Le blog de Claude Lelievre

refondation de l’Ecole

Le cœur du réacteur de la refondation a bien fonctionné!

Contrairement à ce que certains (mauvais) augures ont prédit à plusieurs reprises ces deux dernières années, le Conseil supérieur des programmes installé il y a deux ans est allé avec honneur jusqu’au bout de sa première mission que l’on peut qualifier d’historique.   Et cela en dépit de certaines turbulences incontournables (en particulier dans le domaine de l’enseignement de l’histoire, une de nos passions françaises qui n’incitent pas à être vraiment raisonnable). Mais le fait est là ; et il est advenu sans drames majeurs (ce qui a pour effet qu’il passe médiatiquement le plus souvent quasi inaperçu) : pour la première fois dans notre histoire scolaire, les programmes de la scolarité obligatoire – depuis le cours préparatoire jusqu’à la troisième – ont été pensés ensemble, toutes disciplines confondues, par cycles successifs de trois années . Et cela-même devrait assurer un net progrès dans la continuité et la cohérence des progressions, et dans leur faisabilité. La démission du premier président du CSP à l’été 2014 (qui avait été d’ailleurs nommé à ce poste par défaut en janvier de cette même année, suite à la décision finale de celui qui avait été initialement pressenti par le ministère) a provoqué certes une perte de temps… Savoir plus >

L’immigration ne devrait pas être traitée comme un  »détail » de l’histoire

Elle est pourtant toujours réduite à la portion congrue dans les nouveaux programmes d’histoire de l’Ecole obligatoire alors même que la question de l’immigration est sur le devant de la scène, et sans doute pour bien des années. On pourra certes objecter qu’il ne faut pas surcharger les programmes si on veut qu’ils soient effectivement traités et surtout maîtrisés par les élèves. Et l’on aura mille fois raison. Mais cela signifie qu’il faut savoir choisir, quitte à  »sacrifier » des questions secondaires (et parfois traditionnellement traitées) à ce qui apparaît manifestement de plus en plus essentiel pour que les (futurs) citoyens aient davantage de repères pour mieux se situer, en particulier sur cette question ( à la fois vive, complexe et d’avenir). Là aussi, comme cette question est  »vive », on peut certes comprendre que l’on y va avec beaucoup de retrait (voire à reculons). Pourtant, c’est ce qui a des enjeux qui fait le plus souvent sens et suscite l’intérêt véritable. C’est certes plus difficile et plus délicat à traiter que des questions (presque)  »mortes ». Mais c’est aussi ce qui donne en réalité sa dignité et son plein enjeu à l’enseignement de l’histoire, qui a entre autres pour tâche de contribuer à… Savoir plus >

L’intégration des élèves immigrés à la loupe

Le nouveau « PISA à la loupe » (n°57) s’est focalisé sur les résultats des élèves immigrés à partir notamment des résultats au PISA 2013. Cette nouvelle étude tombe à pic en ces temps troublés pour redresser quelques idées reçues et ouvrir des perspectives. Une idée reçue tenace est mise à mal par cette étude, à savoir celle qui voudrait qu’au-delà d’un certain seuil, une forte proportion d’immigrés ait une incidence négative sur la performance d’un système d’éducation : « Selon les données de l’OCDE, il n’existe pas, dans les pays de l’OCDE, de corrélation significative entre le pourcentage d’élèves immigrés et la performance des élèves […]. Après contrôle du niveau niveau socio-économique des élèves et des établissements, la différence moyenne de performance entre les établissements présentant une forte concentration d’élèves immigrés et ceux n’en scolarisant aucun s’établit à 5 points de score, et n’est plus statistiquement significative dans la plupart des pays. L’enquête PISA révèle ainsi que ce n’est pas la concentration d’élèves immigrés dans un établissement, mais plutôt celle d’élèves défavorisés, qui entrave la réussite tant des élèves immigrés que de leurs pairs autochtones ». Perspectives d’avenir. « Les systèmes d’éducation jouent un rôle important dans la réussite des élèves immigrés, comme en atteste la… Savoir plus >

Les élections de parents d’élèves dans l’Ecole publique

C’est la semaine du retour annuel des élections de parents d’élèves ; et c’est le moment de revenir sur l’histoire longue et tourmentée de leurs représentations Cela commence de façon particulièrement tendue. En septembre 1909, les cardinaux et évêques de France préconisent la création d’une nouvelle forme d’organisation, les « associations des pères de famille » : « vous avez le devoir et le droit de surveiller l’école publique. Rien de ce qui est mis entre les mains et sous les yeux de vos enfants ne doit vous échapper : livres, cahiers, images, tout doit être contrôlé par vous ». Finalement, fin janvier 1914, la Chambre des députés vote des dispositions afin d’ « assurer la défense de l’école laïque » contre les parents qui empêcheront leurs enfants de participer aux exercices réglementaires de l’école communale, ou de se servir des livres qui y sont régulièrement mis en usage. Dans l’enseignement secondaire public, une fédération d’associations de parents d’élèves est créée en 1910, essentiellement par des pères d’élèves de milieux bourgeois qui accordent une primauté à la famille dans l’éducation des enfants. En 1926, cette fédération est reconnue officiellement sous le sigle FAPELC (Fédération des associations de parents d’élèves des lycées et collèges). Elle se développe surtout à partir de la… Savoir plus >

L’utilité de l’Ecole nouvelle pour l’Ecole publique

L’école publique considère, la plupart du temps, toute école nouvelle comme un être d’exception qui ne ressemble en rien à ses congénères et peut être assez justement qualifié d’anormal. D’un autre côté, nos amis de l’Education nouvelle jugent trop souvent l’Ecole officielle comme une majestueuse personne au corps usé et aux idées vieillottes, lente à comprendre et à se mouvoir, autoritaire et revêche, toute bardée de citations grecques et latines, gardant sévèrement dans une geôle toute une jeunesse captive. Rien à lui emprunter, rien à lui donner ; elle est d’un autre âge, d’une autre nature, d’un autre idéal ; gardons-nous comme un sacrilèges de tout contact avec elle. Il y a le plus grand danger à laisser se perpétuer ce malentendu. L’école nouvelle doit se considérer (et être considérée par l’école officielle) comme une école expérimentale, comme chargée de tenter une épreuve, ou plus exactement de faire la preuve d’un certain nombre de principes et d’applications qui peuvent, qui doivent devenir un jour, s’ils sont démontrés valables, les principes et les règles de l’école officielle. Nous devons nous considérer – et tâcher d’être considérés – comme les pionniers de l’école d’Etat, chargés d’une tâche qu’elle ne peut faire, mais dont les… Savoir plus >

Non aux dictées en forme de casse-tête chinois!

C’est ce que disait Jules Ferry en 1880 : « A la dictée – à l’abus de la dictée – il faut substituer un enseignement plus libre […] Epargnons ce temps si précieux qu’on dépense trop souvent dans les vétilles de l’orthographe, dans les pièges de la dictée, qui font de cet exercice une manière de tour de force et une espèce de casse-tête chinois ». En 1905, le grand grammairien Ferdinand Brunot va encore plus loin dans une « Lettre ouverte au ministre de l’Instruction publique à propos de la réforme de l’orthographe ».  « Si en effet il y a aujourd’hui une question orthographique vraiment digne d’attention , c’est qu’elle intéresse la totalité des enfants de France; c’est devenu une question d’ordre public. A vrai dire, l’enseignement de l’orthographe a d’autres défaveurs que d’être encombrant. Comme tout y est illogique, contradictoire, que, à peu près seule, la mémoire visuelle s’y exerce, il oblitère la faculté de raisonnement, pour tout dire il abétit..Il a le vice énorme d’incliner plus encore vers l’obéissance irraisonnée. Pourquoi faut-il deux p à apparaître et un seul à apaiser, il n’y a d’autre réponse que celle-ci: parce que cela est. Et comme les ukases de ce genre se répètent chaque jour, ce catéchisme prépare et habitue à… Savoir plus >

Les atteintes à la personne d’autrui et l’Ecole

Elles sont désormais désignées comme un problème à résoudre durant toute la scolarité obligatoire : « le racisme, l’antisémitisme, le sexisme, la xénophobie, l’homophobie, le harcèlement » Pour la première fois, dans le cadre du « programme d’enseignement moral et civique » arrêté en juin 2015, elles font partie du programme d’enseignement des cycles 2, 3 et 4 (du cours préparatoire à la classe de troisième), en continu. La circulaire de rentrée du 4 avril 2008 (en vue de la rentrée scolaire 2008) avait déjà indiqué qu’une « importance particulière devait être accordée aux actions visant à prévenir les atteintes à l’intégrité physique et à la dignité de la personne : violences racistes et antisémites, violences envers les filles, violences à caractère sexuel, notamment l’homophobie ». Mais c’était dans le cadre prioritaire de la prévention des violences à l’Ecole, et non dans le cadre plus général des programmes. Les programmes du primaire publiés un peu plus tard – le 19 juin 2008 – indiquent eux, de façon lapidaire, :« refus des discriminations de toute nature ». Et, parmi les programmes d’histoire-géographie-éducation civique du collège datant du 28 avril 2008, on trouve, uniquement pour la classe de cinquième,  sous la rubrique : « Des êtres humains, une seule humanité » : « assimiler les différentes cultures à… Savoir plus >

La durée de la scolarité obligatoire: un problème récurrent

La mise en place de la « scolarité obligatoire » et ses allongements successifs n’ont pas eu lieu sans difficultés (voire ambiguïtés) récurrentes. La loi  »Ferry » du 28 mars 1882 rend l’instruction obligatoire pour les enfants des deux sexes et précise qu’elle peut être donnée dans des écoles publiques ou des écoles privées, ou bien encore dans la famille. « L’instruction obligatoire » est donc le principe qui fonde (et qui dépasse ou englobe) « l’obligation scolaire ». Elle fixe la durée de scolarisation  »obligatoire » de six ans révolus à treize ans révolus. Mais cette durée de scolarisation peut être diminuée si l’élève obtient le certificat d’études, auquel il est en droit de se présenter dès l’âge de onze ans. Jean Zay, ministre radical sous le Front populaire, fait voter le 9 août 1936 une loi qui porte à quatorze ans révolus (treize pour les titulaires du certificat d’études primaire) l’obligation scolaire. Une classe dite de « fin d’études », avec un programme ad hoc, est créée. Jean Zay, devant certaines réticences qui peuvent parfois être très vives, est amené à la justifier par des « attendus » (qui sonnent d’ailleurs quelque peu curieusement aujourd’hui) :« Cette classe ne saurait à aucun degré être considérée comme un refuge pour les enfants incapables… Savoir plus >

Une  »journée particulière » : les préconisations des ex-ministres de l’EN le 15 janvier dernier

Six mois après la consultation impromptue mais exceptionnelle d’ex-ministres de l’Education nationale invités le 15 janvier dernier au ministère par Najat Vallaud Belkacem, il est désormais possible de prendre connaissance des indications majeures exprimées alors par les uns ou les autres, avec le recul et la distance du temps. A circonstances exceptionnelles, initiative exceptionnelle : une consultation collective sans aucun précédent historique d’ex-ministres de l’Education nationale. Comme il m’a été demandé d’y participer (en tant qu’historien des politiques scolaires), je suis en mesure d’en donner aujourd’hui quelques échos par le truchement (le  »biais » aussi…) des notes que j’ai prises alors. Jean-Pierre Chevènement. Charlie Hebdo a le droit de faire ce qu’il veut, c’est la liberté d’expression ; mais dans l’école, un professeur de dessin n’aurait pas le droit de faire la caricature de Mahomet (cf ce que disait Jules Ferry dans sa célèbre lettre aux instituteurs : « demandez-vous s’il se trouve un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire ; ayez la plus grande réserve dès que vous risquez d’effleurer un sentiment religieux dont vous n’êtes pas juge » . L’essentiel, c’est la transmission du savoir, des valeurs républicaines. Il faut faire aimer la France à travers ses grandes luttes, ses… Savoir plus >

La loi Haby a été promulguée il y a quarante ans déjà

C’était le 11 juillet 1975. Elle avait été précédée (et elle a été suivie) de mises en cause très vives, en particulier à propos de ce que l’on appellera plus tard le  »collège unique » (qui avait été voulu personnellement par le président de la République Valéry Giscard d’Estaing et non par son ministre de l’Education nationale René Haby). « Article 4 :Tous les enfants reçoivent dans les collèges une formation secondaire. Celle-ci succède sans discontinuité à la formation primaire en vue de donner aux élèves une culture accordée à la société de leur temps. Elle repose sur un équilibre des disciplines intellectuelles, artistiques, manuelles, physiques et sportives et permet de révéler les aptitudes et les goûts. Elle constitue le support de formations générales ou professionnelles ultérieures, que celles-ci la suivent immédiatement ou qu’elles soient données dans le cadre de l’éducation permanente. Les collèges dispensent un enseignement commun, réparti sur quatre niveaux successifs. Les deux derniers peuvent comporter aussi des enseignements complémentaires dont certains préparent à une formation professionnelle ; ces derniers peuvent comporter des stages contrôlés par l’État et accomplis auprès de professionnels agréés. La scolarité correspondant à ces deux niveaux et comportant obligatoirement l’enseignement commun peut être accomplie dans des classes préparatoires… Savoir plus >