Le blog de Claude Lelievre

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Supérieur. Une extrême « prudence »: 6) Fillon

  Fin avril 1993, Edouard Balladur est nommé Premier ministre et François Fillon ministre de l’Enseignement supérieur. Le programme « Union pour la France » qui rassemblait les candidats du RPR et de l’UDF aux législatives du printemps 1993 s’était prononcé pour des « universités autonomes et concurrentielles ».  Dès le 6 mai 1993, Charles Millon ( président du groupe de l’UDF à l’Assemblée nationale et de la région Rhône-Alpes ) rend public un ensemble de propositions destinées à développer l’autonomie des universités au nom du groupe parlementaire UDF. Une semaine plus tard, le ministre de l’Enseignement supérieur François Fillon ( un RPR proche de Philippe Seguin ), se déclare lui aussi favorable à une proposition de loi uniquement si elle se limite à autoriser les universités qui le souhaitent à sortir du cadre législatif en place pour expérimenter de nouveaux mode de fonctionnement ( méfiance envers les mésaventures du projet de loi  »Devaquet » inabouti oblige ) ; mais à condition que ces innovations soient mises œuvre dans le cadre strict des diplômes nationaux et qu’elles soient contrôlées par le ministère de l’enseignement supérieur « qui les autorisera et instituera des procédures d’évaluation ».  François Fillon conclut on ne peut plus clairement à l’adresse de Charles Millon :… Savoir plus >

Supérieur. Une radicalisation manquée 5) Chirac

  Dans sa déclaration de politique générale du 9 avril 1986 devant l’Assemblée nationale, le nouveau Premier ministre Jacques Chirac déclare que « dans l’enseignement supérieur, le principe d’autonomie doit être définitivement concrétisé tant à l’entrée – au moment de la sélection des étudiants-,qu’à la sortie – au moment de la délivrance des diplômes ». Mais le 12 juin 1986, Alain Devaquet ( ministre délégué, chargé de la Recherche et de l’enseignement supérieur ) présente à la presse les grandes lignes d’un projet de loi plus  »prudent » et plus  »réservé ». Le principe du libre accès de tous les bacheliers à l’université est solennellement réaffirmé ( alors que cela ne figurait pas dans la proposition de loi déposée par les groupes parlementaires des deux partis de droite – RPR et UDF- sur le bureau de l’Assemblée nationale le 11 avril ) ; et le mot « sélection » n’apparaît pas ( alors qu’il était en bonne place, avec toute sa charge symbolique, dans la déclaration du Premier ministre Jacques Chirac ). Toutefois, les universités auront la possibilité de définir leurs conditions d’accueil, selon le nombre de places dont elles disposent, la nature des formations données et les aptitudes requises des étudiants. Le recteur devra s’assurer que… Savoir plus >

Supérieur. Une focalisation présidentielle:4) Mitterrand

  Sous la présidence de François Mitterrand, le ministre de l’Education nationale Alain Savary a mené à bien une loi sur l’enseignement supérieur : la loi dite  »Savary » de janvier 1984. Le président, lui, s’est focalisé uniquement sur deux questions: celles du  »corps unique » et du  »collège unique ».  La question du  »corps unique » renvoie à la problématique du rapprochement de statut entre les maîtres-assistants et les professeurs ; celle du  »collège unique » aux pouvoirs de décision des uns et des autres.  Les syndicats de gauche ( le SNESsup et le SGEN ) militent en ce sens, d’autant que les professeurs ( enseignants dits  »de rang A ») votent plutôt à droite, alors que les maîtres-assistants ou assistants ( enseignants dits  »de rang B ») votent plutôt à gauche.  Dans sa volonté d’affaiblir la gauche dans les universités, la ministre de l’enseignement supérieur Saunier-Seïté avait pris entre 1977 et 1979 des décrets allant dans le sens du renforcement des pouvoirs des enseignants  »de rang A » dans les instances chargées de gérer les carrières ( recrutements, mutations promotions). Et la loi dite  »Sauvage » ( du nom de son rapporteur ) promulguée le 20 juillet 1980 avait décidé que les enseignants  »de rang A » disposeraient désormais de… Savoir plus >

Supérieur. Un engagement présidentiel: 3) VGE

Pour les universitaires de l’époque, le personnage de premier plan a été Alice Saunier-Seïté, d’abord secrétaire d’Etat aux universités puis ministre des Universités (un ministère de plein exercice, une innovation de VGE justement). Mais, derrière elle, il y avait la présence -décisive- du président de la République, Valéry Giscard d’Estaing. On peut le montrer en premier lieu par les divergences de vue qu’ils ont pu avoir, dont l’issue a été sans surprise dans le sens du Président. Alice Saunier-Seïté était foncièrement en faveur de la limitation de l’accès des bacheliers aux études supérieures. Mais, comme elle le rapporte elle-même, « Valéry Giscard d’Estaing rejetait catégoriquement l’idée de sélection à l’entrée dans les enseignements supérieurs. Quand je soulignais l’ampleur de la sélection par l’échec, la pire de toutes, il répondait qu’un passage à l’université, même non couronné par un diplôme, est tout de même un bain de culture et de science ». Par ailleurs, le premier combat que doit mener Alice Saunier-Seïté n’est ni de son chef ni véritablement le sien. La réforme du second cycle (dont le trait dominant est la  »professionnalisation’‘, et qui suscite manifestions et grèves prolongées des étudiants puis des professeurs durant le premier semestre 1976) a été préparée… Savoir plus >

Supérieur. Des engagements virtuels: 2 ) Pompidou

  Georges Pompidou est foncièrement un homme d’ordre et de hiérarchie . Après mai 68, il est tiraillé entre son souci de remettre de l »’ordre » et les risques – au moins momentanés – d’ajouter de fait du  »désordre » au  »désordre » dans une situation plus ou moins  »explosive », en particulier à l’Université. Et cela l’amène à des engagements qui restent virtuels, ou tout au moins velléitaires dans ce domaine .   Cela commence alors même qu’il est encore Premier ministre, à propos du projet de loi d’orientation  »Edgar Faure’‘ pour l’enseignement supérieur soutenu par le président de la République Charles de Gaulle après les événements de mai 68. Georges Pompidou se tait et laisse agir son ex-conseiller Bruguière et ses appuis qui obtiennent le maintien des grandes écoles ( auquel il tenait beaucoup ). Quelques semaines plus tard, la loi  »Edgar Faure » est mise à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale : Georges Pompidou la juge mauvaise, mais il la vote par solidarité majoritaire . Selon son biographe Eric Roussel, « cela restera l’un des grands regrets de sa vie » ; André Bergeron confirme : « A la veille de sa mort, il se le reprochait encore ». Après avoir quitté son poste de Premier ministre, et avant de… Savoir plus >

Supérieur. Un engagement présidentiel: 1) de Gaulle

Alors qu’une loi d’orientation sur l’enseignement supérieur et la recherche est en route, on peut se demander quels rôles jouent les présidents de la cinquième République en ce domaine. Retour sur le premier d’entre eux, Charles de Gaulle, à propos de la loi d’orientation de l’enseignement supérieur du 12 novembre 1968 ( dite loi  »Edgar Faure » ).   Le président de la République Charles de Gaulle est celui qui a le plus fait (financièrement) pour le supérieur. Sous sa présidence ( de 1958 à 1969 ), le nombre d’étudiants a été multiplié par 2,5 et le budget du supérieur (en francs constants) par 4. Il a été  »récompensé » par la plus gigantesque révolte étudiante de l’histoire de France. On peut comprendre que Charles de Gaulle ait été quelque peu décontenancé et qu’il ait choisi pour  »rebondir » un ministre de l’Education nationale atypique et inventif : Edgar Faure (en dépit d’une bonne partie de son entourage et de ses fidèles qui ne l’appréciaient guère, voire s’en méfiaient foncièrement, à l’instar de Georges Pompidou).   Le président Charles de Gaulle presse Edgar Faure de faire vite, et d’inscrire son projet dans le cadre dominant de la  »participation » : «On va appliquer la politique de… Savoir plus >

BTS: une avancée et/ou un piège? ( 2 )

Alors que l’on estime généralement que les STS sont à leur façon des filières sélectives ( on y entre après sélection sur dossier ),  Sophie Orange  ( l‘auteure de la thèse sur « L’autre supérieur ; aspirations et sens des limites des étudiants de BTS » ) considère que si l’on en juge par son enquête, on se trouve en réalité le plus souvent face à une sélection certes, mais aux caractéristiques paradoxales. Elle soutient en premier lieu qu’il n’y a pas rupture avec le lycée et que les enseignants présentent le plus souvent le moment du choix  comme très peu exceptionnel. Lors des comités de sélection auxquels elle a eu l’occasion d’assister, il lui est apparu que les enseignants ont tendance à privilégier le critère du choix de la proximité par rapport à celui de la supériorité académique. « On va retenir les candidats les plus proches géographiquement ,dit-elle, ceux dont on est sûr qu’ils seront bien présents. Par exemple à Poitiers on pourra refuser les candidats de La Rochelle parce qu’il y a 3 villes avec des STS entre les deux villes ». Elle soutient aussi que les enseignants chargés de la sélection des candidats ont tendance à… Savoir plus >

BTS: une avancée et/ou un piège? ( 1 )

L’ouvrage de Sophie  Orange sur les BTS  ( « L’autre enseignement supérieur » ) dérange et interpelle : les BTS sont-ils une filière de promotion pour les ‘’nouveaux  bacheliers’’ ( généralement d’origines populaires ) et/ou une filière de relégation ( relative ) ? Cet ouvrage ( qui vient de paraître  ) devrait faire date, autant par les interpellations qu’il porte que par la démarche de recherche mise en œuvre dont il est le résultat. C’est en effet la mise en forme d’une thèse de doctorat en sociologie soutenue à Poitiers en novembre 2011 sous la direction de Stéphane Beau et Gilles Moreau ( avec la participation dans le jury de Christian Baudelot et d’Agnès Van Zanten ) : « L’autre supérieur. Aspirations et sens des limites des étudiants de BTS ». La principale des originalités du travail de recherche de Sophie Orange réside dans le fait qu’elle ne s’est pas contentée des séries statistiques existantes, mais qu’elle a au contraire construit ses propres données en interrogeant près d’un millier d’étudiants et en les suivant sur trois ans, dans une approche autant ethnographique que sociologique . Cela l’a conduit à faire apparaître la figure d’un enseignement supérieur dominé, à savoir «… Savoir plus >

Emplois d’avenir professeurs: les décrets sont parus

Les emplois avenir professeurs sont ouverts à des boursiers. Deux décrets et un arrêté précisent les conditions de leur attribution, de leurs avantages et de leur fonctionnement. Un décret stipule que  » pour bénéficier de la priorité de recrutement.[…] les étudiants doivent avoir résidé au moins deux ans dans l’une des zones mentionnées (zones sensibles) ou avoir effectué au moins deux années d’études secondaires dans un établissement situé dans l’une de ces zones ou dans un établissement relevant de l’éducation prioritaire« . La limite d’âge est de 25 ans, portée à 30 ans pour les étudiants handicapés. Le recrutement a lieu auprès des étudiants de L2 ou L3 ou M1. C’est une commission présidée par le recteur, où siègent universitaires et représentants de l’administration y compris l’enseignement agricole, qui décide de l’embauche. 4000 postes sont proposés dès janvier 2013. Le site ministériel indique comment obtenir le dossier d ‘inscription. L’emploi avenir professeur (EAP) bénéficie d’un tuteur enseignant qui  » suit et accompagne l’étudiant dans sa formation progressive au métier du professorat notamment en l’associant à la préparation et à la conduite de séquences d’enseignement, à la gestion de classe et au suivi des élèves« . L’étudiant doit 12 heures hebdomadaires. La rémunération… Savoir plus >

Quelles destinations pour les bacheliers professionnels?

Selon Geneviève Fioraso, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, « c’est une tuerie d’envoyer les bacs pros à l’université » ( cf Educpros du 11 janvier ). Un détour historique par le moment de la fondation des baccalauréats professionnels et l’évolution limitée qui a eu lieu depuis leur création permet sans doute de mieux comprendre la situation actuelle. Le 22 mai 1985, au cours de l’émission télévisée « Parlons France », le Premier ministre Laurent Fabius annonce que le gouvernement prépare « une loi-programme sur cinq ans pour l’ enseignement technique ». Il s’agit de favoriser « un gigantesque bond en avant, fondamental pour la modernisation du pays ». Laurent Fabius précise que cette loi permettra la création de nouveaux établissements scolaires, les « lycées professionnels », et la mise en place d’un nouveau baccalauréat, « le baccalauréat professionnel ». La loi-programme prévoit également « l’augmentation de 50% du nombre des instituts universitaires de technologie et la création de plusieurs universités de technologie ». Le Premier ministre indique par ailleurs que l’objectif du gouvernement est d’augmenter le nombre des bacheliers et de porter 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat en l’an 2000. Le 28 mai… Savoir plus >