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Stéphan Bourcieu

La féminisation de l’économie est-elle en marche ?

En serait-il fini du temps (pas si éloigné) des appels à la parité dans le monde des affaires, alors que, simultanément, tout était fait pour maintenir un statu quo déséquilibré ?

De nombreux signaux convergents tendent à démontrer que les femmes sont en train de prendre toute leur place dans l’économie :

• Avec le tiers des entreprises créées par des femmes, la féminisation de l’économie est déjà une réalité. Les recherches menées sur le sujet démontrent d’ailleurs que le genre n’a aucune influence sur la création d’entreprise : les femmes entrepreneurs ont les mêmes atouts à faire valoir que leurs collègues masculins (et les mêmes difficultés), pour des résultats comparables.

• Même si la notion de discrimination positive peut être discutée, la loi soutient également cette féminisation, avec l’adoption le 13 janvier dernier par le parlement d’une loi imposant un quota de 40% de femmes dans les conseils d’administration des entreprises d’ici janvier 2017.

• Enfin, indicateur de cet intérêt croissant, l’exposition médiatique des femmes dirigeants et entrepreneurs explose. L’attribution du Prix de l’Entrepreneur de l’année 2010 par le cabinet Ernst & Young et le magazine L’Entreprise à Aliza Jabès, créatrice de la marque Nuxe, en est une illustration.

La féminisation de l’économie, effet de mode ou tendance de fond ? Même si beaucoup reste à faire pour atteindre la parité, je penche pour la seconde option. Ces exemples concrets d’entrepreneuriat et de gouvernance au féminin semblent bien l’indiquer.

Pour preuve supplémentaire, le fait est que, depuis plusieurs années, les femmes sont majoritaires parmi les diplômés des Grandes Écoles de management. Or la formation ne constitue-t-elle pas le premier maillon indispensable d’une chaine menant aux plus hautes responsabilités managériales et entrepreneuriales ?

Ce post s’appuie sur les travaux de Valérie Ballereau et Emmanuel Zenou, professeurs du Groupe ESC Dijon Bourgogne. Pour aller plus loin :

“Les femmes administratrices sont l’objet de craintes bien traditionnelles”, tribune d’Emmanuel Zenou publiée le 24 janvier 2011 sur LeMonde.fr.

“Entrepreneuriat : La guerre des sexes n’aura pas lieu”, tribune de Valérie Ballereau publiée le 27 janvier 2011 dans La Tribune (p. 36).

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Stéphan Bourcieu

Écoles de management, clubs de foot et sociétés de presse : même combat ?

Et si une école de management était le fruit du croisement d’un club de football professionnel et d’une société de presse ? Cette idée peut paraitre saugrenue et pourtant elle est peut être un reflet fidèle de la réalité de nos écoles.

Comme les clubs de football professionnels, les écoles de management vivent dans un environnement très contraignant. La pression du résultat à court terme y est permanente, et pour l’entraineur comme le directeur d’école, un enchainement de mauvais matchs ou de mauvais classements peut avoir une issue fatale.

Cette pression du résultat est accentuée par la sur-médiatisation qui caractérise ces deux secteurs et se traduit par des réactions émotionnelles fortes de l’environnement (supporters, élèves, diplômés, élus). Enfin, dans un cas comme dans l’autre, la compétition ne se passe pas seulement sur le terrain mais également dans les tribunes, pour attirer les talents, joueurs comme professeurs.

Autant ce parallèle entre écoles et clubs de football a du sens quand on fait référence à l’environnement, autant il en va autrement en matière de culture interne. Loin de l’ambiance virile des vestiaires, c’est à l’atmosphère studieuse des salles de rédaction que les écoles de management font penser. Comme les sociétés de presse, les écoles sont en effet marquées par la domination d’un corps social spécifique : les journalistes dans un cas et les professeurs dans l’autre.

La carte de presse et le doctorat sont les précieux sésames qui permettent de se reconnaître, à tel point qu’il est rare qu’un patron de presse ou qu’un directeur d’école n’en soit pas titulaire. Autre similitude, les journalistes comme les professeurs sont des observateurs critiques, les uns de la Société, les autres des sociétés. Esprits critiques et indépendants qui rendent le management de ces institutions d’autant plus complexe.

Alors la prochaine fois qu’on me demandera comment définir une école de management, ne soyez pas surpris si je réponds que c’est un mix des Échos et de l’AJ Auxerre… (tant que je ne réponds pas Arles-Avignon !).

Pour en savoir plus : “Les écoles de management sur le terrain de la concurrence”, publié le 3 décembre 2010 sur LesEchos.fr.

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Stéphan Bourcieu

Étudiants étrangers : et si on partageait l’addition ?

Dans une récente tribune parue sur LeMonde.fr, je m’interrogeai sur la question des droits de scolarité des étudiants étrangers dans les établissements d’enseignement supérieur français. A l’heure où l’autonomie des universités appelle le besoin de financements complémentaires, on peut se poser la question de l’intérêt de maintenir pour ces étudiants des droits de scolarité équivalents à ceux des étudiants français et européens : de 130 à 550 euros alors que le coût réel des études universitaires est de l’ordre de 8000 euros par an.

On comprend bien l’objectif de maintenir des droits réduits pour les étudiants issus de la francophonie ou dans le cadre de l’aide au développement. En revanche, quel est l’intérêt de faire financer par le contribuable français les études supérieures de jeunes issus des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) dans une compétition économique que l’on sait aujourd’hui mondialisée, où la France n’est pas nécessairement en position de force ?

D’autres pays ont depuis longtemps compris que l’enseignement supérieur était devenu un enjeu majeur dans un environnement concurrentiel mondialisé. Le coût d’un Master dans une université britannique peut varier du simple au double selon l’origine de l’étudiant.

Une telle approche apporterait une manne financière non négligeable aux établissements d’enseignement supérieur français. Elle permettrait également de démontrer la capacité d’attractivité internationale de nos formations d’excellence confrontées à la concurrence internationale sans bénéficier de l’avantage prix que représente le niveau actuel des droits de scolarité.

Pour en savoir plus : “Il faut différencier les droits de scolarité pour les étudiants étrangers”, tribune publiée le 20 janvier 2011 sur LeMonde.fr.

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