Le blog de Claude Lelievre

sélection

« Ne plus compter sur la hausse du plafond pour relever le plancher »

  Dès 1989, au moment même de la loi d’orientation  »Jospin » de juillet 1989, les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet ont contribué à soulever une très grave question lorsqu’ils ont fait paraître leur livre « Le niveau monte », à partir de l’étude des résultats séculaires des conscrits lors des tests administrés au moment de leur incorporation à l’armée.   Ils montraient que le niveau des résultats à ces tests avait effectivement monté, et nettement, pour les 30% qui les réussissaient déjà le mieux. Un peu pour les autres ; sauf pour les 20% qui les réussissaient le plus mal, dont les résultats, au contraire, avaient baissé. Comme l’ont souligné alors eux-mêmes Baudelot et Establet, « il n’y a aucune raison que la situation s’améliore tant qu’on comptera sur la hausse du plafond pour relever le plancher ». Et ils invitaient à « ne plus considérer l’école depuis son sommet mais à partir de sa base ».   C’est tout le sens – fondamental si l’on peut dire – de la « refondation de l’Ecole », à savoir la « refonder » (enfin!) à partir de ses fondements (d’abord l’école primaire avec son école maternelle, puis le collège). Car, plus de vingt ans après, le diagnostic de Baudelot et Establet… Savoir plus >

L’UNI et la sélection à l’entrée à l’Université

  Plus d’un quart de siècle après l’échec de la réforme ( »modérée ») envisagée par Alain Devaquet dans lequel l’Union nationale interuniversitaire a eu sa part de responsabilité historique en raison de ses prises de position  »maximalistes », l’UNI tente de remettre à l’ordre du jour la question de la « sélection » à l’entrée à l’université.   L’UNI vient de redemander à la ministre de l’Enseignement supérieur ce que Geneviève Fioraso lui avait déjà refusé en septembre : « la mise en place d’un groupe de travail national sur la sélection afin de préparer la rentré prochaine ». Quelque temps avant les résultats des législatives d’avril 1986 qui déboucheront sur la victoire de la droite et la nomination de Jacques Chirac comme Premier ministre, plusieurs organisations de droite appartenant au monde de l’université ( dont notamment le Groupe d’études pour la rénovation de l’université française et surtout l’UNI) s’étaient mis d’accord sur un texte qui déterminait « les bases de l’autonomie universitaire afin que la concurrence, l’esprit d’initiative et la responsabilité deviennent désormais les maîtres mot d’un système d’enseignement supérieur entièrement nouveau » et qu’en conséquence « les conditions d’accès à l’Université, le régime des études, les grades et les titres universitaires soient déterminés par les universités et leurs établissements »…. Savoir plus >

Pourquoi un « Conseil national éducation économie »?

  Ce conseil a été installé le 18 octobre dernier en présence du ministre de l’Education et du Premier ministre, avec pour premier président Jean-Cyril Spinetta ( qui a mené une carrière de chef d’entreprise et qui est un ancien directeur des lycées au ministère de l’Education nationale, tout un symbole).   Pour le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, « il y a au cœur de la relation économie-éducation l’essentiel des questions que nous avons à affronter, pour redresser notre pays, pour retrouver la croissance mais aussi créer des emplois, offrir de nouvelles perspectives à la jeunesse, redonner à la France toute sa force, toute sa puissance ». Le Premier ministre attend de ce nouveau Conseil qu’il aide l’action officielle en ce qui concerne la prospective de l’emploi et l’établissement de la carte des formations, car ce n’est désormais qu’après concertation avec les acteurs économiques et sociaux – et accord entre région et recteur – que les décisions d’ouverture ou de fermeture des formations seront arrêtées. Il attend aussi de ce nouveau Conseil « le développement de l’esprit d’entreprendre, la mère de tout projet : préparer les jeunes à l’entreprise, à y entrer mais aussi à la créer, la faire comprendre dans toutes ses dimensions… Savoir plus >

Supérieur. Des compromis  »pour passer »: 7) Sarkozy

  En mai 2007 Nicolas Sarkozy est élu président de la République. La question de l’autonomie des universités figure en bonne place du programme gouvernemental et comme une mesure phare de la  »rupture ».  Le texte initial est vivement contesté par les syndicats étudiants, l’UNEF et la FAGE, en particulier sur certains points auxquels ils sont très sensibles. Dans un souci d’apaisement, le président de la République Nicolas Sarkozy fait retirer du texte, présenté le 4 juillet 2007 en Conseil des ministres, les points les plus sujets à polémiques : le caractère optionnel de l’autonomie ( certaines universités auraient pu choisir  »l’autonomie », et d’autres non ), la sélection en première année de master ( à bac+4 ) et la limitation des conseils d’administration à 20 membres.  Rebaptisée « loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) », la loi sur l’autonomie des universités ou « loi Pécresse ( du nom de la ministre de l’enseignement supérieur ) est votée le 10 août 2007, la gauche se prononçant contre en déplorant l’absence d’ « une véritable réforme de l’université ».  Les présidents d’université voient leurs pouvoirs renforcés. La loi élargit les possibilités pour les universités de recourir à des fonds privés, notamment par le biais de créations de… Savoir plus >

Supérieur. Une extrême « prudence »: 6) Fillon

  Fin avril 1993, Edouard Balladur est nommé Premier ministre et François Fillon ministre de l’Enseignement supérieur. Le programme « Union pour la France » qui rassemblait les candidats du RPR et de l’UDF aux législatives du printemps 1993 s’était prononcé pour des « universités autonomes et concurrentielles ».  Dès le 6 mai 1993, Charles Millon ( président du groupe de l’UDF à l’Assemblée nationale et de la région Rhône-Alpes ) rend public un ensemble de propositions destinées à développer l’autonomie des universités au nom du groupe parlementaire UDF. Une semaine plus tard, le ministre de l’Enseignement supérieur François Fillon ( un RPR proche de Philippe Seguin ), se déclare lui aussi favorable à une proposition de loi uniquement si elle se limite à autoriser les universités qui le souhaitent à sortir du cadre législatif en place pour expérimenter de nouveaux mode de fonctionnement ( méfiance envers les mésaventures du projet de loi  »Devaquet » inabouti oblige ) ; mais à condition que ces innovations soient mises œuvre dans le cadre strict des diplômes nationaux et qu’elles soient contrôlées par le ministère de l’enseignement supérieur « qui les autorisera et instituera des procédures d’évaluation ».  François Fillon conclut on ne peut plus clairement à l’adresse de Charles Millon :… Savoir plus >

Supérieur. Une radicalisation manquée 5) Chirac

  Dans sa déclaration de politique générale du 9 avril 1986 devant l’Assemblée nationale, le nouveau Premier ministre Jacques Chirac déclare que « dans l’enseignement supérieur, le principe d’autonomie doit être définitivement concrétisé tant à l’entrée – au moment de la sélection des étudiants-,qu’à la sortie – au moment de la délivrance des diplômes ». Mais le 12 juin 1986, Alain Devaquet ( ministre délégué, chargé de la Recherche et de l’enseignement supérieur ) présente à la presse les grandes lignes d’un projet de loi plus  »prudent » et plus  »réservé ». Le principe du libre accès de tous les bacheliers à l’université est solennellement réaffirmé ( alors que cela ne figurait pas dans la proposition de loi déposée par les groupes parlementaires des deux partis de droite – RPR et UDF- sur le bureau de l’Assemblée nationale le 11 avril ) ; et le mot « sélection » n’apparaît pas ( alors qu’il était en bonne place, avec toute sa charge symbolique, dans la déclaration du Premier ministre Jacques Chirac ). Toutefois, les universités auront la possibilité de définir leurs conditions d’accueil, selon le nombre de places dont elles disposent, la nature des formations données et les aptitudes requises des étudiants. Le recteur devra s’assurer que… Savoir plus >

Supérieur. Une focalisation présidentielle:4) Mitterrand

  Sous la présidence de François Mitterrand, le ministre de l’Education nationale Alain Savary a mené à bien une loi sur l’enseignement supérieur : la loi dite  »Savary » de janvier 1984. Le président, lui, s’est focalisé uniquement sur deux questions: celles du  »corps unique » et du  »collège unique ».  La question du  »corps unique » renvoie à la problématique du rapprochement de statut entre les maîtres-assistants et les professeurs ; celle du  »collège unique » aux pouvoirs de décision des uns et des autres.  Les syndicats de gauche ( le SNESsup et le SGEN ) militent en ce sens, d’autant que les professeurs ( enseignants dits  »de rang A ») votent plutôt à droite, alors que les maîtres-assistants ou assistants ( enseignants dits  »de rang B ») votent plutôt à gauche.  Dans sa volonté d’affaiblir la gauche dans les universités, la ministre de l’enseignement supérieur Saunier-Seïté avait pris entre 1977 et 1979 des décrets allant dans le sens du renforcement des pouvoirs des enseignants  »de rang A » dans les instances chargées de gérer les carrières ( recrutements, mutations promotions). Et la loi dite  »Sauvage » ( du nom de son rapporteur ) promulguée le 20 juillet 1980 avait décidé que les enseignants  »de rang A » disposeraient désormais de… Savoir plus >

Supérieur. Des engagements virtuels: 2 ) Pompidou

  Georges Pompidou est foncièrement un homme d’ordre et de hiérarchie . Après mai 68, il est tiraillé entre son souci de remettre de l »’ordre » et les risques – au moins momentanés – d’ajouter de fait du  »désordre » au  »désordre » dans une situation plus ou moins  »explosive », en particulier à l’Université. Et cela l’amène à des engagements qui restent virtuels, ou tout au moins velléitaires dans ce domaine .   Cela commence alors même qu’il est encore Premier ministre, à propos du projet de loi d’orientation  »Edgar Faure’‘ pour l’enseignement supérieur soutenu par le président de la République Charles de Gaulle après les événements de mai 68. Georges Pompidou se tait et laisse agir son ex-conseiller Bruguière et ses appuis qui obtiennent le maintien des grandes écoles ( auquel il tenait beaucoup ). Quelques semaines plus tard, la loi  »Edgar Faure » est mise à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale : Georges Pompidou la juge mauvaise, mais il la vote par solidarité majoritaire . Selon son biographe Eric Roussel, « cela restera l’un des grands regrets de sa vie » ; André Bergeron confirme : « A la veille de sa mort, il se le reprochait encore ». Après avoir quitté son poste de Premier ministre, et avant de… Savoir plus >

« Egalité des chances » et/ou « démocratisation »

Le groupe CRC du Sénat (auquel appartiennent les sénateurs communistes) a  voté pour la « loi de refondation de l’Ecole » après avoir obtenu notamment une certaine réécriture de l’article 3 où il n’est plus question d’ « égalité des chances » (qui peut être prise dans le sens restrictif d’un simple accès élargi à l’élite pour certains ) mais  de l’affirmation du principe du « tous capables ». L’expression « égalité des chances » apparaît juste après la première guerre mondiale, dans la mouvance des ‘’Compagnons de l’université nouvelle’’ qui veulent mettre en place une « Ecole unique » (cf, par exemple leur déclaration du 20 novembre 1920 dans « La Solidarité, journal des quatre ordres d’enseignement rédigé par les Compagnons »). Pour comprendre vraiment ce dont il s’agit, il suffit de prendre connaissance d’un article de Ferdinand Buisson, l’ancien lieutenant de Jules Ferry (placé par lui à la tête de l’enseignement primaire, où il restera 17ans), finalement acquis à l’objectif de « l’Ecole unique » à la suite de sa conversion au radical-socialisme dans les débuts du XXième siècle : «Gratuité, obligation, laïcité, il fallait commencer par là. Mais aujourd’hui nous ne pouvons plus feindre de ne pas… Savoir plus >

BTS: une avancée et/ou un piège? ( 2 )

Alors que l’on estime généralement que les STS sont à leur façon des filières sélectives ( on y entre après sélection sur dossier ),  Sophie Orange  ( l‘auteure de la thèse sur « L’autre supérieur ; aspirations et sens des limites des étudiants de BTS » ) considère que si l’on en juge par son enquête, on se trouve en réalité le plus souvent face à une sélection certes, mais aux caractéristiques paradoxales. Elle soutient en premier lieu qu’il n’y a pas rupture avec le lycée et que les enseignants présentent le plus souvent le moment du choix  comme très peu exceptionnel. Lors des comités de sélection auxquels elle a eu l’occasion d’assister, il lui est apparu que les enseignants ont tendance à privilégier le critère du choix de la proximité par rapport à celui de la supériorité académique. « On va retenir les candidats les plus proches géographiquement ,dit-elle, ceux dont on est sûr qu’ils seront bien présents. Par exemple à Poitiers on pourra refuser les candidats de La Rochelle parce qu’il y a 3 villes avec des STS entre les deux villes ». Elle soutient aussi que les enseignants chargés de la sélection des candidats ont tendance à… Savoir plus >