles et nous passons par leurs services pour les organiser.

En France, il y a trois grandes cibles étudiantes : les écoles de management où les étudiants viennent chercher le meilleur métier et pour cela ils sont prêts à payer ; les écoles d’ingénieurs et les universités. Chez ces derniers, quelle analyse faites-vous ?

Les étudiants d’écoles d’ingénieurs sont souvent à part mais tendent, aujourd’hui, à se rapprocher des attentes de leurs homologue en écoles de commerce. Mais ce qui prime chez eux, c’est d’abord l’environnement de travail, les équipes. Idem pour un universitaire, il valorise la culture d’entreprise, l’équipe avant les caractéristiques du poste.

Autre différence, l’attitude face à la rémunération. Quand un ingénieur demandera 35 K€, son homologues de Master universitaire masculin demandera 32 K€ et les filles 30 K€… Le fossé se creuse et sera difficile à combler.

Quel accueil recevez-vous à la fac ?

J’y travaille depuis cinq ans et je commence à avoir des résultats. Il y a encore des réfractaires mais des universités parisiennes comme Pierre et Marie Curie – UPMC, par exemple, jouent le jeu. Ainsi que Dauphine et plusieurs autres.

Quels enseignements tirez-vous de vos contacts avec les étudiants de la génération 2.0 ?

D’abord, je ne travaille jamais directement avec eux mais par des intermédiaires, les services communication, la direction ou l’administration des écoles et universités. Ce que j’observe, néanmoins :

–          c’est une génération anxieuse,

–          qui met l’humain au centre de ses préoccupations,

–          capable de se mobiliser, qui va vite, qui comprend vite (cf le numérique), mais qui reste plus en surface que les générations précédentes (changement de poste régulier),

–          plus détachée vis-à-vis de l’employeur, qui a toute sa place mais reste à sa place, c’est-à-dire au seuil de la maison.

C’est une génération sans concession qui va faire bouger les choses à mon avis. Elle est très égocentrique, ce qui compte c’est leur bien-être. Une fois qu’ils se sont servis en bien-être, ils se tournent vers les autres. Ils n’ont pas vraiment cet aspect « green » comme on le dit souvent.

Je serais plus nuancé. Ils s’investissent à hauteur de ce qu’ils ont envie d’investir. C’est du donnant/donnant. Quand ils passent par une grande école de commerce, c’est pour conserver cette autonomie et pouvoir changer d’employeur après quelques années d’ancienneté.

Je dirais qu’ils sont plus « schizophrènes » et font la différence entre leur statut de citoyen et celui de professionnel. En matière de « green », ils sont à la fois capables d’aller manifester pour la protection de l’environnement et de travailler dans une compagnie pétrolière. Ceci s’explique aussi par le fait que le « green » n’a pas encore de forte traduction métiers.

L’attitude des étudiants est-elle différente selon leur école d’origine ?

En France, les écoles de commerce sont classées et cela génère des différences de niveaux importantes (A, B, C).

Dans les écoles de niveau « A », les étudiants ont envie de travailler dans une structure internationale sans forcément quitter la France. Dans les écoles de rangs B et C, ils souhaitent valoriser le diplôme et leur école par une expérience à l’étranger.

Et dans les écoles à l’étranger ?

Les étudiants des pays nordiques ont une forte culture internationale mais ils n’ont pas besoin de partir car leurs économies tournent bien. Elles ont besoin de ces talents.

Plus généralement, la différence ne se fait pas selon le pays d’origine mais en fonction du type d’école. Pour un étudiant d’une excellente école de commerce en France ou à l’étranger ce qui compte, ce sont les caractéristiques du poste, le challenge et la structure à l’international. Pour les écoles de niveau moindre, ce sera le nom sur un CV. Pour les ingénieurs, le choix se fera plus volontiers sur le produit qu’ils vont développer que sur le nom de l’entreprise. Ils travailleront, par exemple, plus facilement dans une filiale inconnue de Google si son produit est extraordinaire. Les étudiants de business schools attachent une grande importance à la marque.

Nos écoles sont donc condamnées à se développer comme des grandes marques ?

Je vois une différence entre la relation étudiants-école et la relations étudiants-entreprise. La première est, me semble-t-il, plus équilibrée. Les étudiants choisissent leur école et ces dernières les sélectionnent. La règle est claire. L’école est fière de recruter les profils sélectionnés et inversement.

Côté entreprises, elles ont du mal « à lâcher ». Elles se (re)positionnent dans un rapport de force dès qu’elles le peuvent. Et surtout en France où elles ne posent pas le rapport de confiance comme un fondamental. C’est dommage mais nous le voyons régulièrement.

Quid de la place des PME et de la création d’entreprise ?

La création est en baisse dans nos chiffres. Elle plait aux étudiants mais ils n’y vont pas.

Les étudiants vont plutôt tester la grande entreprise. S’ils ne sont pas contents, les ESC resteront quelques années pour le CV, les ingénieurs partiront plus vite pour créer une structure avec des amis et développer les produits qui leur plaisent. C’est la même chose dans la PME.

Il n’y a pas plus de propension à créer dans les universités ou dans les écoles d’ingénieurs ?

Non. On reste autour de 5% d’étudiants entrepreneurs y compris aux Etats-Unis. En période de crise, ce chiffre reste stable.

Chez les Nordiques, le principal, c’est de ne pas être dérangé chez soi par son entreprise et de ne pas résider à plus d’une heure de son lieu de travail, les questions de durée et d’organisation du travail étant généralement réglées. Ce qui n’est pas toujours le cas aux USA et en France, où ces deux derniers paramètres priment encore.

Des conseils pour développer sa marque employeur ?

Règle N°1, il faut avoir défini sa cible, savoir pourquoi vous souhaitez attirer et recruter ce public. Entendre ce qu’il pense de vous et lui demander comment le recruter. C’est une vraie stratégie RH.

Règle n° 2, en cas de critique, toujours se remettre en question. S’il n’y a pas de remise en question, il n’y a pas de marque employeur possible.

Règle n°3, les entreprises comme les écoles doivent connaître qui sont leurs vrais concurrents. Certaines entreprises sont de grandes marques mais ne sont pas forcément des concurrents en matière de recrutement. Ce qui compte, c’est la différenciation et donc, la singularité.

Quels que soient les publics, il y a un aspect de marketing et de connaissance de soi, de ses objectifs. C’est crucial.

Oui. Les étudiants sont de plus en plus spécialisés et les entreprises l’ont bien compris. Leur discours de recrutement sera ciblé en fonction des spécialités. Ce qui est nouveau, c’est qu’elles sauront quoi répondre à qui.

Des nouveautés pour le questionnaire 2013 ?

Chaque année, il est remis au goût du jour en fonction des évolutions économiques et sociales. C’est fondamental.

Merci pour ce témoignage passionné et riche d’informations !

Lire l’enquête UNIVERSUM 2012.

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Jean-François Fiorina

Livres, une sélection décapante !

Voici une salve d’ouvrages récents plutôt critiques sur la vie en entreprise, le monde du travail ou le management que je propose à votre lecture critique. Commentaires attendus !

  • « Lost in management ». Dans cet ouvrage, le sociologue François Dupuy décrit la vie quotidienne dans une vingtaine d’entreprises d’aujourd’hui, en France et à l’international. Le pouvoir dans l’entreprise tel que décrit par l’auteur apparaît moins comme une autorité verticale que comme une dispersion « au niveau des intermédiaires et des exécutants ». « On ne sait plus toujours très bien qui décide quoi, ni même si ceux qui décident sont aussi ceux qui sont responsables. » Selon lui, « il est essentiel de fournir aux salariés des indications claires sur ce que l’organisation attend d’eux » alors qu’il est « impossible de quantifier tous les paramètres d’une évaluation ». « Lost in management : La vie quotidienne des entreprises au XXIe siècle » par François Dupuy. Editions du Seuil.

  • « Journal ambigu d’un cadre supérieur : notes de bureau ». Cadre supérieur pendant dix ans dans un groupe d’assurances, Etienne Deslaumes, dresse un portait sans concession de sa vie en entreprise. Amplifiés par un rachat, les luttes, les mesquineries, les coups bas et les peurs, s’intensifient entre collègues au cours de cette restructuration. « Je ne sais pas si l’homme est bon, au naturel, mais une chose me paraît certaine, il ne l’est pas et, probablement, il ne peut pas l’être, dans une organisation » écrit-il dans son préambule (sic !). Journal ambigu d’un cadre supérieur : notes de bureau” – Etienne Deslaumes – Editions Monsieur Toussaint Louverture.

  • « 18 bonnes raisons de détester son entreprise ». L’auteur, expert en relations du travail et spécialiste de l’analyse du climat social et des relations sociales dans l’entreprise, décrit les « irritants sociaux » qui conduisent les salariés à râler, à protester, à se démotiver. C’est l’entreprise vue par ses salariés, en opposition à l’entreprise vue par ses dirigeants. Hubert Landier affirme cependant « qu’il suffirait de peu pour que les choses s’arrangent. Le management consiste d’abord à dire bonjour le matin et à remercier celui qui mérite de l’être… ». Il poursuit : « la qualité du management n’est pas d’abord une affaire de théories telles qu’on les apprend dans les écoles de management, mais une question de bon sens, et aussi une question de comportement personnel, venant des managers ». « 18 bonnes raisons de détester son entreprise », par Hubert Landier – François Bourin Éditeur.
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Jean-François Fiorina

Enseignement supérieur : stratégie gagnante pour le Maroc

Visite privée de Mohamed VI à Paris ce vendredi, renforcement de son positionnement géopolitique et stratégique, workshop du réseau des ESC marocaines auquel nous participons fin mai, le Maroc est à la Une ces prochaines semaines. Une occasion qui m’est donnée de faire le point sur ce pays dont la politique en matière d’enseignement supérieur est exemplaire.

Contrairement à la Tunisie qui forme 10 fois plus de diplômés que son marché ne peut absorber ou à l’Egypte en pleine (re)construction, le Maroc compte parmi les bons élèves de la zone arabo-musulmane. Le royaume a pris un tournant stratégique comme le Qatar ou Dubai en positionnant l’éducation, la recherche et l’innovation comme autant de relais de croissance et de rayonnement. Casablanca est à cette image, un hub complet : économique, financier, universitaire et aéroportuaire*, tout comme Tanger sur le plan industriel ou Rabat sur les plans administratif et éducatif.

Pour faire face à sa forte croissance démographique et accompagner ses ambitions économiques (tourisme, énergie…), le secteur des grandes écoles privées se développe. Je citerais les quatre grandes écoles de commerce que sont l’ESCA, HEM, l’ISCAE et l’ESC Marrakech. Cette stratégie qui supplée aux difficultés du secteur public à intégrer les flux démographiques a aussi un revers, celle de voir se multiplier les écoles de niveau inégal. La régulation par le marché jouera, ici, son rôle…

Un enjeu géopolitique. Le Maroc compte de belles entreprises tournées vers la conquête des marchés africains. C’est une porte d’entrée vers le grand sud. Mais la guerre des talents y fait rage et les entreprises manquent de cadres expérimentés. Elles éprouvent des difficultés à fidéliser leur personnel toujours attiré par de meilleurs salaires en Europe ou dans les pays du Golfe. Ce phénomène, dans certains secteurs, tend à diminuer. Dans les grands centres industriels à Casa ou Tanger, les multinationales commencent à payer leurs managers au « tarif » européen.

L’ESC Grenoble est implanté au Maroc depuis longtemps. Elle s’investit avec l’ESCA (Ecole de management de Casa) dans la création d’un réseau de business schools en Afrique : l’INSEAM (Institut Euro-Africain de Management) . L’objectif est à la fois de coproduire des diplômes et de créer des écoles de management en Afrique. C’est à la fois un véritable enjeu géopolitique pour la France et son rayonnement international, et un rôle que doit tenir le directeur d’une grande école pour tisser des partenariats dans la durée. Fin mai, nous organisons un workshop INSEAM dont l’objectif est de mettre en place, avec nos partenaires, une ingénierie de développement qui garantit la qualité des formations du réseau.

Je me déplace chaque trimestre au Maroc et, chaque fois j’ai une impression de mouvement, de croissance et d’évolution. Pour l’anecdote, il est moins cher d’aller de Lyon à Casa que de faire un Paris-Grenoble ! Notre école a pour vocation de fournir aux entreprises de bons professionnels aux entreprises marocaines mais également de recruter des talents à l’échelle de la planète, et le Maroc et l’Afrique n’en manquent pas. Notre présence est également une manière de les recruter sans les difficultés que nous avons connues récemment sur le plan réglementaire.

*La RAM (Royal Air Maroc) permet ainsi de voyager en Afrique (Mauritanie, Sénégal…) sans passer par les aéroports européens.

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Jean-François Fiorina

Et l’Europe se tut…

Avant d’aborder la (toute petite) place tenue par l’Europe dans la campagne présidentielle, je souhaite revenir sur celle de l’Enseignement supérieur et sur certaines propositions du nouveau président. J’espère que les décisions seront rapides et claires, en particulier sur deux points, car ce sont des urgences symboliques et sensibles :

  • La réforme de la licence. Et plus généralement la question de la mission de l’Université dans notre pays. Les trois premières années du supérieur ont-elles vocation à préparer l’entrée en master professionnalisant ou doivent-elles être plus sélectives et avoir leur propre finalité? C’est un point important puisque les premiers élèves de la réforme du lycée arriveront à l’Université à la rentrée 2013.

Mais revenons à l’Europe. Inexistante dans cette campagne, le 9 mai – sa fête… – a encore moins que d’habitude donné lieu à célébration et controverse. Inaudible en cette fin de campagne, j’en garde une certaine amertume. L’ Union européenne a beaucoup apporté à l’enseignement supérieur. Elle sert trop souvent de repoussoir de nos carences nationales.

Erasmus, son programme le plus emblématique, a brassé la jeunesse européenne avide de découvertes. Depuis leur lancement en 1987, les bourses Erasmus ont permis à plus de 2 millions d’étudiants de partir sereinement. Et sur les deux dernières décennies, ce sont les Français qui ont le plus levé l’ancre (15,24% du nombre total d’étudiants). C’est donc un véritable succès. Tout comme le processus de Bologne (1999) qui a jeté les bases d’un enseignement supérieur harmonisé en matière de diplômes et de crédits académiques.

Pour l’ESC Grenoble, le bilan a été également très positif. L’Europe nous a permis de développer, en grande partie, notre ambition internationale grâce à ses programmes de financement.

Il manque une dimension pédagogique au grand dessein européen.

L’Europe n’est pas un sujet d’enseignement. Il n’y a pas d’approche globale mais plutôt une segmentation par spécialités de niveau master en droit, en affaires publiques… Les métiers de l’Europe sont idéalisés comme celui de fonctionnaire européen ou plus tancés comme celui de lobbyistes. Il nous manque de vrais pédagogues de l’idée et du fonctionnement européen. Le « machin » comme le raillait le général de Gaulle n’a pas trouvé sa place dans l’esprit des Français, fi de la citoyenneté européenne ! Dans cette période de repli identitaire et communautaire, cette voix nous manque cruellement mais personne ne la porte réellement. Elle reste lointaine et abstraite, voire stigmatisée.

Idem dans nos entreprises. Ne faudrait-il pas les « européaniser » systématiquement ? Intégrer cette dimension dans leur stratégie ? Et faire de la dynamique du marché intra européen, une priorité.

J’attends donc une véritable approche pédagogie de l’Union et des professeurs capables de l’enseigner. Une ambition qui va bien au-delà de la seule question des finances et des marchés qui, à elle seule, constitue une filière à part entière. Cette pédagogie aurait pour objectif de renforcer le sentiment d’appartenance européen en illustrant concrètement ses réalisations dans notre vie quotidienne. Vous seriez surpris de voir ce qu’elle nous apporte tous les jours !

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Jean-François Fiorina

Qu’est-ce qu’une grande école aujourd’hui ?

A l’heure où s’ouvre la période des concours, et après la diffusion d’une note de la Conférence des grandes écoles, en février 2012, sur « Les voies d’accès aux grandes écoles », je vous propose ma propre définition. Ouverte à toutes les diversités, une grande école ne peut fonctionner qu’en respectant trois conditions. Les voici :

  1. Un recrutement sélectif. C’est la pierre angulaire, elle est inscrite dans l’ADN d’une grande école mais de manière adaptée en fonction des publics qu’elle accueille. C’est, par exemple, le modèle de PASSERELLE. Comme je le dis souvent, « tous les étudiants d’une promotion doivent pouvoir se regarder dans les yeux sans aucune arrière-pensée ». Leur recrutement est aujourd’hui multicanal mais sélectif : classes préparatoires, admissions parallèles, étudiants étrangers, « double diplômants », formation continue voire VAE. Une grande école doit avoir cette capacité à attirer des profils et des talents différents avec comme règle immuable : un seul point d’entrée, le concours, et un seul point de sortie, le diplôme avec une évaluation commune. Je tiens également à la notion de tronc commun qui joue le rôle de colonne vertébrale académique autorisant, de ce fait, une personnalisation de plus en plus poussée des parcours.
  2. Une forte culture maison. Réussir ce melting pot passe par une politique clairement définie qui évidemment ne favorise aucune filière d’admission ou population. Une grande école développe sa spécificité, son école de pensée, reconnue en interne et en externe. C’est également une marque et un repère dans l’océan des offres de formations.  Notre discours, nos actes et notre fonctionnement doivent démontrer, à chaque instant, cet état d’esprit et cette culture maison.Chaque année, les dix meilleurs diplômés de l’école ne sont, d’ailleurs, pas issus de la même filière. Car les étudiants qui n’ont pas suivi les filières traditionnelles de recrutement (classes préparatoires) augmentent dans nos effectifs. Cette diversité doit être intégrée progressivement. Ces étudiants ne sont pas des « faire valoir » ou des « quotas à remplir » mais bien des profils originaux. Ils apportent du débat et de la confrontation dans les promotions. C’est une richesse.Les entreprises le reconnaissent en parcourant leur CV ou lors des entretiens d’embauche. Elles nous font confiance. Cette chasse aux talents que j’exprime dans mon blog est devenue mondiale. Les business schools de classe internationale devront attirer de bons profils, originaux et opérationnels. En Grande-Bretagne, un auditeur de talent peut avoir suivi des études d’ethnologie !
  3. Une ingénierie pédagogique pointue. Elle assure une mise à niveau pour l’ensemble de nos publics. Les outils pédagogiques mis à la disposition des étudiants sont variés : numériques, soutien direct que ce soit en matière de mathématiques, de probabilités… La diversité des publics et des parcours rendent complexe et lourde cette mission d’ingénierie. Elle est cependant essentielle pour assurer le bon fonctionnement des promotions. C’est ainsi que nous limiterons les barrières psychologiques et les a priori que se construisent bon nombre d’étudiants avant de tenter leur chance. Autre point, le financement des études. C’est également une lourde charge pour les familles et les étudiants. Mais aucun n’a été refusé par manque de ressources. Nous trouvons toujours une solution de financement.

Une grande école cultive la diversité, la recherche des talents de demain et son identité. Parce que le monde et ses entreprises en sont les reflets. Mais cela s’organise. En aucun cas, elle ne doit remettre en cause le principe d’un recrutement sélectif qui garantit l’équilibre entre tous.

BON CONCOURS !

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Jean-François Fiorina

Présidentielle : tout a changé mais rien n’a changé !

Présidentielle 2012

Présidentielle 2012

En écoutant les débats politiques à la suite du premier tour, j’ai été surpris par l’absence de discours sur la réalité du monde qui nous entoure. Le paysage mondial évolue à une vitesse vertigineuse et nous pensons encore qu’une solution franco-française reste possible.

Intégrer les mutations. Ce qui a été dit hier lors des débats ne reflète pas les changements de notre monde. Comme si la France pouvait, à elle seule, en modifier le cours. C’est inquiétant à l’heure où nous devons réfléchir à notre avenir tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nos frontières, à redonner une perspective et un projet de vie à la jeunesse.

Dans un certain nombre de secteurs d’activités, « la messe est dite ». Penser que des productions de masse sont relocalisables relèvent de l’hypocrisie. Achèteriez-vous plus chers vos biens de consommation par ce qu’ils ont été fabriqués en France ? Je ne le crois pas. La réalité de la montée en puissance des pays émergents, de l’économie numérique et, bien sûr, les difficultés d’une partie croissante des Français ne doit pas être masquée mais affrontée.

Un virage industriel est cependant possible. Comment ? En misant sur la croissance de nouvelles activités et de nouveaux métiers. C’est également par une vraie vision européenne, expliquée et comprise par nos concitoyens que nous réussirons. L’ Europe nous a apporté et nous apporte encore beaucoup. Ce n’est pas qu’une structure technocratique et lointaine. La pédagogie de l’Europe nous manque cruellement.

Miser sur l’éducation. Les chemins du développement sont multiples en se concentrant sur l’essentiel : l’éducation, la géopolitique et l’économie. Je prends souvent l’exemple de la Corée du Sud qui a su, par un investissement massif dans la connaissance, se forger une place dans le concert mondial. Il ne faudrait pas que la France ne fonde son redressement sur des solutions de court-terme dont les effets seront encore plus dévastateurs.

Ce que j’attends avec impatience ? Une véritable présence internationale de notre pays et la priorité donnée à l’éducation, pour offrir un espoir à notre jeunesse.  Nous avons besoin de vraies idées, de solutions pratiques et comprises par tous ! Plus de joutes politiques stériles !

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Jean-François Fiorina

« Former les dirigeants de 2030 » : mode d’emploi

A quelques jours de l’élection présidentielle, la jeunesse et l’enseignement supérieur ne se sont pas au centre de la campagne. C’est dommage. Mes convictions dans ces domaines ne sont pas en berne, bien au contraire ! Nous éditons, d’ailleurs, un livre blanc (”Former les dirigeants de 2030″) dont je vous propose de partager la démarche.

Les candidats n’ont-ils plus de vision pour la jeunesse ou de marge de manœuvre vis-à-vis d’elle ? Le travail déjà accompli à l’université, serait-il terminé, abouti – ouf ! sans grève délétère ? Ou est-ce que la jeunesse ne serait plus une cible politiquement intéressante ? Une enquête récente de l’IFOP estime, en effet, à 40% l’abstention possible des 18 à 24 ans. Ce manque d’intérêt que j’ai pu constater dans des discussions avec mes étudiants m’interpelle. Les résultats de l‘Observatoire Passerelle ont également montré ce désintérêt pour cette campagne dès 2011. La réponse à la question : « Aucun des candidats ne représente mes aspirations », a recueilli un pourcentage supérieur à la valeur du 1er des candidats choisis (Hollande).

Ils seront les managers et les politiques de demain. Et devront également payer nos retraites dans les années à venir – enfin, je l’espère ! Ils toucheront notre héritage (au passif conséquent…). Il ne faudrait pas que cette population soit oubliée et qu’elle délaisse le politique faute d’une image positive renvoyée par les dirigeants.

Nous avons donc décidé de participer au débat, en rédigeant ce libre blanc dont les contours expriment ce que seront les jeunes managers de la prochaine génération. A nouveau monde, nouveaux managers. Il ne s’agit pas de tout révolutionner mais de donner un certain nombre d’orientations et d’idées marquées au coin du bon sens, chaque fois, éclairées par le témoignage d’une entreprise.

En tant qu’école au service des entreprises, notre mission est de former des managers « tout terrain », pour tout type d’entreprise, de la multinationale à l’association en passant par la collectivité locale. En sortant bien évidement du cliché qui colle aux business schools comme quoi nous serions les « suppôts du capitalisme » ! Ce sont d’abord nos convictions qui sont exprimées à travers six questions clés. Certaines solutions proposées sont déjà mises en place dans nos établissements.

Ce dossier a été envoyé à tous les prétendants à la fonction présidentielle. Espérons qu’il contribue à la relance de la campagne sur ces thèmes fondamentaux dans cette dernière ligne droite !

Former les dirigeants de 2030, Livre blanc de l'ESC Grenoble aux candidats.
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Jean-François Fiorina

Le management s’apprend aussi dans les associations

La semaine dernière, j’abordais la délicate question de la consommation d’alcool lors de fêtes étudiantes, à l’occasion de l’élection du BDE. Aujourd’hui, je vous propose de suivre ce que nous appelons « le parcours associatif » proposé par l’école. Très recherché par les étudiants, le passage dans une association intégrée dans l’établissement apporte, en effet, de vraies compétences, testées en réel.

Stratégiques. Les associations jouent un rôle très important dans l’école. 23 associations peuplent le couloir associatif dont 10 gèrent un budget de plus de 100 K€ avec un effectif de 160 étudiants inscrits dans un parcours pédagogique spécifique.

Véritable ciment social, elles assurent l’animation de la vie étudiante toute l’année avec quelque 600 manifestations. C’est également devenu un élément attractif pour les établissements. Mais l’engagement est important, tant du côté de l’école qui met à disposition des espaces et deux enseignants permanents – l’un pour la stratégie, l’autre pour les aspects techniques et comptables – que du côté étudiants où d’ambitieux projets voient le jour. Je privilégie les associations à fort potentiel de développement qui fonctionnent dans la durée et dont les projets ont une dimension pédagogique*. Le lien avec l’école et ses associations est permanent. Deux comités de pilotage oeuvrent en ce sens. Le premier se réunit tous les mois et rassemble les personnels de l’école (administration, sécurité, études, etc) et les étudiants. Le second traite des orientations stratégiques et de l’évolution des associations. Annuel ou biannuel, il réunit la direction et quelques associations.

Pédagogiques. Au-delà des ressources qui leur sont proposées, les associations portent obligatoirement un projet pédagogique. Un parcours spécifique de deuxième année leur est dédié. Les étudiants suivent les cours le matin et se consacrent à la gestion de leur projet et de leur association l’après-midi. Un emploi du temps souvent chargé car certains événements comme le challenge Altigliss propose, chaque année, un séjour de ski à des milliers d’étudiants venus de France et de l’étranger. Les associations peuvent également confier des missions aux étudiants de première année qui doivent réaliser un projet. Une bonne façon de tester ou de lancer une nouvelle idée.

Le parcours associatif est maintenant plébiscité par les étudiants. Il est considéré comme un parcours d’élite. Pour valider les compétences acquises, nous avons créé notre propre Certification Management Associatif (avec de la gestion de conflits, par exemple), degré d’implication ultime des étudiants dans le parcours mais toujours basé sur le volontariat. L’implication des associations dans les événements de l’école est également importante. Je citerais l’association Dolce Vita avec le Festival de Géopolitique ou GEM en débat pour le lancement de la Chaire Information et Convergences Numériques. D’autre créent leur propre événement comme Altigliss déjà citée ou Zone Art avec une comédie musicale, entièrement écrite par des étudiants de l’école et jouée dans une salle de Grenoble.

Je regrette de ne pas avoir suffisamment de temps pour suivre toutes les manifestations proposées mais je souhaite ardemment que le tissu associatif de l’école poursuive son développement sur le même rythme avec autant d’enthousiasme !

*en lien avec leur parcours étudiant et valorisé comme tel. Pas d’association admise en matière de politique, de religion, de prosélytisme ou d’orientation sexuelle.

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Jean-François Fiorina

“En matière de design, la plus belle courbe, c’est celle des ventes*”

Christophe Fillâtre, président de Carré Noir (Publicis)Le design est fortement présent à l’ESC Grenoble, par le double diplôme que nous avons lancé avec le Strate Collège et par sa fonction de booster de l’innovation, composante essentielle de notre ADN. J’ai souhaité faire un point sur l’état de l’art en matière de design avec un professionnel reconnu, Christophe Fillâtre, Président de l’agence Carré Noir (Groupe Publicis). Entretien.

*dixit Raymond Loewy (18931986), designer industriel et graphiste français devenu franco-américain.

Jean-François Fiorina : où en est le design en France ?

Le design n’a jamais réussi à conquérir ses lettres de noblesse en France. Pas toujours très bien compris dans le monde du marketing et de la communication, ce sont quelquefois les clients qui en parlent le mieux et qui possèdent une longueur d’avance ! Pour moi, le design intervient très en amont dans la chaîne de valeur. Il pose les fondamentaux de la marque et de l’entreprise. Je considère essentiel de dire « Qui je suis » avant de dire « Ce que ce je fais »… Ce qui compte, c’est l’acte créateur de l’entreprise, du produit. Pourquoi j’existe ?  Comment j’existe ? Avant de communiquer.

Les plus belles campagnes de publicité telles que les conçoivent Publicis ou TBWA, dans lesquelles j’ai longtemps travaillé, ne montrent pas forcément le produit. Ce fut le cas pour le lancement en 1984, de l’ordinateur 128 K d’Apple inspiré du roman d’anticipation « 1984 » d’Orwell. A aucun moment, le produit n’est montré ! Ce sont de belles réalisations ou de beaux packagings. Peut-être, ensuite, parlera-t-on du produit et de l’entreprise ? Le design, c’est d’abord s’intéresser à l’idée d’un homme, à un territoire, à une question incarné par un produit et une marque.

Il y deux manières de considérer le design. « Vite et pas cher », je conçois un logo ou un point de vente à la demande. Ou comme une composante de l’innovation avec pour objectif de régler un vrai problème.

Le design, ce n’est pas de la déco mais du fondamental. Je le conçois comme une compréhension du couple marque-produit. C’est un problème car ce ne sont pas les mêmes organisations qui gèrent les deux. Cela fonctionne en parallèle alors qu’il faut croiser les équipes ! La R&D va travailler avec le design industriel et le marketing avec le design de marque. Les deux doivent se rencontrer.

C’est donc une question mal appréhendée. L’innovation et le design amont du couple marque/produit consiste en une alchimie qui bouscule les organisations. Aujourd’hui, il y a une prise de conscience, ce sont les DG et P-DG qui s’en inquiètent. Je prends l’exemple chez l’un de mes clients, la SNCF. Agence de publicité pour la stratégie et agence de design travaillent maintenant ensemble. L’une est responsable de l’identité, l’autre du message et tout ce monde-là travaille ensemble. Nous sommes entrés dans une logique de marque unique forte. C’est le cas de la SNCF  qui, dans un contexte d’ouverture à la  concurrence, reconstruit une architecture de marques simplifiée et rationnalisée.

JFF : Y a-t-il un eldorado du design, un pays où ça marche mieux ?

Je ne suis pas négatif sur la France. Les choses changent progressivement chez nous. Depuis la naissance du design de marques dans les 70s, la culture anglo-saxonne diffuse lentement car elle est en avance. Certains ont bien compris son importance.

JFF : ce retard est-il du à la culture de l’ingénieur ?

Probablement.

JFF : le design est-elle une compétence que tout manager doit acquérir ?

Oui, le design tel que je le considère. Mais personne ne s’entend sur sa définition ! Il doit être mieux compris. Si vous interrogez 100 personnes, vous aurez 100 réponses différentes. Pour moi, il s’agit de révéler les fondements identitaires d’une marque, d’une entreprise, d’un produit.

JFF : comment voyez le rapprochement écoles de commerce et de design ?

Ce sont de très bonnes initiatives, cela va dans le sens de ce que j’explique.

JFF : nos étudiants se posent souvent la question suivante : sont-ils des managers avec une composante design ou des designers avec une composante managériale ?

Le design est clairement une composante du management. Je rappellerais à vos étudiants cette magnifique phrase de Raymond Loewy, designer industriel et graphiste : « En matière de design, la plus belle courbe, c’est celle des ventes ! ». Le design, c’est une alchimie réussie entre la marque et le produit, en témoignent les succès Nespresso ou Apple.

JFF : est-ce possible de l’enseigner, compte tenu de ses différents aspects ?

Oui, je pense que çà s’enseigne. Si Apple a réussi, c’est par l’innovation et l’organisation, le talent en plus de son designer de génie Jonathan Ive.

JFF : et le développement durable, n’est-ce pas la nouvelle frontière du design ?

Le design joue un rôle majeur sur tout ce que l’on produit aujourd’hui : entre une campagne web ou un packaging de marque sophistiqué, le bilan pour la planète n’a rien à voir. Les directeurs marketing sont face à des exigences réglementaires et sociales urgentes. Nous proposons des solutions viables qui séduisent nos annonceurs avec notre partenaire Bio intelligence service.

JFF : comment recrutez-vous ?

Uniquement à Grenoble ! Je plaisante mais nous avons un client d’envergure à Grenoble, en l’occurence  le groupe Schneider Electric. Ils ont bien compris l’importance de l’innovation et gèrent leurs couples marque/produit parfaitement.

Une agence de design, ce sont des consultants et des créatifs. Les ESC chez les premiers sont nombreux. Ils sont capables de comprendre une problématique complexe, de l’écrire, de la vendre et de la déployer sur tous les canaux.

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Jean-François Fiorina

BDE : comment gérer la fête et… l’alcool ?

Plusieurs événements d’envergure viennent de se terminer avec succès à l’école (Festival de géopolitique, lancement de la chaire Information et Convergences numériques…). Cela me donne l’occasion de recentrer mon discours sur la vie interne de l’établissement. La 3ème semaine de mars voit traditionnellement se terminer l’élection du Bureau des élèves avec son corolaire, la question de des fêtes étudiantes et de l’alcool…

Comme directeur de l’école, je dois assurer le bon déroulement de cette élection, sa régularité et faire passer un certain nombre de messages d’ordres juridique et pédagogique. Ce qui n’est pas toujours simple. La fête ne doit pas empiéter sur les cours. Elle doit également se dérouler dans de bonnes conditions en limitant ses excès. Véritable ciment de la vie sociale de l’école, le BDE est, pour moi, comme pour le reste des étudiants, un interlocuteur important avec lequel de bonnes relations sont essentielles pour favoriser le bon fonctionnement de l’établissement.

Fête = alcool. Cette équation majoritairement partagée par les étudiants pose un certain nombre de problèmes qui s’appliquent à l’ESC comme partout dans les autres écoles et les universités. La période délicate se situe entre 16  et 18 ans, période durant laquelle 2/3 des étudiants déclarent avoir connu l’ivresse à 16 ans d’après l’enquête que nous avons réalisée auprès de nos élèves. Sans entrer dans un registre moralisateur, nous sommes confrontés à des excès de consommation d’alcool et cela nous oblige à réagir. Il faut donc donner un cadre, des règles. La philosophie que je défends est la suivante : d’accord pour s’amuser mais sans mettre sa propre sécurité ou celle du groupe en danger, et par la même, apporter plus de sérénité aux organisateurs des soirées… Comment y parvenir ? En demandant aux organisateurs de soirées, en l’occurrence le BDE, de fournir un dossier de sécurité complet qui répond à nombre de questions précises : qui sont les invités (liste nominative) ? Où se passe la soirée (école, boîte de nuit…) ? Quels sont les numéros de téléphone des organisateurs ? Le dossier fournit également la liste exhaustive de tous les contrats de prestation (fournisseurs de boissons, société de sécurité…), les schémas de sécurité, valide la présence de secouristes et la souscription à quelques règles de base sur la limitation des excès et, bien sûr, l’interdiction des open bars.

Le rationnel ne suffit pas. Même si ce travail de pédagogie et de responsabilité porte ses fruits, il y a cependant des dérives. Beaucoup d’étudiants ont déjà connu des excès en matière de consommation d’alcool avant de venir à l’ESC, et comme la fête est aussi une tradition dans l’établissement, certains dépassent les bornes. Je suis toujours surpris par leur créativité en la matière… Ils connaissent les effets des boissons énergisantes, celles des pré-mix (ou « mélangé à l’avance » avec de l’alcool) et ce ne sont pas forcément les plus fêtards qui terminent dans un triste état. Je vois cependant émerger un nombre de plus en plus important d’étudiants contestant l’équation « Fête=alcool ». Non majoritaires, certes mais de plus en plus présents.

Pour information, la direction paie traditionnellement le petit-déjeuner à l’équipe élue !

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Jean-François Fiorina

Le livre (blanc) que doivent lire tous les candidats !

Fidèle à sa tradition de Laboratoire d’idées, l’ESC Grenoble a décidé d’apporter sa contribution au débat électoral par la rédaction d’un Livre Blanc intitulé « Former les dirigeants de 2030, mode d’emploi en six étapes ». Loin de toute idéologie mais pratique et proche du terrain voici nos solutions de bon sens pour l’Enseignement supérieur. Testé et éprouvé par l’ESC et les entreprises !

Comme je l’ai souvent exprimé dans ce blog, le temps est venu de changer de logiciel, d’innover pour accompagner les bouleversements de notre monde. Comment former les managers de demain ? Comment préparer les nouvelles générations à relever les immenses défis qui les attendent ? Comment faire de nos entreprises les fers de lance de ce changement ? Nous nous sommes posés ces questions avec des chefs d’entreprise qui ont commenté ces propositions (ACCOR, Bouygues Telecom, Caisse des Dépôts, GE Energy, Groupe SEB, IBM, MINATEC). Et voici le résultat en 44 pages et six étapes :

  • Étape 1 – Orientation et suivi des étudiants
  • Étape 2 – Préparation et sélection
  • Étape 3 – Financement et modèle économique des études
  • Étape 4 – Contenus pédagogiques
  • Étape 5 – Compétition internationale et stratégies d’établissements
  • Étape 6 – Compétitivité industrielle

De quoi alimenter le débat en proposant nos solutions, peu coûteuses et déjà intégrées, pour partie, à l’ESC ou dans les entreprises. Candidats de tous bords, nous attendons vos remarques et vos engagements !

Prenons un exemple que nous défendons depuis longtemps à l’ESC, la géopolitique ! Il faut à tout prix élargir les horizons de nos futurs managers. La géopolitique et les enseignements multiculturels doivent être intégrés dans leur socle de connaissances. Qu’ils deviennent des spécialistes de la culture monde tant au niveau de l’actualité que de celle de l’histoire, de l’analyse ou de la prospective. A travers des cours théoriques et des applications concrètes.

Il y aura besoin d’un nouveau type de manager !

Télécharger le Livre Blanc. « Former les dirigeants de 2030, mode d’emploi en six étapes »

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Jean-François Fiorina

Festival de géopolitique : les émergents changent le monde !

Et de quatre ! Notre festival s’installe dans le paysage de la connaissance avec sa quatrième édition (8 au 11 mars 2012) tout comme le festival international de géographie à Saint-Dié-des-Vosges ou celui d’histoire à Blois. Sans tomber dans l’admiration béate du développement spectaculaire des pays émergents*, nous souhaitons en donner une vision positive en tant que gisement de croissance.  Venez en prendre plein les yeux et les neurones !

Un festival ouvert et accessible. L’objectif de cette manifestation est de rester accessible. Chacun, étudiant, professeur, chercheur, chef d’entreprise ou « simple » citoyen doit y trouver son compte, pour apprendre et comprendre qui sont ces fameux « émergents », bien décidés à ne plus être considérés comme les « larbins » des puissances historiques. La formule offre la possibilité de poser des questions, de rencontrer les intervenants de manière informelle. Bref de parfaire sa culture générale du monde moderne, ma définition de la géopolitique. Des étudiants originaires de Chine, du Brésil et de l’Inde viendront témoigner. Celles et ceux qui ne pourront se déplacer, pourront suivre les débats en direct sur Internet.

Quoi de neuf ? Trois innovations cette année :

  • Un concours de simulation de crise avec des étudiants de classes prépa (2 par classe). Vendredi à 9h, les équipes seront confrontées à une crise majeure à l’ONU… Comment la règleront-ils ?
  • En lien avec la « Semaine du développement durable » initiée par l’une des associations étudiantes de l’école, cette thématique essentielle sera débattue à l’occasion du festival.
  • Des émissions de RFI  en direct dont un enregistrement public, vendredi à 18h, de l’émission « Atelier des médias » animée par Ziad Maalouf sur le thème géopolitique et médias.

Et toujours le Festival du film documentaire géopolitique. A noter également le lancement d’un site autour de mes Notes clés de géopolitique.

Pourquoi la géopolitique ? Faut-il le rappeler, notre vocation en tant qu’école de management est de former nos jeunes diplômés à mieux comprendre le monde des émergents par des études de cas (assez rares dans ce domaine), une pédagogie inter culturelle, des échanges. Sur ce dernier point la Chine reste la destination la plus prisée, l’Inde est en baisse, et se maintiennent le Brésil et l’Afrique du Sud. Pour les entreprises françaises à l’étranger, notre mission, dans un contexte de forte baisse des expatriations, est de former à leurs méthodes de management des étudiants étrangers en France qui deviendront leurs futurs cadres ou de délocaliser nos programmes chez eux. Pour les Français, le marché du travail subit de fortes pressions, nos étudiants n’iront plus forcément chez Renault, Schneider ou Areva mais du côté de l’indien Tata, du brésilien Embraer ou du russe Lukoï. Dernier exemple, les entreprises, dépassées par la vague des révolutions arabes, ont besoin de jeunes professionnels au fait de la situation. Elles n’attendent pas de recettes miraculeuses mais une compréhension des enjeux, des notions d’intelligence économique et de gestion des risques.

*La Russie n’est pas intégrée dans le programme de ce Festival du fait des incertitudes importantes qui pèsent sur son avenir politique et économique.

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Jean-François Fiorina

Voyage découverte dans l’élite des Colleges américains

Je reviens d’un intéressant voyage outre-atlantique, organisé par l’AGERA (Alliance des Grandes Ecoles de Rhône-Alpes). Au programme, la découverte de cinq des plus prestigieux Liberal Arts Colleges* (L.A.C). parmi les 252 existants, le top de l’université américaine, niveau bachelor (notre équivalent de la licence mais en quatre ans). Ces formations d’élite sont moins connues que les grandes universités de recherche type M.I.T. Elles portent cependant des projets très originaux. Outre le fait qu’on s’attend à croiser Harry Potter et ses copains dans les couloirs, voici quelques enseignements plus sérieux que j’en retire !

Encadrer pour réussir. J’ai été frappé par le niveau d’encadrement des étudiants (1 professeur pour 8/9 étudiants, une moyenne de 300 professeurs permanents, un effectif volontairement limité d’étudiants – 2400/2800). Tout est fait pour qu’ils réussissent. Il s’agit d’une pédagogie dans la tradition de « l’honnête homme », de l’épanouissement personnel, de la découverte avec une offre de 700 à 900 cours… D’ailleurs, les étudiants sont très motivés, ils peuvent travailler à fond, généralement du dimanche au vendredi soir – le samedi est libre, ces Colleges étant situés dans de petites villes où les distractions sont moins nombreuses… C’est la vision que j’avais quand j’ai découvert les Etats-Unis, il y a quelques dizaines d’années. Un accueil très professionnel, de larges bureaux, de grandes bibliothèques, un style très « nouvelle Angleterre ».

Les budgets de fonctionnement le permettent, bien sûr, grâce à une stratégie mono-produit – le diplôme du College –, couplée à une recherche de financements permanente. A l’heure ou l’on parle de fusions/regroupements dans le monde de l’enseignement supérieur et de permettre à tout le monde d’y arriver, ces structures démontrent qu’il n’y a pas qu’un modèle possible mais plusieurs. A noter que 40% à 50% des étudiants ne paient pas la totalité des frais de scolarité (40 K$ en moyenne) grâce à des aides et des bourses.

A ce titre, la stratégie des L.A.C. me semble pertinente pour la fabrication des élites (pour les établissements au top du classement) et dans l’ascension sociale du plus grand nombre pour les Colleges les moins bien classés. Plus de la moitié des Ph.D aux USA ont suivi un cursus L.A.C. Par contre, le « milieu de gamme » ne garantit peut-être pas un rapport coût/efficacité satisfaisant.

Transdisciplinarité. Cette notion n’est pas le résultat de superpositions comme en France mais d’un processus d’intégration, au sein même de l’institution. Au Smith College, j’ai été marqué par un professeur de biologie dont le cours sur le cancer du sein faisait également l’objet d’une exposition au musée (du College, s’il vous plait !) réalisée par des professeurs d’art sur le thème de la vision du corps humain dans la peinture.

L’étudiant peut choisir un parcours obligatoire ou à la carte. En 2ème année, ils se spécialisent dans une « major » voire une double « major ». Compte tenu de la multiplicité des cours, cela peut se traduire par des cursus très originaux : « sciences et musicologie », « français et bio-science », etc. Leur B.a ou B.s en poche, les étudiants partent travailler un an ou deux avant de reprendre des études en vue d’un Master.

Formation par la recherche et l’action. La majorité des cours adoptent une pédagogie « doing by learning ». Comme j’ai pu l’expliquer dans l’un de mes posts, le doctorat ne serait-il pas le meilleur diplôme ? C’est une voie que semble prendre les L.A.C., avec un travail étroit entre le corps enseignant et les élèves qui peuvent participer aux recherches de leur professeur, se mêler de pédagogie ou servir de tuteur aux nouveaux arrivants. Tout est prétexte aux études et à la découverte comme la vie extra scolaire ou même les vacances ! L’international est géré directement par le College. Pas ou peu de partenariats internationaux ou même américains. Mais des accords avec le M.I.T., par exemple, avec lequel les étudiants des meilleures L.A.C. peuvent suivre gratuitement les cours du prestigieux institut.

J’ai été également surpris de l’importance du français, une langue « majeure » à la fois pour son histoire et sa tradition mais également comme passeport pour travailler dans l’industrie du luxe.

Ce voyage m’a beaucoup apporté, nous qui sommes dans le développement des doubles-diplômes et dans une approche multi disciplinaire, à la différence des L.A.C. Ces établissements bien installés (depuis le milieu du 19ème siècle !) ne sont pas dans une course à l’extension mais plus dans une recherche de financements. Ils auront cependant deux défis à relever, justement, cette question des finances et celle du développement de la Recherche, élément crucial mais qui n’est pas (encore) un élément de compétition.

Un rapport complet de l’ambassade sera bientôt disponible. Je vous informerai de sa parution.

Les Colleges visités :

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Jean-François Fiorina

Le livre noir du management

Isabelle Bourboulon a publié en octobre 2011, Le Livre noir du management (Bayard), une enquête journalistique d’un an réalisée, en France, auprès de salariés, de syndicalistes et de chercheurs, portant sur les dérives des méthodes de management et les réponses à y apporter. « Si la question du travail est aujourd’hui bien prise en compte » selon l’auteure, « les solutions possibles pour améliorer ses conditions et surtout, sa qualité, ne sont pas encore au rendez-vous ».

« Conséquences de la mondialisation, du développement de l’informatique et de la mise en concurrence, la qualité de vie au travail se dégrade, au point de devenir contre productive, de l’aveu même de certains consultants d’entreprise », précise-t-elle. Sans se montrer très optimiste Isabelle Bourboulon propose des pistes pour améliorer les choses et limiter la souffrance au travail.

Comme directeur d’une grande école qui forme les managers de demain, ce sont des sujets très importants pour nous. D’ailleurs, notre école a été retenue, avec Arts et Métiers Paris Tech, comme école pilote pour l’enseignement supérieur en matière de prévention des risques psycho-sociaux, grâce à son Centre de Développement Personnel et Managérial (CDPM),  qui développe une approche novatrice en la matière.

Interview.

Jean-François Fiorina : quelles ont été les réactions des personnes interviewées ?

Hormis les chefs d’entreprise et les DRH que j’ai eu du mal à rencontrer, et que j’ai remplacé par leurs consultants, les salariés, syndicalistes ou chercheurs ont parlé sans problème. J’ai cependant lu la littérature du MEDEF pour comprendre le point de vue patronal. En tout cas, je n’ai pas voulu faire de victimisation. Les gens sont lucides sur leur situation et l’analysent. Ils expliquent pourquoi ça ne va pas. Et pourquoi ils sont perdus face aux injonctions contradictoires, par exemple.

Les chefs d’entreprise reconnaissent-ils le même malaise ?

Ils connaissent la situation mais ne veulent pas forcément aller en profondeur. Ils ont la pression des actionnaires. A France Telecom, le management a fait marche arrière sur certaines mesures comme mobilité professionnelle obligatoire. Le management intermédiaire, lui, est pris entre le marteau et l’enclume. Ils ont des objectifs de plus en plus difficiles à atteindre et quelque fois contradictoires. C’est une réalité. Beaucoup de cadres le vivent mal. Mais ce ne sont pas des tortionnaires !

Est-ce une situation vécue par tous, dans toutes les tranches d’âge, par les hommes et les femmes, dans la grande ou la petite entreprise ?

Oui certainement, que ce soit l’industrie ou les services, les grandes entreprises privées ou publiques. Un inspecteur du travail vient encore de se suicider, et on compte 26 ou 27 suicides à l’ONF. Les méthodes de management se sont généralisées. Les petites PME échappent-elles au phénomène ? Je le crois volontiers. Elles peuvent être protégées par un mode de management plus paternaliste, plus localisé. Mais l’influence des très grosses entreprises est prépondérante. Elles font également travailler un grand nombre de sous-traitants avec les mêmes méthodes.

Quelles solutions selon  vous ?

Il faut remettre la question du travail à l’ordre du jour, remettre l’homme au centre de l’entreprise. Et permettre aux salariés de mieux s’exprimer en leur redonnant du pouvoir. C’est en renouant avec le conflit, en créant des « espaces pour s’empailler », en instillant plus de participation, dans le but de rapprocher les intérêts contradictoires des salariés et des directions que les choses peuvent s’améliorer. Ces lieux existent comme le CHSCT ou les conseils d’administration sinon il faudra les inventer.

La SNCF, avec qui j’ai travaillé, a engagé un important travail sur la qualité de vie au travail (dans ses ateliers, par exemple). Mais il faudrait aller plus loin, aller voir ce qu’est le travail lui-même pour les salariés, les interroger. Ce qui devient compliqué et difficile. Les syndicats s’intéressent de plus en plus à la question du travail lui-même, alors qu’ils étaient bloqués sur la seule défense de l’emploi. Certains veulent aller plus loin à la CGT ou à la CFDT, pour savoir ce qu’est une « bonne » ou une « mauvaise » journée de travail. Comprendre cette réalité n’est pas évident, c’est comme demander à quelqu’un comment il attache ses chaussures le matin !

Par quels moyens changer les choses ?

On pourrait passer par le législateur mais je crois qu’il faut surtout renforcer le dialogue au sein même des entreprises.

Quels conseils donneriez-vous aux directeurs d’école de management ?

Je ne cacherais pas le problème qui est maintenant dans le domaine public. Je parlerais des conséquences  de l’informatisation, de la financiarisation de l’économie pour les expliquer sans rester uniquement au niveau du discours. L’entreprise doit trouver un meilleur équilibre entre ses actionnaires et ses salariés.

Les jeunes semblent conscients de ces problèmes, leurs comportements « contractuels » vis-à-vis des entreprises changent-elle la donne ?

C’est vrai, la « génération  Y » est zappeuse. Elle s’intéresse, plus que la précédente, aux avantages sociaux proposés, à la retraite mais également au projet de l’entreprise et à son éthique.

N’y a-t-il pas un souhait de se transformer en expert pour justement éviter de devenir manager ?

Tout le monde manage aujourd’hui,  y compris dans les services de R&D. Cette culture managériale se diffuse beaucoup. Les ingénieurs managent par projets et derrière, ce sont des équipes, des hommes. Il n’y a plus d’échappatoire.

Dans quelles entreprises visitées avez-vous trouvé de bonnes pratiques ? N’y a-t-il pas pour chaque entreprise, sa solution ?

Dans la deuxième partie du livre, j’aborde des pistes, des solutions. Le monde des SCOP (sociétés coopératives) et de l’économie sociale et solidaire (10% de l’emploi salarié) – même si ce n‘est pas représentatif de l’ensemble – montre des salariés plus épanouis et plus heureux qui vivent une relation plus égalitaire. Les salariés de la SCOP A-cappella (Amiens) prouvent que même dans un secteur réputé difficile, le télémarketing, les relations dans l’entreprise peuvent fonctionner, dans le respect mutuel. Il n’y a pas de flicage, l’économie de l’entreprise se porte bien. II y a un cercle vertueux résultats/productivité. Cela prouve aussi qu’il n’y a pas de solution globale.

Le sociétaire,  actionnaire du 21ème en quelle que sorte !

Oui, c’est une des voies à explorer.

Envisagez-vous une suite à ce livre ?

Non pas pour l’instant.  Je souhaite poursuivre sur cette question du travail, qui est centrale dans nos vies. C’est un lieu de socialisation extraordinaire. Le travail, c’est une vie, certains s’y marient. J’ai été très frappée à la lecture du bouquin de Florence Aubenas « Le quai de Ouistreham » de l’importance du travail pour ces femmes de ménage qui gagnent « 3 francs 6 sous » et pourraient même rester chez elles. Mais le travail, c’est essentiel comme facteur de socialisation. Elles vont rencontrer des copines, parler des gamins, partager leurs difficultés, etc.

Effectivement nous sommes en grande réflexion sur les méthodes de management. Les forces extérieures qui s’exercent sur l’entreprise imposent souvent leur tempo.

Oui, je voudrais vous citer une toute récente dépêche AFP, basée sur une étude du grand syndicat IG Metal en collaboration avec le gouvernement allemand. Plus d’un 1/3 des départs en retraite prématurés serait dû, en Allemagne, à des troubles psychiques et les arrêts de travail pour surmenage ont bondi de 80% en 10 ans. Le coût est estimé à 27 milliards d’euros par an entrainant un manque à gagner de 9 milliards pour les entreprises. C’est peut-être, ici, que perce un certain optimisme, à partir du moment où le modèle devient contre productif.

Il y a aussi des avancées comme chez Volkswagen Allemagne.  Les mails pro après 18h15 pour 1000 cadres du groupe ont été interdits ! Ou, en France, chez PSA qui ne convoque plus de réunion après 17h dans l’entreprise, ce qui pénalisait notamment les femmes. Des choses se font.

Dans les filiales de groupes étrangers, est-ce le même sentiment ?

J’ai visité IBM France à Montpellier, un des derniers centres de production puisque l’entreprise a récemment muté vers les services. Les plus anciens salariés ont vu le style des « vrais » patrons disparaître. Aujourd’hui, les entreprises sont pilotées depuis les Etats-Unis. Ce sont plus des directeurs de sites qui répondent aux exigences des actionnaires ou des CEO. En matière de RH tout s’est mondialisé y compris les paies qui sont faites aux Philippines. L’univers de travail a complètement éclaté.

Merci pour cette interview !

Je termine en rappelant qu’en tant qu’école de management, notre responsabilité est de dire la vérité, personne ne va y échapper. Devenir manager, c’est l’essence même de notre formation et chacun doit s’y préparer pour passer de l’autre côté de la barrière. Dans ce domaine comme dans bien d’autres, il faut « changer de logiciel ». Nous avons décidé à l’ESC Grenoble via le CDPM, Centre dédié au Développement Personnel de nos étudiants d’innover et de préparer au mieux les futurs managers, en interrogeant la valeur travail, en leur demandant ce qui leur plait vraiment.

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Jean-François Fiorina

Itinéraire création avec Wizbii

Benjamin Decousso (à droite) en compagnie de Jean-François Fiorina, directeur de l'ESC Grenoble. DR

Benjamin Ducousso (à droite) en compagnie de Jean-François Fiorina.

Benjamin Ducousso, Emeric Wasson et Romain Gentil ont lancé, en septembre 2011, www.wizbii.com, le 1er réseau social professionnel dédié aux étudiants et jeunes diplômés. Sur Wizbii, on ne trouve pas seulement des profils de jeunes qui cherchent un stage, ou un 1er emploi, mais des entreprises qui les scrutent pour les embaucher. On peut aussi y croiser d’autres étudiants qui profitent de cet espace de rencontre pour se lancer dans une aventure entrepreneuriale. Sur Wizbii, c’est bien de carrière que l’on parle. En quelques mois, le site compte plus de 23.000 étudiants et jeunes diplômés inscrits, 400 entreprises qui y recrutent leurs talents  et 289 projets nés de la rencontre de ces étudiants. Et si c’était une des solutions de sortie de crise ? Une belle start-up qui montre que créer sur le web en région, c’est possible, « C’est même mieux ! » selon Benjamin. Interview de ce jeune entrepreneur conquérant et attachant.

 

Jean-François Fiorina : Peut-on créer une entreprise sans faire d’école de management ?

Je poserais plutôt la question : « Qu’est-ce que l’ESC Grenoble m’a apporté pour entreprendre ? » L’entrepreneuriat, ce sont des valeurs, du courage et un état d’esprit. Donc en pratique, il n’est pas obligatoire de passer par une école. Cependant, j’ai compris une chose essentielle en passant par l’école : quand on n’a pas la compétence, il faut  savoir s’entourer, créer une équipe. A GEM, j’ai rencontré mes associés et beaucoup d’amis. Ces années m’ont apporté une grande ouverture d’esprit et l’accès à des réseaux très précieux comme le CEA, Minatec, Isère Entreprendre… Le fait d’être l’une des onze entreprises incubées par GEM nous apporte, d’emblée, une reconnaissance forte dans l’écosystème local, à tous les niveaux.

Quelles ont-été les grandes étapes de votre parcours ? Vous avez toujours eu l’envie d’entreprendre ?

J’ai eu un parcours un peu atypique mais oui j’ai toujours eu cette passion d’entreprendre. A 18 ans, à la suite d’un accident de voiture, j’ai choisi de travailler dans un restaurant et de continuer mes études en correspondance. J’avais envie de faire des choses, de découvrir de nouveaux horizons, et c’est là que mon envie me disait d’aller. J’ai manqué le bac ! ….de peu, mais j’ai quand même eu la chance de pouvoir intégrer un BTS en alternance chez Norauto au tout début de l’apparition du marché des GPS. Là, j’ai fait des rencontres exceptionnelles, avec des gens qui m’ont fait confiance et m’ont donné ma chance sans être bachelier, comme mon ancien directeur de site. Petit à petit, j’ai fait mon chemin, et avec un BTS en poche que j’ai pu obtenir grâce à de très bonnes notes, j’ai intégré le parcours Bachelor de l’ESC Pau où j’ai obtenu les félicitations du jury. C’est ensuite que je me suis présenté à l’entrée de l’EM Grenoble via le concours Passerelle, et que j’ai pu intégrer avec un oral à 19,5/20.

Pourquoi Grenoble ?

Pour la technologie ! GEM, c’était l’école où je pouvais apprendre en évoluant dans un environnement qui me correspondait le mieux, du high tech, du numérique, de l’innovation un peu partout autour de moi. C’était là que je pouvais compter sur un écosystème efficace pour développer mes projets. Je voulais intégrer l’école et ressortir en portant un projet dans les nouvelles technologies. C’est chose faite.

On parle souvent de la complexité et de la multitude des aides à la création d’entreprise, est-ce aux institutionnels de mieux se faire connaître ou aux écoles de former ? Comment avez-vous vécu cette période ?

Au départ, j’étais perdu. Par où commencer ? Les écoles et les institutionnels doivent s’impliquer plus. Il faudrait que les écoles, par exemple, forment à la technique de création comme on peut le trouver ici au Mastère Spécialisé Entrepreneurs de GEM. Pour apprendre quels sont les trucs et les astuces de la création, « le qui fait quoi ? ». En revanche, dès que j’ai affirmé mon projet, l’école m’a aidé très efficacement et m’a ouvert toutes les portes. J’ai, par exemple, bénéficié de locaux gratuits.

Quelle a été l’attitude des autres étudiants de l’école ?

Bonne. Nous avons été perçus très positivement comme porteurs des valeurs de courage, d’envie et de persévérance. Peu de connotation négative. Plus l’entreprise grandit, plus on a de retours. J’ai des demandes de stages et d’emplois de la part des diplômés.

Avez-vous eu le même accueil dans les autres écoles ?

Oui, je dois dire que les écoles sont réceptives au discours entrepreneurial en ce moment. Il se crée des incubateurs, des filières, le gouvernement a lancé le Pôle Entrepreneuriat Etudiants auquel nous sommes associés. C’est une source d’emplois importante. En revanche, on manque de masters typés web. Notre génération est complètement là dedans. La plupart des créateurs de notre génération pense web, parce que le web va vite, il ne nécessite pas beaucoup de capitaux au démarrage et se développe en réseau. Nous sommes très à l’aise dans ce genre de relationnel.

Tout le monde est un entrepreneur qui s’ignore ? Une ESC doit-elle tout miser à 100 % sur l’entrepreneuriat ?

Dire que les choses sont faciles, c’est non. ll faut aimer vivre dans un environnement stressant et instable pour être entrepreneur. Garder un peu de folie et beaucoup de passion ! Certains ne s’épanouissent pas dans un tel contexte, et il faut les comprendre, ils ne sont peut-être pas fait pour être entrepreneurs. Il faut le savoir. Mais c’est vrai qu’il y a des entrepreneurs qui s’ignorent. Par exemple sur Wizbii, la partie job/stage est apparue après la partie projets. Le résultat, c’est que beaucoup de jeunes qui arrivent pour trouver un stage sur le réseau finissent par créer un projet de start-up avec un étudiant qu’ils ont rencontré ! Cette confrontation suscite des envies et révèle des projets de création. C’est une des surprises du site.

Ce qui voudrait dire que beaucoup de jeunes seraient partants pour se lancer dans l’aventure ? Comment mieux les identifier et les accompagner dans les écoles ?

C’est vrai, dans l’une des études de marché que nous avions réalisée avant la création de Wizbii, nous nous sommes aperçu que seuls 0,6 % des jeunes créaient effectivement leur entreprise alors que 60 % déclaraient le souhaiter. C’est une piste de réflexion à creuser.

Je pense que l’oral du concours est essentiel. C’est le bon endroit pour repérer les entrepreneurs. La passion se sent dans leur attitude, leur discours, leurs gestes. Ce sont des candidats qui vivent, qui vont aller jusqu’au bout de leur idée. Ils ont en commun cette manière d’être.

Il est important de les cibler le plus tôt possible. Même avant leur entrée à l’école. Après, si je prends l’exemple de Grenoble avec le bureau des talents et les parcours sur mesure, on est guidé et coaché.

On est entrepreneur en tout ou est-ce l’idée qui fait l’entrepreneur ?

Je crois que c’est l’état d’esprit qui fait l’entrepreneur. Si je prends mon cas personnel, j’adorerais créer dans plein de domaines différents. C’est ma manière d’être !

Des conseils pour démarrer ?

Je ne veux pas paraphraser feu Steve Jobs mais je crois qu’il faut rester un peu fou. Tout en restant persévérant, mesurer les risques et voir toujours plus loin. Un entrepreneur traverse en permanence des périodes euphoriques et difficiles. C’est le job ! Mais il faut le supporter. Pour moi, l’essentiel, c’est l’équipe, mes associés et amis !

Autre point. Restez en région ! Je crois que la meilleure décision que j’ai prise a été de rester à Grenoble ! Il y a plein de choses à faire et beaucoup d’aides. En Rhône-Alpes, il y a de l’argent mobilisable sur des projets. C’est une région riche. S’installer à Paris comme beaucoup le souhaitent, c’est se retrouver dans une masse anonyme de créateurs et de start-ups. En région, vous conservez votre identité et vous bénéficiez de soutien.

Votre idole ? Steve Jobs ou Mark Zuckerberg ?

Non, Léonard de Vinci.

Merci à Benjamin, nous lui souhaitons de poursuivre avec succès cette belle aventure Wizbii qui ne sera pas la dernière a priori !

L’entreprise qui a bénéficié d’une première levée de fonds de 318 K€ (Banque Populaire, Crédit Agricole Sud Rhône-Alpes, Grenoble Angels) vise 1,5 million d’euros de chiffre d’affaires en 2013, date à laquelle, une implantation en Grande-Bretagne est envisagée.

Dans les prochaines semaines, nous aborderons, dans ce blog, la question de la marque employeur.

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Jean-François Fiorina

Les écoles veulent garder leur AAA !

Actualité chargée ces derniers jours, quelque peu anxiogène d’ailleurs, mais nous souhaitons rester en mouvement, positifs. En clair, les écoles souhaitent garder leur triple A ! Quelques réflexions sur l’actu par un directeur d’école…

Notre actu. Chaque semestre, la vie de l’école se renouvelle avec de nouvelles exigences et de nouveaux défis. Pas possible de s’accrocher à de vieilles lunes ! Les inscriptions au concours prépa sont closes, Passerelle et Passerelle-world (recrutement international) suivront dans quelques jours, idem pour les accès spécifiques « diversité » et « handicap » qui s’inscrivent maintenant naturellement dans nos processus de recrutement. Les 1ère années travaillent sur leur projet, les 2ème démarrent leur spécialisation et les 3ème abordent la dernière ligne droite, une période de synthèse et de préparation de leur année à l’extérieur (international, stages, etc).

Et celle des autres… Tiens, Sciences Po Paris supprime de son concours d’entrée l’épreuve mythique de culture générale… Une décision qui soulève beaucoup d’interrogations. Sans faire de dogmatisme, quid du de devenir de la sélectivité du concours sous couvert de lutte contre la discrimination ? Il ne faudrait pas  jeter le bébé avec l’eau du bain !

Guéant 2, le retour. La circulaire modifiée fait toujours parler d’elle à l’étranger. Le texte modifié le le 3 janvier 2012 limite la mesure aux diplômés qui deviennent salariés. Beau gâchis cependant !

APB (Admission Post Bac). Top départ le 20 janvier. Ce guichet unique est une très bonne nouvelle pour les lycéens qui disposent désormais d’un système plus lisible, plus efficace. En contrepartie, il demandera plus de rigueur et de motivation dans les choix effectués. Certaines écoles niveau bac sont déjà inscrites dans la base. Nous y réfléchissons pour élargir le recrutement de nos candidats.

Pour conclure, notre ambition à Grenoble est de maintenir notre AAA comme Ambition, Action, Alliance, quel que soit le contexte !

Pour finir, je vous invite à donner votre avis sur la question suivante :
Quel pays aura le plus d’impact sur l’économie Française au cours des 10 prochaines années ?

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Jean-François Fiorina

L’entrepreneuriat, nouvelle frontière anti crise ?

Où faut-il chercher les explications de ce regain d’intérêt pour l’entrepreneuriat ? Est-ce une solution pour limiter les tensions actuelles sur le marché de l’emploi ? Ou les conséquences de la montée en puissance de la génération Y ? Il y a sûrement des deux. Dans mon établissement, où l’esprit d’entreprise fait partie de notre ADN, nous observons un socle stable de 10% à 15% d’entrepreneurs « nés » et un potentiel considérable d’étudiants qu’un accompagnement pourrait aider à passer le cap psychologique. Comment s’y prendre ?
Comme directeur d’école, j’ai la responsabilité de garantir deux choses : permettre à tous ceux qui le souhaitent de se lancer ou de se tester sans jouer avec leur scolarité et l’accès au diplôme. Il y a donc une méthode à appliquer :


1/ Conseil et discussions : la première étape concerne l’individu et non le projet. Quelque soit son niveau d’avancement, nous encourageons la démarche en explorant les réelles motivations des entrepreneurs. Sont-ils prêts à vivre un parcours plus risqué ? A se remettre en cause ?  A se relever en cas d’échec ? A vivre sans les mêmes garanties de revenus qu’un salarié dans une grande entreprise ? Tout le monde n’est pas entrepreneur…  Pour moi, l’entrepreneuriat ne se limite pas à la création d’entreprise, il y a aussi la reprise et l’ « intrapreneuriat ». Chacun doit aller au bout de ses rêves qu’ils aboutissent ou non. Au moins, ils ne seront pas  déçus.

2/ Accompagnement en souplesse : une fois la phase « motivation » validée, la variété des projets, des secteurs, des individus impose un accompagnement personnalisé. Pas de modèles formatés ! C’est la meilleure garantie de succès même si beaucoup s’engagent dans le secteur du web 2.0 et des nouvelles technologies. Nous aidons le porteur de projet à se fixer un objectif mais les chemins pour l’atteindre sont tous spécifiques. Certains étudiants n’ont d’ailleurs pas besoin de nous ! D’autres demandent ce suivi. Toutes les ressources sont alors proposées, dans la durée ou ponctuellement : conseil stratégique, aide sociale, coaching, etc. Le parcours pédagogique peut être également adapté. Le timing de l’école et de la création ne sont pas corrélés. Dire que le 15 septembre de l’année vous serez entrepreneur n’a pas de sens !

3/ Montée en puissance : après le lancement, et pour des structures en mode de croissance rapide, d’autres ressources sont mobilisables comme des cours spécialisés, l’incubation ou l’appui de business angels. A Grenoble, nous avons monté notre propre structure, GEM Angels, pilotée par des diplômés de l’école par des diplômés de GEM et des étudiants de notre mastère spécialisé Entrepreneurs, une première en France. Par ailleurs, 17 entreprises bénéficient d’une incubation maison.
Vous l’aurez compris je suis un fervent promoteur de l’entrepreneuriat. Je souhaite encore améliorer cette dynamique en identifiant, par exemple, les profils entrepreneurs dès l’oral du concours. Par contre, l’effervescence autour de ce thème me donne l’occasion de critiquer l’inflation du nombre d’acteurs et de programmes. Tout cela devient contre productif et je réaffirme fortement le fait que l’entrepreneuriat et la poursuite des études sont indissociables pour garantir le succès de nos jeunes. Je poursuivrai, d’ailleurs, sur cette question en interviewant sur mon blog quelques ex-étudiants entrepreneurs de Grenoble Ecole de Management.

A lire : une étude intéressante sur l’entrepreneuriat du cabinet MacKinsey&Company (novembre 2010, éditée à l’occasion du G20).

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Jean-François Fiorina

2012 : incertitudes et audace !

La trêve des fêtes terminée, j’espère vous retrouver les batteries rechargées pour relever, avec audace, les défis de l’année qui s’ouvre. Sans tomber dans de futiles prédictions, très en mode, 2012 démarre dans l’incertitude économique, politique et géopolitique.

La campagne présidentielle peine à démarrer sur le terrain des idées. Les politiques des deux bords occultent les enjeux essentiels en limitant le débat aux questions de personnes et aux mesures de court-terme. Mesdames et messieurs les candidats nous attendons vos programmes ! Sur le plan économique, l’incertitude prime également. Y aura-t-il rebond de croissance en 2012 ou poursuite de la dégradation ? Les entreprises craignent pour leur carnet de commandes, les plus petites pour leur capacité de financement auprès des banques, et les tensions sur l’emploi se font de plus en plus fortes. Au plan international, mêmes doutes, l’Europe se cherche un nouveau souffle. Les émergents imposent leur dynamique économique sans lui donner une forte traduction politique. J’ai longuement abordé ces questions dans ce blog, je me recentrerai donc sur la thématique « éducation et enseignement supérieur ». D’ailleurs, les programmes présidentiels incluront-ils ce volet comme une priorité nationale ? Je l’espère, en tout cas, selon le dernier baromètre Passerelle en date d’octobre 2011, les résultats* témoignent d’une attente.

Des chiffres qui parlent. Les lycéens et étudiants sondés estiment, à 60%, que le thème de l’enseignement supérieur est important dans le débat présidentiel. Quant aux 800 DRH enquêtés, ils s’estiment à 63% favorables à la fusion des grandes écoles et des universités, 46% d’entre eux en ferait même une question pour la présidentielle. Un pourcentage qui grimpe, chez les étudiants, à 65% et 54%. Il y a donc bien matière à débattre !

Ouverture. Je reviens sur le « couac » de la circulaire Guéant qui vient, d’ailleurs, d’être modifiée dans un sens moins restrictif. Elle laissera des traces. Des étudiants étrangers m’ont récemment interpellé en demandant ce que la France ferait en cas de mesures de rétorsion à l’encontre de ses propres étudiants… C’est d’autant plus paradoxal qu’au même moment le Québec débarque en France (etudierauquebec.fr) pour recruter des étudiants français et qu’un article du Monde (5/1/2012) parle d’une situation inverse aux Pays-Bas !

Je rapproche cette information de la question de la désindustrialisation de la France dont les chiffres ont été présentés dans les colonnes des Echos, la semaine dernière. Comment s’ouvrir au monde en fermant les portes de nos entreprises déjà mondialisées ? N’est-ce pas le meilleur moyen de freiner leur implantation à l’étranger en ne recrutant pas ceux qui en seront les têtes de pont internationales ? J’espère que ces éléments de réflexion globale seront intégrés dans le débat électoral. Le limiter aux traditionnelles questions – certes importantes – de financements, d’accès et de sélection, serait une erreur.

Et l’une des clés de 2012 ne serait-elle pas l’entrepreneuriat ? De nombreux indicateurs me laissent penser que ce sera le cas comme ce « Guide du Routard de la Création d’Entreprise 2011 » réédité avec succès, par la maison d’édition spécialisée dans le secteur que vous connaissez bien. Espérons que les voyageurs arrivent à bon port ! Nous en reparlerons prochainement.

*Sondage réalisé par l’IFOP entre le 11 et le 18 octobre 2011 auprès d’échantillons représentatifs composés de :
– 200 DRH, responsables des ressources humaines ou du recrutement, travaillant dans un échantillon d’entreprises représentatif des entreprises de 50 salariés et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (taille et secteur d’activité) après stratification par région.
– 800 personnes représentatives de la population lycéenne et étudiante. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille, niveau d’études) après stratification par académie.