Le blog de Claude Lelievre

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la neutralisation de l’expression des enseignants: un passif non  »dépassé » »?

L’article 1 du projet de loi sur » l’Ecole de la confiance » et la façon dont est actuellement traitée la libre expression de certains enseignants rouvre un débat aussi vieux que les débuts de l’Ecole de la troisième République. Et il était alors très  »tranché », dans tous les sens du terme Les instituteurs et institutrices deviennent fonctionnaires d’Etat en 1886. Et cela dans un contexte où la syndicalisation est tout à fait interdite aux fonctionnaires. En 1887, Jules Ferry condamne en termes virulents l’ambition de l’Union des instituteurs et institutrices de la Seine d’exprimer elle-même des opinions sur les questions scolaires et de marquer ainsi une certaine indépendance par rapport à l’Etat: « Tout ce qu’il y a d’esprit de révolte, d’orgueil envieux, de prétentions à gouverner l’Etat, dans la minorité brouillonne et tapageuse d’une corporation honnête et modeste éclate dans le tumulte et ce qui est plus grave, apparaît dans les résolutions […]. Si Spuller laisse se constituer cette coalition de fonctionnaires, outrage vivant aux lois de l’Etat, à l’autorité centrale, au pouvoir républicain, il n’y a plus de ministre de l’Instruction publique, il n’y a plus d’inspecteurs » (11 septembre 1887) Circulaire du 20 septembre 1887 d’Eugène Spuller, alors ministre de… Savoir plus >

Le (faible) sentiment d’appartenance à l’Europe: une responsabilité de l’Ecole?

La place très limitée accordée aux questions proprement européennes lors des élections pour le Parlement européen et les faibles participations au scrutin peuvent conduire in fine à cette interrogation, voire à cette interpellation. . En-dessous du titre: « les élections européennes, éternelles mal aimées« , le journal  »Le Monde » du 4 mai a repris l’assertion de Florence Delmotte (professeure de sciences politiques s’intéressant aux processus de légitimation politique et d’identification à l’Europe) comme titre de son interview: « le sentiment d’appartenance ne se décrète pas » Sans doute. Mais il peut se  »cultiver »! C’était en tout cas la conviction profonde de l’historien Ernest Lavisse, le promoteur principal de la mise en place du  »roman national » dans l’enseignement de l’histoire (via en particulier ses manuels d »’Histoire de France » pour le primaire): « tous les sentiments sont susceptibles d’une culture; l’histoire doit cultiver le sentiment patriotique » (cf son article « Histoire » dans le  »Dictionnaire pédagogique » de 1887 dirigé par Buisson). Et son rôle n’a pas été négligeable (loin s’en faut!) si l’on en juge par les controverses contemporaines sur la place du « roman national » (voire du  »récit national ») jugée de façon récurrente insuffisante voire en péril par certains. Peut-être l’un des principaux obstacles au développement d’une vraie culture… Savoir plus >

Qui rappelera à Blanquer que la suspension de la fermeture des écoles n’est pas  »historique »? Sarkozy!

Samedi dernier, Jean-Michel Blanquer a prétendu que « la non fermeture d’écoles primaires est une mesure historique. Elle rompt avec des décennies de fermetures massives dues à l’exode rural« . Il ignore ainsi  »superbement » un précédent dûment établi, en ignorant du même coup totalement l’un de ses prédécesseurs, François Bayrou. Le 8 avril 1993, le tout nouveau Premier ministre Edouard Balladur annonce devant l’Assemblée nationale que « toute suppression de services publics en zone rurale sera suspendue pour six mois« . Ce délai devra être mis à profit par le gouvernement pour étudier un nouveau dispositif. En réalité, le moratoire va durer plus de cinq ans (durant toute la période où François Bayrou est à la tête du ministère de l’Education nationale). Le 17 novembre 1998, le Premier ministre Lionel Jospin annonce la fin du gel de la fermeture des services publics en milieu rural devant l’Association des maires de France: « la politique d’aménagement du territoire ne doit pas se traduire par le statu quo en matière d’implantation des services publics. Elle doit tenir compte des mouvements de population et suppose une plus grande coordination entre les acteurs publics […] Le gouvernement arrêtera dans les prochains mois un dispositif coordonné de pilotage» Ah oui,… Savoir plus >

Non, Debré, la première  »ENA » n’a pas été supprimée par un Empereur!

Jean-Louis Debré vient de prétendre que l’Ecole d’administration créée en mars 1848 dans l’élan de l’institution de la Seconde République a été supprimée par un Empereur, Napoléon III. Par Napoléon-le-petit (à l’instar d’Emmanuel Macron)? En réalité, sa suppression a été décidée par un vote de l’Assemblée nationale (républicaine) en août 1849, le comte Albert de Falloux (le ministre de l’Instruction publique auteur de la réactionnaire  »loi Falloux », vilipendée dès cette époque par Victor Hugo lui-même) étant à la manoeuvre . Cette Assemblée et les ministres n’étaient nullement alors à la botte de Louis-Napoléon Bonaparte. Et c’est même pourquoi il a fait un coup d’Etat le 2 décembre 1851 afin d’instaurer l’Empire et son pouvoir personnel. Falloux est arrêté le lendemain du coup d’Etat à cause de son opposition ouverte à Bonaparte. Libéré peu après, il quitte la politique. Les raisons données par le comte de Falloux lors de la déposition de son projet en faveur de la suppression de la première Ecole d’administration résonnent d’une façon toute particulière dans le contexte actuel: «  Le but avoué du premier projet était d’assimiler les étudiants en droit administratif aux étudiants en sciences exactes et de leur appliquer le régime de l’internat tel… Savoir plus >

Un raté historique du boycott des notes d’examens

En février 1965, le SNES appelle à une grève administrative en vue de tenter de s’opposer à la réforme du secondaire (création de filières A,B, C, D, E, F, G) envisagée par le ministre de l’Education nationale Christian Fouchet. La situation se tend au troisième trimestre. Le Conseil national du SNES des 5 et 6 mai 1965 décide de poursuivre la grève administrative, et demande qu’ « aucune note de composition ne soit donnée au troisième trimestre, y compris dans les classes d’examens » ; que les enseignants ne participent pas aux conseils de classe, et, pour le BEPC (le  « brevet ») et le baccalauréat, qu’ils ne portent sur le livret des élèves que des appréciations « sans mention de notes ». Le ministère fait planer la menace de rétorsions financières sévères, voire de réquisitions. Et quinze jours plus tard, le même Conseil national du SNES estimant que la poursuite de la grève « risquait de rendre difficile le maintien de la liaison, déjà délicate », avec les parents d’élèves, décide de « transformer la forme d’action engagée, en demandant aux syndiqués du SNES de reprendre la communication normale des notes et la participation aux conseils de classe ». Finalement, le 12 juin 1965, un décret instituant des filières A, B, C,… Savoir plus >

 »Faire progresser tous les élèves au collège »

C’est le titre d’un type d’ouvrage dont on n’hésite pas à faire la promotion car il conjugue les références et les réflexions théoriques aux expériences pratiques effectives et aux pistes opératoires possibles. Ce qui est rare, précieux et utile. Il vient d’être publié chez « L’Harmmatan » (220 pages, 22 euros 50) et il est l’oeuvre de deux professeures de collège qui interviennent en formation continue dans leurs disciplines, en  »transversale », et en formation de formateurs dans l’académie de Versailles. Anne-Marie Sanchez est professeure de mathématiques au collège Le Village à Trappes (78). Annie Di Martino est professeure d’histoire-géographie-EMC au collège Anatole France à Claye-Sous-Bois (78). Elles savent de quoi elles parlent, d’où elles parlent et pour qui. Le nombre et la diversité de leurs référents théoriques impressionnent. Et cela d’autant plus que c’est le plus souvent en relation avec des pratiques effectives ou avec des indications pragmatiques claires (ou clarifiées). Quatre domaines sont explorés: « Accompagner les apprentissages’‘ (Apprendre à l’Ecole, des enjeux pour chacun; Apprendre à son rythme; Apprendre les ressources du programme); « Apprendre à mobiliser ses ressources » (Tâches complexes et compétences; Programmation de la mobilisation; Des dispositifs de mobilisation) ; ‘‘Faire évoluer l’évaluation » (La base de l’évaluation; Evaluer pour progresser;… Savoir plus >

 »Réveillons-nous! Pour un monde plus juste ».

C’est le titre d’un livre qui est paru récemment chez  »L’Harmattan » et qui fait partie en fait d’une trilogie dont l’auteur principal est le sociologue Gabriel Langouët. Il a travaillé pour cet ouvrage avec Dominique Groux, professeure émérite en sciences de l’éducation et présidente de l’Association française d’éducation comparée. Dans son livre paru aussi chez L’Harmattan, en 2011, sous le titre « Les inégalités entre Etats et populations de la planète. Trop c’est trop! ») Gabriel Langouët s’était emparé, avec la rigueur qu’on lui connaît, de statistiques plus ou moins éparses concernant 182 pays pour scruter et ordonner les inégalités face à l’espérance de vie ou quant à l’accès aux biens indispensables à la vie ou à la survie (de la nourriture aux soins médicaux),et, bien sûr aussi, les inégalités quant à l’accès des jeunes et des adultes à l’éducation. Et il avait alors procédé à une mise à l’épreuve serrée (et finalement à une validation ) de l’Indice de Développement humain qui a été construit selon les orientations théoriques du prix Nobel Amartya Sen (sur trois composantes : le Produit intérieur brut par habitant, l’espérance de vie et le taux d’accès à l’instruction), en mesurant les effets séparés puis combinés des trois… Savoir plus >

Castaner choisit Sarkozy plutôt que Bayrou. Court historique des policiers à l' »Ecole

Castaner vient de déclarer qu’il « n’exclut pas la présence physique de forces de l’ordre à l’école » ( »avec l’accord du chef d’établissement  » a-t-il précisé par la suite). Ce faisant il choisit la position de Sarkozy à laquelle s’opposait Bayrou dans une querelle historique passée (mais pas dépassée; et en un sens qui en dit long sur le tropisme gouvernemental actuel) Retour en arrière. La question de la violence à l’Ecole est très présente – et plus que jamais – durant la longue campagne de l’élection présidentielle de 2007. Dès février 2006, Nicolas Sarkozy s’empare de ce thème et le développe longuement en appelant à la ‘’mobilisation ». Et, comme il l’avait déjà fait dès janvier 2004, Nicolas Sarkozy appelle de façon réitérée à l’installation permanente de policiers dans les établissements qui en feraient la demande. François Bayrou se démarque très tôt de lui, dès la clôture du colloque sur l’éducation organisé par l’UDF le 11 mars 2006 : « retrouver un collège paisible, cela ne se fera pas avec des policiers dans les établissements scolaires, car si nous acceptons l’idée que la loi de l’école est la même que celle de la rue, alors l’école a perdu. Les valeurs de la rue, c’est… Savoir plus >

Blanquer: sans foi ni loi? Un tournis historique pour faire la loi.

Alors qu’il avait promis qu’il n’y aurait pas de loi »Blanquer », le ministre de l’Education nationale présentera un projet de loi le lundi 15 octobre devant le Conseil supérieur de l’Education. En l’occurrence, il est sans foi sinon sans loi, la sienne. Il ne veut pas faire simplement une loi, mais la loi; avec le moins de contrôle possible ( suppression du CNESCO). A son entrée au ministère de l’Education nationale, et alors que personne ne lui demandait rien à ce sujet, Jean-Michel Blanquer a fait une profession de foi très appuyée le 26 mai 2017: « il n’y aura pas de loi Blanquer, et j’en serai fier ». Une posture de distinction (par rapport à ses prédécesseurs) déjà quelque peu outrée, comme je l’avais noté dans un billet sur Mediapart en date du 29 mai 2017: « Au total, durant toute la cinquième République, seulement sept ministres de l’Education nationale ont donné leur nom à une loi scolaire . Sept sur les trente quatre qui se sont succédé ! Jean-Michel Blanquer  »surfe » (à bon compte!) sur l’idée (répandue, mais fausse) que chaque ministre de l’Education nationale n’a de cesse de donner son nom à une loi (alors que seulement un sur cinq l’a fait…)…. Savoir plus >

Giordan et Dehaene: « Apprendre! »

  Deux ouvrages au même titre ( »Apprendre! ») sont parus à vingt ans d’intervalle. Et ce n’est nullement anecdotique. Le premier ouvrage est paru en 1998, il y a tout juste vingt ans. Il a été écrit par André Giordan , une figure historique de la mouvance dite  »pédago’‘. Plus précisément, André Giordan est agrégé en biologie, spécialiste de la physiologie des régulations et de la didactique des sciences. Il est surtout connu pour son nouveau modèle de l’apprendre, le modèle  »allostérique ». En 2015, il a publié aux éditions Librio un ouvrage qui a eu un grand succès de librairie:  »Apprendre à apprendre Le second ouvrage vient de paraître. Il a été écrit par Stanislas Dehaene, directeur de l’unité de neuroimagerie cognitive, unité mixte INSERM-CEA à NeuroSpin5 dans l’Essonne et professeur au Collège de France à la chaire de psychologie cognitive expérimentale4. Depuis janvier 2018, il préside le Conseil scientifique de l’Education nationale créé à l’iniative du ministre de l’EN Jean-Michel Blanquer (dont il est considéré comme un proche) . Ce conseil scientifique est censé éclairer les décisions du ministre concernant les apprentissages, et la pédagogie ad hoc à mettre en place. Sur son compte  »Facebook », Andé Giordan a réagi d’une… Savoir plus >