Le blog de Claude Lelievre

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Et si on recopiait la circulaire  »Edgar Faure » du 6 janvier 1969 sur les notes?

L’histoire ne repasse jamais les plats, dit-on. Et la tentative a échoué en son temps. Alors, ne copions pas ; mais relisons-là au moins pour ses  »attendus ». « Le développement des méthodes actives, des travaux d’équipe, ont rendu familiers des procédés de stimulation et d’émulation qui ne risquent pas d’engendrer un  »esprit d’âpreté » déplaisant, et surtout n’ont point sur les élèves qui ne figurent pas dans le » peloton de tête » les effets décourageants que maintes études psychopédagogiques ont mis en lumière [..]. C’est un texte ancien, l’arrêté du 5 juillet 1900, qui a prescrit que  »dans les compositions chaque copie aura sa note chiffrée de 0 à 20 ». Il en résulte un  »classement linéaire », les différences entre élèves se chiffrant par point ou même demi-point. Or les études docimologiques dont l’origine est antérieure à 1930 ne laissent aucun doute sur le caractère illusoire d’un tel raffinement dans la précision de la note et du classement obtenus. Le principe du classement lui-même a été contesté pour de fortes raisons […] .En vérité, ce qui importe ce sont les progrès de l’élève par rapport à lui même ; et leur constatation n’exige pas nécessairement une note chiffrée. Elle l’exige d’autant moins que l’importance de la… Savoir plus >

Le recrutement des professeurs des écoles: une crise de croissance

Le nombre de candidats présents aux concours externes de 2013 a progressé de presque 10% par rapport à celui de 2012. Mais dans le même temps la progression des postes offerts s’est élevée à 72% . Après avoir augmenté de 2,7% en 2012, le nombre des présents aux concours externes de 2013 a augmenté encore de 9,8% . Mais, compte tenu de la très forte progression des postes mis au concours, le  »ratio » de candidats présentés pour un poste offert au concours est passé de 3,8 en 2012 à 2,4 en 2013. Et dans certaines académies, en particulier dans la plupart de celles où le nombre de postes offerts était nettement au-dessus de la moyenne en regard du nombre des effectifs en activité ( soit 2,2 sur le plan national) il a pu y avoir de réelles difficultés de recrutement comme en Guyane ( 4,4), à Créteil (4,4) ou à Paris (3,4) notamment. Il y a donc bien une  »crise de croissance », préoccupante à bien des égards ( et propre à créer des dysfonctionnements divers). Mais ce n’est pas à proprement parler une  »crise d’attractivité » ( comme certains le claironnent on ne sait trop pour quelles raisons et quels objectifs). Depuis… Savoir plus >

 »Les inégalités dans l’UE et ailleurs »

  Cet ouvrage vient à son heure, en pleine période d’élections européennes. Même si ces inégalités sont souvent moins fortes que dans d’autres régions du monde, il serait souhaitable qu’elles soient mieux appréhendées par les électeurs et les élus. Et on peut faire confiance au sérieux bien connu du sociologue de l’éducation Gabriel Langouët pour en dresser méthodiquement des tableaux comparatifs significatifs.   Dans un ouvrage précédent ( paru aussi chez L’Harmattan, en 2011, sous le titre « Les inégalités entre Etats et populations de la planète. Trop c’est trop! ») Gabriel Langouët s’était déjà emparé avec beaucoup de rigueur de statistiques plus ou moins éparses concernant 182 pays pour scruter et ordonner les inégalités face à l’espérance de vie ou quant à l’accès aux biens indispensables à la vie ou à la survie ( de la nourriture aux soins médicaux ),et, bien sûr aussi, les inégalités quant à l’accès des jeunes et des adultes à l’éducation. Et il avait alors procédé à une mise à l’épreuve serrée (et finalement à une validation ) de l’Indice de Développement humain qui a été construit selon les orientations théoriques du prix Nobel Amartya Sen ( sur trois composantes : le Produit intérieur brut par habitant,… Savoir plus >

La longue marche victorieuse des filles

  Cela fait seulement 90 ans que le décret du 25 mars 1924 leur a reconnu une formation de plein droit au baccalauréat. Et maintenant elles l’emportent manifestement sur les garçons. Ce qui est le plus remarquable, c’est qu’elles se sont imposées elles-mêmes, petit à petit.   Lorsque le baccalauréat est institué par Napoléon en 1808 comme couronnement du secondaire masculin, cela ne concerne pas à l’évidence les filles. Elles peuvent certes en principe s’y présenter si une université l’admet ( puisque le baccalauréat est un examen universitaire), mais il faut attendre 1861 pour que cela se produise : après plusieurs vaines tentatives, Julie Daubié s’obstine et obtient finalement d’une université l’autorisation de passer le baccalauréat (avec succès). Lorsque un enseignement secondaire pour les filles est créé en 1880 par la loi Camille Sée avec le soutien de Jules Ferry, les filles ne bénéficient toujours pas d’une formation en vue du baccalauréat. Les études qui leur sont prescrites sont pour l’essentiel éloignées du baccalauréat et destinées à préparer un examen sui generis de « fin d’études secondaires féminines ».   Mais les filles ne vont pas se laisser faire, et vont fréquenter de plus en plus des voies d’accès au baccalauréat parallèles. Le… Savoir plus >

« L’enseignement n’est point matière d’industrie »

  Aux Etats-Unis la création d’écoles privées ouvertes par des fondations ou des entreprises, mais financées au moins partiellement par de l’argent public, est encouragée. Ainsi l’école de l’ex-champion de tennis André Agassi à Las Vegas, par exemple, perçoit près de 12 000 dollars d’argent public pour chaque élève, soit environ le double des versements faits aux écoles publiques qui, elles, sont contraintes d’accepter tous les élèves.   On peut ici se souvenir de la mise en garde de Jules Ferry, certes lointaine mais étrangement ciblée : « on me trouvera toujours au premier rang de ceux qui protesteront contre la doctrine qui consiste à dire que l’enseignement est une industrie comme une autre. Vous pouvez citer l’Angleterre et les Etats-Unis pour d’autres choses, pour de grandes choses qu’ils font, qu’ils possèdent et que nous n’avons pas ; mais nous avons sur l’Angleterre et sur les Etats-Unis cette supériorité de considérer que l’enseignement – l’enseignement de l’enfance surtout, à quelque degré qu’il soit et de quelque nature qu’il soit – n’est point matière d’industrie, mais matière d’Etatet que les intérêts intellectuels de l’enfance sont sous le contrôle et sous la surveillance de l’Etat » ( Discours au Sénat du 31 mars 1881 ).  

La  »non attractivité » du métier de professeur. Désintox.

  L’affaire serait pourtant entendue comme l’indique sans retenue le titre d’un récent article du « Figaro : « ces métiers dont personne ne veut : professeur, carrossier, psychomotricien ». Ce serait établi  »mathématiquement » par le baromètre Jobintree : « au 4ème trimestre 2013, le métier d’enseignant se retrouve en première place des métiers avec le moins de candidatures » . C’est du moins ce que met en avant ce site d’emploi après avoir analysé 75000 offres et 720000 actes de candidature sur la période octobre-décembre 2013, son directeur enfonçant le clou « le métier de professeur renvoie une mauvaise image, bien que ce soit un emploi dit  »secure » » .   Sur quelles bases de données (et recueillies dans quelles conditions) ? Mystère . Sans compter qu’affirmer que le rapport entre le nombre d’actes de candidature et le nombre d’offres est un indicateur d »’attractivité » relève d’un simplisme méthodologique terrifiant (ou d’une mauvaise foi patente) car bien d’autres  »facteurs » peuvent entrer en jeu dans ce type de rapport  »mathématique ».   Rappelons d’abord l’importance du  »vivier » existant pour tel ou rel type de concours et de disciplines. Car « l’emploi dit secure » de professeur s’obtient en principe par un concours que l’on doit préparer durant une année ( ce qui est tout autre chose que d’envoyer un… Savoir plus >

Doit-on supprimer les concours sur épreuves?

  Le bilan des avantages et des inconvénients des concours sur épreuves peut apparaître tellement mauvais que la seule solution jugée souhaitable soit celle de la suppression.   La formule favorise, quoique toute pression et toute partialité en sont absentes, et d’une façon automatique, un modèle de candidat qui n’est pas toujours celui qui a le plus de mérite, ni celui qui rendra le plus de services à la société dans les fonctions pour lesquelles il est sélectionné. C’est ainsi que les facteurs de réussite aux concours que constituent le brillant, la rapidité, une certaine aisance dans l’expression, favorisent de facto les candidats issus des classes aisées, plus cultivées, au détriment des milieux plus modestes. Et on préfère ne pas voir le facteur chance qui domine les concours pour ne retenir que leur impartialité, qui demeure cependant inopérante pour démocratiser le recrutement de nos grandes écoles. Le souci d’éviter des ressentiments, des mouvements de jalousie et la peur traditionnelle en France de l’arbitraire administratif aboutissent ainsi à lui substituer une règle où le hasard joue un rôle encore trop important. Cette prépondérance donnée à une apparence d’égalité sur l’efficacité réelle n’est pas admissible dans un grand pays développé moderne. Il… Savoir plus >

Trente ans déjà: la loi  »Savary » sur le supérieur

  Cette loi sur l’enseignement supérieur promulguée le 26 janvier 1984 s’est plus imposée au ministre de l’Education nationale Alain Savary qu’il ne l’a vraiment voulue. Sa gestation fut longue et difficile, ainsi que son application. Initialement, Alain Savary n’avait en effet aucune intention de faire une nouvelle loi sur le supérieur succédant à celle d’Edgar Faure qui avait bouleversé le paysage universitaire une quinzaine d’années plus tôt. Mais il fut conduit finalement non seulement à l »’actualiser » comme il en avait le dessein, mais à la remplacer. L’élaboration de cette loi dura plus de deux ans, et son application demanda plus d’une soixantaine de décrets…Ainsi va le monde.   Cette loi du 26 janvier 1984 a d’abord pour ambition d’aller dans le sens d’une certaine unification de l’ensemble du supérieur en intégrant toutes les formations post-secondaires rassemblées dans un grand service public d’enseignement supérieur (article premier). Tout en se fondant sur les principes institués par Edgar Faure en 1969, la loi crée les EPSCP, nouvelle catégorie d’établissements publics à côté de ceux déjà existants (à caractère administratif, industriel ou commercial) : les « Etablissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel » (titre III de la loi). L’objectif de cette création est d’augmenter… Savoir plus >

« Des grandes écoles vraiment pour tous. Allons plus loin dans l’ouverture sociale »

  C’est le titre d’une tribune parue dans « Le Monde » de ce jeudi 9 janvier que j’ai co-signé avec une douzaine d’autres personnes. C’est l’un de mes étudiants en  »master » lors de ma dernière année d’enseignement à Paris V qui m’a proposé de signer ce texte, Jean-Baptiste Mauvais (qui, après ses études à l’ENS de Lyon et l’obtention d’une agrégation d’allemand, avait choisi d’enseigner dans un dispositif –  »Nouvelles chances »- dédié aux décrocheurs scolaires en Seine Saint-Denis).   Jean-Baptiste Mauvais ne devrait pas être un inconnu pour certains, puisqu’il est déjà intervenu deux fois sur  »Educpros » : le 18 février 2011 (  »Un service civique obligatoire permettant d’éduquer les élèves des grandes écoles aux réalités sociales ») et le 6 février 2012, en tant que l’un des trois fondateurs du collectif « Responsabiliser les élites » dont le site internet s’est prononcé en faveur de la création d’un service civique (« De futures élites responsables ! Oui mais comment ?»). Dans ces conditions, on ne devrait pas s’étonner que le texte de la tribune publiée dans « Le Monde » aille résolument dans ce sens. Quelques extraits significatifs. « En se contentant de défendre par divers moyens l’ouverture et l’augmentation des chances d’accès aux filières prestigieuses, on occulte presque totalement… Savoir plus >

Ministère de l’Education nationale ou de l’Instruction nationale?

  Le thème n°4 (sur la « révolution de l’Ecole » ) des « Idées fortes » de la « Droite forte » publiées l’été dernier ( et dont les principaux dirigeants se réclament du  »sarkozisme ») contient une proposition passée quasi inaperçue mais qui n’est pas a priori dénuée de sens, bien au contraire : « Symboliquement, nous renommerons le ministère de l’Education nationale,  »le ministère de l’Instruction nationale » ».   Il s’agirait donc de revenir à une priorité dévolue d’abord à « l’instruction » par delà celle qui se serait imposée ensuite, à savoir une priorité donnée à « l’éducation ». Et, de fait, lorsqu’un ministère de plein exercice a été créé pour l’Ecole en 1824, la dénomination a d’abord été celle de « l’Instruction publique » avant qu’en 1932 le ministère devienne celui de « l’Education nationale ». Mais cela ne signifie pas du tout qu’en réalité on est passé de  »l’instruction » à  »l’éducation » (de ‘‘l’instructif » à  »l’éducatif ») si l’on regarde de près ce qui s’est passé, loin s’en faut. Le premier ministère de plein exercice dévolu à l’Ecole a d’ailleurs été institué en pleine période  »ultra-royaliste » et  »cléricale » par l’ordonnance du 26 août 1824 qui crée un « ministère des Affaires ecclésiastiques et de l’Instruction publique » confié à Mgr Denis Frayssinous (qui était déjà « grand-maître… Savoir plus >