Le blog de Claude Lelievre

Archives par auteur: Claude Lelièvre

Le fléau de l’Ecole: les parents?

Le 31 janvier, les députées Aurore Bergé et Béatrice Descamps ont sévèrement interpellé les enseignants devant la commission de la Culture et de l’Education de l’Assemblée nationale à partir de leur enquête sur le devenir des recommandations du rapport de 2014 à propos des relations entre l’école et les parents  .Les enseignants ont été accusés de  »diaboliser » les parents, d’écrire des   »remarques désobligeantes voire stigmatisantes dans les bulletins » . Et les deux députées ont mis en garde: « les familles ne peuvent plus être considérées comme suspectes et le temps de la Convention.a vécu » . Eh bien , elles n’y sont pas allées de main-morte ! Il est vrai que, contrairement à une idée répandue, les rapports entre les enseignants et les parents ont de longue date été loin d’être idylliques. Quelques exemples historiques, parmi bien d’autres possibles. « Les parents, ce fléau des écoles, sont convaincus du tort des maîtres. L’enfant indocile répond effrontément aux réprimandes que son maître lui adresse ; et s’il subit une punition ce n’est qu’en menaçant son maître et quelquefois en l’injuriant. Ses parents le soutiennent. Quand le maître, pour mettre une digue à tant d’insubordination veut sévir, l’enfant indocile lui répond fièrement : » je ne veux pas être puni, je… Savoir plus >

Réforme du lycée et du bac: bis repetita et peau de chagrin?

 En lisant les conclusions de la mission dirigée par Pierre Mathiot, on peut se demander si le processus de réduction en peau de chagrin que l’on a connu lors de la réforme du lycée engagée il y a une dizaine d’années n’a pas d’ores et déjà recommencé. Et pour les mêmes raisons. Nicolas Sarkozy, président de la République nouvellement élu, proclame qu’il faudrait un lycée « où chacun pourrait, selon ses goûts, ses compétences et sans référence à une norme préétablie, construire un parcours qui lui ressemble ». Son ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, annonce en mai 2008 qu’il s’agit de bâtir « le lycée à la carte ». En juillet, il précise que l’emploi du temps des élèves serait composé de modules semestriels d’une cinquantaine d’heures dans l’esprit de ce qui se pratique à l’université. Mais les enseignants des diverses disciplines stabilisées dans les différentes filières s’inquiètent quant à la place (désormais non assurée) que leurs disciplines occuperont dans le nouveau dispositif. Et cela dans un contexte où l’annonce du non-remplacement d’un poste sur deux de fonctionnaires partant à la retraite induit une défiance a priori. D’autant que le chef de l’Etat avait indiqué en avril 2008 que ce n’est pas la… Savoir plus >

« Apprendre à apprendre ! », le nouveau défi de Blanquer et Dehaene

  C’est ce qui a été mis en avant lors de la conférence de presse du 11 janvier tenue par Stanislas Dehaene (le président du Conseil scientifique nouvellement créé) en présence du ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer. Et c’est l’un des cinq axes choisis pour le travail du Conseil scientifique : « la métacognition, plus simplement  »apprendre à apprendre » : il est intéressant pour les enfants de se comprendre soi-même, de comprendre comment ils apprennent, de maîtriser les stratégies d’apprentissage ». Le mot d’ordre « apprendre à apprendre » a une longue histoire  qui est loin d’être tranquille. Au contraire, il a été l’objet de furieuses controverses. Le choix de cet axe de travail, et en particulier celui de l’expression « apprendre à apprendre » revendiquée explicitement et publiquement, n’a donc rien d’anodin. Il est même, à certains égards, de l’ordre du  »défi ». « Apprendre à apprendre »  est un mot d’ordre pédagogique qui n’est nullement apparu dans le cadre de la mouvance pédagogique de l’Education nouvelle comme on le croit souvent, et encore moins dans le cadre de  »mai 68 » ou du début des années 1980 (des erreurs historiques qui ne sont pas pour rien dans la vivacité des controverses). Mais elles ont pu être partagées voire propagées, entre… Savoir plus >

Conseil des sages de la laïcité :  »en même temps », ce serait grotesque.

Si l’on en juge par les noms qui circulent avant la réunion de présentation du « Conseil des sages de la laïcité »  qui aura lieu ce lundi 8 janvier, il serait pour le moins incongru (voire grotesque) que certaines des personnalités évoquées siègent ensemble,  »en même temps » comme on dit si bien en ce moment. Par exemple (et ce n’est pas le seul exemple possible..), comment comprendre que Laurent Bouvet puisse envisager (sans renier ses propres professions de foi en faveur d’une stricte et intangible séparation d’avec le religieux quand il s’agit de laïcité) de siéger avec Ghaleb Bencheikh ou Rémi Blague (eux aussi, semble-t-il, nominés, et en tant que représentants experts de telle ou telle confession religieuse) ? Ghaleb Bencheikh, islamologue, théologien, philosophe, est animateur de l’émission radiophonique “Questions d’islam” sur France Culture ; et, depuis l’an 2000, de l’émission Islam sur France 2 . Rémi Brague est un philosophe catholique (spécialiste de la philosophie médiévale arabe et juive) membre depuis 2009 de l’Académie catholique de France, qui intervient volontiers sur  »Radio Courtoisie ». Laurent Bouvet est co-fondateur du  »Printemps républicain » (association créée en 2016 avec le préfet Gilles Clavreul). Professeur de science politique à l’université Versailles-Saint-Quentin (Yvelines), il est le théoricien de « l’insécurité… Savoir plus >

En attendant Mathiot : quid des 9 propositions du 15 janvier 2009 d’un collectif de 19 organisations ?

On devrait connaître au cours du mois de janvier les conclusions de la mission dévolue à Pierre Mathiot sur les réformes du lycée et du baccalauréat. Dans un contexte du même type (à savoir une mission « d’analyse, de compréhension, d’écoute et de proposition » sur la réforme du lycée confiée à Richard Descoings début janvier 2009 par Nicolas Sarkozy), un collectif de 19 organisations avait rendu publiques le 15 janvier 2009 neuf propositions pour réformer le lycée. Ce collectif regroupait notamment des syndicats d’enseignants (SE-Unsa, Sgen-CFDT), des syndicats lycéens ou étudiants (UNL, Unef, Confédération étudiante), des associations éducatives (Ligue de l’Enseignement), des mouvements pédagogiques (Crap-Cahiers pédagogiques) et des associations d’élus (Association des Régions de France). « 1) L’organisation du lycée est modulaire : modules communs et modules d’exploration en seconde ; modules communs et modules de spécialisation progressive en cycle terminal. 2) Les voies générales et technologiques sont fusionnées. 3) Les modalités de la certification terminale (baccalauréat) tiennent compte de cette nouvelle organisation : les modules sont capitalisés après validation en cours de formation. En plus de cette capitalisation, le baccalauréat fait l’objet d’un nombre réduit d’épreuves terminales et d’une épreuve intégrée représentative du parcours de l’élève. 4) Les modules sont définis… Savoir plus >

La grande tradition républicaine du libre choix des manuels mise en cause par Blanquer

A la suite des résultats de l’enquête internationale  »PIRLS » sur la lecture, le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer a annoncé qu’il y aurait dans un avenir proche des « recommandations pour choisir entre des manuels qui ne se valent pas tous », en affirmant tout de go que « la liberté pédagogique n’est pas l’anarchie pédagogique » et que la « liberté éditoriale ne doit pas être une anarchie éditoriale ». Bigre ! Cela annoncerait-il le retour à des pratiques qui ont eu cours sous la Restauration ou durant les deux Empires ? En tout cas, il convient de prendre la mesure de la rupture qui s’opérerait avec la grande tradition républicaine, pièces à conviction historiques à l’appui. Le 6 novembre 1879, le Directeur de l’Enseignement primaire Ferdinand Buisson (dans une note adressée au nouveau ministre de l’Instruction publique Jules Ferry) indique qu’ « il y aurait de graves inconvénients à imposer aux maîtres leurs instruments d’enseignement » et qu’ « il n’y en a aucun à leur laisser librement indiquer ce qu’ils préfèrent ». En conséquence, le ministre de l’Instruction publique Jules Ferry signe le 16 juin 1880 un arrêté qui fait largement appel au concours des enseignants. « Art 1 : Il est dressé chaque année et dans chaque département une liste des… Savoir plus >

Blanquer et la maladie imaginaire

Le ministre de l’Education nationale (  »l’inspecteur gadget » selon  »Marianne ») s’avère incorrigible en brandissant  son épouvantail à moineaux : la méthode globale. Qu’est-ce qui pourrait le guérir : une parodie méritée, le ridicule ? Blanquette.- Je vais de ville en ville, de province en province, pour chercher d’illustres matières à ma capacité, pour trouver des maladies dignes de m’occuper, capables d’exercer les grands et beaux secrets que j’ai trouvés. Je dédaigne de m’amuser à ce menu fatras de maladies ordinaires, à ces bagatelles de fiévrottes, à ces vapeurs, et à ces migraines. Je veux des maladies d’importance, de bonnes fièvres continues, avec des transports au cerveau, c’est là que je me plais, c’est là que je triomphe ; et je voudrais, Monsieur, que vous eussiez toutes les maladies que je viens de dire pour vous montrer l’excellence de mes remèdes, et l’envie que j’aurais de vous rendre service. Professeur des écoles Arguant– Je vous suis obligé, Monsieur, des bontés que vous avez pour moi. Blanquette.- Donnez-moi votre pouls. Ahy, je vous ferai bien aller comme vous devez. Hoy, ce pouls-là fait l’impertinent ; je vois bien que vous ne me connaissez pas encore. Quelle est votre grande référence ? Professeur des écoles Arguant.- Monsieur Roland Goigoux…. Savoir plus >

La dictée dictée par NVB : mon article du 19 septembre 2015

La ministre de l’Education nationale vient d’édicter une dictée quotidienne. Sans compter le calcul mental. 19 sept. 2015 Par claude lelièvre Blog : Histoire et politiques scolaires dans Médiapart  Quid de cette entrée en matière pour une réforme des programmes pensés en même temps depuis le cours préparatoire jusqu’à la troisième, par cycles, pour aller dans le sens de la continuité, de la progressivité et de la cohérence ? Chapeau, le Conseil supérieur des programmes!. A vrai dire, la façon de faire et de dire de Najat Vallaud-Belkacem en l’occurrence n’est pas sans rappeler celle de Jack Lang à la rentrée scolaire 2002 à propos des nouveaux programmes de l’enseignement primaire. « Aux oubliettes la méthode globale ! Place à un horaire spécial pour la grammaire, elle-même recentrée sur la relation entre le verbe et son sujet, et entre le verbe et les compléments. Place au retour de l’orthographe reposant sur l’intelligence de la syntaxe et du lexique. Place à la connaissance exigeante des conjugaisons et à la découverte du vocabulaire. Place aussi à l’écriture cursive et à la prise de notes personnelles au lieu et place de la photocopie. Autre nouveauté qui donnera chair et âme au voyage initiatique dans la langue :… Savoir plus >

Entrées à l’université. L’Avis du Conseil d’Etat in extenso

22 novembre 2017 | Avis consultatif Projet de loi relatif à l’orientation et à la réussite des étudiants Le Gouvernement a décidé de rendre public l’avis du Conseil d’État sur le projet de loi relatif à l’orientation et à la réussite des étudiants. > téléchargez au format pdf Conseil d’État Assemblée générale Séance du jeudi 16 novembre 2017 Section de l’intérieur Section sociale N° 393743 Extrait du registre des délibérations Avis sur un projet de loirelatif à l’orientation et à la réussite des étudiants 1. Le Conseil d’État a été saisi le 2 novembre 2017 d’un projet de loi relatif à l’orientation et à la réussite des étudiants. Ce texte a fait l’objet de deux saisines rectificatives le 14 novembre sur le projet de loi et les 14 et 16 novembre en ce qui concerne l’étude d’impact. 2. Ce projet de loi comporte sept articles qui définissent les conditions dans lesquelles les bacheliers sont inscrits dans une formation du premier cycle de l’enseignement supérieur, instaurent un accès prioritaire dans l’ensemble des formations de l’enseignement supérieur public pour les meilleurs bacheliers dans chaque série et spécialité du baccalauréat, supprime le régime spécifique aux étudiants de prise en charge de leurs frais… Savoir plus >

Emmanuel Bonaparte et Jean-Michel Fontanes

Dans « Libération », et sous l’intitulé « Emmanuel Bonaparte », Laurent Joffrin a filé hier une longue comparaison plus ou moins métaphorique entre Macron et Bonaparte. Il a mis en valeur que notre chef de l’Etat, à l’instar de Napoléon, s’appuyait sur des « techniciens confirmés » (en citant au premier chef Jean-Michel Blanquer). L’alter ego de notre actuel ministre de l’Education nationale a été sous le Premier Empire Louis Fontanes, premier « Grand-maître de l’Université » (une sorte de chef d’un ministère de l’Instruction publique et des Cultes qui ne sera de plein exercice que plus tard, et qui se situe alors au sein du ministère de l’Intérieur car il y va avant tout de l’ordre, de la remise en ordre des esprits après la tourmente révolutionnaire et républicaine). Comme on dit à juste titre,  »comparaison n’est pas raison » (loin s’en faut parfois) ; mais cela peut être suggestif . On commencera par des extraits du texte – certes indicatif – de Wikipédia. « La brillante carrière d’un restaurateur (1799-1821) Louis Fontanes rentre à Paris, d’abord clandestinement, avant le coup d’État du 18 brumaire. ll gagne la faveur de Bonaparte, devenu Premier consul, qui le fait rayer de la liste des proscrits, et le rétablit dans son fauteuil… Savoir plus >