Pour un œcuménisme éducatif d’intérêt général.

 

 

Les organismes publics sont souvent contraints dans leurs missions par des définitions strictes de façon à respecter les lois et règlements en vigueur et notamment ceux  de non-concurrence face à des organismes privés.

Mais il est des domaines où des organismes publics ont de fait des missions de type privées et l’inverse. Un cas classique est celui de l’enseignement supérieur à but professionnel.

Tous les diplômés de l’Université ne se disposent pas à aller vers des postes de la fonction publique. Tant s’en faut et heureusement. Une grande majorité se destine à des emplois du secteur privé. C’est un peu le débat qui a motivé les décisions concernant le statut des diplômés de la très renommée Ecole Polytechnique et le remboursement de la « pantoufle » pour ceux qui vont vers le secteur privé.

Pourquoi faire prendre en charge le coût de la formation par la collectivité alors que nombre de diplômés de l’Université vont aller dans le secteur privé ? On voit bien à l’heure actuelle avec les évolutions concernant la taxe d’apprentissage et l’apprentissage que le gouvernement est en train  de distordre encore un  peu plus la situation concurrentielle entre les deux secteurs, en renforçant  une guerre de religion éducative sur fond de dogmatisme pseudo républicain.  Appauvrir le secteur de l’enseignement supérieur  n’est de l’intérêt de personne. La pénurie d’argent public s’installant pour de longues années, il faut recourir à d’autres modes de financement.  Aucune nation ne peut construire un dispositif d’enseignement supérieur sans moyens financiers importants, et ces investissements ont tendance à croître dans le temps compte tenu de l’évolution de la composante des coûts, et des attentes  grandissantes de l’environnement,  des entreprises, des étudiants et des corps professoraux.

La distorsion opère dans les deux sens.

Prenons le cas de l’enseignement du management.

Avec la raréfaction des ressources de type « publiques » (taxe d’apprentissage, subvention consulaire, réforme de l’apprentissage…) les Ecoles de Management françaises privées qui apparaissent en tête des classements internationaux (voire blogs précédents) vont devoir s’efforcer de créer de nouvelles ressources, à partir de leurs expertises existantes, notamment en formation permanente. Leur statut leur permet de la faire, et certaines y réussissent particulièrement bien, comme leurs grands collègues internationaux. Elles devront sans aucun doute également augmenter les frais de scolarité, même si elles s’en défendent aujourd’hui, l’opinion n’étant pas  encore prête.

Elles n’ont cependant pas le droit de délivrer les diplômes de Docteur, sauf HEC. Et par ailleurs la Conférence des Grandes Ecoles, qui les rassemblent, n’existe pas aux yeux du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, MESR, alors que nombre de grandes écoles dépendent de ce même ministère. A titre  de rétorsion les institutions publiques ne font pas partie de la conférence des Grandes Ecoles (CGE) (excepté l’IAE de l’EM Strasbourg), pas plus d’ailleurs que les  Directeurs de Grandes Ecoles font partie de la conférence des Présidents d’universités. Au plan international personne ne comprend ce gallicisme bureaucratique,  cette forme de xénophobie dogmatique.

Il ne sert à rien de  faire des formations de haut niveau gratuites, alors qu’il existe un marché solvable, alors même que ces formations ont un coût réel élevé.

Symétriquement,  les IAE, dont les ressources sont limitées par l’impossibilité de lever des frais de scolarité, alors que la majorité de leurs diplômés vont dans le secteur privé, ne peuvent pas ou peu valoriser leurs ressources d’expertise auprès des entreprises compte tenu des contraintes administratives. Voilà qui est regrettable alors que la réforme de la loi sur la formation professionnelle (voir  un blog précédent) permet d’imaginer des développements possibles, même si les débuts sont chaotiques, et que le gouvernement vient de nommer  un responsable en charge de ce type d’activité au sein de l’université.

 

Appauvrir les IAE, ou les écoles de Management  ne crée aucune richesse ni économique ni intellectuelle, alors que grâce au BSIS (Business School Impact Survey , http://www.fnege.org/nos-programmes/bsis)  de la FNEGE, Fondation Nationale pour l’Enseignement de la Gestion des Entreprises, qui regroupe IAE et écoles de management, une institution contribue  directement au développement de son environnement  par un facteur variable, mais  de l’ordre de plusieurs fois son budget annuel.

Cette forme de discrimination administrative artificielle  biunivoque, empêche que des collaborations intelligentes se construisent entre partenaires à missions identiques et complémentaires,  géographiquement proches. Les tailles des institutions plaident dans ce sens. Le coût de cette rivalité artificielle clochemerlesque est élevé et distrait les institutions de leurs objectifs de développement, que ce soit en recherche, au plan international ou à destination des entreprises, objectifs qu’elles pourraient mieux servir en  mode coopérative pour le bénéfice de leur territoire.

Une exception  réussie aurait pu servir de pilote : la fusion de l’IAE de Strasbourg avec l’IECS qui a donné naissance à l’EM Strasbourg dont on a vu la montée en puissance. Mais le MESR n’aime pas ce genre de succès et cette voie est désormais interdite. C’est d’ailleurs le seul IAE qui indirectement est à la CGE.

Nos dirigeants politiques aiment les rivalités dogmatiques de type EDF/AREVA, et les conflits publics/privés, comme les clivages gauche/droite, quitte à voir partir les meilleurs à l’étranger, comme jadis la révocation  de l’Edit de Nantes le fit avec nos meilleurs entrepreneurs ou  financiers protestants.

La France est bête de ses « dogmes intelligents »!

Ces souhaits utopiques n’ont pas la prétention de pacifier les guerres dogmatiques.  Notre environnement est constitué d’opportunités qu’il serait intéressant de servir plutôt que de se battre pour savoir qui a le meilleur modèle organisationnel,  et de transformer de très bons acteurs reconnus internationalement en « low cost », avec le minimum de services fournis.

En stratégie, sortir d’une impasse stratégique passe souvent par une augmentation de la valeur ajoutée. L’acier, le textile, ou d’autres vieux métiers sont passés par là. L’éducation n’échappe pas à cette analyse.

Les ruptures  technologiques aideront, mais ne se substitueront jamais complètement.

La devise des Pays-Bas est «  L’union fait la force ». L’union dans l’éducation  devrait avoir encore plus d’effets. Certains gallicismes coûtent chers, et cette exception culturelle n’a aucune valeur ajouotée.

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