Le blog de Claude Lelievre

collège

Non, VGE, le « collège unique » n’a pas été conçu comme « l’antichambre du lycée »

Contrairement à ce qu’affirme actuellement son principal promoteur, l’ex-président de la République Valéry Giscard d’Estaing, le «collège unique» n’a pas été conçu initialement comme cela, et en particulier par lui. Cela en dit long sur les revirements ou régressions en cours à droite… Dans une interview parue dans «Le Monde» du 19 juin, VGE vient de déclarer en effet que «le collège unique tel que je l’ai pensé […] n’a pas été conçu , quoi qu’on en dise aujourd’hui, comme une annexe du premier degré, mais bien comme l’antichambre du lycée. La même antichambre pour tous» . Selon lui la réforme en cours serait «rétrograde» car elle penserait d’abord aux élèves en difficulté :  Le convoi doit être guidé par les meilleurs, les plus talentueux, pas par ceux qui sont à la peine […]. Mon intention n’a jamais été d’abandonner les élèves les plus fragiles, mais de constituer des groupes au sein du collège unique pour que les meilleurs élèves tirent vers le haut les autres» Pourtant, dans une tribune parue dans «Le Monde» du 21 octobre 1993, le ministre de l’Education nationale de VGE – René Haby– a  tenu à faire valoir que «la formule même de collège unique a été… Savoir plus >

Latin: le point de non retour

Il a eu lieu pour le collège non pas – comme on le croit souvent- à partir de l’institution du  »collège unique »en 1975, mais avant alors que Georges Pompidou (pourtant agrégé de lettres classiques) était président de la République. Le ministre de l’Education nationale Edgar Faure annonce à l’Assemblée nationale le 24 juillet 1968  que« le premier cycle secondaire, dans ses deux premières années, c’est à dire la sixième et la cinquième, devra comporter un enseignement totalement unifié. Ce sont des années d’orientation et d’observation, et il n’est vraiment pas possible de marquer dès le début une démarcation. Cela doit logiquement nous conduire à reporter l’enseignement du latin à la classe de quatrième ». La suppression du latin en sixième est approuvée par les trois fédérations de parents d’élèves et deux des principaux syndicats d’enseignants (le SNES et le SGEN). Mais elle est vivement contestée par la Société des agrégés, la « Franco-ancienne » et le Syndicat national des lycées et collèges (le SNALC). En juin 1969, Georges Pompidou est élu Président de la République. Il écarte Edgar Faure, qu’il n’apprécie guère ; et il nomme Olivier Guichard à la tête du ministère de l’Education nationale. Beaucoup croient que les mesures décidées par Edgar Faure… Savoir plus >

De la culture intensive à la culture extensive du latin

Au XIX° siècle, le latin occupe le quart des horaires d’enseignement de la sixième à la terminale, mais ne concerne qu’environ 1% d’une classe d’âge. Au XXI° siècle, les horaires dévolus au latin sont nettement moins importants, et les cursus moins longs. Mais cela concerne près d’un quart d’une classe d’âge au niveau de la deuxième moitié du premier cycle du second degré. La réforme du collège devrait poursuivre cette évolution, voire l’amplifier. Au milieu du XIX° siècle, dans l’enseignement secondaire classique (le seul secondaire qui existe alors, réservé de fait à moins de 1% des garçons), un lycéen, en suivant un cursus complet de la sixième à la terminale, passe 40% de son temps en latin et grec (deux fois plus en latin qu’en grec) , 13% en français, 11% en histoire-géographie, 11% en mathématiques et en sciences, 8% en langue vivante. Le professeur de lettres classiques (latin-grec-français) se taille la part du lion (d’autant qu’il assure le plus souvent aussi des enseignements d’histoire et de philosophie). C’est la « star » entourée des starlettes maigrelettes des autres disciplines. Des moments cruciaux jalonnent le recul progressif et plus que séculaire du latin dans les cursus du secondaire. En 1880, Jules Ferry… Savoir plus >

L’insoutenable légèreté historique de D. Sallenave

On peut être professeure, écrivaine, membre de l’Académie française et être décidément fâchée avec l’histoire que l’on invoque pour légitimer ses prises de position. Dans un article au titre péremptoire et non justifié ( « Et la gauche oublia l’école ») paru dans « Le Monde », Danièle Sallenave s’en prend au « grand plan numérique »  annoncé par le président de la République le 6 novembre dernier. Derrière ce plan, se cacherait « la misère de la pensée politique en matière de transmission », et la conclusion coulerait de source : «  à l’heure d’Internet, il est temps de réaffirmer la place éminente du professeur ». On passera sur la première confusion historique de Danièle Sallenave qui évoque de fait « le plan informatique pour tous »  en le situant non pas en 1985 mais « dans les années 1990 » (quand on n’aime pas, on ne compte pas), pour en venir à ce qui fait de loin le plus question à savoir la durée « multiséculaire de la transmission »  et corrélativement de « la place éminente de l’enseignant » ( comme elle dit, encore une fois, dans cet article). De nombreux témoignages historiques montrent que ce qui est évoqué par Danièle Sallenave n’est nullement multiséculaire. Dans le cadre limité de ce billet, on n’en prendra… Savoir plus >

La fin du brevet?

  Le Conseil supérieur des programmes envisage de supprimer le brevet et de ne garder que la validation du  »socle commun », les compétences étant appréciées domaine par domaine (quatre compétences par domaine, soit une vingtaine au total, quatre fois moins qu’actuellement dans le livret personnel de compétence  »allégé »).   Le  »brevet » n’ a jamais eu la place emblématique du baccalauréat ou du certificat d’études comme le montrent son histoire assez tourmentée et ses appellations et fonctionnement plutôt instables. Le « Diplôme national du brevet » actuel est le résultat de cette histoire foncièrement compliquée, une histoire qui s’est davantage encore ‘’emballée’’ ces dernières années au point que l’on a abouti à un montage tout à fait composite et intenable où différentes ‘’strates’’ se juxtaposent sans se conjuguer.   Au XIXème siècle, le « brevet » est d’abord et avant tout un « brevet de capacité » qui certifie que l’on est «  en capacité » de devenir maître ( ou maîtresse ) d’école, et plus généralement un examen qui est parfois requis ( directement ou indirectement ) pour être « en capacité » d’exercer certains métiers appartenant à ce que l’on appellerait maintenant la sphère des cadres ‘’intermédiaires’’ ( mais non ‘’supérieurs’’ ) que l’on n’hésitait pas alors à désigner… Savoir plus >

Une rentrée en août? Bouh!

  C’est ce qu’évoquent plus ou moins explicitement certains dirigeants syndicaux à propos de la  »pré-rentrée (ou de la rentrée) future.   Pour de nombreux enseignants, surtout ceux du secondaire, la fin des  »grandes vacances » ne saurait avoir lieu au mois d’août sans déroger à un ordre ancestral dont l’installation historique devrait garantir la légitimité et la pérennité. De fait, même si la durée et la place dans l’année de ces  »grandes vacances » ont sensiblement changé au cours des temps, il est vrai que leur  »fin » n’a jamais coïncidé avec le mois d’août. Au début du XIX° siècle, les ‘’grandes vacances’’ de l’enseignement secondaire allaient du 15 août au 1er octobre. A partir de l’établissement de la troisième République, ces ‘’grandes vacances’’ vont débuter de plus en plus tôt dans l’année ( et durer plus longtemps ). En 1875, il est décidé qu’elles commenceront désormais le 9 août ; puis, à partir de 1891, le 1er août. Il y a alors deux ‘’rentrées’’ en réalité : celle du 1er octobre ( qui perdure ) ; et celle de Pâques ( une vraie rentrée, car il restait environ quatre mois de classe avant les ‘’grandes vacances’’ ). D’où la coupure de 6 jours juste… Savoir plus >

Pourquoi un « Conseil national éducation économie »?

  Ce conseil a été installé le 18 octobre dernier en présence du ministre de l’Education et du Premier ministre, avec pour premier président Jean-Cyril Spinetta ( qui a mené une carrière de chef d’entreprise et qui est un ancien directeur des lycées au ministère de l’Education nationale, tout un symbole).   Pour le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, « il y a au cœur de la relation économie-éducation l’essentiel des questions que nous avons à affronter, pour redresser notre pays, pour retrouver la croissance mais aussi créer des emplois, offrir de nouvelles perspectives à la jeunesse, redonner à la France toute sa force, toute sa puissance ». Le Premier ministre attend de ce nouveau Conseil qu’il aide l’action officielle en ce qui concerne la prospective de l’emploi et l’établissement de la carte des formations, car ce n’est désormais qu’après concertation avec les acteurs économiques et sociaux – et accord entre région et recteur – que les décisions d’ouverture ou de fermeture des formations seront arrêtées. Il attend aussi de ce nouveau Conseil « le développement de l’esprit d’entreprendre, la mère de tout projet : préparer les jeunes à l’entreprise, à y entrer mais aussi à la créer, la faire comprendre dans toutes ses dimensions… Savoir plus >

Le premier « Essai d’éducation nationale »

C’était il y a tout juste un quart de millénaire. Il a été écrit, en 1763, par Louis-René de Caradeuc de La Chalotais (un membre du Parlement de Rennes). Le Parlement de Paris, qui n’appréciait guère les Jésuites (c’étaient des adversaires des  »gallicans » et des alliés de Rome) avait ouvert un débat sur leurs statuts et cherchait à montrer qu’ils étaient un danger pour le royaume. Et, en août 1762, le Parlement de Paris avait décidé finalement la fermeture des collèges jésuites. Dans son « Essai d’éducation nationale » (le titre est significatif) La Chalotais veut une « éducation nationale » parce que « toute nation a un droit inaliénable et imprescriptible d’instruire ses membres ; parce que les enfants de l’Etat doivent être élevés par des membres de l’Etat ». Et il s’en prend tout particulièrement aux Jésuites : « Comment a-t-on pu penser que des hommes qui ne tiennent point à l’Etat, qui sont accoutumés à mettre un religieux au-dessus des chefs d’Etat, leur ordre au-dessus de la patrie, leur institut et des constitutions au-dessus des lois, seraient capables d’élever et d’instruire la jeunesse d’un royaume ? L’enthousiasme et les prestiges de la dévotion avaient livré les Français à de pareils professeurs livrés eux-mêmes à un maître étranger… Savoir plus >

Non seulement des moyens, mais aussi la transformation de l’Ecole

Dans la ligne d’’’ouverture’’ évoquée dans le billet précédent, les syndicats de gauche – de façons certes plus ou moins affirmées – ont réagi à la publication hier des ‘’Regards sur l’éducation de l’OCDE’’ et à la proposition de François Hollande de recréer 60000 postes d’enseignants en demandant non seulement des moyens mais aussi des transformations de l’Ecole. C’est particulièrement net pour le SE-Unsa qui a  tout de suite réagi à la proposition de François Hollande en demandant par la voix de son secrétaire général Christian Chevalier : « Quel projet veut-on pour l’éducation ? Une fois qu’on l’a, on voit comment on peut le financer » ; mais aussi pour le SGEN-CFDT, par la voix également de son secrétaire général Thierry Cadart : « On espère tous que l’on sorte de ce carcan budgétaire qui ne permet rien ; mais personne ne dit qu’il faut remettre les postes exactement là où ils étaient il y a cinq ans ». En réaction à la publication hier des « Regards sur l’éducation de l’OCDE », Guy Vauchel, secrétaire national du SGEN-CFDT a réagi ( selon le « Café pédagogique » de ce 14 septembre ) en soulignant qu’ « il faut… Savoir plus >

Le numérique va-t-il révolutionner l’école?

Luc Chatel vient de déclarer au Salon de l’Education que « l’avenir de l’école ne s’écrira pas à la craie sur un tableau noir » et que «  le numérique doit maintenant révolutionner l’école ». Acceptons–en l’augure, mais avec quelques interrogations en prise avec un  passé pas si lointain. Le ministre a annoncé la mise en place d’un « responsable du numérique » dans chaque collège et lycée, un « grand portail ministériel réunissant toutes les ressources pédagogiques disponibles » et un « plan de formation disciplinaire au niveau du numérique ». Puis il a précisé que « dans, un budget contraint, seront redéployés 60 millions d’euros sur trois ans pour la formation et les ressources ». Ce n’est pas rien, mais on a connu encore mieux comme annonces dans le passé. On ne remontera pas  au plan « informatique pour tous » présenté le 25 janvier 1985 par le premier ministre Laurent Fabius pour un coût prévu de 2 milliards de francs ( dont 1,7 milliards pour l’équipement ), dont le bilan est dans toutes les mémoires. On se contentera de se focaliser sur  le  plan présenté près de 13 ans après, le 17 novembre 1997, par Claude Allègre… Savoir plus >