Le blog de Claude Lelievre

Inégalités scolaires et inégalités sociales

Bien que je sois historien et non pas ‘’géographe’’, je me permets de recommander la lecture ( parfois un peu ardue, mais c’est la rançon des études rigoureuses qu’ils mènent ) du dernier ouvrage de François Dubet et Marie-Duru-Bellat. Ils ne traitent en effet en rien des évolutions dans le temps, mais ils comparent entre eux une trentaine de pays ( « Les sociétés et leur école. Emprise du diplôme et cohésion sociale », Seuil, août 2010, 212 pages, 18 E ).

Il ne saurait être question, en quelques lignes, de ‘’résumer’’ cet ouvrage, ou même de faire état de ses différentes facettes. On se limitera donc à une ‘’entrée en matière’’. On peut penser a priori qu’il existe des pays à fortes inégalités sociales et à fortes inégalités scolaires, des pays à faibles inégalités sociales et à faible inégalités scolaires ,  et même des pays à fortes inégalités sociales et à faibles inégalités scolaires, ou des pays à faibles inégalités sociales et à fortes inégalités scolaires. L’étude menée ( à partir d’un certain nombre d’indicateurs en cours ) montrent que les quatre cas de figures existent bel et bien dans la réalité.

In fine ( et après avoir tenté de saisir par quels ‘’mécanismes’’ cela est possible » à partir de l’étude d’une trentaine de pays ), François Dubet et Marie Duru-Bellat mettent en exergue que « rien ne prouve a priori qu’une école ouverte et équitable produise une société plus mobile et plus juste. Tout dépend de la manière dont les sociétés utilisent les qualifications scolaires et de l’emprise des diplômes sur les positions sociales. Quand un pays considère que les diplômes doivent déterminer strictement les positions sociales, les inégalités scolaires se rigidifient, la lutte pour le diplôme pèse lourdement sur l’école. A l’opposé, les mêmes inégalités joueront un rôle bien différent dans un pays qui développe d’autres systèmes d’accès à l’emploi. Il ne faut donc pas s’intéresser seulement aux conséquences scolaires des inégalités sociales, mais aussi aux effets sociaux des inégalités scolaires. Et c’est dans le jeu de ces deux mécanismes que se tiennent les plus grandes différences entre les pays. L’emprise des diplômes sur la position sociale varie bien plus fortement, dans les pays étudiés, que les inégalités scolaires. Ces sociétés se distinguent  donc davantage par le rôle qu’elles attribuent à ces inégalités dans la distribution des individus dans la structure sociale ».

Tout n’est pas réglé ni prouvé par cette étude, car le champ des interrogations et des enjeux possibles concernant l’Ecole ( et la société ! ) est vaste et déborde à l’évidence le domaine qui a été traité. Mais les ouvrages qui peuvent donner quelques éclaircissements dûment établis pour orienter et éclairer le débat public sur l’Ecole sont finalement assez rares. Et cet ouvrage, à mon sens , en fait indubitablement partie. Bonne lecture !

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Commentaires (2)

  1. Pierre Arnoux

    J’ai lu ce livre avec grand intérêt. Je ne suis pas du tout convaincu par leur façon de fabriquer des indices, qui me semble relever plus du bricolage que d’autre chose; les chifres dont ils partent sont souvent relevés sur une base nationale, avec des biais très différents, et les conclusions que l’on peut en tirer en calculant des covariances ne sont pas solides.

    Ce qui m’a le plus étonné dans ce livre, c’est que l’éducation n’y est considéré que comme mécanisme de sélection, jamais comme donnant des compétences et connaissances réelles. On a l’impression que pour les auteurs, l’augmentation du nombre de bacheliers ou de licenciés a pour unique effet de baisser la valeur de ces diplômes. On finit par avoir l’impression que pour eux, l’alphabétisation n’a aucune valeur intrinsèque, et qu’on pourrait revenir au début du siècle, voire au moyen âge, sans effet réel sur la société!

    Je crois qu’il y a là un contresens majeur. Si on pousse pour que 50% de la population arrive à bac+3, ce n’est pas pour que ces diplômés occupent les 5% d’emplois « privilégiés »; c’est parce qu’à terme, la majeure partie des emplois demanderont cette qualification, de même qu’aujourd’hui il n’y a presque plus d’emplois accessibles aux illettrés en France.

  2. Marie-louise

    J’aime votre post, facile et original.

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