Le blog de Claude Lelievre

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« On ne naît pas femme, on le devient »

On peut mieux savoir pourquoi et comment en lisant « L’enseignement ménager en France » qui vient de paraître aux Presses universitaires de Rennes. On doit cet ouvrage remarquable à …un homme, Joël Lebeaume (professeur de sciences de l’éducation à Paris V, spécialiste de l’éducation scientifique et technique). Son histoire didactique de l’enseignement ménager menée sur un siècle (de 1880 à 1980) se situe à la croisée de l’histoire de l’éducation et de l’histoire des femmes, et fait bien voir comment ce type d’enseignement a contribué à une appréhension du  »féminin » qui est loin d’être figée dans le temps. Les titres des parties, des chapitres ou sous-chapitres sont le plus souvent tout à fait évocateurs de ce qu’il en est, et des évolutions . Naissance et organisation d’un enseignement féminin. L’évidence des vertus de la vie domestique et des talents utiles. L’enrôlement de la maîtresse de maison , de la ménagère ouvrière et de la fermière. Préceptes, maximes, recettes, secrets : la tradition au service de l’école de la République. Pour le ministère des femmes. La femme, l’épouse, la mère et l’éducatrice. Les proverbes du ménage. Un parcours initiatique. La science des détails ou la science ménagère. Les esquisses des sciences du foyer et… Savoir plus >

Les élections de parents d’élèves dans l’Ecole publique

C’est la semaine du retour annuel des élections de parents d’élèves ; et c’est le moment de revenir sur l’histoire longue et tourmentée de leurs représentations Cela commence de façon particulièrement tendue. En septembre 1909, les cardinaux et évêques de France préconisent la création d’une nouvelle forme d’organisation, les « associations des pères de famille » : « vous avez le devoir et le droit de surveiller l’école publique. Rien de ce qui est mis entre les mains et sous les yeux de vos enfants ne doit vous échapper : livres, cahiers, images, tout doit être contrôlé par vous ». Finalement, fin janvier 1914, la Chambre des députés vote des dispositions afin d’ « assurer la défense de l’école laïque » contre les parents qui empêcheront leurs enfants de participer aux exercices réglementaires de l’école communale, ou de se servir des livres qui y sont régulièrement mis en usage. Dans l’enseignement secondaire public, une fédération d’associations de parents d’élèves est créée en 1910, essentiellement par des pères d’élèves de milieux bourgeois qui accordent une primauté à la famille dans l’éducation des enfants. En 1926, cette fédération est reconnue officiellement sous le sigle FAPELC (Fédération des associations de parents d’élèves des lycées et collèges). Elle se développe surtout à partir de la… Savoir plus >

L’utilité de l’Ecole nouvelle pour l’Ecole publique

L’école publique considère, la plupart du temps, toute école nouvelle comme un être d’exception qui ne ressemble en rien à ses congénères et peut être assez justement qualifié d’anormal. D’un autre côté, nos amis de l’Education nouvelle jugent trop souvent l’Ecole officielle comme une majestueuse personne au corps usé et aux idées vieillottes, lente à comprendre et à se mouvoir, autoritaire et revêche, toute bardée de citations grecques et latines, gardant sévèrement dans une geôle toute une jeunesse captive. Rien à lui emprunter, rien à lui donner ; elle est d’un autre âge, d’une autre nature, d’un autre idéal ; gardons-nous comme un sacrilèges de tout contact avec elle. Il y a le plus grand danger à laisser se perpétuer ce malentendu. L’école nouvelle doit se considérer (et être considérée par l’école officielle) comme une école expérimentale, comme chargée de tenter une épreuve, ou plus exactement de faire la preuve d’un certain nombre de principes et d’applications qui peuvent, qui doivent devenir un jour, s’ils sont démontrés valables, les principes et les règles de l’école officielle. Nous devons nous considérer – et tâcher d’être considérés – comme les pionniers de l’école d’Etat, chargés d’une tâche qu’elle ne peut faire, mais dont les… Savoir plus >

Non aux dictées en forme de casse-tête chinois!

C’est ce que disait Jules Ferry en 1880 : « A la dictée – à l’abus de la dictée – il faut substituer un enseignement plus libre […] Epargnons ce temps si précieux qu’on dépense trop souvent dans les vétilles de l’orthographe, dans les pièges de la dictée, qui font de cet exercice une manière de tour de force et une espèce de casse-tête chinois ». En 1905, le grand grammairien Ferdinand Brunot va encore plus loin dans une « Lettre ouverte au ministre de l’Instruction publique à propos de la réforme de l’orthographe ».  « Si en effet il y a aujourd’hui une question orthographique vraiment digne d’attention , c’est qu’elle intéresse la totalité des enfants de France; c’est devenu une question d’ordre public. A vrai dire, l’enseignement de l’orthographe a d’autres défaveurs que d’être encombrant. Comme tout y est illogique, contradictoire, que, à peu près seule, la mémoire visuelle s’y exerce, il oblitère la faculté de raisonnement, pour tout dire il abétit..Il a le vice énorme d’incliner plus encore vers l’obéissance irraisonnée. Pourquoi faut-il deux p à apparaître et un seul à apaiser, il n’y a d’autre réponse que celle-ci: parce que cela est. Et comme les ukases de ce genre se répètent chaque jour, ce catéchisme prépare et habitue à… Savoir plus >

La durée de la scolarité obligatoire: un problème récurrent

La mise en place de la « scolarité obligatoire » et ses allongements successifs n’ont pas eu lieu sans difficultés (voire ambiguïtés) récurrentes. La loi  »Ferry » du 28 mars 1882 rend l’instruction obligatoire pour les enfants des deux sexes et précise qu’elle peut être donnée dans des écoles publiques ou des écoles privées, ou bien encore dans la famille. « L’instruction obligatoire » est donc le principe qui fonde (et qui dépasse ou englobe) « l’obligation scolaire ». Elle fixe la durée de scolarisation  »obligatoire » de six ans révolus à treize ans révolus. Mais cette durée de scolarisation peut être diminuée si l’élève obtient le certificat d’études, auquel il est en droit de se présenter dès l’âge de onze ans. Jean Zay, ministre radical sous le Front populaire, fait voter le 9 août 1936 une loi qui porte à quatorze ans révolus (treize pour les titulaires du certificat d’études primaire) l’obligation scolaire. Une classe dite de « fin d’études », avec un programme ad hoc, est créée. Jean Zay, devant certaines réticences qui peuvent parfois être très vives, est amené à la justifier par des « attendus » (qui sonnent d’ailleurs quelque peu curieusement aujourd’hui) :« Cette classe ne saurait à aucun degré être considérée comme un refuge pour les enfants incapables… Savoir plus >

Une  »journée particulière » : les préconisations des ex-ministres de l’EN le 15 janvier dernier

Six mois après la consultation impromptue mais exceptionnelle d’ex-ministres de l’Education nationale invités le 15 janvier dernier au ministère par Najat Vallaud Belkacem, il est désormais possible de prendre connaissance des indications majeures exprimées alors par les uns ou les autres, avec le recul et la distance du temps. A circonstances exceptionnelles, initiative exceptionnelle : une consultation collective sans aucun précédent historique d’ex-ministres de l’Education nationale. Comme il m’a été demandé d’y participer (en tant qu’historien des politiques scolaires), je suis en mesure d’en donner aujourd’hui quelques échos par le truchement (le  »biais » aussi…) des notes que j’ai prises alors. Jean-Pierre Chevènement. Charlie Hebdo a le droit de faire ce qu’il veut, c’est la liberté d’expression ; mais dans l’école, un professeur de dessin n’aurait pas le droit de faire la caricature de Mahomet (cf ce que disait Jules Ferry dans sa célèbre lettre aux instituteurs : « demandez-vous s’il se trouve un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire ; ayez la plus grande réserve dès que vous risquez d’effleurer un sentiment religieux dont vous n’êtes pas juge » . L’essentiel, c’est la transmission du savoir, des valeurs républicaines. Il faut faire aimer la France à travers ses grandes luttes, ses… Savoir plus >

Un palier de plus dans l’entrisme du FN à l’Ecole

Marine Le Pen vient d’envoyer une « Lettre aux collèges de France » à destination des « proviseurs, professeurs et personnels de l’éducation ». Il s’agit d’ailleurs moins de se préoccuper du  »collège’‘ en tant que tel, que des  »collègues » que le Front national tente d’approcher en se fondant sur l’attachement traditionnel des professeurs de l’enseignement secondaire français aux disciplines. Dans cette logique, on ne sera pas autrement surpris de la  »focale » de l’intervention de la présidente du Front national: « le point le plus consciencieusement dissimulé par le gouvernement, et certainement le plus dangereux, est la diminution massive des heures de cours consacrés aux enseignements disciplinaires ». Marine Le Pen montre sa méconnaissance du dossier en prétendant que « la réforme du collège a été votée par le Conseil supérieur des programmes » (alors que ce dernier n’a fait que des propositions de programmes pour l’ensemble de l’école obligatoire, soumises actuellement à la discussion des enseignants ; et que « la réforme du collège » – avec ses dimensions structurelles et organisationnelles- a été, elle, le fait du ministère)… La présidente du Front national avance finalement plusieurs propositions : « suppression du collège unique », « suppression du principe d’interdisciplinarité au collège et au lycée », «  redistribution des heures au profit des fondamentaux » (… Savoir plus >

Quand le ministère de l’EN parlait d’armistice au lieu de capitulation

C’était il y a vingt ans. François Bayrou était ministre de l’Education nationale et avait suivi de près personnellement l’élaboration du programme d’histoire pour l’enseignement primaire. Le Conseil supérieur de l’éducation avait donné un avis largement positif au projet de programme dans sa séance du 10 décembre 1994. Mais le ministre avait décidé de le peaufiner. « Dans une sorte de prolongement ministériel de son activité de biographe du  »roi libre, Henri IV » , un succès de librairie, le ministre de l’Education nationale François Bayrou décidait d’ajouter quelques grandes figures symboliques […] Henri IV naturellement ; Saint-Louis, bien sûr, sur lequel il avait en train un nouveau livre » ( « Le Monde »du 22 mars 1995). Et l’arrivée du cinquantenaire du 8 mai 1945 imposait que l’on retienne cette date. Ce fut fait. Mais l’étonnement fut grand (pour certains) à la lecture du BO de mars 1995 présentant le programme définitif d’histoire pour le primaire. On y lisait : « 8 mai 1945 : armistice de la seconda guerre mondiale » dans le chapitre consacré au XX°siècle. « Emoi au sein de l’association des professeurs d’histoire-géographie et de son président d’honneur Jean Peyrot.  »La capitulation sans condition de l’Allemagne, le 8 mai 1945, transformée en armistice, ça c’est un… Savoir plus >

L’enseignement de l’histoire au pilori

L’histoire fait partie des passions françaises. Et comme toute passion, elle a ses chemins de croix. Retour sur un moment particulièrement crucial, en 1980. Débat sur « Les Français et l’enseignement de l’histoire » organisé par la revue « Historia » à Paris le 4 mars 1980 Jean-Pierre Chevènement s’en prend à ce qu’il appelle « l’européisme, le mondialisme et l’économisme » de programmes d’histoire par trop « américanisés » : « Bayard vaut mieux que Superman » ajoute-t-il en déclarant que « l’histoire éclatée correspond à une société éclatée » Louis Mexandeau (délégué général du parti socialiste à l’éducation nationale) dénonce « une entreprise idéologique délibérée qui vise à priver les Français de la connaissance de leur passé », derrière laquelle il suspecte la progression d’ « un atlantisme pédagogique » Pierre Goubert, professeur d’histoire à la Sorbonne, stigmatise « l’offensive d’obscurantisme méchant qui se dissimule sous le charabia des sociologues et pédagogues américains dépassés depuis quinze ans ». Jean-Marie Le Pen affirme que « la bourgeoisie mondialiste et l’internationalisme marxiste assassinent l’histoire nationale et l’amour de la patrie » Michel Debré déplore que l’on mette « la nation aux oubliettes » en appliquant à tort « les apports de l’école historique française » ( les  »Annales »), par le biais des monographies villageoises ou des études de cas. Et il s’emporte contre « un quarteron de faux-sages »… Savoir plus >

Qui a dit? Et quand? Voyage dans le temps de  »l’autonomie »

1) Chaque parcelle des connaissances humaines tend naturellement à pénétrer dans l’enseignement , chaque spécialité – et avec raison- se trouve avoir des défenseurs. On finit ainsi par donner l’hospitalité à toute demande nouvelle dans les programmes. De la d’énormes compilations encyclopédiques, qui sont un peu comme les professions de foi électorales de l’enseignement secondaire; et l’enseignement secondaire ne tient pas et ne peut pas tenir toutes les promesses qu’il a faites » 2) « L’élève du secondaire passe à travers les classes comme un voyageur qui force les étapes pour arriver le plus vite au but. Et le professeur du secondaire est tellement habitué à être une sorte de bureaucrate qui a des heures fixes de travail en dehors desquelles il ne doit rien, que si on lui demande quelque chose en dehors de ce qui est strictement prescrit, il se croit lésé » 3) « Les jours où les professeurs auront appris à se considérer comme les membres d’une sorte de petite cité enseignante, ils cesseront d’être ce qu’ils sont trop souvent aujourd’hui, c’est à dire des fonctionnaires de passage. Aujourd’hui, ils sont les serviteurs dévoués de l’Etat ; mais ils ne se sentent pas attachés à leur établissement. Sous le nouveau régime… Savoir plus >