Le blog de Claude Lelievre

BTS: une  »avancée » et/ou un  »piège »? ( 3 )

Finalement, les STS apparaissent dans le livre de Sophie Orange « L’autre enseignement supérieur »,  à la fois comme une ‘’avancée’’ pour les élèves d’origines populaires mais aussi comme une sorte de ’’piège’’ qui tend à limiter leurs aspirations et leurs promotions. C’est un ‘’supérieur inférieur » : un ‘’plus ‘’ donc, mais limité.

Cela apparaît comme une avancée parce que, selon Sophie Orange , les STS accueillent surtout les « nouveaux bacheliers » apparus dans les années 1990 avec la seconde massification de l’éducation, des élèves qui  – pour la plupart – n’étaient guère disposés à poursuivre des études à l’université. Sophie Orange souligne que l’enseignement en STS fait sens pour eux parce que cela correspond à ce qu’ils connaissent  du lycée, et que cet enseignement se passe souvent dans leur lycée avec des enseignants qu’ils connaissent. Avec les STS, on a mis un ‘’certain supérieur’’ à la portée géographique et symbolique d’un nouveau public.

Mais Sophie Orange souligne aussi que si , certes, c’est un enseignement qui élève des enfants des couches populaires, il ne leur donne pas les codes et les compétences pour devenir de vrais cadres : « Si les STS ont participé et continuent de participer à l’insinuation de l’enseignement supérieur en milieu populaire, elles forment des étudiants qui demeurent malgré tout toujours ‘’autres’’ », écrit S. Orange.

Elle s’inscrit en particulier en faux contre l’idée que les STS seraient pour eux un moyen de contournement d’un premier cycle universitaire perçu comme quelque peu aléatoire voire ‘’défaillant ‘’. Elle soutient au contraire que le public réel des STS est précisément celui qui est le moins disposé à envisager ce genre de stratagème pour maximiser une réussite longue (  son enquête montrant d’ailleurs que la plupart  des élèves en STS n’envisagent pas d’études après le BTS ).

Elle insiste surtout sur l’idée que les formations reçues en BTS  sont vraiment à part par rapport au reste du supérieur, ce qui ne  prépare pas  leurs élèves à une poursuite d’études à l’université.
Elle perçoit deux problèmes majeurs à cet égard : d’une part le partage fort différent du volume horaire de cours entre le théorique et le professionnel ( les étudiants de BTS ont relativement moins de cours théoriques que les autres ) et la question vive de l’autonomie d’autre part . « Alors qu’à l’université on valorise l’autonomie – explique Sophie Orange – en BTS on n’a pas du tout d’autonomie. Il y a un contrôle étroit des étudiants.  Cela crée une grande différence entre étudiants d’université et de STS. C’est important car, pour que ces élèves de STS puissent poursuivre des études, il faudrait travailler cette compétence » ; même si elle reconnaît que «  leur rapport à l’autonomie est ambigu. Ils vivent en effet positivement le manque d’autonomie, ils approuvent le contrôle et l’encadrement. Ils sont disposés à ce contrôle par leur cursus et par leur position sociale. Mais le problème c’est que pendant ce temps ces dispositions ne leur sont pas transmises en STS ».

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Commentaires (3)

  1. Lionel Jeanjeau

    Pour être dans un établissement qui a un BTS tertiaire, je peux effectivement attester que l’autonomie des étudiants est une difficulté majeure. Simplement parce qu’ils évoluent en milieu scolaire, et non universitaire. Mais à ce sujet, peut-on considérer que les étudiants de CPGE, qui sont aussi scolarisés dans les lycées, ont plus d’autonomie ? Je ne le pense pas.

  2. bernard-desclaux

    Et il faut sans doute considérer que le BTS et plus une formation professionnelle avant d’être un enseignement supérieur.

  3. Sirius

    Le livre de Sophie Orange ne fera pas date, car il enfonce des portes ouvertes. Les BTS n’ont jamais eu comme mission de former « des vrais cadres ». Et il n’y a pas de « piège ». C’est comme si l’on disait que les formations d’infirmières sont un piège parce qu’elles ne préparent pas celles-ci à devenir médecin. Et encore, de nombreux BTS poursuivent à l’université et dans les écoles.
    Sur le fond du problème, François Vatin a dit l’essentiel. Sélectionner pour les filières courtes et ne pas sélectionner pour les filières longues est la source d’un fantastique gâchis humain et financier.

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