L’Université, les STAPS, l’Education Physique et Sportive

Un premier bilan des masters MEEF, suite à la réforme Blanquer

Ce bilan est évidemment teinté des spécificités des parcours « Éducation Physique et Sportive », préparatoires au CAPEPS, dans lesquels je suis particulièrement investi. Spécificités dont on peut lister certains indicateurs. Il n’y a pas de crise des vocations en EPS : même si l’on a « perdu » 2000 candidats au CAPEPS par rapport à l’année dernière, le report du concours en seconde année du master explique en partie cette baisse. Mais cette année, contrairement à de nombreux autres concours, il y avait encore deux fois plus d’admissibles que de postes à pourvoir, et tous les postes ont été pourvus. On peut ajouter aussi que dans leur grande majorité les candidats étaient issus des masters MEEF, ce qui n’est pas le cas dans d’autres disciplines.

On peut aussi évoquer l’attractivité du métier d’enseignant EPS. Beaucoup d’étudiants rentrent en STAPS avec le souhait de devenir enseignant, ce qui n’est pas le cas dans d’autres disciplines universitaires, où l’orientation vers l’enseignement vient souvent lorsque les autres voies de professionnalisation se sont bouchées. L’existence d’une mention spécifique de Licence STAPS « Éducation et Motricité », pré-professionnalisant aux métiers de l’enseignement, entretient précocement cette vocation. Le problème est à l’heure actuelle plutôt une pénurie de places en Master MEEF EPS, entraînant une sélection drastique en première année. Nos masters MEEF ne courent pas après les candidats…

La réforme Blanquer

La trace principale que le quinquennat Blanquer laissera au niveau de la formation des enseignants est sans doute le report du concours en dernière année de master. Nous avions alerté très tôt des conséquences de cette réforme. Les étudiants allaient être en seconde année de master confrontés à des exigences multiples : préparer le concours, faire un stage en établissement, réaliser et soutenir un mémoire de recherche, valider une certification en langue vivante, etc.

La conséquence première de cette réforme, c’était que l’objectif principal de la réforme de mastérisation, qui était de former les enseignants à l’université à bac+5, était clairement abandonné. Les masters MEEF allaient devenir d’interminables préparations aux concours, la formation à et par la recherche serait réduite à la rédaction d’un mémoire minimaliste, afin de satisfaire au plus juste les exigences universitaires, la formation professionnelle allait se limiter à un formatage strict aux textes officiels, dans l’angoisse de déplaire aux jurys du concours. Tout ceci s’est hélas déroulé comme prévu…

Nous avons longtemps attendu les mesures que comptait prendre le ministère pour pallier ce déficit de formation professionnelle : les lauréats des concours allaient-ils bénéficier d’une année de formation en alternance, comme c’était le cas jusqu’à présent au moins en seconde année de master ? Les réponses nous sont parvenues très tard : la formation serait assurée par les Écoles Académiques de la Formation Continue, et réduite pour les titulaires d’un master MEEF à 12 jours par an… Un cautère sur une jambe de bois. Mais à l’heure où les enseignants sont recrutés en job dating dans certaines académies, on ne s’étonne plus de rien…

Le mirage de l’alternance

Le ministère avait sorti une dernière carte pour faire passer sa réforme : les stages en alternance. Les étudiants, en seconde année de master, pourraient bénéficier de stages en responsabilité, rémunérés 600€ par mois. Il avait été aussi annoncé qu’il y aurait suffisamment de stages pour que tous les étudiants puissent en bénéficier.

Las… A Montpellier c’est en définitive 21 stages en alternance qui ont été proposés, pour 75 étudiants. 52 étudiants s’étaient néanmoins déclarés candidats, car lorsque l’on doit prolonger ses études aussi longtemps, il faut bien vivre… Les heureux bénéficiaires ont découvert que leurs établissements étaient parfois à deux heures de route de l’université, et que les exigences de ces stages en alternance (responsabilité vis-à-vis des élèves et des parents, participation à l’Association Sportive le mercredi après-midi, participation à toutes les réunions dans les établissements, etc.), étaient évidemment chronophages. Le bouche à oreille fonctionnant bien entre étudiants, cette année les entretiens de sélection pour ces stages n’ont attiré que 11 candidats parmi les étudiants de master 1, et pas nécessairement les meilleurs…

Des étudiants épuisés

Les étudiants nous ont fait régulièrement part de leur découragement face à ces contraintes multiples. Quelques extraits de ces échanges :

« Je suis fatiguée et épuisée par cette dernière année charnière. Je suis contractuelle par choix et j’adore enseigner à mes élèves les savoirs que j’ai acquis durant mon parcours universitaire. Cependant, cette préparation au concours en parallèle est épuisante et je ne me sens pas compétente pour répondre aux attentes de ce dernier. Je n’arrive plus à travailler, plus à me motiver ».

« Mener à la fois le stage, l’élaboration du mémoire, la pratique d’une activité physique, un travail et la préparation au concours devient ingérable. Nous sommes obligés de faire des choix ».

« Les stages nous demandent beaucoup de travail personnel puisque nous devons préparer entièrement les séquences, trois séquences dans différentes APSA pour ma part, ce qui nécessite un temps considérable. De plus, nous avons le mémoire à réaliser et à rendre d’ici début décembre ce qui nous demande un travail de recherche très important ainsi qu’un temps de rédaction et d’expérimentation assez conséquent ».

« Cette année est particulière due à la réforme, nous obligeant à travailler à la fois pour la validation de notre master ainsi que pour l’obtention du concours. J’ai l’impression que je n’arriverais jamais à réussir ces deux choses à la fois et d’un autre côté je n’ai pas envie de privilégier un des deux. Je ne vous cache donc pas ma peur d’échouer dans la validation du master ainsi que dans l’obtention du concours ».

Les étudiants ont clairement vécu cette réforme comme un maltraitance totale. Lorsque nous les avons questionnés pour savoir ce qu’ils envisageaient de faire en cas d’échec au concours, tous nous ont dit qu’ils souhaitaient avant tout obtenir le master MEEF, pour en finir avec cette longue parenthèse universitaire.

Les affectations

Le dernier avatar de cette année calamiteuse est venu de la procédure d’affectation de lauréats au concours, pour la rentrée de septembre. Les étudiants ont fait remonter des vœux d’affectation mais il semble que la mécanique administrative ait eu quelques couacs. On a vu depuis quelques jours apparaître sur les réseaux sociaux des appels désespérés aux échanges d’affectation. Petit florilège :

« J’ai eu mon affectation à Montpellier, si quelqu’un veut échanger sur Paris Versailles Créteil ! ».

« Si quelqu’un de l’académie de Lille souhaiterait aller à Reims je suis disponible pour échanger ».

« Je suis affectée dans l’académie d’Orléans-Tour (dernier vœu), est-ce que quelqu’un affecté à Rouen serait intéressé pour permuter avec moi si c’est possible ? »

« Est ce que quelqu’un voudrait passer de l’académie de Lille à Aix-Marseille ? Mon premier choix était Lille et on m’a envoyé à Aix-Marseille ».

« Ce que je ne comprends pas c’est que j’ai vu 3-4 personnes ayant demandé Montpellier en 3ème vœu (des personnes de Versailles, Bretagne…) et s’y retrouvent alors que moi je viens de Montpellier, c’est mon vœu numéro 1 et pourtant je n’y suis pas… ».

Démarches désespérées, qui n’ont guère de chance de rencontrer un quelconque écho dans une administration cloisonnée et en pleine torpeur estivale. Après un long parcours universitaire pour préparer et enfin décrocher le concours dont ils rêvaient, ils auraient sans doute préféré davantage de considération de leur ministère de tutelle. Belle entrée dans le métier.

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Commentaire (1)

  1. Albert

    Triste constat hélas. Il fallait laisser le concours en fin de M1 pour laisser aux étudiants le temps de faire un M2 serein et plus formateur. Notamment, avoir le temps de rédiger un mémoire plus complet. Au delà de ça, le principe même du concours de recrutement est-il gravé dans le marbre pour nos décideurs?

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