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Jean-François Fiorina

Diversité : ce que veulent vraiment les entreprises

La  4ème édition de l’Observatoire Passerelle*, enquête réalisée par l’IFOP auprès des DRH sur la question de la diversité, montre une réelle volonté d’aller de l’avant. Quels en sont les principaux enseignements ? A quelles conditions les entreprises s’engageront ? Comment les jeunes doivent se préparer ? Tour d’horizon.



Confiance dans les écoles.
La diversité des profils proposés par les ESC jouit d’une belle reconnaissance de la part des recruteurs. Ils nous font confiance et cela renforce nos constatations sur le terrain : à chaque filière correspond un parcours étudiant, les écoles choisissent, ensuite, dans ces viviers de talents les profils qui les intéressent.

L’expérience professionnelle prime. Un seul credo pour les entreprises : recruter des jeunes immédiatement opérationnels dont le parcours est construit et cohérent, surtout en dernière année d’études. L’expérience professionnelle prime et le poids des stages devient prépondérant. A tel point qu’il se révèle un sésame, élément distinctif pour l’entrée dans les écoles et dans l’enseignement supérieur. L’école doit donc exploiter au mieux le stage, de la mise en relation entreprise-étudiant au suivi, en passant par l’interprétation qu’en fera le stagiaire. Le rapport de stage devient caduc. L’essentiel pour l’entreprise est d’identifier les compétences et les capacités que les étudiants auront développées à « l’entraînement » comme les sportifs de haut niveau avant une compétition cruciale. (voir mon précédent billet sur Management et sportifs de haut niveau).

Etudiants : de la cohérence ! Autre paramètre essentiel : être conscient que l’entreprise considère le cursus de l’étudiant à l’école comme un processus long dont la cohérence doit se construire au fil du temps. En clair : il vaut mieux se tromper et expérimenter à l’école qu’en entreprise ! Dans les ESC, l’année de césure en 2e ou 3e année constitue l’ultime possibilité d’ajustement. La dernière année se déroule, alors, en totale cohérence avec le projet professionnel. Et sous le regard bienveillant de l’école qui doit aider l’élève à réfléchir à sa stratégie et le guider, y compris en matière de stage. L’ensemble doit concourir à un parcours d’ensemble logique, c’est le critère que ciblera, d’emblée, un recruteur.

Développement personnel. Comme le sportif de haut niveau, l’avantage concurrentiel se fonde aussi sur le développement personnel. Se présenter, par exemple, comme journaliste économique, c’est avoir les compétences qui le prouvent, aimer ce métier, montrer des réalisations concrètes, être prêt dans sa tête tout simplement. La formation initiale reste un facteur distinctif mais n’apporte pas de preuve opérationnelle !

Diversité : de la parole aux actes. Si les entreprises souhaitent miser sur la diversité, cela prouve que les choix fondamentaux des dispositifs Passerelle sont pertinents. Il reste aujourd’hui à expérimenter pour réussir à ancrer la diversité dans toutes ses composantes (sociale, ethnique, handicap…) aussi bien dans les salles de classe que dans les entreprises.

Rendez-vous en 2011 pour les prochains résultats de l’Observatoire !

*Le concours Passerelle permet aux bac + 2 ou bac +3 et plus de postuler dans seize écoles de commerce en France via un concours spécifique. L’entrée se fait en 1ère année d’ESC (Passerelle 1) ou en 2ème année (Passerelle 2) selon le niveau académique des candidats.
www.passerelle-esc.com

Quelques chiffres-clés issus de l’Observatoire 2010  (étude commandée auprès des entreprises pour les 16 écoles de commerce participantes membres de Passerelle). 86 % des recruteurs de jeunes diplômés pensent la diversité comme  un atout pour l’entreprise. 79% déclarent avoir mis en place un dispositif. Les entreprises se mobilisent le plus largement pour les handicapés (68%) – la loi les y oblige de plus en plus strictement-, viennent ensuite les personnes défavorisées (31%) et les minorités visibles (26%).

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Jean-François Fiorina

Sport de haut niveau = terrain de management hors pair.

Les J.O. de Vancouver ont encore montré l’importance de la préparation physique et psychologique des athlètes. Etre prêt le jour J représente une somme de travail extraordinaire mais le résultat tient à peu de choses… Finalement, préparer un sportif de haut niveau ou un étudiant d’école de management au monde de demain pose des questions similaires : nous le savons bien à Grenoble… car nous faisons le deux * !  Comment gérer des hauts potentiels ? Comment repérer les individus capables de supporter la pression ? Comment les former et les accompagner pour leur permettre de réaliser leur rêve ou de vivre un échec sans se détruire ?

Le jour J. Contrairement à une Coupe du Monde qui se joue sur une année, les J.O. représentent une pression considérable par le simple fait que l’athlète se prépare 4 ans pour être au top sur quelques jours… Un manager vit le même stress. Comment se préparer au lancement d’un produit ou d’une technologie phare pour être au sommet de sa forme au moment crucial ? L’expérience montre – et particulièrement pour les Français lors de ces J.O. –  que la frontière entre l’exploit et l’échec est ténue. Bien sûr que la préparation compte. Tout est fait pour atteindre l’objectif mais quand la pression et le doute s’installent, la machine s’enraye.

La force de l’individu, c’est l’équipe. Et inversement.
Le biathlon français nous a donné de belles leçons de cohésion. Quand le vétéran de biathlon Vincent Desfrane s’exclame « qu’est-ce qu’il nous a fait ! » à propos de son jeune co-équipier Vincent Jay, médaillé d’or au 12,5 km, c’est le sentiment d’admiration et d’appartenance à un groupe hors-norme qui parle. Mais cela ne suffit pas. Bien d’autres facteurs individuels emportent la décision et l’admiration du public : l’intelligence de course d’un Jason Lamy-Chapuis, le détachement d’une Marie Dorin qui joue sa carte sans trop réfléchir, le mental du patineur qui se relève et se concentre malgré la chute, l’opportunisme d’une Marion Josserand, l’outsider en snowboard qui profite de la chute de sa compatriote émérite pour ramener le bronze à la maison.

« Le diable est dans le détail ». Pour ma part, j’ai découvert les impacts extraordinaires des choix de matériels, de technologies… Là encore, le parallèle avec le management est frappant. Chaque détail compte, chaque membre de l’équipe ou de l’entreprise apporte sa science pour la réussite… Sur une mauvaise appréciation de la qualité de la neige et de la météo, le choix du fart des Norvégiens les a mis à la peine au début des Jeux tandis que les Français bénéficiaient d’une glisse extraordinaire ! A ce niveau de compétition comme sur le terrain économique, la partie se gagne aussi dans les détails. Le sport ? Un excellent marché et de belles perspectives de recherche pour le management !

A l’heure où se terminent les J.O., les gamins devant leur téléviseur ont rêvé aux exploits de ces femmes et de ces hommes d’exception. Demain, ils deviendront, peut-être, les futurs médaillés des J.O. d’Annecy ! Je n’oublierai pas, cependant, la difficile reconversion de certains athlètes qui nous ont tant apporté et dont l’expérience unique n’est pas toujours été valorisée par la nation.

* Grenoble Ecole de Management a créé en 2007  l’Institut Sport & Management qui, entre autres, accueille chaque année une promotion de sportifs de haut niveau.

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Jean-François Fiorina

Jeux olympiques, jeux d’émotion !

Même s’ils n’ont plus la même saveur d’antan, les J.O. véhiculent encore une ambiance, des émotions et des souvenirs intenses. Débutés par un drame terrible – la mort d’un athlète-, ils offrent, ensuite, à la France une entrée en matière historique… N’est-ce pas le théâtre du monde ?

Devenus de véritables machines de guerre politico-médiatiques, les olympiades s’arrachent, d’abord, dans des compétitions inter et intra états dont les rebondissements sont quelquefois plus médiatisés que les exploits des sportifs !  Nous avons vécu à Grenoble, il y a peu, cette fièvre et cette compétition effrénée pour tenter de revivre, quelque quarante après, ce qui donna à notre ville une notoriété planétaire qu’aucune campagne de communication n’aurait pu provoquer ! Sans parler de l’élan économique associé.

Des enjeux colossaux. Derrière les aspects sportifs, la géopolitique et l’économie pèsent de plus en plus lourdement sur les décisions du C.I.O. Qui peut, aujourd’hui, sortir de sa poche le ticket d’entrée aux Jeux ? Soit le milliard de dollars de dépenses pour des Jeux d’hiver et bien plus pour une édition estivale  Les villes et les états en mesure de le faire se situent immanquablement parmi les plus riches de la planète. Et encore. Certaines villes s’en souviennent douloureusement… Montréal et Atlanta avec leurs déficits abyssaux, Barcelone également, mais quel booster extraordinaire pour cette ville, Turin et la difficile reconversion de ses infrastructures… Les ambitions semblent se calmer. On vise maintenant plutôt des soft J.O. sans gigantisme et d’un impact environnemental limité comme à Vancouver, même si la noria de camions de neige organisée d’urgence pour palier le manque d’or blanc a quelque peu fragiliser ce bel élan…

D’autres paramètres viennent ternir l’image de l’olympisme. Le dopage, où l’on craint l’arrivée insidieuse d’une nouvelle génération d’EPO indétectable. La manipulation patente des juges dans certaines disciplines comme le patinage artistique qui font que certaines « fautes » d’arbitrage garantissent à certaines nations une aura usurpée.

Un moment magique. Tout n’est pas rose au pays des Jeux mais la magie de l’événement perdure et la glorieuse incertitude du sport nous tient toujours en halène. Qui aurait prévu que la France décroche deux médailles d’or en 24h dans les premiers jours de la compétition à Vancouver ? Du jamais vu depuis 1924, date des premiers jeux d’hiver ! Et dans des disciplines peu connues du grand public comme le biathlon et le combiné nordique. Un coup de projecteur inédit sur des hommes et des femmes d’exception et l’opportunité de découvrir de nouvelles disciplines qui le méritent !

Pourvu que les Jeux se terminent pour la France comme ils ont commencé !

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Jean-François Fiorina

L’entrepreneuriat, un état d’esprit

Alors que notre école vient d’être saluée par l’hebdo le Point d’hier comme 3ème meilleure école en France en entrepreneuriat, quelques réflexions sur cet état d’esprit si particulier…

Créer sa propre entreprise n’est pas la seule forme concrète que peut prendre l’entrepreneuriat. Il recouvre de multiples réalités, du créateur d’entreprise au chef de service d’une collectivité locale, même si les objectifs divergent, c’est l’esprit d’entreprise qui prévaut. Comment se décline l’entrepreneuriat ? Comment l’accompagner ? Pourquoi n’est-il pas plus fort dans notre pays ? Quelques questions à débattre…

Une typologie variée
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Deux catégories d’entrepreneurs sont bien identifiées, le créateur d’entreprise qui démarre ex nihilo et développe son business autour de son idée et le repreneur d’entreprise qui accède à ce statut à la suite d’une transmission ou d’un redressement d’entreprise. Moins connue mais peut-être la plus nombreuse, la catégorie des « intrapreneurs » rassemble salariés chefs de service ou managers, ils doivent gérer leur activité comme des entrepreneurs. Les entreprises utilisent ces « intraentrepreneurs » pour externaliser en douceur certaines fonctions qui ne sont pas dans leur cœur de métier. D’autres comme General Electric forment un conglomérat d’une multitude d’entreprises et d’activités autonomes. Certaines font du split off pour développer leurs activités sur les marchés locaux, par exemple. Enfin, les effets de la mondialisation entraînent la délocalisation des achats, des ventes ou des approvisionnements et peuvent être pris en charge par ces intrapreneurs.
Dans les secteurs non marchands tels que l’économie sociale, les collectivités locales et même l’Etat, le parler chiffres, la logique de projets et d’efficacité ne sont plus tabous. Le manager « public » a donc aussi fait son apparition. Des textes importants règlementent maintenant l’obtention de crédits ou de subventions au sein même de la fonction publique. La Révision générale des politiques publiques (RGPP) fixe des objectifs de réduction de coût et d’efficacité !

Former à l’entrepreneuriat.

Pas de recette absolue. C’est une question d’envie, de moyens et d’intuition. Pour les entrepreneurs nés, l’école est là pour les aider à aller jusqu’au bout de leurs rêves. Chaque année, entre cinq et dix entreprises sont créées par cette catégorie d’étudiants. Pour les autres, les écoles de management doivent fournir les outils et les techniques appropriés qui leur seront utiles ou non au cours de leur carrière. Le déclic peut avoir lieu à la sortie de l’école comme dans dix ans ! Il s’agit d’un « kit prêt à l’emploi » en quelque sorte. La pédagogie que nous proposons se base sur des études de cas, des mises en situation ou des rencontres directes avec des entrepreneurs. A Grenoble, nous sommes très attachés à deux prix qui sont décernés aux étudiants qui travaillent en équipes : le grand prix de la gestion de projets en 1ère année et celui de l’innovation en 2ème année.

Plus globalement, notre ambition est de susciter des envies. Nous n’avons pas de vision idéologique de la création d’entreprise et nous ne nous considérons pas comme uniquement l’école de l’entrepreneuriat.
Au-delà de nos murs, nous considérons que nous avons un rôle à jouer dans la multitude des structures destinées à aider les entrepreneurs. Celui d’être un point de repère pour aider les porteurs de projets locaux. On pourrait imaginer que chaque créateur puisse bénéficier de l’aide d’un étudiant d’une école de management comme coach et de cours de marketing.

Une image en demi-teinte dans notre pays.

Tantôt considéré comme un aventurier seulement motivé par l’appât du gain, tantôt comme un bricoleur « homme à tout faire », le créateur renvoie une image controversée, au statut flou. A la fin des années 1990, les start-up de la fameuse bulle internet ont marqué les esprits négativement par leurs dépenses publicitaires effrénées et leur levée de fonds surréalistes. Avant de disparaître aussitôt ! En ajoutant le manque de formation des enseignants des écoles et du collège à l’économie et à la vie des entreprises, la perception de l’entrepreneur reste équivoque. Ces effets négatifs alliés à la réelle précarité des créateurs ont éloigné les jeunes générations* de la création d’entreprise plus attirés par la sécurité du salariat et de la fonction publique. L’accompagnement des créateurs est donc essentiel. Les aides dont ils peuvent bénéficier devraient être constantes sur les cinq premières années. L’essor de l’auto entrepreneuriat ** semble une réponse possible comme revenu complémentaire et une manière de tester son projet. Il n’en reste pas moins que créer comporte d’importants risques et pas mal de contraintes comme la gestion de la paperasse !
Notre objectif est, peut-être, de faire des créateurs des aventuriers mais certainement pas des marginaux, et pour ceux qui ne le savait pas qu’ils le découvrent dans de bonnes conditions !

*4,7% d’entrepreneurs en France par rapport à la population, 6% en Allemagne, 9% au Canada, 11% eux Etats-Unis (Données OCDE, 2009).
**200 000 auto-entrepreneurs se sont déclarés en France au 1er septembre 2009 (neuf mois après l’entrée en vigueur du dispositif). Il est encore trop tôt pour faire un bilan complet mais seulement 43 % de ces créateurs génèrent un chiffre d’affaires mensuel supérieur à 1400 €/mois (ministère de l’Economie. 2009).

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Jean-François Fiorina

France-Russie : match nul ?

Géant énergétique et militaire, sans pour autant l’être politiquement et économiquement , la Russie qui se remet difficilement de la chute de son empire, n’en reste pas moins un partenaire essentiel pour l’Europe et la France. Si nombre de reproches justifiés lui ont été faits à l’ère soviétique, la Russie a cependant conservé un modèle d’enseignement supérieur de qualité. J’ai pu le vérifier, même après la chute du mur en 1989, lors de nombreuses missions effectuées dans les pays de sa sphère d’influence. Notre école d’ailleurs s’y est même implantée il y a une dizaine d’années et dispense chaque année son MBA part-time à Moscou à une vingtaine de participants.

La France va-t-elle se (re)mettre à l’heure slave en 2010, alors que s’ouvre l’année de la Russie en France ?

Un positionnement délicat.
Coincé entre l’Amérique et la nouvelle Chine qui attire tous les regards depuis maintenant vingt ans, la Russie peine à occuper l’espace politico-médiatique. Effet de mode ou lame de fond ? La demande d’Occident de la part des étudiants chinois et sa réciproque est forte. Et le « chinois troisième langue » a largement remporté la partie en France face au russe. Il ne passe pas un jour sans qu’une école ne signe un partenariat avec la Chine, l’Inde ou le Brésil. Avec la Russie, ça ne fonctionne pas. Pourquoi ? Dans la mentalité slave, le présent n’occupe qu’une place limitée entre un passé omniprésent et un avenir incertain. Difficile dans ces conditions de construire dans la confiance. Le poids de l’histoire entraîne une certaine paranoïa et la notion de complot imprègne l’âme russe depuis le temps des Tsars. L’avenir est alors vécu comme un idéal de puissance et de splendeur à reconquérir, coûte que coûte. Poutine a bien compris cette tension. Il joue de ces peurs pour pousser la (re)conquête militaire au sud (Tchénénie, Géorgie…) ou bloquer de réelles évolutions démocratiques. Faut-il lui reprocher tout en bloc ? Non. Que serait devenu cet échiquier de Républiques instables sans un pouvoir fort à leurs portes ?

La Russie suscite la crainte et des interrogations.
Le passage à l’économie de marché a beaucoup moins bien fonctionné qu’en Chine. Et les stigmates d’un fonctionnement étatique et corrompu traversent encore ce grand pays. La population, même privée de liberté à l’époque soviétique, jouissait d’un niveau de vie minimal, de lieux de convivialité. Aujourd’hui, c’est la loi de la jungle, plus ou moins orchestrée par la même Nomenklatura jadis communiste ! Ce qui provoque tensions et interrogations dans le pays comme à l’étranger. Entre un cursus moscovite ou pékinois, l’étudiant occidental choisira le second souvent pour des raisons de sécurité. Côté entreprises, faut-il conseiller à une PME de s’installer dans une ville de province russe ? Sera-t-elle en mesure de se développer en toute sécurité. Pas sûr. Quand nos grands groupes industriels comme Danone décident de s’implanter dans l’ex union soviétique, ils migrent avec toute leur infrastructure et leur encadrement… Ce qui ne favorise pas le développement et la confiance réciproques ! Certaines en ont fait l’amère expérience. Le groupe Carrefour jette l’éponge après deux ans d’investissement dans le pays expliquant un recentrage vers la Chine et le Brésil. Alors qu’Auchan semble durablement installé grâce à une meilleure connaissance du terrain.

Développer des accords malgré tout.
Je reste persuadé à la fois pour des raisons personnelles et géopolitiques qu’il faut développer nos relations avec la Russie. Et dépasser nos craintes et leur paranoïa ! Comment ? En travaillant sur deux terrains assez clairement identifiés : le management et l’énergie. Dans le premier cas, les entreprises russes ont un cruel besoin de professionnaliser leur management. Nous pouvons contribuer au redémarrage des entreprises de ce pays qui ne sont pas en bon état. Deuxième point, l’énergie où le rapport de force joue bien sûr en leur faveur mais où l’Europe entière a intérêt à l’apaiser. Des recherches sur les plans scientifiques et marketing seraient bénéfiques. Autres secteurs à potentiel pour de futurs partenariats : les nanos et les biotechs. La Russie souhaite développer sa propre filière dans ces domaines. Anatoly Tchoubaïs, Directeur Général de la Corporation d’Etat russe Rosnanotekh est d’ailleurs venu visiter Minatec au mois de septembre dernier. Innover ensemble ? Une piste à explorer.

Comme il exista un « Far West », nous sommes aux portes d’un « Far East » à la fois tourmenté comme l’âme russe et riche de potentialités économiques et culturelles exceptionnelles ! Je garde un souvenir puissant  d’une balade à Saint-Petersbourg sous la neige ! Tourner le dos à cet immense pays (continent ?) serait une erreur stratégique et géopolitique grossière. L’Allemagne a bien compris  cet enjeu en accueillant dans ses universités et laboratoires la fine fleur scientifique russe. Même si les risques sont réels, nous devons profiter de toutes les occasions de reprendre lien. L’année de la Russie en France en sera peut-être une, même si, au regard du pré programme, on reste un peu sur sa faim. A nous d’y ajouter d’autres temps forts !

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Jean-François Fiorina

Vous avez dit régionales ?

La région administrative constitue une échelle d’administration pertinente pour nos écoles. Elle est suffisamment étendue territorialement pour impulser d’intéressantes rencontres entre établissements – quelquefois concurrents (!)  – tout en gardant une réelle proximité géographique bien utile.

Ses compétences obligatoires[1], de la formation professionnelle à l’éducation (lycées en particulier), en passant par le développement économique ou les transports, décident d’un travail commun et régulier. Et les prochaines élections des 14 et 21 mars 2010 devraient permettre de mettre en lumière une collectivité territoriale peu connue des citoyens.

A moins que les querelles politiques nationales ne brouillent le nécessaire message d’explication et de pédagogie sur cette collectivité arrivé à l’âge adulte…

La Région comme facilitateur.
Par sa proximité, elle facilite les échanges entre toutes les parties prenantes de l’enseignement et de la recherche. Située à un carrefour, la région joue plusieurs rôles : celui de facilitateur de projets, de coordinateur entre les établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche, de fonds d’amorçage. En lançant des appels d’offres, elle participe au développement de nos écoles sans jamais s’y substituer. Ce n’est pas son rôle et doit se fixer comme objectif d’accompagner les écoles de manière égalitaire, ce qui est une gageure… Je ne souhaite pas qu’elle intervienne, par exemple, dans les certifications des programmes.

Pour prendre un exemple grenoblois, la Région Rhône-Alpes a financé les études de faisabilité du Mastère en Management des Biotechnologies de l’ESC Grenoble pour lui permettre de mieux se positionner. Ses contrats d’objectifs, à deux ou trois ans, facilitent le développement et permettent de mutualiser les moyens. Les pôles de compétitivité qui structurent le territoire rhônalpin selon des logiques historiques ou plus prospectives en sont les témoins privilégiés.

Idéologie ou pédagogie ?
Dans quelques semaines, les projecteurs des médias se seront tous braqués sur cette collectivité promise à un bel avenir dans le cadre du projet de réforme des collectivités locales. Mais je crains que les enjeux partisans et idéologiques nationaux n’améliorent guère sa visibilité. Le manque de pédagogie sur la région entant que telle, sur ses missions et sur ses réalisations a fait d’elle une entité qui se cherche. Elle souffre du même problème d’identification et de matérialisation que l’Union européenne. Créées dans leurs contours actuels en 1982,  les régions ne sont pas ancrées dans les esprits comme la commune ou le département. D’autant que la première élection au suffrage universel des conseillers régionaux ne s’est déroulée qu’en 1986. Si on y ajoute un zest d’idéologie et le dogmatisme pour imposer certaines alliances nationales au plan local, et des  élections intermédiaires qui tournent traditionnellement au vote sanction, la collectivité va perdre en crédibilité et en lisibilité sur ses véritables projets ! Le scrutin régional de mars n’y échappera pas !

Se recentrer sur ses compétences obligatoires.
Dans un contexte où la région doit s’imposer dans les esprits, il me semble que la multiplication de ses compétences, au-delà de celles rendues obligatoires par les lois décentralisation n’est pas souhaitable. Dans le millefeuille administratif et politique où se débat le citoyen, les entreprises et les écoles, pas moins de six niveaux s’entremêlent ce qui ne favorise en rien visibilité et efficacité ! Je suis d’ailleurs pour le développement de guichets uniques et contre l’émiettement des compétences.

Enfin, pour nous, écoles de management, même si cela n’est pas toujours connu du grand public, nous  voyons également les collectivités locales comme des débouchés à part entière pour nos étudiants !  De belles carrières de chargés de mission s’y déroulent dans le cadre d’ambitieux projets de développement…


[1] Le rôle de la région est important dans le domaine des transports, surtout ferroviaires (TER), de la planification et de l’aménagement du territoire, de la formation et de l’enseignement, du développement économique, social et culturel.
Au-delà de ces compétences spécifiques, la région a étendu ses actions dans les domaines de l’environnement, de la recherche, de la jeunesse et de la culture. Des compétences qui se chevauchent quelquefois avec les autres collectivités…

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Jean-François Fiorina

Quotas de boursiers ? Vrai débat, faux procès

L‘année 2009 s’est terminée sur fond de polémiques et de débats en tous genres : taxe carbone/taxe professionnelle, identité nationale, grippe aviaire… 2010 démarre en fanfare sur la question du blocage de l’ascenseur social et de l’éventuelle imposition de quotas de boursiers dans l’enseignement supérieur[1].

Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur, estime qu’un quota de 30% serait souhaitable, un chiffre qui n’a pas fait du tout écho au sein de la Conférence des grandes écoles… Il s’agit là pourtant d’une vraie question mais également d’un faux procès intenté aux Grandes Ecoles de la République qui ne sont pas les plus frileuses en matière d’ouverture à toutes les formes de diversité. Le problème est plus global.

Le constat est sans appel. Notre pays a un problème en matière d’égalité des chances. La part relative des boursiers a diminué dans les filières sélectives depuis les années 1980. Et en venir aux quotas,  face à l’urgence, ne peut être qu’une solution temporaire, un cataplasme sur une jambe de bois. Sur le long terme, c’est bien la question de la qualité de notre système éducatif qui se pose. Une baisse généralisée des niveaux impactera forcément la qualité des diplômes et les meilleurs éléments partiront, dès lors, à l’étranger. Que faire ?

Ne pas toucher à la sélection qui reste un élément essentiel mais qui ne suffit plus. Les concours d’aujourd’hui doivent tenir compte des changements sociaux, culturels et économiques intervenus dans la société depuis deux décennies. Je défends l’optique de concours adaptés. Les valeurs qu’ils véhiculent, effort, mérite, égalité, constituent l’ADN de notre modèle. Les grandes écoles de management ont montré la voie avec le concours Passerelle, une alternative à la filière classique des prépas, sans remettre en cause le principe de la sélection. Réduire ces efforts à de vaines polémiques électoralistes me semble dangereux. D’autant que la Nation produit un réel effort financier via les plans campus ou le grand emprunt en direction de son enseignement supérieur. Il faut un débat national sur ces questions pour refonder le pacte républicain. C’est une urgence.

Augmenter les exigences de niveau des étudiants et les conditions d’accès à l’Université. Cette réforme doit tenir compte du besoin des entreprises, de la situation économique et sociale du moment, de la révolution numérique. Elle doit permettre à chacun d’être identifié et sélectionné selon ses capacités et ses souhaits. Objectif : construire un système de qualité qui n’exclut plus.

C’est également par une ingénierie pédagogique de pointe et individualisée que passe la solution. Si « Clémentine» peut citer Aristote dans le texte, elle doit aussi passer de la théorie à la pratique. Quant à « Pierrick », issu d’une filière technique, ce sera plutôt une aide à la conceptualisation dont il aura besoin. Et « Marek » d’une aide globale incluant culture générale et langues étrangères pour qu’il puisse conserver sa motivation. Comment imaginer leur avenir au vu des bouleversements intervenus ces vingt dernières années ? L’objectif est de les préparer au monde de demain que nous ne maîtrisons pas, même si quelques fondamentaux s’imposeront : une vie active allongée, des changements de parcours à bien négocier, un monde globalisé et numérisé, une retraite tardive… Autre réforme à engager parallèlement, celle de la Recherche sur laquelle il faut s’appuyer pour découvrir et tester de nouveaux modèles d’organisation et de pédagogie, offrir aux entreprises un réel support pour leur stratégie.

Prise de conscience. Quand je parle de réforme de l’enseignement supérieur pour une meilleure égalité des chances, j’entends d’abord une prise de conscience globale, des grandes écoles aux universités, en passant par les IUT et les IEP. Et de la nécessité de travailler étroitement avec l’Education nationale. Comment imaginer, par exemple, une réforme de l’accès à l’enseignement supérieur sans réformer très profondément l’orientation scolaire dès le lycée comme  déjà abordé dans un article précédent ? Comment ne pas oublier des populations peu médiatisées comme ce fils d’agriculteur du Nivernais qui, lui ne bénéficiera d’aucun quota ou cet étudiant non boursier dont les parents subissent de plein fouet un ou plusieurs licenciements ? Parcelliser à outrance les populations n’a plus de sens.

Et les financements ? Là encore, les plus grandes disparités cohabitent entre les grandes écoles publiques ou privées et les universités. Un Etat qui dépense en moyenne 10 K€ pour un étudiant ne devrait-il pas donner un chèque à chacun, un « voucher » à utiliser pour le cursus qu’il souhaite comme le propose Thierry Grange, directeur de Grenoble Ecole de Management ? L’égalité des chances passe aussi par l’égalité économique. Une manière de responsabiliser chacun devant ses choix.

On le voit bien un grand débat sur la place de l’enseignement supérieur, son rôle et ses modes de financement, aurait été bien plus productif et si utile pour la Nation qu’une polémique de plus. En cette année de coupe du monde de football, peut-on considérer que la réussite d’une équipe passe par un système de quotas ?


[1] Pourcentage moyen d’élèves boursiers dans l’Enseignement supérieur : 20,7 % pour les ESC (par contre HEC et Essec à 12,3 %). 22,9 %  en école d’ingénieurs (par contre l’École Centrale Paris à 13,67 %, Polytechnique à 11,03 % ou les Mines Paris à 9,47 %). Source : ministère de l’Enseignement supérieur/AFP.

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Jean-François Fiorina

Bonne année 2010 à tous !

http://www.grenoble-em.com/CONTENU/voeux_2009/index.htm

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Jean-François Fiorina

Partenariat / fusion entre écoles : mode d’emploi

Concurrence, ouverture internationale, développement de filières de plus en plus pointues, l’essor des grandes écoles requiert des moyens humains et financiers toujours plus conséquents. La fusion entres établissements et surtout les collaborations multilatérales permettent de se projeter dans l’avenir de manière plus pertinente. Que ce soit dans une logique de territoire, de marketing-communication ou de stratégie, les écoles sont condamnées à nouer des alliances pour exister. Pourquoi et comment parvenir à ses fins dans de bonnes conditions ?

De multiples objectifs
La variété des objectifs poursuivis détermine ensuite les formes de partenariats et leur intensité. Tous ont leur utilité comme s’offrir une plus grande visibilité, proposer une offre globale aux entreprises, un sourcing unique de compétences, atteindre une taille critique (5000 étudiants pour une ESC), permettre aux étudiants de managements de peaufiner leur expertise technique, littéraire, linguistique acquise avant l’école, leur ouvrir d’autres horizons…
Ces alliances peuvent prendre des formes variées. Il n’y pas de recette miracle, de la simple association à la fusion complète des structures. Au final, ce sont de véritables choix ou des contraintes imposées par le mode de gouvernance ou d’autres instances impliquées dans la gestion de l’établissement.
Critères de bonne alliance. Il est impératif que le partenariat soit créateur de valeur. Pardon de parler de Grenoble mais notre école, dans une logique de territoire, a récemment nouer un partenariat avec l’Ecole d’Architecture de Grenoble. Objectif : valoriser ensemble le prototype de maison du futur qui sera présenté en 2010 à Shanghai, dans le cadre de la compétition internationale Solar Decathlon*. Autre point important : conserver de la souplesse dans la gouvernance. Les accords qui additionnent les rigidités sont bien sûr néfastes. Dernier point, et non des moindres, la gestion des cultures. Il s’agit là d’un point dur qui se règle dans la durée. Pour une ESC conclure un partenariat avec une école d’ingénieurs paraît évident mais les cultures respectives s’entrechoquent. Les unes dépendent des CCI et les secondes du ministère de l’Industrie : les questions de salaires, de diplômes font débat… Ces accords ne sont pas simples. D’autant qu’il y a nécessité de les encadrer, de les faire vivre au quotidien. Ce qui implique une mise à disposition de personnel et un budget. Sinon ils s’éteignent.
Un ADN commun.
Facteur clé de réussite, le partage de valeurs cardinales est essentiel. L’international, la sélection et un fort tissu associatif constituent notre ADN qu’il faut partager avec d’autres. Mais rechercher le partenaire qui a l’expertise souhaitée n’est qu’un préalable, le plus important, c’est qu’il doit nous ressembler. C’est une vraie vie de couple qui s’engage. Et il vaut mieux se marier avec Josette Flambard pour construire un patrimoine commun dans la durée plutôt que de sortir deux mois avec Penelope Cruz ! Certains de nos partenariats ont plus de vingt ans d’ancienneté. Avec Grenoble INP ** (Institut national polytechnique de Grenoble), le plaisir de travailler ensemble ne s’émousse pas ! Idem pour l’école hôtelière où les étudiants ESC de 2e année peuvent suivre un électif de cent heures sur les arts de table, ou encore ce partenariat avec l’ESCA*** à Casablanca qui n’est pas toujours simple sur le plan culturel mais ça fonctionne.

Quelques éléments clé pour conclure : mettre l’étudiant au cœur du dispositif, tisser des liens forts entre toutes les parties prenantes et les faire vivre, créer de la valeur.

* http://www.solardecathlon.org
** http://www.grenoble-inp.fr
*** http://www.esca.ma

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Jean-François Fiorina

Une nouvelle passerelle vers la diversité

La diversité ? Beaucoup en parlent, quelques uns agissent… Et en la matière, les écoles de commerce font figure de pionnières.

Seize d’entre elles avec le concours « Passerelle* » – ouvert du BTS au bac + 4 – témoignent de cet engagement depuis plus de vingt ans. Le 1er décembre, nous avons présenté, à Paris, une deuxième phase ambitieuse de notre développement : le dispositif diversité qui sera effectif dès la rentrée 2010.
Pourquoi amplifier notre action en faveur de la diversité ? Quatre raisons motivent ce choix.
Il s’agit d’une demande des pouvoirs publics engagés dans cette démarche par la création d’un commissariat à la Diversité et à l’Egalité des chances créé en décembre 2008. Yazid Sabeg pilote cette mission.
Les entreprises sont également motivées. La nécessité pour elles de vivre la diversité de la société dans leur effectif renforce leur potentiel de développement : « Pour vendre du 93, il faut être du 93 ! ». La pensée unique a fait long feu en matière de recrutement.
C’est également répondre à une demande sociale comme l’insertion du handicap ou une meilleure considération des seniors. Côté étudiant, nos écoles attirent certains profils universitaires qui considèrent que leur projet professionnel serait mieux pris en compte dans les ESC.
Dernier point, nous avons une réelle expérience en matière d’intégration de la diversité dans nos filières et nous souhaitons l’amplifier.

Sur quels principes le « dispositif diversité » est-il basé ? La sélection des meilleurs profils reste la valeur cardinale. Tous les étudiants admis doivent se regarder dans les yeux en se disant qu’ils sont tous passés par un processus de sélection exigeant. Deuxième principe : les critères de choix des candidats. Elément essentiel du dispositif, nous sommes appuyés sur des partenaires au contact permanent des populations ciblées. Aux côtés des « historiques » comme la Fondation Agir Contre l’Exclusion (FACE) et l’Association pour Favoriser l’Intégration Professionnelle (AFIP), deux nouveaux membres (« Nos quartiers ont du talent » et l’ « AFIJ ») participeront à la sélection des candidats les plus méritants et les plus motivés. L’idée est d’intégrer ces jeunes dans un parcours d’excellence le plus tôt possible avant le concours. Le dispositif se concentre, dans un premier, sur la diversité sociale.

Le plan d’action. Pour reprendre une métaphore sportive, certains athlètes ont la chance de préparer les J.O. dans de bonnes conditions, d’autres non. Notre ambition est de donner à tous les mêmes chances. Comment ? Par une préparation spécifique des candidats. Ils suivront de nouveaux modules pédagogiques pendant les vacances scolaires qui les prépareront à un concours aménagé. Pour palier les difficultés liées aux langues étrangères et à la culture générale, un accompagnement spécifique sera proposé. C’est une véritable « 3ème voie » que nous mettons en place, en parallèle aux concours « Prépas » et « Passerelle 1 et 2 ».

Pour que le dispositif soit complet, nos écoles et les entreprises d’accueil vont accentuer leur prise de conscience et les mesures d’accompagnement. A ce titre, un module « certificat diversité » sera proposé aux étudiants des ESC en partenariat avec le Club du 21ème siècle qui rassemble des professionnels à haut potentiel issus de l’immigration. Objectif : permettre aux étudiants de valider une démarche en faveur de la diversité. Le module comprend une partie e-learning, une validation de connaissances par QCM, la remise d’un rapport de stage sur la politique de diversité de l’entreprise d’accueil et l’obligation de réaliser une action personnelles en faveur de la diversité.

Pour les entreprises, nous leur proposons un accompagnement via les programmes des écoles en GRH, par exemple, mais également une nouveauté, celle de partager leurs expériences et leurs bonnes pratiques, grâce à un partenariat avec l’Association des managers de la diversité (AFMD).

Comme le concluait Emmanuel Davidenkoff, rédacteur en chef de L’Etudiant lors de cet événement du 1er décembre : « En matière de diversité, le verre est à moitié plein ou à moitié vide…». Beaucoup de chemin reste encore à parcourir. La solution que nous proposons à travers notre « dispositif diversité » est globale, non segmentée. C’est, pour nous, la seule voie possible. Dès la rentrée 2010, nous espérons intégrer entre 10 et 20 candidats via cette filière que nous aurons à cœur de développer. Yazid Sabeg, le commissaire à la Diversité a salué la démarche en demandant qu’une convention soit signée avec son administration, en rappelant toutefois que les filières technologiques ne devaient pas être les oubliées du dispositif.

*Le concours Passerelle permet aux bac + 2 ou bac +3 de postuler dans seize écoles de commerce en France via un concours spécifique. L’entrée se fait en 1ère année d’ESC (Passerelle 1) ou en 2ème année (Passerelle 2) selon le niveau académique des candidats (du BTS à la licence).
www.passerelle-esc.com

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Jean-François Fiorina

Copenhague, faire la part de l’idéologie et de la science.

A la veille d’un sommet qui devrait décider de nouvelles mesures pour enrayer le réchauffement du climat, j’ai souhaité, faire le point sur cet enjeu. En tant que directeur d’une grande école de commerce, cette question impacte nos façons de vivre et de consommer, d’étudier, nos modèles économiques. Une clarification me paraît nécessaire pour mobiliser toute les parties prenantes.

Quel constat ? Avant de proposer des vraies solutions aux problèmes environnementaux, il me semble essentiel de se mettre d’accord sur le constat. Quelle est la part de la responsabilité humaine dans ces dérèglements ?  Y a-t-il un réel danger climatique ? De quelle nature ? Pour qui ? A quelle échéance ? Mêmes questions pour le pétrole. Certains experts parlent d’un « peak oil » dans moins de 20 ans, d’autres estiment que d’immenses réserves nous tendent les bras mais à des coûts d’exploitation prohibitifs. Pour prendre une métaphore médicale, sommes-nous dans la situation d’une personne qui a pris quelques kilos de trop ou dans celle d’un obèse qui met sa vie en danger ?

Bref, entre idéologie et science, une clarification s’impose pour proposer des solutions efficaces et partagées.

Un paradoxe. Côté citoyen, la prise de conscience est là. Pollution, biodiversité en danger et réchauffement climatique font écho. Côté consommateur/acteur économique, les choses sont moins claires. À quoi bon parler à un étudiant ou à un chef d’entreprise de développement durable si le concept ne l’aidera pas à trouver un job ou de nouveaux marchés… D’autres questions épineuses se posent : Est-on prêt à réduire, en occident, notre train de vie même inégal ? À limiter les effets pervers de la mondialisation : en ne consommant plus de tomates en hiver ou de produits low cost ? À l’accentuer quand cela paraît « plus écologiquement correct » en évitant de longs circuits de distribution coûteux en gaz à effet de serre ?  Face à de tels enjeux de société, une école de commerce a pour mission de contribuer au débat public en apportant un éclairage original tant sur ses dimensions citoyenne que business.

Une pédagogie « universelle ». Beaucoup reste à faire en matière de pédagogie à l’environnement, au coin de ma rue comme à  l’échelle planétaire. Au-delà de la seule « écologie », il s’agit d’une tendance de fond qui modifie profondément les règles du jeu économique et social. Des règles qui ne peuvent s’appliquer que si toutes les parties prenantes les ont intégrées, du nord au sud de la planète… Ce qui donne une dimension géopolitique aux questions environnementales et climatiques. Elles touchent à l’énergie, à l’eau, à la biodiversité, au développement économique des pays émergents ou non. Le champ d’application est à la fois local et mondial. La pédagogie sur ces questions doit intégrer ces deux dimensions qui entrent en conflit ou du moins en tension.

Diffuser le « savoir vert » dans nos écoles. Complexe puisqu’il s’agit, à la fois, d’enseigner de nouveaux savoir faire techniques et de nouveaux savoir être. Et comme toute matière transversale, elle diffuse déjà dans de nombreuses disciplines « historiques ». Modifier les comportements et les usages, acquérir de nouvelles techniques, inventer et s’approprier de nouvelles technologies, tel est notre rôle : accompagner ces mutations, les comprendre pour en capter les spécificités managériales et marketing. De nouveaux modèles économiques en découlent. Toute la chaîne de valeur est impactée, de la conception à la production en passant par la distribution. D’où l’importance de diversifier notre recrutement et nos partenariats pédagogiques avec d’autres écoles, pour développer d’autres manières de voir le monde pour les managers de demain. Comment apporter ces compétences à nos jeunes étudiants, comment les aider à développer l’entrepreneuriat « vert » ? Notre mission est de leur proposer les études de cas les plus pertinentes du « green business », de leur faire partager les meilleures pratiques managériales et de les sensibiliser en organisant des événements et des conférences sur les thématiques environnementales qui porteront le développement du monde de demain.

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Jean-François Fiorina

Quand les écoles font le Mur…

Véritable tsunami politique, la chute du Mur de Berlin a surpris le monde entier et balayé les dernières frontières physiques.

D’une géopolitique simpliste où prévalait une logique d’affrontement entre « gentils » et « méchants » sur des territoires extérieurs, nous sommes passés à un monde globalisé dominé par l’économie de marché(s).

En deux décennies, elle a profondément transformé nos méthodes de travail, nos modes de transport et de communication, nos manières de penser, nos vies tout simplement !
Les écoles de commerce n’y ont pas échappé. Flash back.


Des étudiants aux parcours très homogènes
, issus des mêmes familles qui suivaient le même cursus, partaient en stage aux mêmes périodes et qui ne voyageaient guère au-delà de la zone OCDE, tel était le portrait robot de nos élèves, rassemblés en promotion de… 50 à 100 unités ! La Chine était considérée comme une destination exotique, s’y rendre relevait de l’expédition ! Et peu d’étudiants étrangers, d’ailleurs, arpentaient nos campus à la fin des années 1980.

La professionnalisation et l’individualisation des parcours n’existaient pas ou peu. On « surnageait » trois ans après le concours puis on attendait que le marché de l’emploi nous absorbe, naturellement… Peu de double diplôme non plus, qu’aurions-nous répondu si les classements avaient existé ? Rien.

Internet n’existait pas, et même en 1995, lors des grèves étudiantes, quand il s’agissait de prendre contact avec nos élèves sans mail, ni mobile… pas simple. L’ordinateur était à ses balbutiements, les tableurs des usines à gaz ! Avec l’arrivée du numérique, parler à 10.000 étudiants répartis aux quatre coins de la planète, n’est plus un problème. Les capacités sont illimitées comme le démontrent le déploiement des réseaux sociaux. De nouvelles dynamiques professionnelles s’installent. Rechercher un stage ou un emploi ne passe plus forcément par le traditionnel courrier avec « CV et lettre de motivation manuscrite », Internet est passé par là. L’information circule instantanément à l’échelle de la planète. Le pouvoir est passé dans les mains de celui qui possédait l’information à celui qui la communique…

Les écoles de commerce servaient un marché local, les classements et les accréditions n’existaient pas non plus, ou en tout cas, pas avec l’importance actuelle. La concurrence ne faisait pas autant rage. Au mois de juillet, le calme revenait pour préparer la rentrée. Aujourd’hui, les ESC constituent un secteur d’activité à part entière. Un tournant que prend actuellement l’Université.

Question pédagogie
, le professeur savait et les étudiants suivaient… en attendant d’être évalués selon leurs connaissances, peu ou pas sur leur savoir faire ou leur savoir être. Parler deux langues ? Une curiosité ! Avec la globalisation, de nouvelles matières à enseigner se sont imposées comme le supply chain ou les achats. La culture générale reprend également sa place dans un monde de plus en plus complexe. Ce qui prime, ce n’est plus la recherche bibliographique sur un sujet mais son analyse critique, son explication, sa mise en perspective. L’information mondiale est à portée de clic, instantanément. Il y a vingt ans, seuls les médias traditionnels (presse/radio/tv) délivraient et contrôlaient les messages…

Les ESC ont effectué un fantastique travail d’ouverture. Elles ont accompagné et même devancé le mouvement. Le challenge, pour elles, c’est à la fois de conserver ce temps d’avance – leur marque de fabrique en quelque sorte – tout en développant l’esprit critique de ses élèves. Qui aurait prédit, il y a vingt ans, l’ampleur de la crise financière amorcée en 2008, la dématérialisation totale de l’économie, le succès du téléphone cellulaire, un monde sans frontières, un réchauffement planétaire accéléré ? Il faudra apprendre à faire des choix dans un monde qui va très vite, peut-être trop vite et laisse peu de temps à la maturation. Les temps de « passages », les temps longs n’existent plus.

« Tout change mais rien de change », dans un monde de libertés accrues, les contreparties sont plus contraignantes. Tout change, parce que de nouvelles règles du jeu sont à expérimenter. Rien ne change parce que l’école de commerce reste un lieu unique de vie et d’épanouissement. On y rencontre des amis, un conjoint…

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Jean-François Fiorina

Osez la diversité !

La semaine dernière, j’ai abordé la question de la diversité dans sa dimension internationale : le recrutement des étudiants étrangers. Cette semaine, je m’intéresse à toutes ses autres formes : sociale, culturelle, académique. Objectif : ouvrir grand les fenêtres des ESC sur la société. Pourquoi ? Parce que les entreprises nous le demandent et parce qu’il faut sortir de la pensée unique et du formatage des élites. La diversité est une richesse à partager pour peu qu’on s’y attèle… Pas facile, en effet, d’imaginer se côtoyant dans une salle de classe d’une ESC, un étudiant en anthropologie, un jeune autodidacte et un étudiant issu d’une prépa, c’est pourtant notre challenge ! Comment recruter, faire vivre et nous enrichir mutuellement de cette diversité ?
Organiser la diversité.
Comme tout changement, il se prépare. Premier point, rendre nos promotions plus ouvertes sur le monde ne signifie pas une quelconque baisse de nos exigences. La sélection reste la base de notre système mais elle doit s’adapter à tous les publics. Si la salle de classe est représentative de la diversité française, chacun doit s’y sentir à sa place parce qu’il a été sélectionné et non parce qu’il constitue un alibi. Entré à l’école, l’apprentissage de ce vivre ensemble prend tout son sens. Un beau terrain d’application de management interculturel et de personnalisation des pré-requis !

Des conséquences en cascade…
Dans les écoles, la mise en cohérence des différents parcours sera assurée par un tronc de commun de connaissances dont les exigences doivent être également élevées. Qui peut même s’accompagner d’un soutien académique pour éviter les ruptures. Il ne s’agit pas de gommer les différences en formatant l’ensemble. Un biologiste, par exemple, s’il souhaite devenir manager pourra s’y attacher tout en poursuivant des études dans sa discipline initiale. Cela suppose des partenariats spécialisés dans tous les secteurs.
Dans les entreprises, si cette demande de diversité sociale, culturelle ou académique existe, elle doit se traduire par une prise de risques réelle et l’acceptation de la différence… avec des embauches à la clé. Un double travail incombe à la fois aux écoles et aux entreprises. Pour les premières, il s’agit d’aider à la sélection des profils les plus méritants en s’appuyant sur le monde associatif qui connaît bien les populations socialement défavorisées, par exemple. Pour les seconds, il s’agit de travailler à l’accueil et à l’accompagnement de ces profils quelquefois atypiques.
Pour les futurs étudiants issus des filières diversité, le rôle des pionniers est essentiel. Ils sont la preuve qu’ils peuvent réussir dans nos écoles et attireront de nouvelles vocations. Pour nos publics actuels, l’important est de rassurer : tous ont leur place dans notre dispositif.

Pour les agences d’accréditions et les médias.
Une fois encore, si les risques que nous prenons en matière de diversification de recrutement ne sont pas pris en compte par les agences qui certifient nos établissements et par les journalistes qui nous classent, c’est notre business model qui sera atteint. Il faudra donc bien se poser la question de l’évaluation et de la validation de ces parcours dans les écoles.

Un dernier point : la question des financements
.
Diversifier nos recrutements aura un coût. Sans véritable politique de financement de bourses étudiantes et de l’apprentissage, l’équation sera difficile à résoudre…

Pour poursuivre la réflexion, je vous invite à participer à l’événement « Le pari de la Diversité ; de la Grande Ecole à l’Entreprise ». Cette conférence-débat est organisée par Passerelle ESC dont je suis le président et l’AFMD (Association des Managers de la Diversité), avec le concours d’IBM et en partenariat avec l’Etudiant.
Elle aura lieu le 1er décembre 2009 à Paris, en présence de Yazid SABEG, Commissaire à la Diversité et à l’Egalité des chances.

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Jean-François Fiorina

Vers une géopolitique des talents ?

Comme je l’ai déjà affirmé, le challenge des grandes écoles est d’accueillir dans leurs murs non seulement toute la diversité sociale et culturelle de notre pays mais également celle d’un monde globalisé. Cette dynamique, animée par le même souci de sélectionner les meilleurs profils, doit se baser sur des modes de recrutements diversifiés, partagés et compris par tous. Cette exigence d’ouverture est également un service rendu à notre pays et à ses entreprises dont les marchés domestiques et internationaux appellent des compétences et des savoir-être de plus en plus variés.

Pour accueillir les meilleurs étudiants étrangers, nos écoles doivent se distinguer et offrir un large éventail de services (pédagogie, logement, bourses…). Mais également repérer dans le maquis mondial des formations, les meilleures filières et donc les meilleurs partenaires. Comment y parvenir ?

Etre visible et reconnu. Pour les écoles de management, les accréditions et les classements sont devenus essentiels. Et même s’ils ne sont pas parfaits, ils attirent aussi les étudiants étrangers. Le classement de l’université de Shanghai a, d’ailleurs, eu un effet salutaire sur les établissements de l’enseignement supérieur français.

Proposer des formations internationalement reconnues. En France, si le BTS est plutôt bien coté auprès de nos entreprises, il est totalement inconnu au-delà de nos frontières… Il faut donc construire une offre de formations identifiable à l’échelle monde pour les étudiants et les entreprises. A ce titre, les Africains ne peuvent qu’étudier à l’étranger, sauf à se diriger vers des carrières exclusivement publiques, compte tenu du manque de visibilité ou même de l’inexistence de leur système d’enseignement supérieur.

Diversifier les stratégies d’approche des talents. Deux options possibles : attirer les meilleurs étudiants étrangers sur les campus français ou délocaliser les cursus à l’étranger. Il n’y a pas de stratégie miracle en la matière. Figer une seule approche n’aurait pas de sens. L’essentiel est de garantir la même qualité entre la « maison mère » et ses sites délocalisés, un critère essentiel pour les organismes d’accréditation. Dans la même veine, offrir des programmes entièrement en anglais est devenu un standard. Ne compter que sur les francophones ou les francophiles relève de l’illusion. Il faut donc diversifier l’accueil des nationalités et construire une vraie stratégie dans ce domaine.

Offrir un véritable bouquet de services. C’est l’offre globale faite à l’étudiant étranger qui est étudiée, pas seulement son volet pédagogique. Si la France et ses grandes écoles bénéficient d’une bonne cote académique internationale, il n’en n’est pas de même pour ses services associés (visa, carte de séjour, aides financières…). Nous ne pouvons soutenir la comparaison avec ce que propose l’Australie, par exemple, qui a fait de l’accueil des élites étrangères une priorité y compris budgétaire !

D’expérience, un étudiant étranger qui devra faire un choix entre plusieurs propositions se basera sur trois critères : les services proposés, le rapport qualité/prix et les contraintes qui lui seront imposées. J’en ajouterais un quatrième : la réactivité de l’école. Si l’étudiant étranger prend souvent son temps pour choisir son point de chute, dès qu’il a arrêté sa décision, il attend des réponses immédiates au premier contact !

Nous traitons par mail ou par messagerie instantanée, type Skype, de très nombreux dossiers. Dans cette course, les écoles françaises ne doivent pas négliger le bien fondé des origines et des qualités académiques des candidats. Ce qui n’est pas toujours simple dans un laps de temps aussi court !

Dans ce contexte de concurrence, je reviens sur la question de l’aide au financement des études. Ce point important reste difficile à améliorer car traité à plusieurs niveaux. Les aides dépendent de la stratégie de l’école, de celle des syndicats professionnels, des collectivités locales et de l’Etat ! Elles deviennent cruciales lorsque le différentiel de pouvoir d’achat entre les deux pays est trop fort.

S’ouvrir au monde et à la diversité est une nécessité absolue pour notre pays et ses grandes écoles. Mais cette exigence impose de lourds investissements financiers et des choix politiques clairs pour construire un enseignement supérieur de qualité, divers et pertinent.

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Jean-François Fiorina

Dans le rétroviseur…


Cette courte période de vacances de Toussaint me donne l’occasion de jeter un regard subjectif sur les événements qui ont marqué l’actualité depuis la rentrée.

Une crise qui se banalise.
Toutes les catégories sont maintenant touchées, salariés de tous secteurs, précaires non renouvelés, étudiants diplômés en stand-by. Les plus chanceux attendent une embauche « flash » – après avoir été pré sélectionnés sur C.V. – mais la visibilité des entreprises est telle que certaines appellent les candidats pour démarrer dans l’heure avant qu’un contre ordre ne vienne bloquer l’embauche… Cette crise est insidieuse, elle fait des ravages en silence, c’est terrifiant comme l’hypothèse d’une reprise sans emplois. Ne soyons pas trompés par quelques chiffres encourageants car cette crise entraîne d’autres dérapages. Quelle note mettrions-nous à une étude de cas sur le budget de l’Etat en 2010 ? Qu’allons-nous laisser aux prochaines générations ? On consomme aujourd’hui et on paiera demain…

Des services publics dégradés.
A mon sens, la qualité de nos services publics se dégrade : santé et transports en tête… Faut-il se résigner à attendre six mois pour consulter un spécialiste, un dentiste ? Attendre des heures aux urgences dans les hôpitaux, déjà au bord de la crise de nerf ? Voir des RER stoppés net sur les rails par manque d’entretien ? Accepter les retards ferroviaires ? Le citoyen paie de plus en plus pour un service de moins en moins bon. A l’heure où Barak Obama met en place un système de santé ambitieux aux U.S.A., que faisons-nous ? On se bagarre comme des chiffonniers à droite comme à gauche !

Le bourbier afghan
Personne n’ose imaginer le retour des Talibans au pouvoir. Cette hypothèse, pourtant bien réelle, signerait le fiasco complet de la communauté internationale, incapable de résoudre ce conflit vieux de trente ans. Que dire, dans ce contexte, du prix Nobel de la paix décerné au président des Etats-Unis ? Faut-il y voir la volonté de confirmer un espoir de changement, ou un cadeau empoisonné puisque cette prestigieuse distinction n’est généralement décernée que pour couronner une carrière méritante ? En tous cas, le fait de recevoir ce Nobel de la paix, une semaine après l’échec de la candidature de Chicago aux J.O. laisse planer un doute.

Banlieues et médias.
Là encore, il y a de quoi s’inquiéter. Incident ou drame, quoi qu’il s’y passe, les quartiers s’embrasent. Relavant une fois de plus, l’impossible dialogue attisé par une sur couverture médiatique. Quel contrat social écrivons-nous pour nos enfants ? Que de plans et d’annonces pour ces quartiers et pour quels résultats ?

Le management sous Excel…
La dramatique série de suicides à France Telecom a montré ce que la gestion des hommes réduite à une feuille de calcul Excel pouvait entrainer ! La prise de conscience du problème est amorcée mais la solution prendra du temps.

Le grand retour du management et de l’humain est, sans nul doute, la bonne nouvelle de cette rentrée. Un facteur humain qui semble cependant cruellement manquer dans certains secteurs comme celui du foot, heureusement moins tragique. Le repêchage de l’équipe de France en matches de barrage de la Coupe du monde montre qu’une somme d’individualités ne constitue pas une équipe ! Les talents s’expriment en club mais dans l’équipe nationale, pas de buts ! A Grenoble, le GF 38 n’a pas non plus de leçon à donner en matière de management sportif puisque le club a saboté son équipe de D1 en pleine ascension en laissant filer ses meilleurs éléments…

Les J.O au Brésil.
Le sport comme facteur de régulation géopolitique a frappé deux fois et de quelle manière ! Deux beaux symboles à l’affiche. D’abord le bonheur de voir la flamme olympique débarquer, pour la première fois, sur le sol sud-américain. Les finances de la ville de Rio de Janeiro vont sûrement se rappeler longtemps du coût de la manifestation mais elle entre dans la « cour des grands ». Belle image également que ce match de foot de la réconciliation entre la Turquie et l’Arménie.

« Paranormal Activity », un défi aux lois du marketing !
Ce « petit film » à 11 000 dollars en a déjà rapporté plus de 37 millions aux Etats-Unis. D’abord repéré par Spielberg puis oublié sur une étagère, « Paranormal Activity », s’est fait un nom sur la toile grâce à un marketing astucieux (buzz et votes dithyrambiques des internautes) pour passer, ensuite, dans le réseau national des salles de la Paramount. Bluffant !

IPod, la techno-bon sens.
Les ingénieurs de Nokia rêvaient d’un téléphone haute technologie avec GPRS nouvelle génération. Ils ont été quelque peu contredits par le mariage du bon sens et du design avec le développement, depuis 2001, de la gamme IPod de chez Apple. Bonne pioche, la firme à la pomme propose, aujourd’hui, sa propre vision du monde numérique et ça marche !

Je vous invite à continuer la discussion sur les réseaux sociaux, cette autre révolution qui mérite le détour même si leur modèle économique peine à émerger. Rendez-vous sur mon profil Facebook ou Twitter !

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Jean-François Fiorina

« J’ai fait HEC et je m’en excuse… »

La France est un pays de repentance. Le livre de Florence Noiville*, « J’ai fait HEC et je m’en excuse… »* en est la parfaite illustration… Il a cependant le mérite de poser des questions et d’alimenter la réflexion.
J’ai apprécié quelques passages comme cette phrase à l’adresse des banquiers : « votre problème, c’est que vous n’avez pas assez de cons comme moi dans vos équipes. Prenez-moi ! […] Quand l’opération me parait trop belle […], comme je suis un peu bête, je ne signe pas… ». Ou le chapitre I have a dream, tentative de réforme d’HEC sous la forme d’un rêve. J’ai néanmoins eu la fâcheuse impression de lire un pur produit marketing critiquant le… marketing.

Le monde d’HEC et des ESC dont nous parle Florence Noiville a bien évolué depuis 25 ans ! Et les écoles de management françaises, reconnues mondialement, ont fait un travail fantastique depuis.

L’auteure le sous estime dramatiquement. Il suffit de consulter le dernier classement du Financial Times daté du 5 octobre 2009. Pour les Masters en management, six des sept premières places mondiales sont occupées par des écoles françaises ! Il est de bon ton de critiquer et de diaboliser les très « onéreuses » écoles de management qui ne bénéficient, d’ailleurs, d’aucunes subventions ! Leur poids économique, social et académique est cependant incontestable. Et que dire de la vitrine internationale qu’elles offrent à notre pays ? Les temps ont changé, le mur de Berlin est tombé, la mondialisation s’est imposée, tout comme l’économie numérique. Nos écoles forment des jeunes aux profils divers qui font avancer leurs entreprises ! Cela nous motive à faire évoluer, sans cesse, nos manières d’enseigner.

Notre mission est complexe. Les entreprises demandent de jeunes professionnels à la fois opérationnels et capables de s’adapter en permanence. Ils doivent être des managers rompus dans leur spécialité et prêts à passer de poste en poste. Cette aptitude à gérer le management horizontal et vertical est essentielle mais délicate. J’ai abordé dans mes articles précédents cette nécessité impérieuse de les préparer à… l’inconnu, en leur donnant, bien sûr, de solides connaissances métier mais une ouverture, une culture et un sens critique développés.

Qui aurait-pu prévoir les déréglementations actuelles, le développement des réseaux sociaux, une telle succession de crises, l’apparition de comportements générationnels inédits (comme ceux de la fameuse génération Y) ? Comme le chirurgien, nos étudiants doivent apprendre le bon geste répété mille fois sans perdre la capacité d’agir dans l’urgence ou dans un environnement inconnu, tout en conservant leur sang froid ! Florence Noiville considère, par exemple, que les cours d’éthique sont du « pipeau ». La question mérite d’être posée. Mais comment l’enseigner ? Comment aider nos étudiants à ne pas « disjoncter » comme ce bon élève trader que nous connaissons tous ? Nos étudiants ne sont pas, non plus, dans une bulle. Leurs proches ont été touchés par la crise et certains licenciés du jour au lendemain. L’une des clés consiste à leur donner les moyens de construire leur propre grille de lecture du monde.

Nos écoles ont été pionnières en matière de diversité. Il faut accélérer le processus. C’est à la fois la demande des entreprises et la grandeur des écoles de commerce que d’offrir un parcours à chacun. Les salles de classes doivent refléter la diversité de la société. Et recruter cette diversité ne constitue pas un alibi ou une sélection par défaut. Les ESC accueillent des profils sociaux variés, des étudiants provenant de formations différentes. Nos processus de sélection doivent être adaptés à ces populations. Nos écoles bouillonnent ainsi d’idées et d’initiatives. Notre pire ennemi, c’est la pensée unique et le formatage.
Investir les débats de société. Là encore, la demande des entreprises renforce notre conviction de participer encore plus intensément aux grands débats d’idées qui agitent le monde. Nos étudiants sont très actifs dans ce domaine. Par cette ouverture – y compris avec d‘autres établissements du supérieur – nous valoriserons notre Recherche sur des thèmes essentiels comme le stress au travail, les métiers et compétences de demain, les organisations du futur. On doit y être ! Et surtout pas de malthusianisme !
J’en ai assez des atermoiements. Un monde terrible nous attend. Soyons en mouvement !

A la disposition de Florence Noiville pour en discuter !

*Florence Noiville est diplômée d’HEC et de Sciences-Po Paris, titulaire d’une Maîtrise de droit. Elle a débuté sa carrière dans l’analyse financière pour une société américaine. Puis change radicalement de trajectoire en devenant journaliste et écrivain (livres pour enfants, biographie, roman). Elle est l’épouse de Martin Hisrch, Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, membre du gouvernement.

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Jean-François Fiorina

La réforme du lycée selon Nicolas Sarkozy

Présentée solennellement le 13 octobre à l’Elysée, cette réforme fait suite à plusieurs vagues de plans et rapports sur la jeunesse (rapport Sabeg sur la diversité, plan apprentissage, plan jeunes de Martin Hirsch…). La jeunesse n’a jamais vu autant de bonnes fées se pencher sur son berceau. Il est vrai qu’il y a urgence.

Qu’ai-je pensé de cette réforme ? Du bien, même si de nombreuses questions restent entières. Il s’agit plus d’une évolution que d’une Révolution.

Des initiatives qui vont dans le bon sens…

Rééquilibrage des séries, culture gé et esprit critique. C’est d’autant plus important que cela va de pair avec une vraie orientation, choisie et non subie. La série L (langues) sera relancée, S (sciences) rééquilibrée. Et ES (économique et sociale) ? Rien a priori. Dommage, car il y a urgence à rapprocher les étudiants de la sphère économique. Ce rééquilibrage sera utile mais les filières ne doivent pas être exclusives. Les littéraires doivent continuer à faire des maths, et les scientifiques, des humanités. Notre credo en la matière est clair. En témoigne, le double diplôme que peuvent obtenir les étudiants de l’ESC Grenoble avec l’université Stendhal des langues et lettres. La nécessité de renforcer la culture générale et l’esprit critique me paraissent aller dans le même sens. C’est excellent.

Orientation. Là encore, j’approuve. Je me suis longuement expliqué sur cette question dans plusieurs billets. Le fait d’introduire de la souplesse dans le parcours d’orientation et de laisser la possibilité de se réorienter en cas d’erreur ouvre la porte à de véritables parcours d’orientation personnalisés. C’est une bonne chose. Une récente étude explique que 61% des élèves ingénieurs ont choisi leur filière sous l’influence de leurs parents… eux-mêmes ingénieurs. La reproduction des élites, chère à Bourdieu, n’est pas forcément le modèle d’orientation le plus efficace pour les jeunes.

Une des conditions de réussite du plan réside dans la capacité à associer un métier – une filière – un enseignement. Cela signifie que nous devons tous nous parler – profs de lycées – conseillers d’orientation et établissements d’enseignement supérieur. Il faut que l’on soit capable de parler d’une seule voix.

Langues vivantes, accompagnement, autonomie. Là encore, il est impératif d’agir. L’apprentissage des langues doit d’abord donner l’envie de parler en décomplexant les Français sur ce point. Au diable, les fautes de grammaire à l’oral, si le lycéen parle et comprend une langue étrangère ! La meilleure solution, c’est bien sûr de découvrir une culture inconnue avec son petit copain étranger ! Le rôle des missions culturelles et le réseau diplomatique doit être également développé.

Autres prises de positions intéressantes : l‘accompagnement individuel des lycéens, l’autonomie des professeurs et la « non réforme » du baccalauréat. Sur ce dernier point, il s’agit d’être prudent. Le bac est l’un des derniers ciments républicains. Et il me semble important d’évaluer tous les jeunes Français quelque soit leur lycée d’origine. Au nom du principe d’égalité, il faut refuser le « marquage à vie » des zones sensibles. D’autant que les contournements de la carte scolaire plombent certains établissements.

Qui sont les oubliés de la réforme ?

La mission fondamentale du lycée n’a pas été suffisamment clarifiée. Est-il une préparation à l’Enseignement supérieur ? La validation d’un cursus ? Faut-il le considérer comme une étape ? Un passage obligatoire dans l’acquisition des savoirs ? Un filtre ? Une orientation ? Je ressens, par exemple, un manque d’audace vis-à-vis du premier cycle universitaire. Le lycée devrait être un élément de dédramatisation de ce passage. Ou proposer de nouvelles filières…

Et que penser du silence sur les classes préparatoires et les BTS ? Non abordés. Tout comme la réforme des lycées professionnels et technologiques. Seront-ils toujours déconsidérés ?

La question des moyens reste floue. A priori, on va compter sur la créativité budgétaire de l’Etat et sur la bonne volonté des enseignants !

L’autonomie accrue des enseignants est une bonne chose. Ils sont les mieux placés pour comprendre les attentes des lycéens. Mais comment vont-ils gérer ces 2 h de soutien ? Au détriment de quoi ? Seront-ils formés pour ces nouvelles missions comme l’accompagnement de l’orientation ? Le débat est ouvert.

Quid de la semestrialisation ? Comment envisager des échanges entre filières sans formats communs ?

Sur l’autonomie des jeunes, j’abonde bien sûr. Mais rappelons que plus d’autonomie implique plus de devoirs à assumer ! Les lycéens auront-ils les espaces de discussion, les lieux de vie adéquats, les structures participatives pour mettre en place une autre manière de vivre le lycée. Je le conçois comme un espace apaisé, rassurant. L’objectif est de stabiliser ces jeunes, de leur permettre de réfléchir et de se projeter dans l’avenir. Cette question – pourtant essentielle – de la vie lycéenne est occultée sur la forme et sur le fond.

Quelles conséquences pour nous ESC ? En tant que dirigeant d’une grande école, je suis prêt à jouer le jeu. Nous sommes déjà engagés dans de nombreuses démarches d’ouverture en matière de recrutement. Notre objectif est que nos promotions reflètent la société d’aujourd’hui dans toute sa richesse et sa diversité. C’est aussi une demande des entreprises. Pour chaque filière, il faudra construire un parcours sélectif mais accessible qui ne dévalorise personne.

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Jean-François Fiorina

Stress au travail, ne jamais dire « il ne passera pas par moi… »

La souffrance au travail et la douloureuse actualité chez France Télécom m’interpellent directement. D’abord en tant que manager d’une équipe qui vit « pied au plancher » du 1er septembre au 31 août. Nous gérons de nombreux dossiers simultanément, une personne peut se retrouver distancée. Ensuite, en tant qu’interface entre les entreprises et les étudiants qu’ils soient stagiaires ou apprentis, je sens la pression monter sur leurs épaules. Et sur nous, aussi ! Le phénomène de la génération Y n’y est pas étranger, nous devons modifier nos façons de voir. Dernier point, en tant que formateur-directeur d’école, comment  bien préparer ces jeunes à faire face au stress croissant du manager ?

Pourquoi le stress ? Tout métier génère une part de stress plus ou moins envahissante. Il y a des pics liés à l’activité (le bouclage d’un dossier, un coup dur), c’est normal. Par contre, la permanence du stress tue… Cette dérive provient du style de management mais également des process dans les entreprises. Les nouvelles technologies entrent en scène et c’est vraisemblablement ce qui a joué un rôle déclencheur à France Telecom. La mutation technologique des métiers et du marché a oublié l’humain. A aucun moment, il n’y a eu d’élément modérateur. Les NTIC ne doivent pas devenir un alibi pour le dirigeant mais un outil au service du management. On a glissé du manager à l’homme sanction… Autre facteur aggravant, la complexité croissante des phénomènes auxquels nous sommes tous confrontés. Elle amplifie le stress quotidien (mondialisation, interdépendance, accélération des cycles…).

Dans ce contexte, certains individus décrochent. A l’image du Tour de France, quand le rythme s’accélère en montagne, le peloton s’étire pour revenir sur les échappés et les dégâts peuvent être considérables. Idem dans l’entreprise, si son pacte social se fragilise, et que le contexte personnel et familial ne joue plus son rôle refuge, le salarié perd pied. Et la spirale de la destruction s’enclenche.

Comment va t-il évoluer ? Mal. Avec l’allongement inéluctable de la durée du travail, les plus anciens seront en difficulté. Sous pression. Le stress a donc de beaux jours devant lui. De grandes entreprises et services publics se restructurent. Une kyrielle de salariés aux statuts très divers devront affronter le changement, facteur de stress et de perte de repères. On voit bien se profiler cette question pour La Poste avec de probables impacts en interne lors de son changement de statut. Plus inquiétant encore, le cas des petites entreprises qui, elles, n’ont ni les moyens humains, ni technologiques d’accompagner ces mutations. Le stress sera plus aigu dans ces structures. Et si l’hypothèse d’une croissance sans emploi se confirme, les tensions s’accentueront d’autant.

Comment lutter contre le stress ? En plaçant l’homme au centre de l’échiquier. C’est essentiel, et c’est toute la noblesse des écoles de management que de former, selon ce principe, les dirigeants de demain, de leur apprendre à accompagner le changement et à maîtriser leur stress. Là encore, j’insiste sur le fait que pour bien s’y préparer et apprendre à garder une certaine distance, une bonne culture générale et une réflexion éthique s’imposent. La recherche que développent nos écoles sur la question du stress au travail apportera également une aide précieuse.

Le manager d’aujourd’hui fait face à une incertitude et à un stress en 3D ! On peut l’imaginer dans un scénario noir où, dans la même journée, il devra lutter contre une cyber attaque ; rappeler une série de produits à la suite d’une réclamation client ; anticiper un changement de réglementation dans un pays asiatique ; remplacer momentanément des collaborateurs atteints de grippe A ; trouver un substitut à l’un de ses fournisseurs dans les pays de l’Est ; faire face à la chute de son cours en bourse et négocier avec son banquier une ligne de crédit bloquée… S’il transmet tout cela à ses collaborateurs, c’est la panique à bord ! Alors se préparer est essentiel même s’il faut se préparer à… l’inconnu. Et quand le coup de stress survient, s’autoriser une respiration, un dialogue avec ses collègues. La parole est remède dans ces circonstances. Dans le management, je le répète, la place de l’homme est centrale. Dans les crises les plus graves, encore plus….

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Jean-François Fiorina

Plan jeunes, oui mais…

Martin Hirsch, carte maîtresse dans le jeu d’ouverture de Nicolas Sarkozy, a laissé le soin au chef de l’Etat de divulguer – enfin ! – les principales mesures de son « Plan Jeunes », mardi 29 septembre.

L’urgence est là : économique, sociale et éducative. La France a un problème grave avec sa jeunesse. La génération actuellement en formation sera  la première à ne pas forcément bénéficier des mêmes métiers et statuts que la précédente. Nous continuons à consommer par l’endettement massif, l’économie a amorcé un ralentissement global sous nos latitudes et les perspectives dans le secteur du développement durable restent limitées.

Tout cela va peser sur notre jeunesse ! Regardons de plus près quelques mesures du « Plan jeunes », ciblées formation/orientation.

Le service public de l’orientation.
Se repérer dans le millefeuille des formations devient une gageure. D’autant que chaque entité assoit sa visibilité en s’opposant à son voisin ! Public/privé, bac pro/bac général, BTS/prépa, fac/grandes écoles… : ce sont des combats d’un autre âge. L’avenir n’est pas au catalogage mais au travail collaboratif. Je suis donc tout à fait d’accord avec la grande réforme de l’orientation proposée. De bons outils existent mais, là encore, tout est dispersé que ce soit dans la sphère privée (groupe L’Etudiant), ou dans le public avec l’Onisep, l’APEC, l’ANPE, les observatoires des organisations professionnelles, le Centre Inffo, le CIDJ… Pas facile de s’y retrouver !

Mes préconisations pour ce nouveau service de l’orientation sont les suivantes :

–  Bâtir une offre exhaustive et de qualité.
Il manque une approche globale pour faciliter l’information « métiers » du public. Pourquoi ne pas mettre en place un guichet unique pour centraliser les demandes ?  Le « plan jeunes » propose également de labelliser les organismes d’information et de conseil. J’applaudis des deux mains ! Cela permettra de garantir le sérieux du service proposé et d’éviter l’intrusion de margoulins cultivant le discours de la peur pour réaliser leurs affaires…

La rendre dynamique.
L’orientation n’a pas vocation à cataloguer les jeunes, ni de proposer de réponse unique et inique ! C’est la mise en perspective des choix possibles qui doit inspirer le conseil prodigué. Le droit à l’erreur est possible. Proposer des formations mono-métier, très spécialisées comporte un risque. Car les emplois de demain ne sont pas encore connus… Et comme je l’ai rappelé dans un post précédent, le salut dans toute formation, passera par le développement de la culture générale, de la créativité et de l’esprit critique. L’ouverture d’esprit n’appartient pas aux seuls intellos !

–  S‘adapter au fonctionnement des jeunes par la mise en place d’outils ad hoc : web 2.0, interactivité, personnalisation, mobiles…

Permettre l’identification.
Les jeunes n’ont pas une confiance absolue en ma génération. Leur permettre de s’identifier, par l’exemple, à d’autres parcours de collégiens, de lycéens ou d’étudiants crédibiliserait le discours.

Associer les organismes d’enseignement, de formation professionnelle et les entreprises.
Rien de plus efficace pour les pros que de parler directement aux  jeunes. Je me rappelle de la campagne d’information sur les métiers de la boucherie/charcuterie réalisée par le syndicat professionnel lui-même. Résultat : un impact positif et fructueux sur les jeunes. L’orientation n’étant pas vécue comme une sanction mais comme un choix.

Les plateformes « décrocheurs ». Attention fausse bonne idée ! Sur ce point, je suis pour un dispositif temporaire face à l’urgence, mais opposé sur le fond à cette mesure car cela voudrait dire non seulement que le système a atteint ses limites mais qu’il faudra créer des plateformes de « décrocheurs décrochés », etc. Un discours réaliste sur les formations s’impose. Tout le monde ne peut pas prétendre à l’excellence mais toutes les formations et tous les métiers sont honorables. C’est dans ce sens qu’il faut travailler.

L’alternance. Certainement à développer mais pour tout le monde ! En tant que directeur d’ESC, je obligé de refuser 30 à 50 contrats d’apprentissage, chaque année, faute de financements, aussi bien pour des étudiants que pour des entreprises…

Erasmus des apprentis. A 100% oui. Ce serait une manière d’aller plus loin, de prolonger le programme Erasmus par une expérience professionnelle. Complexe à mettre en œuvre, cette idée serait cependant une vraie révolution si elle concernait tous les établissements y compris professionnels. On peut même réinventer un compagnonnage des apprentis à travers l’Europe !

Fonds d’aide, CIVIS, Droit à la formation. Toutes ces mesures vont dans le bon sens mais attention aux cibles et au contrôle des aides. La question du pilotage de ces dispositifs se pose également. Pour le CIVIS, le paiement des aides doit être calé sur des résultats. Et concerner aussi le supérieur car la proportion des étudiants en grande précarité est importante.

Ce « plan jeunes » est, peut-être, une bonne idée mais trop partielle. La condition de sa réussite suppose qu’il y ait d’autres plans (lycée, école, enseignement supérieur…) dans une perspective globale et cohérente. Une multitude de plans* cacophoniques et sans liens serait un échec. Comme on dit chez nous, le gratin est un mélange de « plein de choses » cuites ensemble et non un millefeuille !

* les conclusions du « Plan lycées » de Richard Descoings sont attendues à l’automne, celle du « Plan de relance de l’apprentissage » de Laurent Wauquiez pour décembre 2009. A qui le tour ? Ne serait-on pas en droit de demander d’urgence un Grenelle de la formation et de l’enseignement !

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Jean-François Fiorina

Classeurs/classés : même combat ?

Interpellé par la rédaction du site Educpros sur la question des classements des grandes écoles, je me propose, dans ce billet, de vous expliquer ce que j’en pense, et comment ils s’intègrent dans la vie de l’établissement que je dirige. C’est également le sujet du moment puisque nous sommes actuellement en train de remplir les-dits questionnaires !

Partie prenante du business model.
Le monde ultra concurrentiel des ESC offre un nombre impressionnant de formations fantastiques… dans la limite d’un marketing inversement proportionnel à leur qualité ! Les classements sont donc devenus, au fil du temps, indispensables. Vivre sans eux n’est certainement possible que pour le premier de la liste… Pour nos candidats et leur famille, il s’agit d’un élément de différenciation, d’une photographie de nos performances à un instant donné. Nous y portons une attention toute particulière. Et il faut avoir connu l’ambiance d’un dimanche soir de défaite dans les vestiaires d’un club de foot pour imaginer la déception de perdre une place au palmarès… Les classements ne sont cependant pas une fin en soi, c’est la réalisation du projet de l’école qui prévaut. Viser la première place, coûte que coûte, comme en Formule 1 constitue la meilleure assurance d’échec ! Les classements doivent être perçus comme des instruments de progrès. Les universités françaises auraient-elles réagi avec autant de véhémence, à la suite de la publication « coup de tonnerre » du premier classement de Shanghai en 2003* ?

Savoir les lire.
Les classements doivent être lus dans la durée, année après année, complétés par les accréditations dont disposent certaines écoles de management. En outre, la diversité des « classeurs » et des classements est telle que les comparatifs restent encore délicats. Ils donnent une tendance. Les niveaux de lecture sont divers, et même si le national prédomine, les classements européens et mondiaux se multiplient. De quoi perdre le lecteur dans un dédale de critères, de commentaires et de parti pris…

Améliorer le système.
D’année en année, la qualité des classements augmente sous l’effet conjoint d’une meilleure communication « classeurs »/écoles, et d’une méthodologie de plus en plus aboutie.
Professionnaliser l’existant, rendre les classements encore plus pertinents et compréhensibles, c’est le défi que doivent relever les écoles et les médias « classeurs ». Objectif et intérêt communs bien compris : diffuser une information de qualité. Car la question de la fiabilité de l’information transmise par les écoles reste posée même si de multiples possibilités permettent sa vérification. Autre dilemme : comment gérer la différence, la diversité, les spécificités de chaque établissement comme les admissions parallèles ou les liens privilégiés avec certains milieux industriels ? Toute la difficulté réside dans le fait que les critères de classement, à la fois normatifs pour offrir une certaine homogénéité, ne doivent pas, pour autant, banaliser les écoles et leur créativité. Comment valoriser ainsi la diversité sans se disperser, sans multiplier le nombre de critères au risque de nuire à la lisibilité d’ensemble ? Le débat reste ouvert !
En guise de conclusion, je dirais que les classements permettent aux écoles d’avancer et de se remettre en cause, et aux « classeurs » de gagner en pertinence, ils ne seront pas considérés – dès lors – comme des « faiseurs » ou « défaiseurs » d’écoles.
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*Le chapitre des écoles de management auquel je participe rassemble dix directeurs d’école de commerce dont pour réfléchir, entre autres, à l’optimisation des critères de classement.
*Etabli une première fois en 2003 par la Shanghai Jiao Tong University/Institute of Higher Education, ce classement mondial des 500 meilleurs établissements de l’enseignement supérieur plaçait la première université française en 66ème position.