Le blog de Claude Lelievre

refondation de l’Ecole

De nouvelles assises pour l’Ecole?

L’Ecole s’est retrouvée au premier rang lors des événements dramatiques de janvier. C’est une tradition de longue portée historique en France de penser que l’Ecole doit (et peut) avoir un rôle tout particulier dans la résolution des problèmes majeurs (ce qui est parfois lourd à porter, car cet  »excès d’honneur » initial peut se solder ensuite par  »un excès d’indignité » final…). Toujours est-il qu’elle a fait face et qu ‘une « grande mobilisation de l’Ecole pour les valeurs de la République » a été engagée . On peut penser que, dans ce cadre, c’est la sagesse même de tenter d’élargir les assises de la réponse en en débattant et en l’amplifiant avec d’autres partenaires. Le processus lancé aujourd’hui par le Premier ministre Manuel Valls, la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem et le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports Patrick Kanner (devant les préfets, les recteurs et les IA-DASEN réunis à la Sorbonne) est donc fort bien venu. Ce processus d’ « Assises de l’Ecole pour les valeurs de la République » devrait aboutir à une « synthèse nationale » non pas repoussée aux calendes grecques (comme il arrive…), mais présentée dans trois mois, à la mi-mai. Cela commencera par une série de « réunions sur… Savoir plus >

Marseillaise, canonniers, Ulm et ESPE

Les piques (de  »sans-culottes » ou de  »post-soixante-huitards » ?) n’ont pas manqué à l’évocation de l’éternel retour de la Marseillaise à l’Ecole. Il y a trente ans, Jean-Pierre Chevènement a tenté urbi et orbi de la remettre à l’honneur. Il y a 10 ans, elle a été inscrite, dans la loi (la loi d’orientation de 2005). Et cela a été deux simples coups de baïonnettes dans l’eau. Faut-il en faire toute une histoire ? A propos d’histoire justement, on ne peut manquer de faire le rapprochement entre le principe ( »mobilisateur » et  »démultiplicateur ») du « plan exceptionnel de formation continue » commençant en urgence par la formation avant la prochaine rentrée de 1000 enseignants, chefs d’établissement, directeurs d’école ou autres afin qu’ils deviennent eux-mêmes formateurs pour d’autres (et ainsi de suite?) en matière de laïcité et d’enseignement moral et civique, et le principe ( »démultiplicateur ») qui a présidé sous la Révolution française à ce qui est resté dans l’Histoire sous le nom de l’Ecole des canonniers. Par l’arrêté du 14 pluviose an II ( en 1794), le Comité de salut public décide que 1000 citoyens pris parmi les canonniers et la garde nationale doivent suivre, à Paris, des cours sur le raffinage du salpêtre, la fabrication de… Savoir plus >

« La lutte anticléricale,oui! La lutte antireligieuse, jamais! »

La situation dans laquelle nous nous trouvons n’est pas vraiment neuve, car elle a été à certains égards constitutive de l’institution de l’Ecole laïque et républicaine. Jules Ferry au Sénat le 10 juin 1881 :« Nous sommes institués pour défendre les droits de l’Etat contre un certain catholicisme, bien différent du catholicisme religieux, et que j’appellerai le catholicisme politique. Quant au catholicisme religieux, qui est une manifestation de la conscience d’une si grande partie de la population française, il a droit à notre protection […]. Oui , nous sommes entrés résolument dans la lutte anticléricale ; je l’ai dit et la majorité républicaine m’ a acclamé quand j’ai tenu ce langage. Oui nous avons voulu la lutte anticléricale, mais la lutte antireligieuse, jamais, jamais » Qu’est-ce à dire ? La « question laïque » est fondamentalement liée à l’institution même de la République. C’est ce que développe très nettement Jules Ferry dans son discours du 23 décembre 1880 à la Chambre des députés : « Il importe à la sécurité de l’avenir que la surintendance des écoles et la déclaration des doctrines qui s’y enseignent n’appartiennent pas aux prélats qui ont déclaré que la Révolution française est un déicide, qui ont proclamé comme l’éminent prélat que j’ai l’honneur de… Savoir plus >

L’insoutenable légèreté historique de D. Sallenave

On peut être professeure, écrivaine, membre de l’Académie française et être décidément fâchée avec l’histoire que l’on invoque pour légitimer ses prises de position. Dans un article au titre péremptoire et non justifié ( « Et la gauche oublia l’école ») paru dans « Le Monde », Danièle Sallenave s’en prend au « grand plan numérique »  annoncé par le président de la République le 6 novembre dernier. Derrière ce plan, se cacherait « la misère de la pensée politique en matière de transmission », et la conclusion coulerait de source : «  à l’heure d’Internet, il est temps de réaffirmer la place éminente du professeur ». On passera sur la première confusion historique de Danièle Sallenave qui évoque de fait « le plan informatique pour tous »  en le situant non pas en 1985 mais « dans les années 1990 » (quand on n’aime pas, on ne compte pas), pour en venir à ce qui fait de loin le plus question à savoir la durée « multiséculaire de la transmission »  et corrélativement de « la place éminente de l’enseignant » ( comme elle dit, encore une fois, dans cet article). De nombreux témoignages historiques montrent que ce qui est évoqué par Danièle Sallenave n’est nullement multiséculaire. Dans le cadre limité de ce billet, on n’en prendra… Savoir plus >

Elections professionnelles de  »l’immobilisme »?

Les déplacements en pourcentage des suffrages exprimés se limitent en tout à environ 5 %. Ce qui est peu, au total, dans le contexte actuel et en un moment de  »refondation ». Avec un taux de participation qui reste toujours préoccupant : 41,7 % (contre 38,6 % au Comité technique ministériel en 2011, mais plus de 60 % en 2008 et aux scrutins précédents). Il y a eu des moments historiques de déplacements de voix aux élections professionnelles sans commune mesure avec cela. Par exemple, dans l’enseignement secondaire, entre les élections de 1965 et celles de 1969. De 1965 à 1969, le SNES passe de 69% des suffrages exprimés à 58% ; le SGEN de 22% à 17% ; le SNALC de 8% à 16% ( sans compter un nouveau venu, le CNGA qui obtient 9%). Ou bien encore, par exemple, l’irruption du SNUipp à 28% en 1993 (lors de  »l’explosion » de la FEN) et sa progression très sensible lors des deux élections qui ont suivi ( 37% en 1996 puis 43% en 1999) changeant fortement le paysage syndical dans le primaire. On est loin de cela avec la progression de FO ( même si elle est sensible) au Comité technique ministériel  (13,6% en… Savoir plus >

L’évaluation: une vraie question politique

Dans Le Monde de vendredi, Maryline Baumard pose la question du « risque que prend la gauche en se saisissant d’une manière ostensiblement politique du dossier de l’évaluation des élèves », au lieu de s’appuyer sur une science (« la docimologie , cette science de la notation « ) ainsi que sur une formation initiale et continue ad hoc (sans compter les  »innovations » qui ont du mal à se propager). Il y a lieu de remarquer d’abord que si la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem reprend actuellement de façon fort décidée une initiative prise par son prédécesseur Benoît Hamon, cela s’inscrit en plein dans l’une des dimensions majeures (et incontournables) de la « refondation de l’Ecole » (formulée nettement dès le début de sa conception, et réitérée constamment depuis). . Dès juin 2012, le ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon déclare au congrès des parents d’élèves de la Peep que l’évaluation, perçue comme une sanction, est source de souffrances. Et il plaide pour un « changement de pédagogie » afin de placer le « bien-être des élèves » au coeur du projet scolaire. En août 2012, il réitère qu’ « il faut qu’il y ait une évolution de la façon dont nous notons. […] La note doit pouvoir être aussi… Savoir plus >

Plans numériques: le passé peut-il nous donner quelques leçons?

A la toute fin du XX° siècle, la  »souris » et Internet ont offert l’occasion de donner un second souffle et un second départ à l’informatique dans le système scolaire. Un mouvement rapide d’équipements et de connexion de tous les établissements scolaires sur Internet s’amorce aux Etats-Unis en 1995, puis s’étend les années suivantes à la plupart des pays d’Europe de l’Ouest. 1997: Claude Allègre et Ségolène Royal ( ministre déléguée chargée de l’enseignement scolaire ) présentent un plan d’introduction des nouvelles technologies de l’information et de la communication ( NTIC ) « de la maternelle à l’université ». Ils soulignent qu’il ne faut pas répéter les erreurs du passé et que leur plan a l’ambition d’une politique globale prenant en compte à la fois l’équipement, la production de logiciels et la formation des enseignants. L’Etat va dépenser « un peu plus d’un milliard de francs » chaque année pendant trois ans. Si l’on inclut la participation souhaitée des collectivités territoriales, la dépense peut être estimée à 15 milliards de francs. Six mois plus tard, les services du ministère estiment que le nombre des connexions a doublé : tous les établissements d’enseignement supérieur, 80% des lycées, 40% des collèges et 5% des écoles sont raccordés au réseau… Savoir plus >

Internats: de « l’excellence » à « la réussite »

« Les internats de la réussite accueilleront désormais tout élève dont la famille en fera la demande, dès lors qu’une place est disponible (…) Tout élève motivé, quels que soient ses résultats, doit pouvoir bénéficier de l’internat. Toutefois, une priorité sera donnée aux jeunes de familles socialement défavorisées, notamment issues des territoires prioritaires de la politique de la ville et de l’éducation prioritaire ». Le « déploiement sur une grande échelle des internats d’excellence constitue une véritable révolution dans notre système scolaire » n’avait pas hésité à dire Nicolas Sarkozy lors de son discours de Montpellier sur l’éducation, le 22 février 2012 en pleine campagne des dernières présidentielles. Nicolas Sarkozy avait été aussi on ne peut plus clair lors de l’inauguration de « l’internat d’excellence » de Marly-le-Roi à la rentrée 2010  sur son entreprise (idéologique?) de la promotion du  »mérite » (et par le  »mérite ») : « Dans l’internat d’excellence, il n’y a aucune dimension disciplinaire. Ce n’est jamais une sanction que d’arriver dans un internat d’excellence […]. C’est une récompense, c’est une promotion, c’est une chance. Ce n’est pas là la seule nouveauté de la rentrée. Le ministre Chatel va en effet inaugurer à Tende le premier établissement de réinsertion scolaire. Là, nous sommes dans une dimension totalement… Savoir plus >

Sarkozy: la nouvelle règle de…30%

La semaine dernière Nicolas Sarkozy a déclaré dans deux meeting successifs qu’il fallait augmenter de 30% le temps de travail des enseignants, augmenter de 30% leur rémunération, et diminuer de 30% leur nombre. Mercredi dernier, lors d’une réunion publique à Toulouse, l’ancien président de la République candidat à la présidence de l’UMP a repris une idée qu’il avait déjà formulée lors de sa campagne pour les présidentielles de 2012 « augmentation de la durée de travail des enseignants afin que chacun puisse consacrer 4 ou 5 heures en plus pour aider en dehors de la classe des enfants dans l’établissement qui ont du mal à suivre », mais en situant cette ancienne proposition dans un ensemble tout à fait nouveau destiné sans doute à  »frapper les esprits » : « 30% d’heures en plus pour les enseignants, 30% de rémunération en plus pour les enseignants, et 30% d’enseignants en moins : cela me semble une politique adaptée à la situation que connaît notre pays ». Selon les statistiques du ministère de l’Education nationale, il y avait 840 000 enseignants en France pour l’année scolaire 2013-2014. Il faudrait donc supprimer environ 250 000 postes. En deux quinquennats (soit 25000 postes par an, à peu près les départs… Savoir plus >

Michel Lussault: un oiseau rare à la tête du CSP?

En mettant Michel Lussault à la tête du Conseil supérieur des programmes, Najat Vallaud- Belkacem a-t-elle su dénicher « l’oiseau rare » permettant de conjuguer  »aura » et  »opérationnalité » dans la personne de son président, deux qualités rarement réunies ensemble mais sans aucun doute nécessaires pour asseoir l’autorité de cette toute nouvelle institution ? Agrégé de géographie, Michel Lussault est devenu maître de conférences en 1992, puis professeur en 1997 à l’université de Tours avant d’être finalement nommé professeur à l’École Normale Supérieure de Lyon en 2008. Michel Lussault a été président de l’Université de Tours de 2003 à 2008, troisième vice-président de la Conférence des présidents d’université (CPU) de 2006 à 2008 et président de l’agence de mutualisation des universités (AMUE) de 2005 à 2008. De 2008 à 2013, il a été président du PRES de Lyon. Michel Lussault est un spécialiste de géographie urbaine mondialement connu, travaillant sur les acteurs, les représentations, les discours et la production de l’espace urbain.. Il a coprésidé avec l’architecte Paul Chemetov le conseil scientifique de l’appel à projet international « Un pari pour le grand Paris » (2008-2009). Dans son livre « L’avènement du Monde » (2013), Michel Lussault met en évidence l’impact du processus d’urbanisation généralisée (qui est selon… Savoir plus >