Le blog de Claude Lelievre

L’UNI et la sélection à l’entrée à l’Université

 

Plus d’un quart de siècle après l’échec de la réforme ( »modérée ») envisagée par Alain Devaquet dans lequel l’Union nationale interuniversitaire a eu sa part de responsabilité historique en raison de ses prises de position  »maximalistes », l’UNI tente de remettre à l’ordre du jour la question de la « sélection » à l’entrée à l’université.

 

L’UNI vient de redemander à la ministre de l’Enseignement supérieur ce que Geneviève Fioraso lui avait déjà refusé en septembre : « la mise en place d’un groupe de travail national sur la sélection afin de préparer la rentré prochaine ».

Quelque temps avant les résultats des législatives d’avril 1986 qui déboucheront sur la victoire de la droite et la nomination de Jacques Chirac comme Premier ministre, plusieurs organisations de droite appartenant au monde de l’université ( dont notamment le Groupe d’études pour la rénovation de l’université française et surtout l’UNI) s’étaient mis d’accord sur un texte qui déterminait « les bases de l’autonomie universitaire afin que la concurrence, l’esprit d’initiative et la responsabilité deviennent désormais les maîtres mot d’un système d’enseignement supérieur entièrement nouveau » et qu’en conséquence « les conditions d’accès à l’Université, le régime des études, les grades et les titres universitaires soient déterminés par les universités et leurs établissements ».

 

Ce texte est repris purement et simplement dans l’urgence par les groupes parlementaires des deux partis de droite ( RPR et UDF) qui le déposent comme proposition de loi sur le bureau de l’Assemblée nationale le 11 avril 1986. Et le Premier ministre Jacques Chirac nomme Yves Durand (qui était vice-président de l’UNI), à son cabinet pour suivre les questions d’éducation.

 

Alain Devaquet, ministre délégué auprès du ministre de l’Education nationale chargé de la Recherche et de l’Enseignement supérieur est en retrait sur ces orientations, si l’on en juge par son projet initial présenté le 12 juin 1986.

 

Mais le texte du gouvernement soumis fin juin au Conseil d’Etat pour avis préalable en diffère sur quelques points sensibles. Le texte initial d’Alain Devaquet précisait explicitement que « le baccalauréat est un grade universitaire » et que le premier cycle est « ouvert à tous ses titulaires ». L’article correspondant du nouveau texte est moins net : « Le premier cycle est ouvert aux titulaires du baccalauréat ». D’autre part, l’avant-projet précisait que le recteur devait proposer aux étudiants qui n’auraient pu s’inscrire dans la formation de leur choix « une inscription dans l’académie d’origine ou, à défaut, dans la région ». Le nouveau texte est, là encore, beaucoup plus incertain:  « En cas de nécessité, le recteur propose aux candidats des possibilités d’inscription dans les formations post-secondaires ».

 

Le projet finalement soumis au Parlement fin octobre 1986 indique en son article 31 que « les établissements d’enseignement supérieur déterminent chaque année les conditions d’accès aux différentes formations ». Cette rédaction a été substituée à celle d’Alain Devaquet ( qui, au lieu de « conditions d’accès », avait écrit « critères d’orientation », ce qui avait un sens sensiblement différent) à la demande expresse de Yves Durand, conseiller du Premier ministre Jacques Chirac.

 

Les étudiants et les lycéens se mobilisent alors très rapidement et très fortement contre la loi dite ‘’Devaquet’’. Cela se termine par des manifestations très importantes et des violences à Paris. La pression est telle, à la suite du décès de Malik Oussekine, un jeune matraqué dans la nuit du 5 au 6 décembre, que le gouvernement doit retirer purement et simplement son projet. Cette dramatisation, la puissance du mouvement de rejet parmi les jeunes, les conséquences politiques durables auprès de l’opinion feront qu’il n’y aura plus ensuite de tentatives ouvertes de mise en place d’une sélection à l’entrée à l’Université.

 

 

 

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Commentaires (2)

  1. Kerforne Serge

    Ce n’est ni être de gauche ou de droite que de désirer que les enseignants du supérieur ne fassent plus une sélection hypocrite mais de la FORMATION dès le premier jour d’études supérieures.
    Combien de cohorte d’étudiants d’amphi sont traditionnellement divisés pas 2 voire 3 en cours de première année? Cela ne choque personne?
    Je suis de gauche et contre la sélection de la jungle.
    Et non! le Baccalauréat ne remplit pas cette fonction de même qu’il n’ouvre plus automatiquement la voie administrative comme à son origine.

  2. Kerforne Serge

    cohortes… divisées…
    désolé

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